‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 14 sur 34 · PUSTULES PLATES · texte numérisé non relu

PUSTULES PLATES

Il est un symptôme qui semble tenir le milieu entre les accidens primitifs proprement dits et les accidens secondaires } qui , indiquant toujours une imprégnation syphilitique incontestable , se manifeste quelquefois dans les premiers momens de l’infection, et d’autres fois, seulement plusieurs semaines ou plusieurs mois après la manifestation de celle-ci *, qui possède des propriétés contagi euses ainsi que les chancres , et apparaît souvent , comme les accidens consécutifs sur des lieux distincts des parties qui ont été directement exposées à la maladie.

Aussi les auteurs sont-ils en désaccord sur la place nosographique qui appartient à ce signe de l’affection vénérienne*, les uns le considèrent comme une forme primitive , immédiate \ d’autres ne voyant en lui qu’une preuve de syphilis constitutionnelle, n’hésitent pas à le classer parmi les formes secondaires, consécutives^ quelques uns enfin croient sortir d’embarras en l’étudiant successivement dans l’un et dans l’autre ordre de symptômes.

Pour moi , les tubercules muqueux sont habituellement de véritables accidens secondaires*, mais je dois convenir qu’ils présentent, surtout dans leur mode de transmission , quelques propriétés presque tout à fait étrangères à ce dernier groupe, et que, du reste, ils apparaissent parfois rapidement et comme d’emblée, de manière à laisser supposer que dans un certain nombre de cas, au moins, ils se rapprochent beaucoup des phénomènes primitifs. Ces raisons m ont déterminé à en traiter dans un chapitre particulier, de manière à pouvoir leur appliquer, sans réserve, les considérations spéciales qui leur appartiennent et qui ne sauraient être rattachées à l’étude des autres symptômes consécutifs.

On désigne sous le nom de Tubercules Muqueux, de Pustules plates , de Pustules humides , des accidens vénériens caractérisés par des élevures médiocrement saillantes résultant d’une inflammation du derme , de largeur variable depuis la simple papule égale à peine à une lentille , jusqu’au tubercule grand comme une pièce de vingtcinq et même de cinquante centimes, et de forme tantôt arrondie , tantôt plus ou moins régulièrement ovalaire.

Leur coloration varie également. Ifs sont d’un rouge plus ou moins vif lorsqu’ils siègent sur les muqueuses*, sur la peau, au contraire, ils sont plus souvent d’une rougeur peu prononcée , quelquefois bruns et quelquefois aussi entourés de l’auréole cuivrée qu’on rencontre généralement dans les éruptions syphilitiques.

Leur surface , parfois lisse et unie , se montre clans d’autres cas érodée ou même tout à fait ulcérée , ce qui leur donne l’aspect de véritables chancres et a pu les faire confondre , dans certains cas, avec lui eus elevatum de Carmicliaël ou avec des chancres indurés. Mais il existe entre ces deux lésions des traits différentiels qui ne peuvent échapper à un observateur attentif. Le fond et les bords de l’une et de l’autre espèce d’ulcérations n’offrent pas la même physionomie, et d’ailleurs, en cas d’obscurité , l’inoculation peut lever tous les doutes , car l’humeur sécrétée par les pustules plates ne s’inocule jamais.

La surface de ces tubercules se montre quelquefois rugueuse , chagrinée , et même fendillée profondément , surtout quand ils occupent la peau , et en particulier chez les hommes à tissu cutané brun et épais. Ils sont habituellement isolés et discrets ; quelquefois pourtant, iis se réunissent et se groupent en grand nombre; ceux de l’anus, des grandes lèvres, de la partie supérieure et interne des cuisses présentent surtout cette confluence. 11 est rare de les voir secs , le plus souvent ils sécrètent une humeur séreuse ou séro-purulente de quantité variable et d’une odeur fétide caractéristique.

Chez l’homme , les pustules plates occupent souvent le gland , le prépuce , le fourreau de la verge et le scrotum.

Ch ez la femme, elles siègent fréquemment aux grandes et aux petites lèvres , et quelquefois au mamelon.

Dans l’un et l’autre sexe , on les observe aussi

au périnée , au pourtour de l’anus , à la partie supérieure des cuisses, au nombril, aux aisselles, derrière les oreilles, dans le sillon qui sépare le nez de la joue , partout où l’épiderme s’amincit et où la peau tend à revêtir la souplesse des muqueuses*, enfin on les rencontre encore sur la membrane buccale et sur les amygdales.

Elles sont plus fréquentes chez la femme que chez l’homme , ce qui tient probablement à la plus grande étendue de sa muqueuse génitale , ainsi qu’à la finesse et à la mollesse de sa peau.

Ces pustules se montrent presque toujours indolentes ou du moins peu douloureuses, et on ne les voit que rarement exciter des cuissons un peu vives , à moins qu’elles ne se trouvent soumises à des causes opiniâtres d'irritation et exposées à des froissemens rudes et répétés.

Elles peuvent apparaitre, un ou deux septénaires après le coït, et pendant l’existence même des phénomènes directs d’infection ; elles semblent alors quelquefois le résultat d’une sorte de transformation des chancres. On les voit aussi dans d’autres circonstances surgir brusquement, surtout, chez les femmes atteintes de blennorrhagie, sans qu’on puisse se rendre bien compte de leur mode de développement. Parfois même elles surviennent dans les premiers jours qui suivent le coït , comme d’emblée, et, en apparence du moins, sans avoir été précédées par aucun autre signe de syphilis. Mais le plus ordinairement elles ne se montrent que plusieurs semaines ou plusieurs mois après les accidens primitifs.

Je peux citer un exemple remarquable de ia longue incubation des pustules plates.

Le condamné Boudon a été admis à l’hôpital du bagne de Toulon pour de nombreux tubercules muqueux à surfaces ulcérées , siégeant à la couronne du gland , sur le prépuce , le fourreau de la verge , le scrotum , la partie supérieure et interne des cuisses , dans l’aisselle droite et à côté de l’aile gauche du nez} il présentait en même temps des pustules d'impétigo sur le cuir chevelu , et une rougeur suspecte au voile du palais et aux amygdales. Interrogé sur ses antécédens , il a assuré n’avoir jamais contracté qu’une seule blennorrhagie, il y a quatorze ans, laquelle se compliqua dune orchite dont la guérison fut facile, et d’un bubon inguinal dont on obtint aisément la résolution, tandis que l’écoulement lui-même ne disparut qu’au bout de dix-huit mois. 11 assure aussi n’avoir pas vu de femme depuis près de huit mois et ne s’être aperçu d’aucune espèce d’accidens depuis ce dernier coït.

Cependant il est porteur de pustules muqueuses bien caractérisées, qui n’ont rien produit par l’inoculation \ et quelques jours après son entrée à l’hôpital et le commencement d’un traitement spécifique , alors que ces pustules disparaissaient rapidement sous l’influence de quelques applications de solution de deuto-cblorure de mercure , il s’est manifesté une roséole syphilitique sur presque tout le corps, et particulièrement aux bras, sur le dos et sur la poitrine.

Ces symptômes étaient-ils liés à b ancienne bien-

norrhagie, ou bien, ce que je pencherais plutôt à admettre , sont-ils survenus d’emblée et sans être précédés de phénomènes locaux visibles , par suite de la dernière copulation? A. moins de supposer que celle-ci ait pu produire quelques ulcérations assez légères pour se développer et guérir à l’insu du malade.

Les tubercules muqueux sont toujours de nature syphilitique*, ils ne sont pas inoculables; j’ai bien souvent introduit sous la peau l’humeur qu’ils sécrètent, et constamment les piqûres faites avec la lancette se sont cicatrisées rapidement , sans donner naissance à rien qui ressemblât à des chancres ou a toute autre forme de la maladie vénérienne. Mais ils ne laissent pas d’être contagieux et ils possèdent même cette propriété à un assez haut degré. Ils semblent pouvoir donner lieu directement à d’autres tubercules, mais ils engendrent quelquefois aussi d’autres accidens mal définis et particulièrement certaines inflammations des membranes muqueuses. C’est à ce dernier mode de transmission qu’il faut, je crois, rattacher bien souvent les blennorrhagies virulentes, les balanites suspectes , après lesquelles se montre la syphilis constitutionnelle*, et c’est dans ces cas que les auteurs anciens pouvaient considérer à juste titre l’examen de la femme avec laquelle a cohabité l’homme dont on veut caractériser sûrement la blennorrhagie , comme un des moyens propres à faire distinguer les urétrites virulentes de celles qui ne sont que bénignes.

Les pustules plates cèdent presque toujours promp-

tement aux applications qu’on dirige contre elles et bien souvent avant que les traitemens généraux qu’on a conseillés aient pu exercer une influence notable sur la maladie.

Le repos , des soins de propreté , quelques lotions avec des solutions d’acétate de plomb , de sulfate d’alumine et de potasse, de chlorure de soude , suffisent quelquefois pour en obtenir la guérison. Des applications d’onguent napolitain ou de cérat mercuriel , ou des pommades composées avec l’oxide blanc de zinc, le calomélas, l’oxide rouge ou le proto- iodure de mercure , jouissent aussi d'une efficacité réelle et plus prononcée.

Dans les cas rebelles, on a recours au nitrate acide de mercure ou à l’acide hydro-chlorique, soit purs, soit mêles à une ou deux parties d’eau, en se servant de petits pinceaux qu’on trempe dans ces liqueurs et dont on touche les tubercules tous les jours ou tous les deux jours. On peut les cautériser aussi avec le nitrate d’argent ou les soupoudrer avec le calomélas. Je me suis toujours bien trouvé des solutions faites avec cinquante centigrammes à un gramme (dix à vingt grains) de sublimé corrosif pour trente grammes (une once) d’eau distillée , suivant le degré d’inflammation et la susceptibilité des malades*, et je préfère ces solutions aux pommades et aux autres topiques que je viens d’indiquer, parce qu’elles n’ont pas l’inconvénient de laisser sur la peau la malpropreté inhérente à tous les corps gras*, et qu’elles sont moins irritantes que l’acide hydro-chlorique , le nitrate acide de mercure ou le nitrate d’argent fondu.

Après l’affaissement des tubercules muqueux, il reste quelquefois, aux lieux qu’ils occupaient, des taches cuivrées qu’il est utile de faire disparaître en insistant particulièrement sur les pommades de calomèlas , d’oxide rouge et de proto-iodure de mercure , ou en recourant à celle d’iodure de soufre.

A l’aide de ces divers moyens locaux, on obtient presque toujours aisément la disparition des tubercules muqueux , mais sans détruire l’infection syphilitique qu’ils dénotent et dont ils ne sont que la manifestation -, et ils ne tarderaient pas à reparaître ou à être remplacés par des indices plus graves de syphilis constitutionnelle , si on oubliait de joindre aux applications topiques, des traitemens généraux appropriés.

Ces traitemens ne diffèrent pas notablement de ceux que j’ai indiqués contre les chancres. Je conseille habituellement l’usage des pilules de deutochlorure et de thridace chez les malades qui n’ont encore pris aucune préparation mercurielle 5 et je prescris fréquemment des pilules de sublimé et d’extrait d’opium à ceux qui ont déjà été traités par le mercure pour une première apparition de pustules plates ou pour les accidens primitifs qui les précèdent souvent. Je continue ces pilules jusqu’à ce que les malades aient employé un gramme quarante centigrammes ou un gramme et demi (vingt-cinq à trente grains) du médicament.

Je joins à leur administration des tisanes faites avec la salsepareille, seule ou mêlée au gayac, ou aux autres sudorifiques', j’emploie également des boissons tièdes de fleurs de mauve ou de tilleul

avec addition d’un sirop sudorifique , de salsepareille, par exemple, dans la proportion d’une forte cuillerée à bouche par tasse à café d’infusion , de manière à faire prendre aux malades depuis trois jusqu’à cinq cuillerées de sirop chaque jour, et je leur fais continuer cette tisane huit ou dix jours encore après la fin du traitement mercuriel.

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