SYPHILITIQUES
On voit se développer quelquefois sous certaines conditions morbides et le plus souvent sous l'influence de la syphilis, une sorte de puissance végétante des tissus par laquelle naissent des productions nouvelles de forme et de volume très-variables qu’on a réunies sous le nom générique d’ Excroissances et de Végétations et qu’on a diversement dénommées , suivant les aspects partiels qu’elles peuvent revêtir et les objets auxquels on les a comparées.
Cette propriété végétante paraît plus commune chez la femme que chez l'homme.
Le nom d’excroissances est destiné à indiquer les productions formées par l’hypertrophie de quelques plis de la peau et des muqueuses ainsi que du tissu cellulaire qui les double.
On les divise en deux groupes d’après leur volume et la disposition de leur bord libre : le condylome ainsi appelé pour la ressemblance qu’on a cru lui trouver avec les extrémités articulaires de certains os longs, qui siègent ordinairement au pourtour de l’anus et quelquefois aux grandes lèvres j et qui est constitué par des saillies applaties latéralement , de la couleur de la peau ou d’un rouge brun plus ou moins foncé-, et la crête de coq, cristagalli, qui diffère du précédent par un moindre volume, mais surtout par sa forme, car elle est plus comprimée à sa base, et son
sommet ou bord libre est plus mou, plus rouge, frangé et découpé de diverses manières.
Les condylomes et les crêtes de coq ont des faces latérales quelquefois lisses, d’autres fois plus ou moins chagrinées et rugueuses.
Les végétations diffèrent des excroissances véritables en ce que l’élément vasculaire domine en elles, tandis que l’élément dermique et celluleux forme particulièrement les autres. Elles occupent chez l’homme le prépuce, le gland, le méat de l’urètre*, chez la femme, l’entrée du vagin et ses divers replis et jusqu’au col de l’utérus, le mamelon } et dans les deux sexes le pourtour de l’anus, le sillon génito-crural, l'ombilic, l’angle des lèvres, la muqueuse buccale, la langue, le sillon latéral du nez, les fosses nasales, les yeux, les oreilles, tous les points voisins des orifices des muqueuses, ainsi que tous ceux où la peau revêt quelques uns des attributs de ces membranes.
Les végétations sont désignées dans les livres anciens sous des noms très -vulgaires et très-variés, suivant les formes bizarres et diverses qu’elles peuvent offrir: ainsi on les appelait Porreaux, Chouxfleurs, Mûres, Framboises, Fraises. Fies ou Marisques, Champignons, Verrues, etc. Ces noms doivent disparaître de la science*, la distinction d’excroissances et de végétations mérite seule d’être conservée parce qu’elle est fondée sur une différence dans les élémens qui les constituent.
L’apparition de ces productions morbides est souvent précédée d’un léger prurit aux parties où elles vont se montrer, ce prurit s’accroît, cause
une douleur véritable, et l’on voit s’élever bientôt des espèces de petites papules charnues } après leur manifestation il ne reste guère qu’une démangeaison insignifiante. D’autres fois, la maladie survient sans accidens appréciables et la présence seule de la végétation en annonce le développement. Mais les plus indolentes deviennent quelquefois douloureuses lorsqu’elles sont fortement comprimées, ce qui peut arriver, par exemple, lorsqu’elles siègent sur le gland ou la face interne du prépuce chez les hommes à phymosis naturel ou accidentel-, ou lorsqu’elles se trouvent exposées à des froissemens et à des irritations trop répétées. Dans certains cas même , elles s’excorient , saignent et provoquent des douleurs lancinantes susceptibles de faire craindre des dégénérescences squirreuses ou cancéreuses qui, quoique fort rares, les atteignent pourtant parfois ainsi que j’en ai observé, il y a quelques années, un cas terrible chez un officier. Une masse de végétations placées sur le gland prit chez ce malade un aspect cancéreux , détermina l’engorgement des ganglions inguinaux , lesquels subirent aussi cette fâcheuse dégénérescence, et, malgré tous les soins dont on l’entoura et tous les traitemens qu’on lui fit subir, la mort eut lieu au milieu des douleurs atroces qu’amène si souvent la cachexie cancéreuse.
L’humeur sécrétée par les excroissances et les végétations de l’anus et des parties génitales exhale une odeur fétide caractéristique. Cette fétidité tient moins, je crois, à leur organisation propre, qu’à la nature des parties ou elles siègent.
Ces productions morbides sont fréquemment l’indice d’une infection vénérienne générale : mais il faut pourtant convenir qu elles se montrent d’autres fois si promptement qu’on peut les considérer comme de véritables symptômes primitifs. Enfin je ne dois pas oublier de dire qu’on les voit survenir aussi dans des cas, ou il n’est pas possible d’invoquer la syphilis comme cause pathogénique.
Tous les froissemens et toutes les contusions répétés du vagin ou de l’anus semblent pouvoir leur donner naissance, surtout lorsqu’à ces causes se joignent des habitudes de malpropreté et quelques dispositions individuelles favorables.
Dans les bagnes , il n’est pas rare de rencontrer des condylomes , des crêtes de coq et des végétations diverses à l’anus de certains hommes dont l’ouverture du rectum frangée et disposée en entonnoir prouve assez les honteuses habitudes,* quoique ces hommes ne paraissent pas atteints de vérole et qu’on puisse espérer les guérir par de simples applications topiques , sans s’exposer à voir plus tard apparaître en eux des signes d’infection générale.
M. Paul Duhois n’est pas éloigné de croire que certaines sécrétions âcres et irritantes, auxquelles la grossesse donne assez fréquemment lieu , prédisposent la muqueuse des organes génitaux à ces productions morbides*, qu’elles peuvent même donner parfois naissance à des végétations lout-à-fait analogues à celles qui reconnaissent pour cause les affections virulentes mais susceptibles de disparaître spontané-
ment, lorsque les conditions de puerpéralité ont modifié et tari l’écoulement.
Il est constant , du reste , que les excroissances et les végétations ont existé longtemps avant qu’il fût question de la syphilis , ainsi qu’on peut s'en convaincre dans les livres d’Hippocrate , dans ceux de Celse, d’Àétius , de Paul d’Egine et de quelques écrivains latins étrangers à la médecine.
Cependant tout en tenant compte de cette possibilité de l’existence d’excroissances et de végétâtions étrangères à la maladie vénérienne , il faut ne pas oublier que, dans la très-grande majorité des cas, elles sont de véritables indications d’iniection générale. Elles se montrent ordinairement après les chancres et souvent même aux lieux que ceux-ci occupaient*, elles peuvent succéder aux pustules plates-, elles apparaissent quelquefois aussi, particulièrement chez les femmes, à la suite de blennorrhagies en apparence bénignes 5 parfois elles surviennent d’emblée sur des points qui n’avaient présenté aucune trace d’inflammation.
L’humeur sécrétée par ces productions nouvelles n’est pas inoculable. Possède-t-elle des propriétés contagieuses réelles? Cette question est généralement résolue par la négative : mais des faits incontestables sont venus démontrer que la forme syphilitique dont je m’occupe, sans être aussi constamment contagieuse que les chancres , sans l’être même autant que les pustules plates, est pourtant douée de la faculté de se transmettre directement.
L’observation que je vais citer en est une preuve ;
M. Ch.... N . avait eu divers symptômes de
syphilis, et en particulier des végétations, pour lesquels il avait suivi des traitemens mercuriels, et dont il se croyait bien complètement débarrassé. Il lui restait pourtant encore une légère saillie, presque insignifiante , sur le gland. Désirant se marier, il alla montrer ce petit tubercule au médecin qui l’avait dirigé , et sur les assurances réitérées qu’il reçut de l’insignifiance complète de l’accident qui l’inquiétait, il se décida au mariage.
Quelques mois après, sa femme étant enceinte et éprouvant des ardeurs et des douleurs continuelles à la vulve, on s’aperçut que toute l’entrée du vagin était occupée par des masses de végétations qu’on crut devoir rattacher à la petite production morbide que le mari présentait sur le gland , et pour lesquelles le même médecin fit subir un long traitement mercuriel à la malheureuse jeune femme.
Le traitement des excroissances et des végétations comprend deux ordres de moyens : les uns destinés à combattre la syphilis générale dont elles sont souvent les indices , les autres dirigés contre les accidens locaux eux-mêmes.
Presque tous les auteurs conseillent de commencer par employer les anti-syphilitiques , et de ne s’occuper localement de la maladie que lorsqu’on est arrivé à la moitié , aux deux tiers ou à la fin même de leur administration.
Quelquefois , en effet , des excroissances qu'on avait vainement tenté de détruire ou d’exciser et qui avaient toujours repullulé, cessent de reparaître quand on a fait usage de quelque préparation mercurielle.
Les trai terriens generaux sont à-peu-près ceux que j’ai indiques contre les pustules plates. Le plus souvent, ils ne paraissent pas exercer d’action manifeste sur les végétations’, parfois pourtant, sous leur influence, celles-ci se ramollissent, se flétrissent, s’atrophient et tombent même tout-àfait pour ne plus se reproduire.
J’ai plusieurs lois observé cette heureuse disparition à des époques variables du traitement , et après des doses plus ou moins considérables de remèdes. En voici entr’autres un exemple trèsremarquable : M. de L.... avait eu à Paris en 1 84 1 une blennorrhagie qui avait cédé promptement à des injections d’azotate d’argent, lorsque deux ans après, en 1843, il s’aperçut que des végétations se développaient au gland près du frein du prépuce. Quelques jours s’étaient à peine écoulés qu’il vit survenir un écoulement urétral verdâtre, peu abondant et à peine douloureux pendant l’émission de l’urine.
M. de L . présentait de plus une rougeur
habituelle du pharynx , du voile du palais et des amygdales, avec hypertrophie notable de ces derniers organes*, cette irritation de la gorge qui, du reste, n’offrait pas de caractères bien tranchés, était un état habituel pour lui et remontait à cinq ou six ans.
M. de L . avait presque constamment cohabité
avec une même femme depuis la première urétrite, sans éprouver aucun nouvel accident morbide , et cette femme elle-même ne présentait aucune trace de syphilis.
Je conseillai à ce jeune malade l’usage du sirop concentre' de salsepareille avec addition de sublimé et d’extrait d’opium , une tisane préparée avec le, sirop de salsepareille , un régime approprié.
Les végétations augmentèrent encore pendant les premiers jours de ce traitement, mais après quinze ou vingt jours , et lorsque le malade avait pris environ cinquante centigrammes de deuto-chlorure de mercure, elles devinrent molles, se flétrirent et ne tardèrent pas à tomber, en ne laissant après elles qu’une petite cicatrice blanche qui depuis a presque complètement disparu.
M. de L . avait pris alors un litre (mille
grammes) de sirop de salsepareille avec un gramme ( dix-huit grains) de deuto-chlorure de mercure et une quantité égale d’extrait d’opium. 11 continua encore quelque temps les mêmes remèdes1, et sous leur influence, l’écoulement s’arrêta aussi. Depuis cette époque, ces accidens ne se sont plus reproduits } mais le mal de gorge , qui avait seulement diminué pendant le traitement , a persisté et continue comme jadis à s’accroître notablement, lorsque M. de L . se livre à des exercices pé¬
nibles ou à des travaux fatigans.
On peut, dès le commencement des traitemens généraux, soumettre les excroissances et les végétations à l’action immédiate de substances capables d’en arrêter le développement , ou d’en bâter la destruction*, mais il ne faut habituellement se décider à les exciser que lorsque ces traitemens généraux sont déjà fort avancés ou même lorsqu’ils sont près d’être achevés.
Tous les résolutifs, tous les astringens, et surtout les cathére'tiques et les caustiques amènent quelquefois la guérison de ees phénomènes morbides. On peut essayer des lotions répétées , faites avec des solutions concentrées de chlorure de soude , de sulfate de zinc, de sulfate d’alumine et de potasse, mais il est rare que ces moyens soient suffisans.
On peut employer aussi toutes les pommades au calomélas , au précipité blanc, au proto-iodure et à l’oxide rouge de mercure, etc., et presque jamais, il faut le dire, on ne peut obtenir par elles un résultat complet.
L’alun calciné, le calomélas, le sulfate de cuivre , la poudre de sabine , seule ou mêlée au miel, au ce'rat , aux onguens mercuriels, et appliqués sur des plumasseaux recouverts avec ces onguens, peuvent être d’un bon emploi ; mais l’acide nitrique , l’acide hydrochlorique , le nitrate d’argent, le nitrate de mercure, le beurre d’antimoine, réussissent bien plus souvent, quoiqu’ils comptent beaucoup d’insuccès. Il faut renouveler ces applications une ou deux fois par jour , ou seulement tous les deux ou trois jours lorsqu’elles causent trop d’irritation. J’ai eu souvent à me louer de l’usage répété d’une solution faite avec un gramme et même un gramme et demi (dix-huit, vingt, vingt-sept grains) de deuto-chlorure de mercure pour trente grammes (une once) d’eau distillée dont j’ai déjà , en plusieurs autres occasions , cité les heureux elfets.
Quelques auteurs craignant de contribuer, par
l emploi trop frequent des cathére'tiques et des caustiques , à provoquer la dégénérescence cancéreuse, surtout lorsque les excroissances et les végétations sont très-volumineuses , qu elles paraissent avoir de la tendance à prendre un mauvais caractère , ou qu’elles existent chez des sujets à constitution générale peu saine, ont conseillé de recourir de préférence à l’excision *, c’est à elle , du reste, qu’il faut songer, dans tous les cas, lorsqu’on a usé, quelque temps sans succès, des diverses applications que je viens d’indiquer.
On peut la faire avec le bistouri , avec des ciseaux ordinaires ou mieux encore avec des ciseaux courbes sur le plat. 11 ne faut pas se borner à exciser les excroissances et les végétations en at taquant leur base , il faut avoir soin de les soulever en les saisissant avec des pinces à disséquer et d’emporter la partie sur laquelle elles sont implantées. Lorsqu’on néglige cette précaution on les voit souvent repulluler par le fait seul de la disposition végétante du point de leur insertion et indépendamment de la cause générale qui leur avait d’abord donné naissance. Il faut aussi après l’opération , pour mieux éviter les récidives, cautériser la plaie avec le nitrate d’argent, en ayant soin d’absterger préalablement le sang qui s’écoule quelquefois en abondance*, la cautérisation provoque fréquemment une douleur plus vive que l’instrument tranchant lui-même.
Parfois enfin , particulièrement lorsqu’il s'agit de certains condylomes de l’anus , ou de végétations très-développées et très-nombreuses de cette région
et fie l’entrée du vagin, on est obligé, après l'excision , de laire des applications de cautère actuel , pour en détruire complètement la base et pour agir plus profondément sur les tissus sousjacents. Cette méthode un peu barbare, dont nos prédécesseurs usaient peut-être trop souvent , doit être réservée pour quelques cas tout- à-fait exceptionnels, Je n’ai été obligé d’y recourir que trèsrarement depuis longues années à l’hôpital du bagne de Toulon ou on a assez fréquemment à traiter des hommes dont l’anus est obstrué entièrement par des masses volumineuses de ces diverses productions , et où le feu constituait , il n’y a pas bien longtemps , le mode de traitement local le plus employé.
On a aussi cherché à faire tomber, à l’aide de la ligature, les végétations pédiculées , afin d’éviter, aux femmes, en particulier, la frayeur de l’excision et la douleur qui Raccompagne} mais la ligature, qu’elle soit faite avec de la soie , des fils cirés ou des fils métalliques, ne donne que rarement de bons résultats, et ne doit être pratiquée que lorsque tous les caustiques ayant échoué , la pusillanimité des malades empêche absolument qu’on ait recours à l’instrument tranchant.
§ 11. Des Rhagades ou Fissures syphilitiques.
Sous 1 influence de la diathèse vénérienne , les muqueuses offrent parfois à leurs orifices , et la peau dans quelques uns de ses interstices, une tendance particulière à présenter certaines affections ulcéreuses qu’on désigne sous les noms de Fissures ou Rhagades.
Leur siège le plus ordinaire est dans les plis de l’anus : il n’est pas rare d’en rencontrer aussi aux commissures des lèvres et sur les côtes de la langue, quelquefois, et moins souvent, entre les orteils et les doigts.
Elles sont fréquemment accompagnées d’autres signes de syphilis constitutionnelle, et cette coïncidence facilite beaucoup leur diagnostic.
A l’anus en particulier, on les trouve entourées d’une auréole brune ou cuivrée*, mais la couleur cuivrée a seule quelque importance , la coloration brune se rencontrant à-peu-près dans toutes les lésions de cette région qui durent un certain temps. Elles sont souvent superficielles*, leurs bords sont peu élevés, souples et unis, et le liquide qu’elles sécrètent est blanc et épais.
D’autres fois, elles sont profondes, douloureuses, à bords durs et calleux, et produisent une sérosité âcre, sanguinolente et fétide $ d’ordinaire elles ne se compliquent, qu’après un long temps, des accidens spasmodiques et des douleurs violentes qui sont si souveut le signe caractéristique des fissures étrangères à la maladie vénérienne , et cette indolence peut réellement aider à les distinguer.
Les rhagades ne s’inoculent pas *, celles de l’anus et de la bouche , et par suite probablement celles des orteils et des doigts, paraissent pourtant susceptibles de se communiquer dans certaines circonstances où la durée du contact des parties et l’état propice des tissus favorisent la contagion.
Elles sont quelquefois l’origine de certaines végétations } l’irritation chronique qu’entretiennent
celles de l’anus peut donner naissance à ces productions morbides, ou tuméfier les plis naturels de cette région , de manière à leur faire prendre l’aspect de véritables condylomes.
Des bains partiels ou généraux, des lotions émollientes ou narcotiques répétées , sont utiles pour diminuer l’irritation qui complique les fissures-, et il faut toujours, du reste, soumettre le malade à de grands soins de propreté. Les lotions avec les chlorures alcalins très-étendus sont préférables dans quelques cas.
L’emploi de pommades au ealomélas ou à l’oxide rouge de mercure , ou de plumasseaux recouverts de cérat mercuriel auquel on peut ajouter des doses variables d’extrait de belladone , de jusquiame, d’opium, produit souvent de bons effets.
Je me trouve très-bien de l’application répétée de petits pinceaux de charpie trempés dans des solutions de deuto-chlorure de mercure à doses variables, depuis soixante centigrammes (douze grains) jusqu’à un gramme et plus (dix-neuf à vingt grains) pour trente grammes (une once) d’eau distillée, faites en écartant avec soin les plis de l'anus et en mettant bien à découvert le fond de la fissure.
11 faut augmenter ou diminuer la force de ces solutions, et en renouveler les applications une ou deux fois par jour, ou les éloigner, suivant l’indolence ou la sensibilité des tissus et la susceptibilité des malades.
M. Velpeau dit avoir employé avec succès des plumasseaux de charpie imbibés d’un topique
composé d’un gramme (dix-huit grains) de calomélas préparé à la vapeur, délayé dans trente grammes (une once) de forte décoction de guimauve.
Lorsque le spasme des sphincters est très-prononcé et lorsque les fissures pénètrent profondément dans le rectum, il peut être utile d’augmenter l’action de ces moyens par l’introduction, dans l’anus de mèches de charpie enduites de quelques uns des onguens indiqués.
Si ces moyens ne suffisent pas , il faut cautériser plus énergiquement les fissures avec le sulfate de cuivre, ou avec des crayons pointus de nitrate d’argent, en mettant une grande attention à atteindre jusqu’au fond de la gerçure*, et même dans des cas plus opiniâtres encore se décider à l’incision de l’ulcération, comme le conseille Boyer, en attaquant plus ou moins profondément le sphincter, suivant que le cas l’exige*, ou à l’excision superficielle de la partie affectée de la muqueuse , ainsi que l’a proposé récemment M. Jobert. 11 faut pour atteindre ce but, faire soigneusement effacer par des aides les plis de l’anus, afin de mettre bien à découvert toute la fissure, saisir la muqueuse malade avec des pinces à dents , et l exciser avec des ciseaux courbes sur le plat ou le bistouri , et après l’une et l’autre opération, se conduire comme après l’incision de la fistule a l’anus.
Mais tous ces moyens combattent l’affection locale sans porter remède à la syphilis générale qui en est la cause, et pour laquelle il faut prescrire les trai terriens que j’ai indiqués contre les tu-
hercules muqueux et contre les excroissances et les végétations.
§ III. Des Ulcérations consécutives des Organes Génitaux.
On trouve, quelquefois, sur la muqueuse du gland et du prépuce chez l’homme , et sur celle qui tapisse l’orifice des voies génito-urinaires chez la femme, des plaques rouges, arrondies, non saillantes, de grandeur variable, mais n’atteignant que rarement celle d’une pièce de vingt-cinq centimes*, elles sont accompagnées de la destruction de l’épithélium ou même de la partie la plus superficielle du muco-dcrme, par une sorte d’emporte- pièce , analogue à celui que produisent certaines syphilides squammeuses de la paume des mains; et se rapprochent, parfois aussi, des traces que laissent après elles certaines pustules plates.
Ces plaques rouges, ces érosions et ces ulcérations superficielles se montrent toujours à des époques éloignées du moment de l’infection et sont liées à la syphilis constitutionnelle ; elles se dissipent souvent d’elles-mêmes, ou sous la simple influence de lotions légèrement résolutives ou astringentes, pour se montrer de nouveau après quelques semaines ou quelques mois; il n'est pas rare de les voir reparaître d’une manière périodique.
Les moindres causes d’irritation , de la négligence dans les soins de propreté, le commerce avec une personne saine, du reste, ou atteinte de légères flueurs blanches, les écarts de régime surtout
l'usage des mets excitans, en favorisent et en provoquent même le retour.
Elles sécrètent une humeur médiocrement abondante et toujours un peu âcre.
Elles ne sont pas susceptibles de se transmettre par l'inoculation , ne me paraissent pas donner lieu à des chancres par le coït, mais peuvent occasionner des érosions suspectes ou des inflammations muqueuses analogues à celles que produisent souvent les pustules plates, et engendrer quelques écoulemens capables de faire naître, à leur tour, des accidens vénériens consécutifs.
Ces ulcérations sont ordinairement précédées par un prurit incommode, qui peut persister pendant toute leur durée, et dégénérer en vives cuissons. D’autres fois , elles surviennent subitement sans modifier la sensibilité des parties, et ne causent aucune douleur.
îl faut les distinguer avec soin des érosions superficielles , que présentent quelquefois sur le gland ou sur le prépuce , par suite d’herpès sur ces parties, les hommes qui ont été jadis affectés de chancres, et qui, à la vue de ces légers accidens évidemment étrangers à la vérole, sont toujours prêts à se soumettre à de nouveaux traitemens.
J’ai l’habitude de combattre ces ulcérations consécutives par le deuto-chlorure ou le proto-iodure de mercure, et principalement par le sirop de salsepareille additionné de sublimé et d’extrait d’opium , auxquels j’ajoute comme moyens locaux, des lotions d’eau froide, d’eau blanche, d’eau légèrement astringente préparée avec le sulfate acide
d’alumine et de potasse, et des applications de petits carrés de linge entre le prépuce et le gland.
Il est important de ne pas méconnaître la nature de ces ulcérations, et de se hâter de diriger contre elles des remèdes appropriés, car elles sont souvent les préludes d’accidens plus graves et mieux caractérisés.
§ IV. De l’Angine syphilitique
et des ulcérations consécutives de la bouche , de la langue , des amygdales et du pharynx.
La syphilis constitutionnelle s’annonce fréquemment par une inflammation particulière de l’isthme du gosier et du pharynx , que caractérise une rougeur violette, indolente, accompagnée quelquefois de granulations plus ou moins saillantes * et d’érosions ou d’ulcérations , d’aspect , d’étendue et de profondeur variables , sur divers points de la muqueuse des lèvres, des joues, de la langue et de l’arrière-bouche.
Aux lèvres, ces affections occupent de préférence les commissures et se confondent avec les
fissures dont je viens de m’occuper*, sur le reste
de la bouche et sur les amygdales elles sont or¬
dinairement arrondies, superficielles, semblent quelquefois n’attaquer que l’épithélium et ressemblent beaucoup aux érosions du gland que j’ai
décrites dans le paragraphe précédent. D’autres fois elles sont profondes , à fond grisâtre , à bords saillans*, sur les côtés de la langue elles constituent parfois des fentes verticales et de véritables fissures.
Elles sont peu ou point douloureuses*, l’indolence est même un de leurs caractères distinctifs ; souvent elles existent depuis quelque temps avant que les malades se soient aperçus de leur présence.
Elles ne forment pas de saillie au-dessus des tissus du voisinage , ce qui tend à les différencier des rougeurs qui accompagnent les pustules plates des mêmes parties*, mais cette distinction devient très-difficile après l’affaissement des tubercules.
Une coloration brune particulière permet de ne pas les confondre avec les ulcérations mercurielles que , du reste , l’odeur et la saveur caractéristiques qui les accompagnent font presque toujours reconnaître aisément*, ni avec les ulcérations scorbutiques qui présentent cette particularité d’occuper spécialement les gencives , tandis que celles qui sont dues à la syphilis siègent presque exclusivement dans les autres parties de la cavité buccale.
Cette même coloration les distingue des aphtes véritables , reconnaissables encore en ce qu’ils existent presque toujours en bien plus grand nombre; enfin des ulcères que la déviation des dents, et de la troisième molaire ou dent de sagesse en particulier, produit souvent ; le siège de ces ulcères et surtout la présence des dents déviées devant presque toujours suffire pour en rendre facile le diagnostic différentiel.
Ces affections ne sont pas inoculables; mais sont-elles susceptibles de se transmettre par contagion ? Cette propriété ne paraît pas assez développée pour que le contact simple et momentané
suffise ordinairement à sa manifestation. Il n’en est pas moins avéré pour moi que l’application prolongée, et dans des circonstances propices, des sécrétions qu’elles produisent peut faire naître de véritables accidens vénériens.
J’ai connu une jeune personne qui, à la suite d’inflammations très-peu aigues, mais opiniâtres de l’arrière-boucbe, qu’on avait combattues vainement par tous les anti-plilogistiques et tous les révulsifs ordinairement employés dans ces cas, présenta au voile du palais une perforation arrondie, entourée d’une rougeur brune , à aspect syphilitique bien prononcé et dont les progrès furent promptement arrêtés par l’usage de la liqueur de Van- Swiéten. Les bords de la perte de substance se cicatrisèrent, la coloration morbide disparut, mais la pauvre malade conserva, au milieu du voile du palais, une perforation étendue de quelques lignes, et un peu d’altération dans la voix.
Nous l avions plusieurs fois interrogée sur ses relations et ses antécédens, sans pouvoir obtenir aucun renseignement capable de nous expliquer le caractère franchement vénérien de son angine; lorsqu’un jour elle avoua qu’elle s’était laissé embrasser plusieurs fois sur la bouche par un jeune homme qui , à notre connaissance, avait eu des accidens vénériens et qui présenta plus tard une affection grave du nez et des fosses nasales-
Après être restées longtemps indolentes et stationnaires , ou après s’être dissipées et s’être montrées de nouveau à plusieurs reprises et à des intervalles variables, ces ulcérations prennent tout d’un
coup un caractère rongeant qu’elles offrent d’autres fois, mais très-rarement, dès leur manifestation. Elles détruisent alors promptement la luette , les piliers du voile du palais, cet organe lui-même } et laissent souvent dans ces parties, des perforations plus ou moins étendues, ou d’autres désordres qui altèrent la voix , gênent la déglutition , et contre lesquels on ne saurait trop se liâter d’agir.
Les altérations du palais se lient assez fréquemment à la maladie de la voûte palatine *, les moindres plaques rouges qui se montrent dans celte partie , semblent même parfois dénoter un travail de carie des os sous-jacents, et ces altérations résistent naturellement alors à tous les remèdes les mieux appropriés et les plus énergiques, jusqu’à ce que ralïection des os soit elle -même enrayée et guérie.
Les ulcères dont je m’occupe présentent rarement assez d’acuité pour exiger l’emploi de moyens anti phlogistiques puissans^ presque toujours un régime sage , des boissons douces et quelques gargarismes émolliens avec du lait tiède , ou avec des décoctions d’orge , de guimauve , de graines de lin miellées, seules ou coupées par du lait, suffisent pour faire disparaître les phénomènes phlegmasiques qui les accompagnent. Dans le cas contraire, des sangsues à la gorge, ou une saignée générale devraient être prescrites $ mais on n’a guère besoin qu’exceptionnellement de recourir à de pareils moyens et seulement quand la constitution pléthorique ou l’idiosyncrasie particulière des malades les exposent spécialement aux inflammations de la gorge.
Lorsque ces ulce'rations restent ensuite stationnaires il faut rendre les gargarismes détersifs à Laide du miel rosat , du vinaigre, de quelques gouttes d’acide hydrochlorique, en les additionnant de quelques cuillerées de liqueur de Vanswiéten, ou en y ajoutant cinq, dix, quinze centigrammes ( un, deux, trois grains ) de deuto-chlorure de mercure.
Lorsque ces moyens ne paraissent pas en modifier assez promptement la surface, il faut recourir à des applications plus actives , telles que le collyre de Lanfranc, le sulfate de cuivre, le nitrate d’argent, l’acide hydrochlorique ou le nitrate acide de mercure, purs ou étendus dans deux ou trois parties d’eau commune. Je me sers encore souvent aussi des solutions concentrées de sublimé corrosif dont j’ai eu déjà plusieurs fois occasion de signaler les bons effets.
Il est inutile d’insister sur la nécessité de faire toutes ces applications avec les précautions convenables , par exemple de bien fixer les remèdes solides sur les instrumens qui les portent sur les points malades, ou de bien exprimer les pinceaux destinés à appliquer les remèdes liquides.
Quand ces substances irritent fortement les parties, et laissent un goût désagréable, ce qui arrive pour plusieurs d’entre elles , il faut prescrire aux malades de se laver la bouche, aussitôt après, avec leur gargarisme ordinaire, ou simplement avec de l’eau fraîche.
Ces ulcérations syphilitiques indiquant toujours une infection générale , ne doivent pas seulement
être traitées localement: elles exigent toujours un traitement spécifique approprié à leur intensité, et à la constitution particulière des malades. Je fais souvent usage contre elles du sirop concentré de salsepareille additionné de deuto-chlorure de mercure et d’extrait d’opium *, la dose de sublimé et d’opium varie depuis soixante centigrammes à un gramme (dix à dix^huit grains) pour un litre de sirop, dont je fais prendre habituellement quinze cents à deux mille grammes (un litre et demi à deux litres). J’ai recours, d’autres fois, aux pilules de deuto-chlorure et de thridace , et dans les cas les plus graves je préfère à celles-ci l’extrait d’opium.
Ordinairement on se borne localement à quelques gargarismes pendant les premières semaines de l’emploi des anti-syphilitiques généraux , et on réserve les cathérétiques et les caustiques pour une époque avancée du traitement , excepté pourtant lorsque ces accidens , au lieu d’être indolens et stationnaires , offrent de la tendance à s’accroître ou présentent des dispositions rongeantes.
Les tisanes sudorifiques diverses sont des adjuvans utiles des préparations hydrargyriques que je viens d’indiquer et doivent toujours être prescrites conjointement avec elles.
Ces affections cèdent souvent et avec rapidité aux moyens que je viens d’indiquer, et presque toujours on en obtient ainsi la guérison définitive. Quelquefois pourtant elles reparaissent après un temps plus ou moins long et exigent de nouveaux soins. On se décide ordinairement alors à reprendre l’emploi des mercuriaux, en faisant choix d’une autre préparation.
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Lorsque ce second traitement n’est pas suivi d une curation complète , ce qui malheureusement n’est pas rare *, ou lorsque l’état du malade ne permet pas de revenir à ce groupe d’agens thérapeutiques 5 on conseillait jadis de faire usage de divers médicamens fort composés qui sous le nom de tisanes de Feltz, de Zittman , dePollini, etc. possédaient sinon une puissance anti-syphilitique bien prononcée, du moins une action générale incontestable sur l’organisme j ces diverses liqueurs avaient amené des guérisons réelles par cette action même, ou peut-être seulement par le fait de la cessation de tous les mercuriaux dont abusaient souvent, il faut bien en convenir , les médecins du XVIIIe siècle et du commencement du XIXe. C’est à cet ordre de remèdes que se rattachent tous les sirops sudorifiques et dépuratifs qui ne contiennent pas de mercure et qu’on employait dans des cas semblables.
L’opium a été préconisé aussi à juste titre pour les malades que l’abus du mercure et la durée illimitée du mal tiennent dans un état permanent et fâcheux d’éréthisme nerveux.
Dans les premières années de mes recherches sur les maladies vénériennes, je me suis servi bien souvent , dans ces cas , et avec des succès non douteux pour moi , des préparations d’or, du chlorure d’or et de soude en frictions sur la langue et sur la face interne des joues, et de l’oxide d’or en pilules*, mais depuis quelques années, j’ai obtenu des résultats plus certainement et plus constamment heureux de l’iodure de potassium à haute dose. Je tracerai plus tard la marche à suivre dans i’adminisîration de ces remèdes.
§ V. Des Ulcérations consécutives de f Epiglotte et du Larynx.
Quelquefois , les ulcérations de l'arrière bouche et du pharynx, s’étendent plus profondément encore , atteignent l’épiglotte , et produisent des désordres plus graves, dans les phénomènes de la déglutition *, elles peuvent envahir aussi l’appareil phonateur, et occasionner, dans la voix , des altérations bien plus prononcées , mais variables , suivant qu’ elles affectent les parties supérieures du larynx , ou qu’elles pénètrent dans l’intérieur même de cet organe.
Parfois ces ulcérations existent seules et sans être jointes à aucune affection de la cavité buccale, et, dans ces cas , il est souvent très-difficile d’en reconnaître la nature propre , et d’en bien établir le diagnostic différentiel,
La laryngite ulcéreuse syphilitique ne survient souvent que longtemps après les symptômes primitifs. Elle produit tous les accidens des maladies ordinaires du larynx, tels que gêne ou douleur fixe au niveau du cartilage thyroïde, dont le volume s’accroît manifestement dans quelques cas , altérations de la voix , dyspnée , toux saccadée et efforts pour expulser les mucosités qui obstruent la glotte , et après lesquels les malades rendent un peu de matière purulente mêlée , dans quelques cas , de stries de sang.
Enfin, lorsque le mal persiste, il peut amener de la fièvre avec sueurs nocturnes et tout l’appareil pathologique de la phthisie laryngée.
Quelquefois, les parties dures de l’organe pho-
nateur participent à la maladie et en augmentent la gravité. Dans les cas les plus heureux alors, quand on parvient à en enrayer la marche et à obtenir une guérison complète , il reste généralement de l'aphonie ou du moins des altérations profondes dans la voix.
Ces accidens syphilitiques sont toujours fort graves. Ils réclament les mêmes traitemens que les affections secondaires de la gorge , et d’autres fois aussi, l’emploi des remèdes ordinairement réservés pour les accidens tertiaires; dans quelques cas même, ils présentent une grande opiniâtreté , et exigent que le médecin déploie toutes les ressources thérapeutiques que peut donner une grande pratique des maladies vénériennes.
§ VI. Des Ulcérations secondaires des fosses nasales.
La maladie vénérienne peut encore déterminer dans les fosses nasales, des ulcérations qui coexistent souvent avec celles de divers points de la bouche , mais qui peuvent aussi se présenter seules. Ces ulcérations ne donnent lieu, parfois, qu’à des écoulemens peu abondans et mal caractérisés, rapportés par les malades à des coryzas, et dont il est très-difficile de bien indiquer la véritable nature. Après un certain temps, elles occasionnent des douleurs vives et profondes , produisent des croûtes grises ou brunes qui se détachent souvent avec peine, et des écoulemens abondans, verdâtres , fétides , des ozènes et des punaisies dégoûtantes.
Enfin , lorsqu'elles sont méconnues et qu’on ne leur oppose pas des traitemens convenables, elles finissent par se compliquer de la maladie des cartilages et des os qui forment la charpente solide des fosses nasales.
Quelquefois ces caries marchent sourdement et ne se dévoilent que par la sortie de fragmens des cornets , des os propres du nez , etc. , et par la déformation ou l'affaissement presque subit de la pyramide nasale.
Le diagnostic précis de ces affections peut être fort obscur, lorsque les suppurations diverses et les croûtes que rendent les malades en sont les seuls symptômes appréciables. Les altérations des os et des cartilages peuvent, il est vrai, contribuer à les faire reconnaître-, mais l’existence simultanée d’autres signes d’infection vénérienne les différenciera plus sûrement des maladies analogues de la même région qui sont étrangères a la syphilis.
Des soins de propreté , des lotions répétées avec des liquides émolliens , détersifs , narcotiques , suivant les cas , ou mieux avec des solutions de chlorure de soude, modifient utilement l’état de la muqueuse nasale et la nature des sécrétions morbides qu’elle produit.
Lés applications de pommades douces ou détersives favorisent la chute des croûtes et contribuent aussi à déterger les surfaces ulcérées.
Les traitemens anti-syphilitiques a mettre en usage contre ces symptômes sont les mêmes que ceux que j’ai indiqués pour les affections secondaires de la gorge , et quand les malades ont em-
plojë sans succès les préparai ions mercurielles, il faut recourir promptement et sans hésitation aux agens thérapeutiques des accidens tertiaires de la syphilis.
§ VII. Des Maladies vénériennes de la Peau „
ou des Syphilides.
Parmi les accidens morbides occasionnés par la syphilis constitutionnelle , il n’en est pas de plus communs et souvent de plus graves que ceux qui atteignent la peau et qui constituent le groupe naturel des syphilides. Ils sont aussi fréquens à eux seuls , peut-être , que tous les autres symptômes secondaires réunis et méritent , à juste titre, une attention particulière.
Les maladies vénériennes de la peau ont existé dès les premiers temps de la syphilis, et ont été signalées dans les premiers écrits publiés sur l’épidémie du XVe siècle. Il est probable même que c’est par leur étude et par la ressemblance qu’on leur trouva avec les lèpres, si communes au moyen âge , qu’on fut amené à proposer contre elles et par suite contre tous les signes de vérole , le mercure et ses préparations dont on retirait depuis longtemps de si puissans effets dans le traitement de lésions ordinaires de la peau.
Les anciens auteurs confondaient, sous le nom de pustules, toutes les affections cutanées qu’ils rapportaient à la syphilis , et ne leur assignaient pas de caractères assez tranchés pour les bien différencier des autres lèpres , ou des autres dartres étrangères à cette maladie spécifique.
On sentit plus tard la nécessité de classer méthodiquement toutes ces prétendues pustules , et Cullerier oncle les divisa en pustules ulcéreuses, tuberculeuses, formiées, crouteuses, etc.
C’est à Alibert qu’est due la dénomination si heureuse et si expressive de syphilide; mais c’est à Biett que la science est redevable des travaux les plus importans sur ce groupe de phénomènes pathologiques.
Il en étudia, avec une persévérance infatigable, tous les caractères généraux ; et ses recherches, favorisées par la position propice où il était placé à Thopital Saint-Louis, lui permirent d’en bien décrire toutes les espèces et toutes les variétés.
On doit entendre par syphilide , toute éruption ayant la peau pour siège , développée sous l’influence du virus vénérien , susceptible d’offrir toutes les lésions élémentaires qui appartiennent aux éruptions simples, tout en revêtant pourtanl une physionomie particulière et un cachet spécial.
Les syphilides sont toujours des phénomènes secondaires et consécutifs de la maladie vénérienne Elles surviennent à la suite des divers accidens primitifs que j’ai décrits , et, presque toujours, après la disparition de ceux-ci et à une époque où les malades pouvaient , avec quelque raison , croire à une guérison définitive. Cependant, elles se montrent quelquefois pendant la durée de ces accidens, et dans certains cas même, peu après leur développement.
EU es apparaissent, plus fréquemment, à la suite des chancres , qu’à la suite de la blennorrhagie.
Quelques auteurs ont pensé qu’il est des formes spéciales qui succèdent plus particulièrement à quelques lésions primitives déterminées , et Carmichael a cru même pouvoir admettre une sorte de corrélation entre certains signes immédiats de vérole et certaines syphilides : ainsi , il a établi que la sypbilide papuleuse dépend habituellement du chancre simple et de la blennorrhagie *, les affections pustuleuses , des chancres à bords élevés *, les tubercules, des chancres phagéde'niques *, etc. Mais les travaux de MM. Marti ns et Cazenave les ont conduits à des résultats différens*, et toutes les recherches auxquelles je me suis livré m ont convaincu que l’aspect et la gravité des syphilides tiennent réellement plutôt à des conditions individuelles , qu’à l’espèce et à l’importance apparente des phénomènes vénériens auxquels elles ont succédé.
Ordinairement les syphilides ne se manifestent que du troisième au sixième mois après les âccidens primitifs : elles peuvent aussi ne se montrer que plus tard, et il n’est pas très-rare de ne les voir qu’après plusieurs années.
Aucune loi , aucune règle ne préside à leur apparition : quelquefois des maladies accidentelles , des perturbations plus ou moins profondes de l'organisme, semblent la provoquer*, d’autres fois elles surviennent spontanément, sans que rien dans la conduite et dans l’état du malade puisse expliquer leur manifestation. Dans le plus grand nombre des cas, elles ne sont précédées par aucun prodrome, et lorsque le contraire a lieu, ce qui est h*are ,
ceux qu’on observe n’ont rien de caractéristique et sont parfaitement semblables à ceux des maladies ordinaires. Elles ne se montrent presque jamais avec des signes d’acuité , et prennent le plus habituellement, dès leur naissance , une marche chronique.
Elles paraissent être plus communes et plus graves chez l’homme que chez la femme.
Certaines prédispositions semblent en favoriser le développement , telles que le tempérament fortement lymphatique, la tendance aux affections cutanées en général.
Les syphilides peuvent affecter indistinctement toutes les parties du corps : mais elles se montrent le plus souvent dans certaines régions , telles que le cuir chevelu, le front, le dos*, et quelques formes semblent avoir même des sièges presque exclusifs.
Elles revêtent des caractères généraux , dont quelques auteurs ont vainement tenté de révoquer en doute la valeur et l’importance.
Parmi ces caractères , le plus remarquable est , sans contredit , la couleur particulière qu’elles présentent , couleur qui a été comparée, par divers écrivains, aux traces de contusions, à la teinte des chairs frappées d’un commencement de putréfaction -, par Fallope , à celle de la chair de jambon-, et à plus juste titre, par Swédiaur, à la nuance du cuivre rouge, ce qui est, en effet, la meilleure analogie qu’on pût lui trouver. C’est la teinte syphilitique, la couleur cuivrée des syphilides, qu’aucune définition ne saurait bien faire
connaître, mais qui est assez distincte de toutes les nuances offertes par les autres éruptions, pour qu’il soit impossible de la méconnaître, lorsqu’une fois on l’a bien observée.
Elle constitue un caractère tranché qui doit , presque toujours, suffire pour distinguer une syphilide au milieu de toutes les autres maladies cutane'es. Elle est d’autant moins marquée que l’affection est plus récente et que la congestion sanguine des élémens constitutifs de la peau est plus manifeste.
Elle ne se montre, même fréquemment , que plusieurs jours ou plusieurs semaines après l’apparition de l’ éruption , et se prononce de plus en plus à mesure qu’on s’éloigne de ce moment. Cette coloration est diffuse et se perd insensiblement autour du point malade.
Les syphilides affectent souvent une forme circulaire : cette disposition se montre non-seulement dans les élémens primitifs, dans les plaques isolées qui les constituent, mais encore dans la manière dont se réunissent et se groupent les fragmens de l’éruption. Ce caractère est loin d’être d’une importance égale à celle du précédent, car il manque assez fréquemment et appartient aussi à d’autres maladies de la peau.
Elles surviennent habituellement sans chaleur et sans douleur, et n’occasionnent presque jamais de prurit, même lorsqu’elles revêtent les formes qui, à l’état simple et sans cause syphilitique , sont accompagnées des démangeaisons les plus vives et les plus opiniâtres.
Les squammes qui se détachent de la peau sont minces , sèches et grisâtres : les croûtes semblent aussi prendre des aspects qu’il importe de noter : elles sont souvent épaisses, d’un gris brun, verdâtres ou noirâtres , dures et chagrinées.
Enfin, les cicatrices qui suivent toutes les formes à pustules et à ulcérations plus ou moins profondes et qui se montrent même dans quelque syphilides non ulcéreuses , sous l’influence d’un travail singulier et caché de destruction et d’absorption , prennent un aspect déprimé fort remarquable \ assez ordinairement arrondies , on les trouve , d’autres fois , ridées et comme tiraillées en divers sens. La couleur en est variable : elles sont tantôt d’un rouge bronzé , tantôt d’un blanc bleuâtre dans les premiers temps , et bientôt ensuite d’un blanc mat.
Une portion plus ou moins notable du derme, ou même son épaisseur entière , participe à la maladie dans certaines syphilides*, mais il n’est pas rare de voir la lésion bornée aux seules couches épidermiques.
La couleur cuivrée paraît tenir à une sécrétion anormale de la matière colorante , et avoir son vrai point de départ dans les viciations des produits de l’appareil cbromatogène \ on conçoit, du reste, que la richesse variable du réseau capillaire , et les degrés divers de congestion, qu’il peut présenter, modifient nécessairement l’intensité et la nuance même de cette couleur syphilitique.
Les sypnilides sont constituées fréquemment par certaines lésions élémentaires que le virus vénérien
produit avec une sorte de prédilection , mais elles paraissent aussi susceptibles de prendre toutes les formes des éruptions si varie'es qui siègent à la peau.
i.° Syphilide Exanthématique. ( Roséole syphilitique ?, Erythème papuleux syphilitique ).
Cette syphilide est caractérisée par de petites taches d’un rouge souvent douteux , se rapprochant plus ou moins de la teinte cuivrée , disparaissant sous la pression du doigt, se montrant souvent sur le tronc et les membres en particulier, précédées par quelques prodromes généraux, et offrant parfois quelques signes d’acuité. Cette éruption constitue la roséole syphilitique*, elle est fréquemment éphémère et n’indique pas une infection bien profonde*
D’autres , fois la syphilide exanthématique est caractérisée par des taches plus prononcées , légèrement saillantes au début , d’une couleur plus franchement cuivrée , ne s’effaçant que très-imparfaitement sous la pression du doigt, discrètes, assez exactement arrondies, larges comme une lentille, comme une pièce de vingt-cinq ou même de cinquante centimes , n’atteignant que bien rarement l’étendue d’une pièce d’un franc, sans démangeaison et sans desquammation, ou produisant à peine quelques lamelles furfuracées.
Ces taches constituent l’Erythème papuleux ( maculœ syphiliticœ , taches , êphélides syphilitiques ) : elles se manifestent au tronc , aux membres et très-souvent aussi à la face et au front. Elles ne doivent pas être confondues avec les éphélides
qui en diffèrent par leur nuance verdâtre , leur tendance à être confluentes , leur prédilection pour le cou , les épaules et le devant de la poitrine , et l’absence de toutes les complications si communes, au contraire, dans les sypbilides.
2.° Sypiiilide Vésiculeuse. ( Varicelle syphilitique, Eczéma, Herpès , Pemphygus, Rupia syphilitiques ).
C'est la forme la plus rare de toutes les maladies cutanées produites par la syphilis. Son existence a même été contestée par divers auteurs *, Biett, M. Cazenave et quelques autres médecins de notre époque en ont observé des exemples incontestables.
Les vésicules peuvent se rapprocher de celles de la varicelle : elles sont remarquables alors par des prodromes toujours plus prononcés que ceux des autres affections vénériennes de la peau , par la lenteur avec laquelle se fait l’éruption , par la marche de quelques vésicules, en particulier, et surtout par la coloration cuivrée de leur base.
Elles peuvent revêtir aussi les caractères de l’eczéma , et dans ce cas , outre la coloration spécifique , on observe souvent des croûtes plus épaisses, plus denses, presque noires et toujours d’une couleur plus foncée que celle de toutes les autres affections vésiculeuses ou vésiculo-pustuleuses ordi naires.
Elles ressemblent d’autres fois à l’herpès simple, ou à l’herpès circinnatus , ainsi que j’en citerai un exemple un peu plus bas , et cet herpès sy-
philitique ne diffère de celui qui est etranger à la vérole que par la coloration spéciale qui l’accompagne ; les squammes auxquelles il donne naissance peuvent, suivant leur grosseur et leur épaisseur, se rapprocher de celles de l’eczéma ou de celles du pityriasis.
La syphilide vésiculeuse offre , dans certains cas, de véritables huiles et prend l aspect du pemphygus. Cette maladie n’a été observée que chez les nouveaux-nés. Elle consiste dans la présence d’une ou plusieurs bulles du volume d’une noisette, existant au moment de la naissance, et presque toujours situées à la paume des mains et à la plante des pieds. Elle a été décrite avec soin, en i834> par le docteur Krauss de Bonn-, observée fréquemment par le professeur Paul Dubois , qui a vu succomber tous les nouveaux-nés qui en étaient atteints, et rattachée aux sypbilides par lui et par M. Cazenave.
On observe enfin quelquefois , mais fort rarement , des sypbilides bulleuses analogues au rupia, et c’est* encore à l’épaisseur ou à la couleur des croûtes et surtout à l’auréole cuivrée , qu’on peut reconnaître cette forme peu ordinaire d’éruption vénérienne.
Le condamné Maire fut admis, en septembre i843, à l’hôpital du bagne de Toulon, pour une affection vésiculeuse , répandufc sur le dos , le thorax , l’abdomen et les membres , caractérisée par des groupes de petites vésicules disposées en cercle, et en fragmens de cercle , accompagnées de rougeur franche , sans aucune coloration syphilitique et sans aucune complication douteuse.
On prescrivit des boissons dépuratives et laxa^tives , des bains tièdes qu’on rendit ensuite plus actifs par l’addition de doses croissantes de souscarbonate de soude , et plus tard de sulfure de potasse.
Ces moyens , auxquels on ajouta ensuite diverses pommades anti-herpétiques, ne produisirent aucun effet. Pendant le mois d’octobre même, il survint sur le front de nouveaux groupes de vésicules, parfaitement semblables à celles du reste du corps.
Cette nouvelle manifestation , dans un lieu où siègent fréquemment des éruptions de nature sy pbilitique , commençait à m’inspirer des doutes, lorsque en novembre, le malade présenta des douleurs sur les tibias et de véritables périostoses sur la partie moyenne de la crête et de la face interne de ces os.
Interrogé sur ses ante'cédens , Maire nous apprit qu’il avait été atteint, à diverses époques, de plusieurs affections vénériennes , telles que blennorrhagies , chancres, pour lesquelles il avait fait plusieurs traitemens mercuriels, et pris notamment, en dernier lieu, en 1840, de la liqueur de Van- Swiéten , et des frictions mercurielles.
Je prescrivis des pilules de proto-iodure de mercure et de thridace , une tisane sudorifique et des frictions avec la pommade au proto-iodure sur les périostoses*, et je cessai en même temps, avec intention , toutes les médications employées jusqu’alors contre l’herpès lui-même .
Dès les premiers jours de l’usage des remèdes hydrargyriques , toutes les plaques pâlirent sensi-
blement, elles se desquammèrent avec promptitude, et elles avaient tout-à-fait disparu, alors que le malade était arrivé à peine à la moitié ou aux deux tiers de la quantité de pilules que j’avais le projet de lui donner. Les douleurs des jambes, le gonflement des tibias cédèrent aussi , mais plus lentement , ce dernier n’était même pas entièrement dissipé à la fin du traitement qui avait consisté en cent soixante pilules , c’est-à-dire en quatre grammes (près de quatre-vingt grainsj de proto-iodure de mercure.
J’ai cité cet<e observation , d’une forme de syphilide considérée du reste, avec raison, comme rare *, parce que elle est, en même temps, une preuve de la difficulté du diagnostic de certaines affections vénériennes de la peau, en l’absence surtout de la coloration cuivreuse et de toutes complications } qu’elle offre aussi un exemple curieux de l’efficacité du mercure, alors que des moyens divers , mais non-mercuriels , avaient été tout-à-fait inutiles.
3 0 Syphilide Pustuleuse, ( Impétigo , Acné , Ec t hym a syphilitiqu es) .
Les pustules qui forment le caractère essentiel de ce groupe de syphilides se présentent avec des aspects divers. Tantôt très-circonscrites et à base
blanche, elles semblent se rapprocher de la pa-
pule , et ne présentent que quelques petites écailles grisâtres^ tantôt plus grandes, et à base dure et rouge, elles peuvent se terminer par la chute d’une croûte d’épaisseur variable, ou par une ulcération peu profonde.
Parfois, ces pustules laissent seulement après elles des taches rouges à vascularisation prononcée qui pâlissent rapidement} et, le plus souvent, des cicatrices blanches , arrondies , déprimées , de la largeur d/une tête d’épingle ou d’une lentille. Elles peuvent occuper tout le corps : quelques variétés semblent pourtant siéger de préférence à la face, au front et sur le cuir chevelu.
Les diverses formes de pustules ont fait établir quelques divisions dans ce groupe : ainsi on a admis des syphilides pustuleuses lenticulaires, des impétigo ^ des acné, des ecthyma syphilitiques.
C’est aux syphilides pustulo-crûstacées de ce groupe que se rattachent ordinairement la couperose vénérienne et la couronne de Vénus.