‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 15 sur 34 · ACCIDENS QUI LA CARACTÉRISENT · texte numérisé non relu

ACCIDENS QUI LA CARACTÉRISENT

La Syphilis n’épuise pas toujours sa puissance morbifique sur les parties où elle s’est montre'e d’abord et à une époque voisine du moment où se sont manifestés les premiers indices de son existence.

Souvent, dans les cas surtout où elle n’a pas été traitée convenablement, et malheureusement encore quelquefois , malgré les soins les plus rationnels en apparence, l’on voit survenir, après un temps de longueur variable et sur des régions plus ou moins éloignées , des phénomènes morbides à cachet particulier que presque tous les auteurs s’accordent à considérer comme des conséquences de l’inlection vénérienne, accidens dont le développement vient démontrer que les personnes jadis atteintes de signes primitifs de vérole sont parfois, malgré les attributs d une santé parfaite , minées par une maladie fâcheuse toujours prête à faire explosion et à se manifester sous mille formes diverses.

Ce sommeil, cet état latent de la cause pathogénique de la syphilis constitutionnelle , peut ne durer que quelques semaines } mais il peut aussi

se prolonger pendant plusieurs mois et pendant des années entières.

C’est un des traits les plus curieux de la marche de cette maladie, et un de ces grands mystères des lois de notre organisme que l’on chercherait vainement à expliquer et contre lesquels viennent se heurter, sans résultat, toutes les combinaisons de l’intelligence humaine.

Comment comprendre , en effet , qu’un agent morbifique aussi puissant que la cause génératrice des syphilides, de certaines ulcérations graves de la gorge et du nez, de quelques altérations profondes du périoste et des os, etc., puisse séjourner, pendant un temps souvent fort long, dans nos tissus sans altérer en rien la régularité de leurs fonctions , et éclater ensuite soudainement en produisant parfois des désordres terribles avec une effrayante rapidité?

11 est des cas ou le virus syphilitique qui imprègne ainsi l’économie, manifeste sa présence, se réveille, pour ainsi dire, à l’occasion d’un accès de fièvre, d’une émotion vive, d’un changement brusque dans le régime ou dans les habitudes des malades , du passage subit d’un climat à un autre fort différent , de la cessation des menstrues , de l’arrivée de l’âge critique chez les femmes, ou enfin à la suite d’un trouble fonctionnel quelconque *, mais souvent aussi cet élément pathologique entre spontanément en action sans que rien , en apparence du moins , soit venu le provoquer.

C’est en vain que quelques auteurs , à diverses époques et surtout au moment du règne de la

doctrine physiologique , ont voulu attribuer tous les accidens consécutifs de la syphilis aux traitemens employés contre les phénomènes primitifs et particulièrement aux préparations mercurielles si fréquemment usitées contr’eux.

On ne saurait trop s’étonner de leur aveuglement, quand on réfléchit qu’il ne s’écoule pas de mois sans qu’on rencontre, dans une pratique médicale un peu étendue , quelques symptômes secondaires chez des personnes qui, par incurie ou par d’autres motifs, n’ont été soumises à aucun traitement pour la guérison des premières manifestations de la maladie vénérienne. Bien des fois, les besoins du service et surtout le départ des bâtiments de guerre m’ont forcé à faire sortir de l’hôpital des marins porteurs de chancres superficiels et sans complications, alors qu’ils étaient h peine dans mes salles depuis quelques jours et qu’ils avaient eu le temps seulement de prendre quelques doses insignifiantes de mercure , ou même avant qu’ils eussent pu commencer tout traitement.

De retour sur leurs navires, ces hommes in soucians pour un mal dont ils n’appréciaient que la bénignité apparente, évitaient de se plaindre au médecin et faisaient cicatriser leurs ulcères à l’aide d’applications locales dont ils avaient appris l’usage à l’hôpital , ou de moyens vulgaires dont la tradition est restée parmi les matelots , et ils vivaient ensuite sans inquiétude pour leur santé, jusqu’au moment ou des accidens consécutifs , plus eu moins graves , les contraignaient à cesser leurs travaux et à venir réclamer les secours de l'art.

J’ai traité récemment un jeune employé d’une maison de commerce , qui , à peine guéri d’une blennorrhagie médiocrement intense , s’est vu attient d’une syphilide crustacée fort grave , compliquée d’iritis, dont j’ai eu beaucoup de peine à le débarrasser complètement. D’après les conseils d’un pharmacien, il n’avait fait usage, contre son urétrite , que de tisanes émollientes avec quelques doses de nitrate de potasse et de divers anti-blennorrhagiques.

De nombreux exemples de ce genre ont été cités par d’autres médecins. J’en observe encore fréquemment moi-même et la chose ne me paraît pas susceptible de donner lieu aujourd’hui à de sérieuses contestations.

La syphilis constitutionnelle survient bien souvent à la suite des chancres sans que leur volume et leur nombre paraissent avoir d’influence sur sa fréquence et sur sa gravité. Elle se montre quelquefois aussi après des blennorrhagies plus ou moins intenses.

C’est en vain que quelques auteurs ont cherché à distinguer d’après la nature et la violence des accidens consécutifs l’espèce d’affection primitive à laquelle ils avaient succédé. Ils ont cru pouvoir admettre que les phénomènes secondaires dus à la gonorrhée étaient ordinairement moins fâcheux que ceux qui sont produits par les chancres* Mais cette assertion, qui semble réellement avoir quelque valeur , a besoin d’être appuyée sur de nouvelles observations.

Des signes incontestables de syphilis constitu-

lionnelle peuvent-ils se développer sans l’existence

préalable de quelques accidens primitifs? En d’au-

très termes, doit-on admettre l’existence de la syphilis constitutionnelle d’emblée?

Cette question est résolue négativement par un grand nombre d’auteurs^ et lorsqu’on leur signale des faits contraires à leur opinion ils les repoussent en arguant que dans ces cas des symptômes primitifs légers ont pu exister à l’insu des malades et disparaître promptement -, et c’est , en effet, ce qui a lieu très souvent. Mais l’étude attentive de quelques faits du genre de celui que je viens de raconter dans le chapitre précédent et dans lequel, très-probablement, les accidens généraux étaient dus au coït exercé par le malade Luit mois avant leur apparition , plutôt qu’à la blennorrhagie qu’il avait contractée quatorze ans auparavant, m’a conduit à admettre la possibilité de la syphilis générale d’emblée et sans signes locaux préalables , seulement j’en conviens, comme une chose fort rare et tout à fait exceptionnelle.

i^es accidens vénériens consécutifs ne sont pas inoculables: j’ai vainement tenté l’inoculation dans les diverses formes secondaires qui donnent lieu à des sécrétions susceptibles d’èîre introduites sous la peau.

Presque tous les auteurs leur dénient même la faculté de se communiquer par une contagion directe , soit pendant les approches sexuelles, soit à la faveur d’autres attouchemens. Mais tous les faits les plus négatifs ne sauraient détruire quelques faits positfs bien observés, et la science possède

des exemples incontestables de la transmission par le coït ou par des baisers lascifs, de quelques uns de ces accidens. J’en ai moi-meme observé quelques exemples que je citerai plus loin*, et si, en principe, on est forcé de reconnaître que le plus habituellement leur puissance contagieuse est réellement nulle ou fort douteuse, on ne saurait pourtant recommander à cet égard trop de réserve et de circonspection aux médecins , quand on ré fléchit que de leur déclaration peut dépendre souvent le repos et l’avenir des familles.

En général , cette fâcheuse propriété semble diminuer à mesure que les accidens deviennent plus éloignés et plus profonds. Çeux qui semblent tenir encore aux symptômes primitifs et former une sorte de transition vers les symptômes secondaires, je veux dire les pustules plates, les excroissances , la conservent encore à un degré manifeste*, elle s’éteint et disparaît réellement quand on arrive à ceux qui dénotent plus sûrement une maladie invétérée} ainsi, les sypbilides , les périostoses , le testicule vénérien, l’irilis, etc.

La génération est la voie la plus ordinaire par laquelle se propage la syphilis constitutionnelle, et l’allaitement contribue souvent aussi à sa transmission.

Un père, porteur des stigmates de cette maladie , la transmet souvent aux enfans qu’il en-

U ne mère placée dans les mêmes conditions morbides met au monde des enfans entachés du même vice.

Une nourrice malade infecte son nourrisson et celui-ci de son côté peut compromettre la santé de sa nourrice. Ces cas qu’on rencontre si souvent dans la pratique , prouvent que toutes nos humeurs, que le sperme, le sang, le lait, la salive même des personnes atteintes de vérole générale, éprouvent des modifications pathologiques qui les rendent susceptibles de communiquer la maladie.

L’examen physique et chimique de ces sécrétions n’a absolument rien appris sur la nature des altérations quelles ont du subir et sur Je principe qui leur donne cette singulière propriété.

Il est concevable pourtant que le sperme en communiquant aux enfans certaines ressemblances physiques , que le sang de la mère en nourrissant pendant toute la vie fœtale l’être qu’elle porte, et en lui imprimant souvent aussi certains traits bien prononcés, que ces deux liquides générateurs puissent léguer à leurs produits des traces manifestes de la diathèse que l’un ou l’autre parent présentait au moment de la fécondation ou pendant la gestation.

Mais peut-on admettre, par cette même voie, la transmissibilité de la syphilis constitutionnelle, alors qu’elle n’est qu’à l’état latent chez le père ou chez la mère, qu’elle couve dans leurs tissus sans donner lieu à aucun signe extérieur de son existence? Ou, pour mieux dire, est-il permis de penser que de? parens affectés autrefois de symptômes vénériens primitifs, mais qui ne présentent au moment de la copulation et pendant toute la

grossesse aucune trace suspecte de maladie, puissent pourtant engendrer des enfans susceptibles d’offrir des accidens bien caractérisés de syphilis generale? '

Cette question semblerait devoir être tranchée par une négation absolue-, et cependant quelques faits peu nombreux , il est vrai , mais observés par des hommes d’une sagacité et d’une bonne foi incontestables» doivent nous imposer une sage réserve et rappeler aux médecins que la nature se joue souvent des lois établies par la science des hommes.

Voici comment s'exprime à ce sujet M. Lallemand dans une lettre qu’il écrivait à M, Baumes et que celui-ci a insérée dans la première partie de son précis sur les maladies vénériennes :

« Je trouve que vous avez été un peu trop sceptique à l’égard du virus , ou du moins que vous avez émis votre opinion, avec une extrême circonspection. Vous avez, il est vrai, très-bien montré les difficultés qui se présentent dans la vérification de beaucoup de faits*, mais il en est cependant qu'il est facile de constater*, par exemple, quand je vois un père et une mère qui n’ont actuellement aucun symptôme de syphilis fie père seulement avait eu antérieurement la vérole) donner le jour à quatre enfans qui meurent avec des pustules et autres symptômes syphilitiques } quand je vois ensuite un cinquième enfant se couvrir de pustules semblables, à trois ou quatre mois, et infecter deux nourrices,* quand je guéris cet enfant par des bains de sublimé et un traitement

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mercuriel, enfin quand après un traitement antivénérien administré aux parens , je vois quatre autres enfans jouir de la plus parfaite santé , depuis plus de dix ans , comment ne pas admettre que le virus a existé dans le sperme du père j qu’il est passé de l’enfant à la nourrice? etc. »

M. Cazenave , dans son traité des syphilides, rapporte aussi quelques exemples qui prouvent que l’homme ou la femme qui ont été atteints à une époque plus ou moins éloignée de symptômes de vérole peuvent léguer des accidens consécutifs par voie d’hérédité, sans en avoir jamais présenté euxmêmes et sans rien communiquer à l’autre époux.

Le premier de ces faits intéressans est du à M. Vassal qui l’a publié en 1807 dans un mémoire sur la transmission du virus vénérien de la mère à l’enfant.

« Il s’agit d’une veuve C...., qui, affectée de syphilis, lut soumise à un traitement complet, sous l’influence duquel elle parut en être délivrée. Remariée quelque temps après, elle eût successivement deux enfans, qui succombèrent tous les deux avec des manifestations évidentes d’infection. Le second mari étant mort bientôt après , d’une fièvre ataxique sans jamais avoir éprouvé aucun signe de vérole, la dame G.... se marie pour la troisième fois , et eut de ce mariage deux jumeaux qui moururent sous l’influence des mêmes causes*, puis elle accoucha pour la quatrième fois d’un enfant mâle qui fut bientôt atteint d’une corona veneris , mais qui , soumis à un traitement mercuriel, guérit et survécut. Et cependant, dit

M. Vassal, depuis son traitement la dame C — cessé de jouir d’une santé florissante-, elle n’a éprouvé aucun nouvel accident vénérien -, elle n’a rien communiqué aux hommes qui ont cohabité avec elle; mais elle n’en a pas moins transmis la syphilis à tous les enfans qu elle a mis au monde.

11 y a d’ailleurs dans cette observation une circonstance remarquable qui ne peut laisser aucun doute sur la nature des accidens qu’éprouvaient les enfans de la dame G.... , c’est que le second infecta sa nourrice. )>

M. Vidal de Cassis a observé, à Lourcine , une femme qui ayant eu de "son premier mari , atteint d’une syphilis très rebelle , un enfant qui mourut infecté, eut, à quatre ans d’intervalle, avec un second mari qui était très sain , un autre enfant également malade , et cependant cette femme n’avait présenté aucun symptôme syphilitique appréciable.

J’ai recueilli à l’hôpital Saint-Louis, dit M. Cazenave , plusieurs faits non moins curieux de ce genre. « Une femme contracta la maladie vénérienne , et devenue enceinte à la meme époque , elle accoucha cependant, à terme, d’un enfant qui resta bien portant-, mais après une seconde grossesse, elle mit au monde un enfant infecté sans qu’elle même eût contracté de nouveau la syphilis. »

« La dame B... n’ayant jamais essuyé d’affection syph il i tique , avait eu un premier enfant actuellement encore très bien portant, lorsque son mari contracta une maladie vénérienne pour laquelle il

subit un traitement approprié. Elle mit dès lors successivement au monde, et sans avoir éprouvé elle-même aucun accident syphilitique, quatre enfans qui succombèrent tous au même âge , et présentant tous les mêmes symptômes. J’ai pu seulement observer les deux derniers : après avoir été couverts de taches de roséole syphilitique, ils tombèrent dans un amaigrissement profond-, la peau prit une couleur terreuse-, elle devint comme parcheminée} des ulcérations survinrent au talon, des caries aux fosses nasales, etc. , et tous les deux moururent à l’âge de dix-huit mois. »

Le docteur Lefèvre, continue M. Cazenave, m’a communiqué un fait qui vient aussi à l’appui de cette opinion sur l’hérédité.

« Un jeune homme avait contracté une blennorrhagie à laquelle il n’opposa aucun traitement, et qui se dissipa sans laisser de traces apparentes. Ce j eune homme se maria 5 sa femme accoucha d’un premier enfant mort, puis d’un second qui, parvenu à l’âge de deux mois, présenta tous les symptômes de l’infection syphilitique. Cet enfant infecta d’abord la nourrice qui elle-même transmit l'infection à son propre enfant, lequel en mourut. La femme n’éprouva absolument rien. »

Cette imprégnation morbide du germe a souvent une grande influence sur la grossesse, et il n’est pas rare de voir, dans ces cas, survenir des avortemens, à des époques plus ou moins avancées de la gestation.

Elle influe presque toujours beaucoup aussi sur la constitution des enfans alors qu’ils viennent à

terme*, et si parfois les nouveaux-nés de parens atteints de diatlièse syphilitique sont robustes, frais et roses , et conservent ces attributs de la force et de la santé pendant un t temps variable , et quelquefois jusqu’à la manifestation de phénomènes vénériens , le plus ordinairement pourtant ils se montrent débiles, chétifs, jaunes, décharnés: ee sont de jeunes vieillards frappés du sceau d’une décrépitude anticipée , qui presque toujours succombent pendant les premiers mois de leur existence , ou ne supportent que très-difficilement les affections si communes à la première enfance.

Il faut pourtant se garder de tomber dans l'exagération à laquelle se laissent entraîner quelques syphilographes , et d’attribuer à la cachexie vérolique toutes les altérations que les enfans peuvent offrir dans leur nutrition et dans leur développement , altérations qui résultent bien souvent de troubles organiques tout à fait étrangers à cette maladie. Ce qui n’empêche pas d’admettre que la vérole par son excessive fréquence et, par les profondes modifications qu’elle imprime à l’organisme, a dû puissamment contribuer à l’effrayante multiplication des affections scrophuleuses et tuberculeuses, si communes de nos jours.

Je reviendrai, du reste, sur cette importante question à l’occasion des phénomènes tertiaires et des accidens dégénérés de la syphilis.

Les enfans présentent quelquefois, au moment même de leur naissance , des symptômes évidens de la diathèse vénérienne, tels que syphilides, excroissances, pustules muqueuses, affections des

os , etc. *, le plus ordinairement pourtant ces phénomènes morbides ne se montrent qu’après plusieurs semaines, plusieurs mois ou même plusieurs années*, les désordres que la première dentition amène si fréquemment, en déterminent souvent la manifestation.

Tous les enfans nés de parens atteints de syphilis constitutionnelle n’en sont pas nécessairement affectés , ou ne le sont pas à un même degré , sans qu’il soit possible d’indiquer les causes de ces différences. Seulement, on conçoit que mille circonstances accidentelles peuvent modifier l’organisme du père et de la mère au moment de la fécondation ou pendant la grossesse , et atténuer ou accroître l’action de la diathèse pathologique qui minait leur constitution.

Tous les tissus de l’économie peuvent être atteints par cette diathèse : iis ne présentent pourtant pas tous une aptitude égale à en éprouver les effets. Les muqueuses vers leurs orifices libres, la peau, le périoste, les os, 1 iris , le testicule en sont plus particulièrement affectés.

Ils ne paraissent pas offrir non plus une résistance égale à son action , et tandis que les muqueuses et la peau en subissent d’ordinaire promptement les atteintes*, les os, l’iris, le testicule n’en sont impressionnés que beaucoup plus tard.

Si du reste quelques systèmes organiques paraissent plus spécialement doués du triste privilège de fixer l’action de la vérole, il n’en est pas un, peut-être, qui ne soit susceptible de subir cette influence délétère, et de temps en temps les jour-

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naux de médecine publient quelques faits propres à démontrer qu’il est bien peu de maladies que la syphilis ne puisse produire, ou du moins, ce qui serait plus exact , dont elle ne puisse être la cause déterminante, chez des sujets qui étaient disposés à les présenter. Cette manière de voir qui, je crois, est l’expression réelle de la vérité, nous explique comment MM. Lagneau et Capuron ont pu citer comme susceptibles d’être occasionnées par l’infection vénérienne presque toutes les maladies du cadre nosologique.

Une première vérole constitutionnelle ne met pas à l’abri de nouveaux accidens primitifs} ceuxci même peuvent se montrer pendant la durée des symptômes secondaires, et si bien guérie qu’elle soit, elle n’empêche pas non plus que les malades présentent à la suite d’une autre infection des accidens consécutifs semblables aux premiers ou de forme différente.

La syphilis et les traitemens qu’elle exige semblent plutôt au contraire disposer à de nouvelles contagions par les traces de lymphatisme et de faiblesse qu’ils laissent souvent dans la constitution et qui doiveut diminuer notablement la puissance de réaction propre à tous les organismes.

Il n’est pas de maladie qui ne puisse survenir pendant la durée des accidens qui dénotent une vérole constitutionnelle; il n’en est pas non plus dont celle-ci ne puisse occasionner ou hâter l’apparition chez les sujets disposés à en être atteints, et ces complications ou ces prédispositions plus ou moins manifestes doivent être piises en grande

considération par le médecin et avoir une influence puissante sur le choix et la direction des traitemens qu’il conseille.

11 est presque toujours convenable d’atténuer ou même de guérir l’affection sur-ajoutée à la maladie vénérienne, avant d’en venir aux remèdes spéciaux de celle-ci, à moins que la complication paraisse directement liée à l’infection syphilitique et soit susceptible d être avantageusement modifiée par les traitemens qu’on va lui opposer.

Les symptômes généraux se dissipent quelquefois d eux-mêmes et sans cause appréciable ou sous l’influence de quelques circonstances accidentelles, sueurs abondantes, maladie intercurrente, etc.; parfois, mais très-rarement, cette disparition constitue une guérison véritable et les malades sont à jamais débarrassés de leur fâcheuse diathèse; mais le plus ordinairement des phénomènes syphilitiques, du même genre ou appartenant à d’autres groupes, ne tardent pas à se montrer de nouveau et presque toujours avec des caractères qui annoncent un surcroît incontestable dans l’intensité de la maladie.

La thérapeutique de la syphilis constitutionnelle a donné lieu aux mêmes controverses que celle des accidens primitifs, et toutes les méthodes que j’ai indiquées à l’occasion des premiers ont été préconisées contre les accidens secondaires. Tous les altérans puissans , la diète sévère , la diète sèche , les sudorifiques actifs , les tisanes de Feltz , de Zittman , de Pollini, les sirops de Larrey, de Boiveau-Laffecteur, l’opium, l’iode, l’or, l’argent,

le platine ont quelquefois donné les plus heureux résultats.

Mais, il faut le dire, le mercure, ses préparations et ses diverses combinaisons jouissent contre ceux-ci d’une efficacité plus positive et mieux établie encore que contre les symptômes primitifs, et l’opium ainsi que les sudorifiques en paraissent les auxiliaires les plus énergiques et les plus convenables.

Dans le traitement des accidens secondaires comme dans celui des accidens primitifs toutes les pré-* parations bydrargiriques ne conviennent pas également à toutes les formes pathologiques et à toutes les idiosyncrasies. Elles demandent à être choisies d’après des données générales dont les livres peuvent bien tracer les bases , mais dont la pratique et l’expérience peuvent seules bien faire connaître l’application.

Les mêmes doses ne sauraient non plus être rigoureusement prescrites à tous les malades : il ne faut pas, du reste, perdre de vue que les mercuriaux doivent toujours être administrés à des doses de plus en plus élevées , non pas par des augmentations journalières et insignifiantes, mais par des aecroissemens un peu brusques , renouvelés à quelques jours d’intervalle, ainsi que je me suis efforcé de 1 établir lorsque je me suis occupé

ue 1 administration du mercure contre les symptômes primitifs.

Les climats chauds , le printemps et l’été favorisent notablement ces médications , et il serait à souhaiter qu on pût toujours placer les malades

dans de pareilles conditions. Mais comme la syphilis constitutionnelle prend d’autant plus de puissance et de gravité qu’on la laisse imprégner plus profondément l’économie, il faut toujours se hâter de s’opposer à ses ravages , et on ne doit pas craindre , au besoin , de commencer les traitemens dans toutes les saisons et sous toutes les latitudes, en entourant les malades des précautions hygiéniques les plus complètes , et en cherchant autant que possible à les mettre à l’abri des conséquences lâcheuses qu’amènent toujours le froid et les variations atmosphériques si communes en hiver et dans les contrées septentrionales.

La grossesse et l’allaitement ne sauraient être des contre indications réelles à l’emploi des médicamens propres à guérir la diathèse vénérienne. La mère et l’enfant qu’elle porte ont bien plus à redouter les effets délétères du mal que les inconvéniens de traitemens méthodiques et dirigés avec toute la prudence et la sollicitude que réclame cette position.

Il en est de même des symptômes présentés par les nourrices. La meilleure marche à suivre lorsque l’enfant n’est pas encore affecté lui-même consiste bien certainement à lui donner un autre lait. Mais lorsque ce changement n’est pas possible, il faut immédiatement soumettre la femme à des remèdes mercuriels appropriés à sa constitution particulière et à la gravité des accidens.

Enfin lorsque la maladie sévit sur de nouveauxnés , il convient , autant que possible?, de charger le lait qui les nourrit des substances médicamen-

teuses , en faisant subir un traitement à la nourrice elle-même , et le deuto-chlorure à l’intérieur, me paraît la meilleure préparation à employer. Lorsqu’on est obligé de les administrer à l’enfant, il faut ne pas perdre de vue que l’excitabilité de son système nerveux , la délicatesse de sa peau et l’irritabilité de ses voies digestives , doivent imposer la plus grande prudence \ aussi des doses infiniment petites suffisent ordinairement*, demi ou un milligramme (un vingtième, un quinzième ou un dixième de grain ) chaque fois de sublimé, ou quelques décigrammes , (six, huit à dix grains) d’onguent ou mieux de cérat mercuriel , car les préparations bydrargyriques ont chez eux une si grande influence, que quelques grains, (vingt, vingtcinq ou trente centigrammes) de sublimé, ou quelques gros, ( vingt-cinq à trente grammes) d’onguent napolitain peuvent constituer un traitement complet*, il va sans dire qu’on tiendra compte dans ces quantités , de l’âge particulier des petits malades,, ainsi que de la force et du caractère de leur constitution.

Enfin lorsqu’on ne peut pas faire prendre les remèdes à la nourrice et que l’état actuel de l’enfant s'oppose a toute application immédiate sur lui, il ne faut pas balancer à recourir à l’emploi du lait d’une chèvre dont on frictionne, tous les jours, les mamelles et les parties internes des jambes avec plusieurs grammes d’onguent napolitain.

§ I. DES EXCROISSANCES ET DLS VEGt TATIONS

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