‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 17 sur 34 · Syphilide Tuberculeuse · texte numérisé non relu

Syphilide Tuberculeuse

Cette syphilide est fort commune : elle se montre quelquefois sur tout le corps } mais son siège de prédilection est à la face , aux ailes du nez , sur les lèvres, aux sourcils, sur le cuir chevelu. Elle se manifeste par de petites tumeurs , pleines, solides, résistantes, plus ou moins saillantes sur la peau, établies sur une base cuivrée, ou entourées d’une auréole de la même teinte, souvent peu nombreuses et discrètes , d’autres fois rapprochées et confluentes, lisses et polies, ou chagrinées , fendillées, recouvertes de squammes , finissant aussi parfois par s’ulcérer et par produire des croûtes dont il faut surveiller attentivement la marche, car les ulcérations qu’elles recouvrent peuvent à l’insu des malades et du médecin ronger profon-

dément les tissus, donner lieu à des cicatrices blanches étendues, et lorsqu’elles atteignent les ailes du nez et les lèvres, amener des altérations graves dans les traits de la face.

C’est à la syphilide tuberculeuse que se rattachent les tubercules muqueux} ou pustules plates dont j’ai déjà parlé.

5.° Syphilide Papuleuse. (Lichen syphilitique , Scahies venerea).

Cette espèce est constituée par des papules de grosseur variable , depuis celle d’une tête d’épingle jusqu’à celle d'une grosse lentille, dures, solides , ne contenant aucun liquide , ne s’ulcérant jamais, ne produisant pas de cicatrice et ne donnant lieu qu’à une légère desquammation. Ces derniers caractères servent à la distinguer de la syphilide lenticulaire avec laquelle on est exposé

la confondre. Comme la roséole et quelques formes vésiculeuses , elle se montre parfois avec quelques phénomènes d’acuité , et même quand dès le début, elle prend une marche chronique, elle se manifeste presque toujours plus promptement que la plupart des autres affections vénériennes de la peau.

Elle occupe particulièrement les surfaces d’extension des membres et du tronc , ainsi que le front et le cuir chevelu.

La coloration cuivrée syphilitique qui accompagne ces papules, leur indolence et l’absence de tout prurit servent à les distinguer du prurigo et des lichens ordinaires avec lesquels leur forme pourrait les faire confondre.

6.° Syphilïdê Squammeüse. ( Psoriasis , Pityriasis et Lèpre syphilitique ).

Enfin, la vérole peut déterminer sur la peau des affections squammeuses variées comme les affections simples dé ce groupe , et constituées par des écailles sèches , grisâtres , brunes , appliquées sur de petites élevures à couleur caractéristique.

Dans le premier cas, ces squammes ont le plus souvent la forme de celles du psoriasis guttata.

Dans d’autres circonstances , elles affectent la disposition annulaire des squammes de la lèpre vulgaire , et c’est dans quelques cas très-rares de ce genre que par leur coloration noirâtre , elles ont constitué la lèpre noire (lepra nigricans), qui paraît devoir être rapportée réellement aux maladies vénériennes de la peau.

En résumé , les syphilides sont des éruptions cutanées liées à l’infection vérolique qu elles dénotent toujours. Elles peuvent prendre toutes les formes principales des divers groupes des autres éruptions cutanées, depuis le simple exanthème jusqu’aux affections pustuleuses, squammeuses et tuberculeuses les plus graves et les plus profondes. Je ne pourrais insister sur leurs divers caractères différentiels sans entrer, pour chaque espèce, dans des détails qu’on ne doit trouver que dans les traités spéciaux sur les dermatoses : on ne peut , du reste , espérer de bien classer les divers syphilides entre elles que lorsqu’on a une certaine habitude de 1 étude des autres maladies de la peau,

mais on peut, presque toujours, les distinguer en masse cle celles-ci , à l’aide des caractères spèciaux que je leur ai assignes et parmi lesquels on doit mettre en première ligne la teinte syphilitique. Cette teinte peut ne pas se rencontrer , et son absence exceptionnelle doit réellement jeter des doutes sur leur nature syphilitique } elle, peut aussi ne pas offrir toujours une intensité suffisante et une couleur bien tranchée *, mais elle existe très-souvent, et doit par sa présence, franche et non équivoque, suffire pour les bien faire reconnaître.

Les autres caractères, tels que la disposition circulaire , la forme et la couleur des squammes et des croûtes , l’indolence et la marche chronique des éruptions, leur résistance aux divers remèdes ordinaires et leur disparition souvent prompte sous l’action des anti-syphilitiques peuvent bien contribuer "à donner plus de certitude au diagnostic , mais tous ces symptômes sont loin de présenter Timportance séméiotique de la teinte cuivrée.

Les syphilides sont très-fréquemment accompagnées de quelques autres accidens vénériens consécutifs, tels que l’iritis , les périostoses , les exostoses, etc., surtout par les diverses affections de la bouche et des amygdales, et ces complications peuvent aider le praticien et contribuer à fixer ses idées.

Les préparations mercurielles conviennent dans toutes les altérations de la peau , dues à la syphilis. La disparition prompte de ces affections, par suite du traitement spécifique , a même été citée par

quelques syphilographes comme un moyen Je bien constater leur nature.

Le proto-iodure de mercure et le sublimé corrosif paraissent en être les remèdes les mieux appropriés , et dans quelques cas ou l'état de l’estomac ne saurait en permettre l’emploi , j’ai retiré de bons effets des frictions avec l’onguent napolitain ou avec l’onguent mercuriel ammoniaco-sulfuré.

C’est contre ce groupe d’accidens secondaires qu’on a particulièrement employé avec succès les bains généraux de deuto-cblorure de mercure : on peut mettre depuis dix grammes jusqu’à trente grammes et plus de sublimé pour deux cents livres d’eau commune élevée à une température convenable : mais cet agent thérapeutique donne des résultats incertains et assez peu calculables. Quelquefois il ne paraît pas exercer une action bien notable sur l’organisme et sur la maladie : d’autres fois il agit avec trop de puissance et exige une grande circonspection, particulièrement dans les cas d’ulcérations étendues.

J’en ai fréquemment retiré des avantages notables } mais j’en ai observé quelquefois aussi des effets bien délétères.

On a encore essayé de combattre les syphilides à l’aide de fumigations de cinabre, et ce traitement me paraît encore plus incertain que le précédent.

J emploie presque toujours le proto-iodure en pilules uni à la tbridace ou à l’extrait d’opium, et le deuto-cblorure en pilules avec la tbridace ,

l’opium ou 1 aconit comme l’a conseillé Biett. Ces dernières pilules sont préparées avec cinq centigrammes (un grain) d’extrait d’aconit , un peu plus d’un centigramme (un quart de grain) de sublimé et une certaine quantité de poudre de guimauve. On les donne de la même manière que celles de sublimé et d’extrait thébaïque.

Je fais aussi assez fréquemment usage du sirop de salsepareille additionné d’extrait d’opium et de sublimé.

Il faut toujours joindre à ces remèdes les tisanes sudorifiques, et, souvent après le traitement, recourir à divers sirops sudorifiques et dépuratifs , à divers robs de salsepareille ou de saponaire comme moyen de compléter ou de consolider la guérison.

Parfois il est nécessaire d’aider le traitement général par quelques applications externes*, et les solutions ou les pommades de deuto-chlorure de mercure , les pommades au caloméias, au proto-iodure de mercure, à l’iodure de soufre, au goudron, etc., contribuent réellement à la disparition de l’affection cutanée.

Il est des cas où, malgré leur convenance et leur utilité incontestables, les préparations mercurielles sont insuffisantes ou échouent même tout à fait. On a tenté de les remplacer alors par les diverses tisanes altérantes d’Àrnoud, de Feltz , de Pollini , de Zittman , par quelques acides minéraux , par les arséniaux , la solution de Fowler ou de Pearson , l’arséniate de potasse , etc. Les moyens qui , dans quelques cas rebelles , m’ont le plus

souvent réussi sont: les préparations d’or, et l'iodure de potassium à hautes doses.

Pai particulièrement retiré de très-bons résultats des frictions avec le percblorure d’or et de soude chez quelques malades atteints de syphilides tuberculeuses pour lesquelles ils avaient pris inutilement des doses considérables de mercure.

Quelquefois, les divers traitemens que je viens d’énumérer (et ceux par le mercure me paraissent en général supérieurs aux autres), détruisent une partie de la maladie sans la guérir entièrement. L’élément vénérien qui avait fait naître l’éruption se dissipe, mais il reste l’état pathologique de la peau qu’il avait suscité. On n’a plus affaire à une syphilide, mais on a encore à combattre une affection herpétique. On peut alors remplacer les pommades au calomélas , au proto-iodure de mercure , au précipité blanc, etc., par des pommades d’iodure de soufre , par des bains de vapeur et des bains mucilagineux , alcalins ou sulfureux, enfin par les moyens qu’on a l’habitude d’employer contre les maladies de la peau étrangères à la syphilis.

Les eaux minérales naturelles peuvent alors être indiquées, et parmi elles il en est qui paraissent jouir d’une efficacité particulière , celles de Louesche en Suisse, par exemple.

Quelques médecins prescrivent aussi volontiers, dans ces cas, les eaux sulfureuses, non seulement à cause de leur efficacité contre les affections cutanées que présentent encore les malades, mais parce qu’ils espèrent faire servir leur action puis-

santé vers la périphérie , à débarrasser les tissus des molécules mercurielles qui peuvent les imprégner $ qu’ils leur accordent la propriété de provoquer la manifestation de nouveaux accidens , s’il restait la moindre trace de diathèse syphilitique, et qu’ils sont portés à les considérer comme de véritables pierres de touche capables de mettre en évidence jusqu’aux derniers restes de l’imprégnation vénérienne.

§ VIII. De l’Alopécje syphilitique.

Les syphilides des divers groupes entraînent souvent la chute des cheveux et des poils*, les papules , les pustules , les tubercules qui siègent sur le cuir chevelu ne tardent pas à le dénuder dans des étendues variables et à produire ainsi des alopécies partielles ou totales.

La chute des cheveux peut coexister avec d'autres accidens secondaires. Je l’ai vue, dans quelques circonstances constituer à elle seule toute la maladie, chez des personnes qui n’offraient pas d'autres signes de syphilis constitutionnelle , et chez lesquelles pourtant elle paraissait réellement tenir à l’infection vérolique.

Je lui ai trouvé quelquefois une tendance curieuse à cette disposition circulaire signalée pour les syphilides. Les cheveux et les poils , au lieu de se détacher sans ordre et de tous les points de la tête ou du menton , tombaient par petites houpes de largeur variable , et laissaient des espaces dénudés, blancs, arrondis, grands comme une lentille ou comme une pièce de vingt-cinq ou de cinquante centimes.

Le traitement general de l'alopécie syphilitique lorsqu’on peut parvenir à la bien diagnostiquer, ne diffère pas de celui des syphilides; mais il faut, en même temps, s’occuper de 1 état particulier de la peau et des bulbes pilifères.

11 est toujours utile de raser fréquemment les parties et de renouveler cette opération à diverses reprises*, on devra faire aussi usage de lotions avec des alcools aromatiques , et de frictions avec des pommades toniques et excitantes , telles que celles qu’on prépare avec le quinquina, la teinture de cantharides, etc.

§ IX. De l’Onyxis ou Oîîglade syphilitique.

Il n’est pas rare , non plus , de voir les maladies vénériennes atteindre la matrice de l’ongle et en déterminer la déformation et la chute.

Cette affection s’accompagne souvent de gonflement inflammatoire et douloureux du bourrelet unguéal , avec rougeur livide et cuivrée de la peau , ou bien d’ulcérations à fond grisâtre , à supuration sanieuse, fétide et de guérison difficile; elle peut aussi se manifester sans engorgement phlegmasique bien prononcé des tissus voisins.

Sous l’influence du virus vénérien , les ongles s’épaississent , se racornissent , se déforment de mille manières , et parfois même , quoique rarement, ils tombent, par suite de l’atrophie de leurs matrices sans altération appréciable de la peau environnante. Cette chute laisse alors à nu une surface lisse, polie, désormais privée du corps protecteur qui la recouvrait.

L’onglade syphilitique s’observe aux orteils et aux doigts, mais ces derniers en sont plus fréquemment le siège *, elle est si souvent unie à d’autres signes de vérole et aux syphilides en particulier, qu’il est ordinairement assez facile d’en bien constater la nature spécifique. Quand elle existe seule, on peut encore, bien des fois, la rattacher à la maladie vénérienne par quelques-uns des symptômes spéciaux qu’elle présente.

La thérapeutique générale de l’onyxis syphilitique doit être la même que celle des syphilides. Son traitement local doit varier suivant les symptômes particuliers de la maladie. La forme qui exige le plus de soin est caractérisée par une inflammation et des ulcérations du bourrelet qui entoure l’ongle -, et il faut souvent user, contre elle, de tous les moyens proposés contre l’ongle incarné.

La cautérisation des parties malades avec les solutions concentrées de deuto- chlorure de mercure, avec la potasse caustique , le caustique de Vienne, ou même avec le cautère actuel , suffit presque toujours pour amener une guérison complète.

M. Ratier a proposé , comme moyen local et spécial de l’onglade syphilitique, la cautérisatiou avec le nitrate d’argent, en modifiant seulement un peu son application, suivant le degré de la maladie.

D’après ce médecin , quand l’onglade est à son début, que le mal siège vers le bord libre de l’ongle , celui-ci étant seulement un peu soulevé , il convient de toucher chaque jour les parties tuméfiées avec un crayon aigu de nitrate d’argent

insinué le plus profondément possible , et dont on favorise l’introduction en coupant fréquemment l’ongle , et en dénudant ainsi peu-à-peu les tissus qu’il recouvre.

Il faut continuer ces cautérisations superficielles jusqu’à ce que les parties sous-unguéales soient revenues à l’état normal *, on cesse alors de couper l’ongle et on lui permet de croître au niveau des autres.

Lorsque les papules siègent à la base, il suffit, pour amener une guérison rapide , de les toucher, chaque jour, avec le nitrate d’argent solide ou dissous dans l’eau.

Enfin , si la maladie est déjà ancienne , et s’il existe une inflammation locale et aiguë , on doit , avant de cautériser, recourir aux anti-phlogistiques, tels que bains locaux , cataplasmes émolliens , sangsues placées au voisinage des parties phlo— gosées , afin de dissiper l’inflammation en quelque sorte accessoire et sur-ajoutée.

§ X. De l’Iritis syphilitique.

Au dire de presque tous les syphilographes , l’iritis vénérienne se montre très-souvent avec les syphilides. A Toulon , cette conïcidence est peu commune*, cette affection peut aussi exister seule, ou avec des accidens vénériens autres que les maladies de k peau.

Tantôt elle apparaît avec des symptômes aigus*, tantôt elle suit une marche chronique.

Elle est caractérisée par une irrégularité dans la conformation de la pupille qui est souvent

ovalaire, triangulaire ou quadrangulaire, et dont le pourtour présenté , en outre , des dentelures plus ou moins profondes.

En même temps, l'iris offre une vascularisation prononcée , et des changemens notables dans sa coloration naturelle j les yeux noirs passent au rouge fauve *, cette qouleur existe surtout d’une manière bien caractéristique dans le cercle pupillaire et persiste souvent après la guérison. Les yeux clairs, bleus ou gris brunissent et passent au cuivré , mais sans revêtir des nuances aussi tranchées : quelquefois le cercle adhérent semble se dessiner en brun à travers la sclérotique.

De petits abcès se forment parfois vers le cercle pupillaire et répandent, en s’ouvrant, de la matière puriforme qui peut momentanément troubler, plus ou moins fortement, la transparence de l’humeur aqueuse.

D’autres fois, l’inflammation détermine la production d’une certaine quantité de lymphe coagulable capable aussi d'obscurcir les milieux de l’œil, et, dans certains cas, de faire adhérer l’iris contre la capsule cristalline antérieure ou contre la face postérieure de la cornée transparente.

Dans tous les cas , la phlogose de l’iris et les productions pathologiques qu’elle engendre gênent les mouvemens de la pupille, les rendent douloureux, et font rechercher l’obscurité par les malades , dont la rétine est aussi devenue plus sensible. Celte impression pénible produite par une vive lumière va souvent jusqu’à la photophobie, et persiste longtemps encore après la cessation de presque tous les autres phénomènes morbides.

L‘iritis syphilitique est toujours un accident secondaire de la maladie vénérienne : elle est communément accompagnée d’autres symptômes de vérole, ainsi que je l’ai dit plus haut, mais peut exister seule et être reconnue , je crois , aux signes particuliers que je viens de tracer.

Le pronostic de l’iritis syphilitique est toujours d’une grande gravité. Cette affection peut amener la cécité, ou tout au moins affaiblir notablement la vue : elle laisse souvent de la gêne dans les fonctions des yeux , par suite des adhérences vicieuses de l’iris à une des parties placées dans son voisinage , et rend presque toujours , au moins , ces organes plus impressionnables et plus exposés à de nouvelles inflammations.

Il est important de se hâter d’opposer des antiphlogistiques puissans aux moindres signes d’acuité offerts par l’iritis , afin de prévenir les conséquences immédiates que cette inflammation peut produire. La saignée générale , dans quelques cas , ou les sangsues au voisinage des yeux , aux apophyses inastoïdes , derrière l’angle des mâchoires,- la diète, le repos , le séjour dans l’obscurité doivent être prescrits en première ligne.

11 faut aider ces moyens par le calomélas uni au savon médicinal et quelquefois aussi à l’opium } par des révulsifs divers sur le tube digestif , par des onctions" avec l’onguent mercuriel belladoné autour de 1 orbite , et plus lard par des vésicatoires à la nuque, lorsque les premiers soins n’ont pas amené une amélioration satisfaisante.

Mais il faut, en même temps,

recourir sans

hésitation à un traitement mercuriel méthodique. C’est aux pilules de deuto -chlorure de mercure, à celles dites de Sédillot et aux frictions mercurielles générales, en cas de souffrance des voies digestives4, ou de toute autre contre-indication que je donne ordinairement la préférence.

Je leur associe toujours les boissons sudorifiques comme dans les traitemens des autres symptômes secondaires.

§ XI. Des Pébiostoses, des Exostoses syphilitiques et des Douleurs Ostéocopes .

Il n’est pas rare de voir le virus vénérien exercer ses ravages sur les os et sur le système fibreux qui leur est annexé.

Lorsque le périoste est seul affecté, on trouve habituellement une tumeur oblongue , médiocrement dure , occasionnant une douleur sourde que le toucher augmente , accompagnée de l’empâtement des parties voisines , et quelquefois d'un peu de changement de couleur à la peau, survenue sans choc, sans lésion extérieure appréciable chez un sujet qui , quelques mois ou plus longtemps auparavant , a été atteint d’accidens primitifs de sy-

La tumeur constituée par la périostite est de volume variable et le plus souvent assez mal circonscrite : elle siège d’ordinaire sur *!es os placés superficiellement, le tibia en particulier en est fréquemment atteint , ainsi que le radius, le cubitus, les bosses frontales et pariétales , etc. Elle peut être unique*, quelquefois on en trouve deux ou plusieurs sur le même os ou sur des os séparés.

Le malade peut ne pas offrir d’autres signes de vérole constitutionnelle, et le diagnostic être alors difficile et douteux*, fréquemment l’affection du périoste coïncide avec des svphilides , ou d’autres symptômes vénériens , et ces < complications servent puissamment à en faire connaître le caractère propre.

La périostose se montre toujours plus promptement que les exostoses et les douleurs osteocopes*, mais elle est loin de les égaler en gravité et d’indiquer une imprégnation morbide aussi profonde.

Elle débute souvent avec quelques signes phlegmasiques: d’autres fois elle suit, dès son apparition, une marche chronique et lente.

Elle se termine presque toujours par résolution \ l’empâtement se dissipe , la tumeur s’affaisse peuà-peu pour disparaître après un certain temps. Cette guérison , franche et complète distingue les maladies du périoste , des exostoses proprement dites, qui laissent toujours après* elles, pendant très-longtemps, des tumeurs plus ou moins saillantes, dont la disparition, même éloignée, est contestée par quelques auteurs. Elle peut aussi contribuer à les différencier des périostoses que les moindres chocs développent chez les sujets fortement lymphatiques ou strumeux , qui s’accompagnent toujours de phénomènes inflammatoires plus tranchés , et offrent une tendance prononcée vers la suppuration. La formation du pus a rarement lieu, en effet, dans la périostite vénérienne.

Lorsque celle-ci survient , malgré les moyens employés pour la prévenir, il faut donner promp-

tement issue au pus , afin de ne pas lui laisser le temps de décoller et d’amincir la peau dans une grande étendue , et d’empêcher les alterations que le contact de ce liquide peut amener sur les os sous-jacens, ou tout au moins de les limiter.

Des sangsues appliquées localement et renouvelées suivant les cas, des cataplasmes émolliens, amènent presque toujours la cessation des accidens aigus , contribuent à calmer les douleurs et à diminuer 1* empâtement et la tuméfaction des parties : les frictions résolutives avec les pommades au proto-iodure de mercure ou les onguens mercuriels sont ensuite substitués utilement aux applications émollientes ou sédatives.

Lorsqu’après une diminution plus ou moins notable , la maladie semble rester stationnaire , on peut favoriser la disparition du gonflement par une compression méthodique pratiquée avec des bandes ou des bandages appropriés à la forme des parties, et sur les membres en particulier, avec de longues bandelettes de dyachilum ou de vigo cum mercurio.

Les applications locales les mieux appropriées ne doivent jamais, du reste, dispenser de prescrire un traitement anti-sypbilitique général : le deutocblorure de mercure et surtout le proto-iodure , unis à la thridace ou à l’opium et aidés par quelques tisanes sudorifiques, sont les remèdes les plus convenables.

La maladie du périoste existe quelquefois seule et sans lésion apparente des os qu’il recouvre : ceux-ci finissent pourtant par être affectés , lors-

que la périostose dure longtemps. Ils le sont aussi Lien des fois coïncidemment avec elle, et sont même susceptibles de présenter, un gonflement plus ou moins étendu et des inflammations plus ou moins intenses , sans que l’élément fibreux qui les recouvre y participe notablement.

Les exostoses siègent de préférence sur les os superficiels , sur les tibias vers leur face interne ou leur crête, sur le sternum, les clavicules, les radius , les cubitus , les os de la tête et les os propres du nez-, j’en ai observé une fois sur le corps de l’os hyoïde.

Elles donnent rarement lieu à des phénomènes inflammatoires bien prononcés , et suivent presque toujours une marche chronique. Elles sont ordinairement caractérisées par une tumeur arrondie , dure et résistante , insensible à la pression , survenue plus manifestement encore que celle qui est occasionnée par la périostose , sans cause extérieure àppréciahle -, elles n’entraînent d’ordinaire qu’un peu d’empâtement et un peu de tuméfaction des tissus voisins sans changement dans l’état et dans l’aspect de la peau.

Il peut n’exister qu’une seule exostose, ou s’en développer simultanément un plus ou moins grand nombre sur les mêmes os, ou sur des os distincts.

La tumeur peut offrir une saillie très-prononcée et bien circonscrite, ou se terminer d’une manière diffuse et sans limites reconnaissables. Tantôt, elle accroît le volume de tout un os long, tantôt,

elle semble n’être qu’une exagération , à peine sensible , des bosses naturelles de certains os plats.

Les exostoses peuvent se développer sans douleurs : quand celles-ci s’observent , elles présentent des caractères divers 5 ainsi , elles sont quelquefois vives , intenses , dès le début du mal -, ou bien ne se font sentir que plusieurs semaines ou plusieurs mois après sa manifestation-, et dans ce cas , elles sont assez ordinairement sourdes et profondes. Ces douleurs ne sont pas habituellement continues , elles reparaissent à des intervalles irréguliers , et se montrent ou s’exaspèrent de préférence pendant la nuit.

En outre , les exostoses donnent quelquefois lieu, par la compression qu’elles exercent sur les parties voisines , à des souffrances ou à des désordres fonctionnels variables-, ainsi, les exostoses internes des os du crâne , celles des os de l’orbite , de l’oreille , etc. , provoquent .souvent des céphalées opiniâtres, des troubles dans la vision, dans louïe, susceptibles de revêtir mille formes, suivant l’intumescence de l’os, le point quelles occupent et mille circonstances accidentelles.

Le traitement des périostoses convient absolument aux exostoses \ et on leur oppose aussi avec avantage les frictions mercurielles. Mais les exostoses résistent plus souvent aux remèdes que les affections du périoste et ne disparaissent , dans tous les cas , que lentement. 11 semble même qu’elles soient destinées à laisser ordinairement des traces indélébiles de leur existence , et qu’un os exostosé ne puisse presque jamais reprendre complètement son volume primitif.

Lorsqu’elles ne sont pas traitées convenablement, elles occasionnent quelquefois des caries ou des nécroses contre lesquelles les préparations hydrargiriques ne sont pas habituellement douées d’une puissance bien grande.

Divers auteurs , du commencement du XIX® siècle, ont admis qu’on avait grand tort d’attribuer les affections du système osseux à l’influence funeste du virus vénérien , et qu’il fallait au contraire en accuser Faction délétère du mercure et surtout des frictions mercurielles dont usaient si souvent et si largement beaucoup de praticiens de cette époque.

Quelques uns de ces observateurs annonçaient n’avoir jamais rencontré d’ostéite chez les malades vierges encore de tout traitement mercuriel. La présence de ce métal dans la trame des os, démontrée par quelques pièces déposées dans divers musées anatomiques, semblait donner de la vraisemblance à cette opinion : certains médecins anglais assuraient même pouvoir faire naître , à volonté , des exostoses chez des animaux, en les soumettant à des onctions répétées avec l'onguent napolitain.

Mais l’observation et la pratique de tous les jours viennent démontrer l’erreur complète , ou tout au moins l’exagération excessive de cette opinion.

On emploie assez souvent , depuis douze à quinze ans, des frictions répétées d’onguent mercuriel à hautes doses dans quelques maladies étrangères à la syphilis, les péritonites graves entre autres, et je ne sache pas qu’on ait rencontré un seul exemple d’exostose chez les nombreux malades

qu’on a soumis à cette intoxication , comme le disait Delpech , et auxquels on a pourtant prescrit quelquefois en peu de jours, jusqu’à deux cents ou deux cent cinquante grammes (six, huit ou dix onces) d’onguent mercuriel double.

Dans quelques établissemens , et particulièrement à l’hôpital Saint-Louis, on reçoit tous les ans plusieurs centaines d’ouvriers atteints des diverses affections que produisent les émanations mercurielles, sans jamais trouver parmi eux aucun exemple d’ostéite vénérienne.

On observe enfin tous les jours des exostoses* des douleurs ostéocopes chez des sujets jadis atteints d’accidens primitifs de syphilis et qui pourtant n’ont pas pris un atome de mercure.

Ainsi, j’ai en ce moment dans mes salles un malade, le condamné Daire , qui, après avoir eu, il y a vingt-cinq ans, une blennorrhagie guérie promptement par des boissons diurétiques , n’a plus présenté aucune trace de maladie vénérienne, et ne s’est même plus livré au coït depuis onze ans qu’il est détenu au bagne.

Cet homme a été atteint, il y a quatre ans, sur la partie gauche du scrotum d’une ulcération dont il ne peut indiquer la nature particulière, et qui a cédé à quelques applications de nitrate d’argent.

Depuis cette époque, il jouissait d’une santé parfaite qu'aucune affection morbide n’était venue altérer, lorsque, il y a sept à huit mois, il a vu paraître, sans prodrome, une éruption vésiculeuse, en quart de ceinture , au-dessous de l’omoplate

gauche, et, quelques semaines après, une tumeur fort saillante sur le côté gauche du sternum , au niveau de la troisième et de la quatrième vraie côte. Cette exostose s'est affaissée en grande partie toute seule pendant que les vésicules du dos se desséchaient et laissaient à leur place quelques croûtes qui ont été remplacées par des cicatrices blanches. Le malade éprouva alors de vives douleurs dans le tibia droit et dans les clavicules, et des exostoses ne tardèrent pas à se montrer sur ces os.

Celle du tibia est constituée par une tumeur ohlongue occupant presque toute la moitié supérieure de la face interne de l’os, et se perdant insensiblement en haut et en bas. Celles des deux clavicules, de la gauche en particulier, sont moins saillantes*, dans toutes, les tissus superficiels sont à peine empâtés *, et la peau , mobile sur eux, conserve sa couleur naturelle.

Quelquefois, certains malades se plaignent de douleurs dans les os , et le plus fréquemment dans ceux des membres inférieurs et de la tête , sans offrir aucune trace de gonflement ou de lésion appréciable. Ces douleurs vives parfois, et le plus ordinairement sourdes et profondes, ne sont pas rapportées à l’extérieur des os,* le toucher, la pression n’ont sur elles aucune influence -, elles semblent partir de 1 épaisseur même de ces organes, et sieger dans leur moelle , comme le disent les malades.

Elles ont habituellement pour caractère essentiel,

de revenir et d’augmenter notablement le soir, après le coucher du soleil, sans quelles aient diminue ou disparu tout-à-fait pendant le jour, et cela avec une périodicité remarquable. L’exposition au froid semble les calmer $ l’élévation de température que le lit amène les exaspère. Ce retour régulier pendant la nuit et sous l’influence de la chaleur, est même, à peu près, le seul indice important de leur nature spécifique.

Ces douleurs ostéocopes doivent être attribuées , je crois, à un état du périoste interne des os, analogue à la périostose proprement dite} à une véritable périostite interne, à l’inflammation de la trame lamellaire qui occupe le canal médullaire , aux résistances insurmontables qu’éprouvent ces tissus pour subir une distension même légère , et par suite , aux douleurs vives que cette sorte d’étranglement doit produire. Des recherches nécroscopiques peu nombreuses, il est vrai, faites sur ce sujet, me paraissent donner quelque consistance à cette manière de voir.

Le caractère nocturne pouvant ne pas exister, ou ne pas se montrer d’une manière bien tranchée , le diagnostic des douleurs ostéocopes peut être excessivement difficile , surtout quand elles ne sont accompagnées d’aucun autre accident vénérien.

Les anti-phlogisiiques n’exercent sur ces affections qu’une très-faible influence : les diverses préparations d’opium les calment, mais suffisent bien rarement pour les guérir. Le proto-iodure et le deuto-chlorure de mercure unis à l’opium en sont , sans contredit , les remèdes les plus effi¬

caces.

Mais ainsi que les exostoses, elles résistent quelquefois aux substances hydrargiriques.

M. Ricord dit s être bien trouvé de l’application répétée, sur la [peau voisine, de vésicatoires volans qu’on panse avec du cérat opiacé et qu’on rend permanens, ou dont on entretient , du moins, la suppuration pendant quelque temps dans les cas les plus rebelles.

Mais c’est aux traitemens des accidens tertiaires qu’on doit recourir alors avec le plus de confiance. C’est à ces moyens qu il faut s’adresser même dès le début , quand les douleurs ostéocopes surviennent chez des malades qui ont déjà pris plusieurs fois du mercure.

On peut même dire que les exostoses et surtout les douleurs ostéocopes établissent une transition véritable entre les accidens secondaires et les accidens tertiaires de la syphilis; et les dernières, en particulier, se rapprochent peut-être plus des phénomènes tertiaires que de tous les autres. Mais j’ai cru devoir en parler ici , afin de ne pas les séparer des exostoses et des périostoses avec lesquelles elles sont fréquemment liées.

§ XII. Du Testicule vénérien ou Sarcocèle syphilitique .

La syphilis constitutionnelle détermine qnelquefois des engorgemens de l’organe sécréteur du sperme i les malades se voient pris, parfois subitement , de gonflement de ces organes , sans choc, sans chute, sans cause occasionnelle appréciable.

Cette maladie n’atteint ordinairement qu’un seul testicule , et indistinctement le droit ou le gauche. Elle peut aussi envahir alternativement l’un et l’autre, et dans des cas bien rares, les deux en même temps.

L'orchite syphilitique ou sarcocèle vénérien doit être distinguée soigneusement de l’orchite ou épididymite blennorrhagique. La première ne se montre que longtemps après la disparition de tous les accidens primitifs , tandis que la chaude-pisse tombée dans les bourses peut bien ne compliquer les écoulemens urétraux qu’à une époque éloignée de leur apparition, mais elle se développe toujours pendant la durée et souvent quelques semaines après le coït infectant.

Le sarcocèle syphilitique survient presque aussi fréquemment chez les hommes qui n’ont jamais été atteints de gonorrhée ou d’orchite blennorrhagique que chez ceux qui en ont été affectés.

11 siège spécialement dans le corps du testicule et dans la tunique albuginée d’après Astley Cowper$ prend, dès son début, un caractère indolent et une marche chronique*, tandis que l’orchite blennorrhagique occupe surtout l’épididyme, le cordon spermatique et la tunique vaginale, et offre toujours des accidens phlegmasiques prononcés.

11 est important de distinguer l’affection vénérienne du testicule de celle qui se rattache à la constitution strumeuse et qui est souvent due à un état tuberculeux de l’organe. L’étude attentive du tempérament et des antécédens du malade aidera beaucoup pour établir cette distinction.

11 faut aussi ne pas confondre celte affection avec Létat squirreux qui résulte d’inflammations fréquentes et répétées *, ainsi qu’avec l’état cancéreux dans lequel le testicule présente constamment des inégalités plus ou moins prononcées et des douleurs lancinantes presque toujours fort différentes des douleurs sourdes occasionnées par l’engorgement vénérien, tant qu’il n’a pas subi lui-même certaines dégénérescences pathologiques.

Les douleurs produites par le sarcocèle syphilitique s’exaspèrent la nuit, au dire d’Astley Cowper -, ce caractère que je n’ai pas rencontré , habituellement au moins, car je lai observé une seule fois dans les nombreux cas que j'ai vus, serait susceptible d’offrir un intérêt réel.

Le diagnostic différentiel de ces diverses maladies est du reste fort difficile , et exige une grande perspicacité et un grand tact médical , quand surtout elles existent seules et qu’elles ne sont liées à aucun autre symptôme de vérole constitutionnelle susceptible de jeter quelques lumières sur leur nature propre. 1

Aussi, ne saurait-on dans les lésions graves des testicules à diagnostic obscur et peu tranché, interroger, avec trop de soin, les malades sur leurs antécédens et sur l’apparition première de l’affection -, et ne pourrait-on trop recommander les conseils et la conduite de Dupuytren qui , dans les cas douteux , ne se décidait jamais à pratiquer la castration avant d’avoir préalablement prescrit un traitement mercuriel méthodique et complet.

Le sarcocèle syphilitique est toujours un syrn-

ptome de vérole constitutionnelle. Il ne se manifeste que longtemps après la disparition des accidens primitifs, et souvent après que d’autres phénomènes secondaires se sont montrés sur d’autres organes. Il peut quelquefois être considéré comme un véritable accident tertiaire, et avec certaines lésions de la langue, de la gorge, les douleurs ostéocopes et les caries osseuses, il constitue une série de phénomènes mixtes, appartenant souvent à la syphilis secondaire proprement dite , mais pouvant aussi se rattacher aux accidens tertiaires et dégénérés, dont je vais m’occuper dans le chapitre suivant.

Les anti-plilogistiques n’ont pas d’influence efficace sur le testicule vénérien : ils atténuent seulement un peu la dureté de la tumeur et les douleurs qu’elle produit dans quelques cas. Les diverses applications locales résolutives n’exercent pas sur lui une action bien manifeste. Les fondans généraux, tels que les pilules au calomélas et au savon médicinal, additionnées d’extrait de ciguë ou d’opium, agissent parfois d’une manière favorable 5 mais c’est aux pilules de proto-iodure ou de deuto-chlorure de mercure unies à l’opium ou à la ciguë, et, lorsque des contre-indications s’opposent à l’administration de ces substances , aux frictions avec les divers onguens mercuriels qu’il faut recourir avec le plus de confiance, dans les cas ou les préparations hydrargiriques ont été employées déjà et sans succès , et dans ceux où , pour des raisons diverses, elles ne pourraient être mises en usage, sans inconvénient , il faut ne pas balancer à con-

seiller les traitemens* des accidens tertiaires, l’iodure de potassium en particulier.

§ XIII. Les corps caverneux sont aussi susceptibles d’offrir, sous l’influence de la syphilis constitutionnelle, un état d’induration et de gonflement indolent analogue à l’orchite syphilitique.

Cette induration est d’une étendue variable , et peut siéger d’un seul côté ou des deux côtés à la fois. L’exàmen des parties fait percevoir un petit noyau dur, ou une véritable corde résistante produite par l’intumescence des lames fibreuses qui enveloppent les corps caverneux. Elle a été signalée et décrite par M. Ricord. Elle est assez peu commune pour que je n’en aie jamais rencontré d’exemple , et entraîne à-peu-près les memes considérations séméiotiques et les memes applications thérapeutiques que le sarcocèle vénérien.

§ XIV. Des Ulcérations profondes et des Indurations du Rectum.

La syphilis constitutionnelle produit chez quelques malades des ulcérations du rectum et d’autres altérations de cet organe d’un diagnostic souvent difficile \ ceux-ci éprouvent vers la partie inférieure du gros intestin des douleurs sourdes que la défécation exaspère , surtout lorsqu'il y a constipation. Leurs matières fécales présentent des traces de pus ou des stries de sang. Ils attendent souvent pour se plaindre que les douleurs soient continuelles , que les selles soient pénibles , et que leur état général ait déjà souffert notablement.

L’anus est ordinairement sain , et son examen ne fait rien préjuger sur le siège et la nature de la maladie.

L’exploration par le doigt indique souvent des élévations dures, à sommet ulcéré, ou des indurations partielles et plus ou moins bien limitées.

L’examen au Spéculum ani montre quelquefois des ulcérations de largeur variable , depuis celle d’une lentille a celle d’un gros pors, établies sur des replis ou dans les anfractuosités de la muqueuse, accompagnées presque toujours d’un épaississement notable des tissus sous-jacens, ainsi que des indurations presque squirrheuses, recouvertes par une muqueuse tout-à-fait saine et à peine rouge ou entamée par des érosions ou des ulcérations superficielles.

Ces lésions s’accompagnent fréquemment d’autres symptômes généraux de syphilis et surtout d’affections vénériennes de la gorge ou de sypbilides. Elles peuvent exister seules et doivent exiger souvent alors que le médecin en examine attentivement la marche, et s’enquière bien des antécédens du malade.

Leur traitement ne diffère pas de celui que j’ai proposé contre la plupart des autres signes de syphilis constitutionnelle , et contre ceux qui siègent à l’autre extrémité de la muqueuse digestive en particulier.

Des moyens locaux, tels que les bains de siège , les lavemens émolliens , puis rendus légèrement détersifs par le chlorure de soude ou par quelques doses de sublimé corrosif*, plus tard des applica-

tions de solution de sublimé ou de divers cathérétiques , faites avec le spéculum , de quelques onguens mercuriels , ou de pommades au calomélas appliquées à l’aide de mèclies ou de suppositoires méthodiquement employés * doivent être ajoutées à l’action des remèdes anti-syphilitiques généraux.

11 est des cas où ces lésions paraissent liées d’une manière plus éloignée à la maladie vénérienne , et où elles constituent de véritables accidens tertiaires.

§ XV. Des Engorgemens secondaires

des Ganglions lymphatiques f ou des Bubons

consécutifs .

Dans quelques cas enfin , à une époque éloignée du moment de l’infection , et spontanément, ou ce qui est plus fréquent avec quelques-uns des accidens dont je viens de tracer l’histoire, on voit survenir des engorgemens ganglionnaires , dans diverses régions du corps , derrière l’angle du maxillaire inférieur, au cou , aux aisselles , aux aines.

Ces adénites sont presque toujours indolentes et affectent une marche lente et chronique : elles ne présentent aucun caractère particulier, et seraient d’un diagnostic fort difficile et fort obscur si elles ne se montraient pas avec des signes de syphilis constitutionnelle mieux caractérisés, et propres à jeter quelque lumière sur leur nature spécifique.

Elles doivent çtre combattues localement par les agens résolutifs qu’on oppose ordinairement aux bubons récens à caractère indolent.

Le ptoto-i od lire de mercure , l’iodure de potassium , toutes les préparations anti-syphilitiques propres à corriger en même temps les dispositions strumeuses , doivent former la base des traitemens généraux qu’on leur oppose -, car on les rencontre particulièrement sur des sujets à constitution lymphatique.

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