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CHAPITRE X

DES CoM PL [CATIONS DE LA BLENNORRHAGIE chez la Femme .

§ I. Dans quelques cas peu communs de vaginite très-intense, l’inflammation envahit le tissu cellulaire qui double la muqueuse du vagin, et peut amener des suppurations qui ont une tendance manifeste à fuser entre les parties , à les décoller, et qui peuvent ainsi produire des désordres graves et entr’autres des fistules rectovaginales.

Le toucher pratiqué avec attention peut mieux que le spéculum donner des notions sur la formation du pus et sur le point qu'il occupe.

Il faut à l’aide des émissions sanguines largement employées, des bains généraux ou partiels tièdes et prolongés, d’injections ou mieux de cataplasmes émolliens introduits dans le vagin, chercher à se rendre maître de l’inflammation et à empêcher la terminaison par suppuration. Lorsque celle-ci se montre malgré tous les efforts qu’on a tentés pour la prévenir , il faut se hâter de lui donner issue par des incisions larges et étendues , afin de s’opposer aux fusées et aux décollemens qu’elle entraîne bientôt et de ne pas lui laisser le temps de se faire jour par le rectum , ainsi qu’on l’a observé chez quelques malades. Le pus est toujours

d une fétidité particulière qu’on rencontre du reste dans tous les cas d'abcès places dans le voisinage du tube digestif, même des parties de ce tube qui ne renferment pas de matières fécales.

§ II. Parfois les grandes et les petites lèvres offrent une turgescence considérable , une sorte d’infiltration séreuse, de véritables phénomènes d’étranglement. On doit combattre aussi ces accidens par les anti-pblogistiques , recourir quelquefois à des mouchetures profondes sur les parties tuméfiées , et si ces moyens ne suffisent pas à prévenir la formation du pus , se bâter de pratiquer des incisions étendues. Le produit de la suppuration présente toujours une fétidité excessive, souvent une coloration brunâtre et sanieuse*, il est fréquemment nécessaire, pour diminuer cette mauvaise odeur et modifier avantageusement les parois des abcès, de recourir à des injections détersives , et particulièrement à celles qu’on compose avec les chlorures alcalins ou avec une solution de créosote à la dose de dix à vingt gouttes pour cent à cent cinquante grammes (trois à cinq onces) d’eau -, et lorsque le foyer est étendu , à des injections avec le nitrate d’argent ou la potasse caustique à des doses de dix , quinze , vingt centigrammes (deux trois et quatre grains) pour trente grammes d'eau distillée (une once).

Ces abcès tiennent quelquefois à l’inflammation de kystes , que les femmes portaient dans les grandes lèvres avant de contracter la blennorrhagie et dans lesquels celle-ci a développé des phénomènes de phlogose qui en ont déterminé la suppuration.

§ III. Parfois aussi , mais plus rarement encore , et seulement dans les cas les plus intenses, la gangrène peut envahir les parties, et, outre ses accidens particuliers , laisser après elle des cicatrices vicieuses , des re'trècissemens partiels du vagin , enfin des désordres en rapport avec l’e'tendue des escarres et leur profondeur.

Mais , il faut en convenir, on peut presque toujours à l’aide de moyens anti-phlogistiques employés avec persévérance , modérer les phénomènes inflammatoires et s’opposer à la manifestation des complications que je viens de signaler.

Quelques auteurs ont cru pouvoir avancer que ces accidens morbides devaient être particulièrement attribués à l’usage inconsidéré et trop fréquent du spéculum utéri. L’emploi de cet instrument doit en effet, je crois, aggraver la phlegmasie, augmenter par suite la tendance à la suppuration ou à la gangrène qu’elle peut présenter, et il doit être banni dans la période d’acuité des vaginites. Mais il y aurait une véritable exagération à l’accuser exclusivement de ces terminaisons , car souvent elles paraissent tenir autant à certaines prédispositions des malades qu’à la violence de l’inflammation, et on les a observées bien des fois chez des femmes qui n’avaient pas été soumises à l’emploi du spéculum.

§ IV. Les phlegmasies ure'tro- vaginales peuvent donner lieu à des adénites inguinales tout à fait analogues à celles que j’ai indiquées dans l’étude des complications de l’urétrite chez l’homme ;

mais ces engorgemens glanduleux sont beaucoup plus rares que dans la pathologie vénérienne de notre sexe et n’exigent pas , du reste , d’autres moyens de traitement.

§ V. L’inflammation envahit quelquefois l’utérus et les ovaires. Une pesanteur sourde et bientôt une douleur obtuse et gravative à l’hypogastre, se propageant aux aines et h la partie supérieure des cuisses, annoncent que la maladie s’est étendue au corps de l’utérus* La pression audessus du pubis augmente souvent les souffrances et fait parfois constater une tumeur d’un volume variable due au gonflement de cet organe.

A ces symptômes se joignent aussi d’autres fois des douleurs dans les flancs et dans les fosses iliaques . douleurs que les mouvemens et la marche exaspèrent encore plus que dans le cas précédent, et des battemens dans les aines et à la partie supérieure des cuisses , que plusieurs auteurs considèrent comme des signes pathognomoniques de l’ovarite.

Lorsque les symptômes d’ovarite existent seuls et sans indices de métrite , ils peuvent avoir une valeur réelle', mais lorsqu’ils sont unis à des accidens de plilogose utérine, ils laissent souvent de l’obscurité sur la localisation exacte de la maladie et sur la part que l’utérus ou les ovaires prennent séparément dans l’ensemble des phénomènes morbides qu’on observe.

Ces deux complications , la métrite surtout , doivent le plus communément être attribuées à la

propagation directe et par voie de continuité de tissu , de l’inflammation vaginale. Mais l’ovarite en particulier ne peut-elle pas aussi être quelquefois le résultat d’une véritable métastase? Et ne peut-on la rapprocher de l’orchite blennorrhagique , ainsi que l’ont proposé MM. Vidal de Cassis et Ricord P

La métrite a une grande tendance à passer à l’état chronique.

L’ovarite se termine le plus ordinairement par résolution. M. Ricord a cité un exemple de sa terminaison par suppuration, cas dans lequel le pus se fit jour par les trompes de Fallope pour parvenir au vagin.

J’ai vu une fois l’inflammation des deux ovaires perdre tous les caractères d’acuité qu’elle présentait d’abord et continuer pourtant à donner lieu à une douleur passagère et fort vive dans le flanc droit , et à de véritables accidens de névralgie qui , sans avoir aucune gravité , inquiétèrent encore pendant plusieurs semaines la jeune femme qui en était atteinte, et qui, après avoir cédé en partie à l’emploi des anti-spasmodiques, prirent un caractère d’intermittence et disparurent tout à fait sous l’influence du sulfate de quinine.

Les malades peuvent quelquefois rattacher l’apparition de la métrite et de l’ovarite à des excès de coït ou de fatigue , ou à des écarts de régime ; mais bien souvent il est impossible de reconnaître les causes qui ont pu les produire.

Il faut dans l’une et dans l’autre maladie insister sur les anti-phlogistiques , sur le repos ,

sur

(les soins se'vères enfin , jusqu’à ce que tous les symptômes phlegmasiques soient complètement dissipés et qu’on n’ait plus à craindre le passage à l’e'tat chronique.

§ VI. L’inflammation ure'trale ne se propage que fort rarement à la vessie et aux reins , et les accidens de cystite et de néphrite, qu’on observe pourtant parfois, ne donnent lieu à aucunes indications différentes de celles que j’ai déjà tracées.

§ VIL Les arthrites blennorrhagiques ne se rencontrent presque jamais chez les femmes*, leur manière de vivre et leurs occupations ordinaires peuvent servir jusqu’à un certain point à expliquer cette rareté.

§ VIII. On observe, bien moins fréquemment, l’ophthalmie blennorrhagique chez elles que chez l’homme. Ne pourrait-on pas trouver la cause de cette différence dans la disposition de leurs organes génitaux et dans la forme particulière de leurs vêtemens qui doivent réellement contribuer à rendre moins facile et moins fréquent le transport du pus blennorrhagique sur les yeux? Or ce contact doit être considéré, ainsi que je l’ai dit , comme la cause la plus habituelle de cette complication fâcheuse.

Une observation publiée par M. Gibert dans son Manuel sur les maladies vénériennes, p. 3oi , tendrait à faire admettre que des écoulemens utérins ou vaginaux, tout à fait étrangers à la blen-

norrhagie, peuvent faire naître l'ophthalmie gonorrhéique ou une ophthalmorrhée en apparence identique. Dans ce fait intéressant , la leucorrhée a disparu au moment où les yeux ont commencé à être affectés , et ceux-ci ont été assez fortement et assez longtemps malades pour nécessiter des remèdes puissans et variés.

Des observations semblables tendraient naturellement à corroborer l’opinion que j’ai émise à l’occasion de l’ophthalmie blennorrbagique chez l’homme , à savoir que cette complication n’est nullement un signe de la virulence de l’écoulement urétral } et elles aideraient puissamment , si elles se renouvelaient , à détruire les traditions des auteurs anciens, encore admises dans quelques ouvrages de notre époque, sur l’importance, comme preuve de virulence , de la plupart des complications qui peuvent se montrer pendant la durée de la blennorrhagie.

§ IX. On doit admettre chez les femmes comme chez les hommes la possibilité d’otites , de coryzas , de stomatites blennorrliagiques -, mais ces complications déjà rares dans notre sexe, sont encore moins communes dans l’autre.

§ X. Les inflammations blennorrhagiques peuvent amener des perturbations dans l’écoulement menstruel, en diminuer ou en augmenter la quantité , ou en changer les époques.

Enfin si certaines affections du museau de tanche entretiennent souvent les blennorrhées , ce qui est

tout à fait hors de doute , il faut convenir aussi que les inflammations vaginales opiniâtres et mal traitées peuvent occasionner de leur côté, et peut être plus fréquemment qu’on ne l’admet généralement, des engorgemens plus ou moins graves du col utérin.

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