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CHAPITRE XIV

Des Accidens tertiaires de la Syphilis.

En commençant l’étude des accidens secondaires de la maladie vénérienne , nous avons trouvé que quelques uns d’entre eux présentaient des ressem blances notables avec les phénomènes primitifs, et qu’on ne pouvait pas leur rapporter, sans restriction , les préceptes généraux applicables aux symptômes de la syphilis constitutionnelle.

Nous avons vu, en effet, que quoique les tubercules muqueux, en particulier, ne dussent pas être ordinairement considérés comme des lésions réellement primitives, ils différaient pourtant souvent , par plusieurs points , des accidens consécutifs proprement dits

Nous allons rencontrer les mêmes difficultés dans l’étude des phénomènes tertiaires-, quelques affections de ce groupe pathologique offrent des caractères qui ne sauraient laisser de doutes sur leur véritable nature , tels que les tumeurs gommeuses;

les tubercules profonds de la peau, etc., tandis qu’il en est d’assez peu distincts de certaines lésions secondaires pour qu’il soit parfois fort difficile, pour ne pas dire impossible, d’établir entre eux et ces dernières une ligne de démarcation tranchée , ainsi qu’on lè voit dans certains cas d’ulcérations opiniâtres de la gorge , d’ulcères indurés de la langue , d’exostoses , etc.

Les auteurs anciens n’avaient tenu aucun compte des modifications profondes que subissent fréquemment les affections de nature syphilitique par suite des traitemens dirigés contre elles , et souvent aussi sous l’influence seule des efforts de l’organisme.

Quelques bons observateurs du XVIIIe siècle et des premières années du XIXe s’étaient bien aperçus que les malades , jadis atteints de divers accidens vénériens, présentaient quelquefois des phénomènes morbides moins bien caractérisés que ceux qu’ils avaient offerts d’abord , qu’on devait pourtant rapporter encore à l’infection vérolique, et contre lesquels les remèdes anti-syphilitiques ordinaires et particulièrement les préparations hydrargiriques paraissaient inefficaces, ou dont ils semblaient même réellement aggraver les ravages.

Ces faits, par leur renouvellement, firent naître dans l’esprit de quelques praticiens de fortes préventions contre le mercure , et peuvent expliquer, en partie du moins , les exagérations auxquelles on s’est laissé aller sur ses inconvéniens et sur ses effets délétères. Ils ont contribué aussi à pro pager l’emploi et à augmenter la vogue de certaines compositions altérantes et dépuratives , qui

produisent, dans quelques cas, des résultats heureux, et même réellement, parfois, des guérisons inespérées.

Le docteur Chrestien , de Montpellier, le docteur Niel et plusieurs autres syphilographes de notre époque, avaient cherché à signaler quelques caractères propres à faire distinguer les accidens éloignés et dégénérés de la syphilis, des phénomènes secondaires qu’on observe le plus habituellement.

M. Ricord a puissamment contribué à fixer l’attention sur leur physionomie particulière et sur les signes qui peuvent aider à les bien reconnaître.

Une ou plusieurs années s’écoulent ordinairement entre le moment où la maladie a été contractée et le développement des accidens tertiaires. Ceuxci surviennent rarement sans avoir été précédés par une ou plusieurs séries de phénomènes secondaires.

Ils se montrent sur des lieux éloignés de ceux qui ont été exposés à l’infection : ils ne sont jamais inoculables. J’ai tenté bien souvent de les propager par cette voie , sans jamais pouvoir obtenir aucun signe de transmission.

Ils ne sont pas contagieux , ou du moins la propriété de se communiquer par le coït, par des baisers lascifs, des attouchemens obscènes, etc., est tellement obscure en eux , qu’on peut dire qu’ils ne sont pas susceptibles de se répandre par contagion.

Ils ne semblent pas même pouvoir se transmettre

par la génération et par la voie d’hérédité. Les personnes qui en sont atteintçs n’impriment pas aux enfans qu’elles engendrent ce cachet particulier que nous avons signalé pour les symptômes secondaires bien tranchés ; elles leur lèguent souvent des constitutions débiles et maladives , des germes de lymphatisme ou de scrophules qui les font succomber fréquemment dans les premiers mois ou les premières années de la vie.

Mais, il ne faut jamais perdre de vue que les phénomènes tertiaires n’offrent pas toujours une symptomatologie bien distincte de celle des accidens secondaires*, qu’il n’existe dans bien des cas, qu’une délimitation peu marquée entre ces diverses manifestations des ravages de la vérole; et qu’il faut souvent une élude très-attentive des antécédens du malade , des traitemens qu’il a suivis , de l’ensemble des phénomènes morbides qu’il présente, de l’état général de sa constitution, etc., pour éclairer le médecin et le décider à classer les affections qu’il observe dans l’un ou l’autre de ces groupes pathologiques.

L’appréciation exacte de ces différences est pourtant d’un très-haut intérêt , puisque le choix des agens thérapeutiques en dépend nécessairemeut , et que ceux qui conviennent à quelques uns de ces accidens , sont au contraire presque toujours inefficaces, ou même nuisibles lorsqu’ils sont employés contre les autres.

Les phénomènes tertiaires, peuvent se développer dans divers systèmes organiques; la peau, les membranes muqueuses, le tissu cellulaire, les os

semblent en être plus souvent affectés que les autres.

§ I. Des Ulcérations de la peau.

La peau présente quelquefois des ulcérations d étendue variable , à fond grisâtre , à bords relevés ; ces ulcérations sont souvent isolées, mais souvent aussi , et particulièrement lorsqu’elles siègent à la face , elles sont confluentes ou du moins assez • rapprochées pour que leur auréole inflammatoire se joigne et se confonde.

Elles donnent lieu à des douleurs sourdes et vagues , ou à des cuissons vives et susceptibles , quand le mal est étendu , de s’accompagner de réaction et de fièvre *, elles font prendre à la lace, lorsqu’elles y ont leur siège , un aspect vraiment hideux et peuvent encore altérer profondément les traits du visage , même après leur guérison , par les cicatrices blanches et ridées dans tous les sens qu’elles laissent après elles.

Ces ulcérations ressemblent beaucoup aux véritables chancres, mais elles ne sont pas inoculables et ne paraissent pas même susceptibles de se communiquer par voie de contagion. Elles ne surviennent que longtemps après le moment de l’infection et chez des malades qui , presque toujours, ont déjà présenté , à des époques variables , une ou plusieurs séries d’accidens syphilitiques secondaires.

Elles sont souvent recouvertes , principalement sur les membres et sur le tronc, par des croûtes épaisses et verdâtres.

Elles ne guérissent pas par l’emploi des préparations mercurielles et semblent souvent même s’exaspérer sous leur influence } elles résistent, fréquemment aussi, aux applications locales les plus appropriées en apparence, ou lorsqu’elles leur cèdent momentanément, elles ne tardent pas à reparaître avec une nouvelle violence. Elles guérissent presque toujours, au contraire, et parfois avec une promptitude étonnante , à l’aide des traitemens que je vais indiquer.

Parmi les nombreux cas de cette maladie que j’ai observés, il en est deux qui m’ont offert un intérêt particulier par l’horrible étendue des lésions , leur ancienneté , leur opiniâtreté , et par l’action promptement efficace de l’iodure de potassium.

Un officier de marine ayant été atteint, dans l’Inde en 1 838 , d’un chancre rapidement guéri par la cautérisation avec le nitrate d’argent , présenta, peu de temps après, une syphilide qui fut traitée par les frictions mercurielles à doses considérables , car le malade croit avoir pris quatre cent cinquante grammes au moins (environ quinze onces) d’onguent napolitain.

11 1 ui survint ensuite des exostoses sur les tibias, les clavicules, les cubitus , les apophyses mastoïdes, des douleurs ostéocopes nocturnes à la tête , aux jambes, aux bras, et peu après, des ulcérations de la peau, larges, profondes et si nombreuses , qu’il avait pu en compter dix-huit à la jambe droite et seize à la gauche. L’opium uni au sulfate de quinine: puis, en i84o, le sirop

de salsepareille, et, dans les premiers mois de 1841 » quelques doses d’iodure de potassium améliorèrent beaucoup la santé de ce malheureux officier. •

Mais en septembre 1841, il s’aperçut d’un écoulement fétide par le nez*, il perdit bientôt l’apophyse montante du maxillaire supérieur droit , et vit survenir, de plus , des ulcérations étendues à la lèvre supérieure. Son état général était , en outre, profondément altéré} il présentait une susceptibité excessive des voies digestives et des retours fréquens d’une diarrhée , qui avait succédé à une colite assez intense pour compromettre sérieusement sa vie, en i838, pendant sa navigation sur la côte de Coromandel.

Malgré ces dispositions certainement bien défavorables, je me décidai à tenter l’emploi soutenu et méthodique de l’iodure de potassium *, seulement, je crus devoir commencer par des doses un peu faibles et n’augmenter que plus lentement et avec plus de précautions que je ne le fais habituellement. A mon grand étonnement, le malade supporta le remède avec une facilité qui ne se démentit pas pendant tout le traitement. Un peu de chaleur à l’estomac , quelques selles diarrhéiques et parfois une légère céphalalgie me forcèrent de le suspendre de temps en temps*, il produisit, en quelques jours, une amélioration étonnante dans les phénomènes pathologiques que je viens de signaler, particulièrement dans les ulcérations de la lèvre*, et en quelques semaines il amena une guérison complète et durable qui a permis à cet

officier de supporter de nouveau les privations et les fatigues du service à la mer.

Le nommé Keller, âgé de trente-six ans , détenu au bagne de Toulon depuis i838, dit avoir été atteint , jadis , de plusieurs affections vénériennes primitives dont la dernière remonte à l’année i83o. Il assure n’en avoir plus éprouvé depuis cette époque jusqu’en 1 84 1 qu’il fut admis, pour la première fois, à l’hôpital du bagne.

11 présentait alors des ulcérations à la voûte palatine et au voile du palais, avec destruction presque entière de la luette. Ces lésions persistèrent ou reparurent plusieurs fois, après une disparition incomplète ou momentanée , pendant les années 184.1 et 18/J.2* malgré divers traitemens auxquels fut soumis le malade , et qui consistèrent : le premier en cent quatre-vingt-sept pilules de Dupuytren } le second en quelques frictions mercurielles et en quelques pilules de proto-iodure de mercure prises avec peu d’ordre et peu de suite 5 le troisième en quarante-six frictions avec de fortes doses d’onguent mercuriel ammoniaco-sulfuré et en diverses applications locales détersives ou caustiques.

Malgré ces remèdes , de nouvelles ulcérations se montrèrent, vers le milieu de 1843, dans les fosses nasales, sur la cloison et sur le lobe du nez.

On eut recours alors à quelques doses faibles et timidement prescrites d’iodure de potassium , et quelques mois après , à un traitement par le percblorure d’or et de soude en frictions sur la langue et par 1 oxide d’or en pilul es.

Ces nouveaux agens thérapeutiques n’exercèrent qu’une influence évidemment peu salutaire et insuffisante , et la maladie parut céder plutôt à des applications répétées de nitrate acide de mercure et de pommades créosotées, qu’aux remèdes généraux eux-mêmes*

Cet homme ne tarda pas à revenir à l’hôpital avec des symptômes plus graves et plus étendus encore que les précédens. 11 présentait des ulcérations larges , profondes, très-nombreuses sur toute la face et surtout sur la joue gauche, sur le nez et sur la lèvre supérieure. Ces ulcérations, à fond grisâtre , à bords élevés et un peu indurés, étaient entourées d’une auréole violacée qui , par sa confluence , changeait entièrement la couleur de la peau *, autour de ces ulcérations principales en existaient quelques autres plus petites , recouvertes de croûtes brunes et épaisses.

Il fut alors soumis à l’usage de l’iodure de potassium à doses élevées et rapidement croissantes , et d’une tisane de saponaire *, en même temps je me bornai à recouvrir les plaies avee des plumasseaux de cérat , en évitant avec soin toute application locale susceptible d’exercer une action un peu notable.

Sous l’influence de cette médication, l’aspect des ulcérations a changé avec une grande promptitude, et, en moins de trois semaines, toute la large surface quelles occupaient était recouverte par des cicatrices rosées d’abord, et devenues bientôt tout-à-fait blanches *, ces cicatrices, en se coarctant , ont diminué étonnamment le volume

des traits que le gonflement avait boursoufflé d’une manière hideuse, et ont amené des cbangemens si notables et si profonds dans la physionomie du malade qu’il serait certainement impossible, à ceux qui l’ont vu avant son horrible affection , de le reconnaître aujourd’hui.

§ II. Des Tubercules profonds de la peau.

Il ne faut pas confondre ces affections avec la syphilide tuberculeuse, pas plus qu’avec les gommes ou tumeurs gommeuses.

Les malades présentent quelquefois sur diverses parties du corps, et particulièrement sur les membres et sur le dos, des tubercules plus ou moins volumineux , en nombre très-variable , qui ne sont pas seulement constitués par l’hypertrophie du derme , comme les saillies de la syphilide tuberculeuse, et qui ne sont pas aussi complètement dus à une altération du tissu cellulaire que les tumeurs gommeuses , dont ils diffèrent , du reste, notablement. Ce sont des nodus adhérens à la peau , formant en dessous d’elle une saillie plus prononcée que celle qu’ils présentent au dehors , existant souvent sans altération de couleur à leur surface, et survenant, presque, toujours après d'autres accidens vénériens consécutifs.

Le fait le plus remarquable que j’en aie observé est celui d’un soldat d’artillerie de marine qui , ayant été atteint, aux Antilles, de chancres pour lesquels il n’avait pris qu’un petit nombre de cuillerées de liqueur de Van-Swiéten , vît survenir, pendant sa traversée pour France , une e'rup-

tion vénérienne dont il ne put pas m’indiquer les caractères précis; cette éruption disparut sous l’influence de quelques grains de sublimé corrosif , mais fut remplacée, peu de temps après, par des tubercules profonds , des nodus de la peau , que je combattis par des frictions avec le perchlorure d'or et de soude, et des pilules d’oxide d’or; ces moyens amenèrent promptement une guérison complète et définitive

§ III. Des Ulcérations de la Gorge et des Ulcérés indurés de la Langue.

La rougeur brune et diffuse qui accompagne les ulcérations secondaires de la gorge, se dissipe quelquefois pendant que celles-ci persistent; dans certains cas aussi , au lieu de se déterger et de se cicatriser sous l’influence des préparations mercurielles et des diverses applications qu’on leur oppose, elles se creusent de plus en plus, déterminent une induration prononcée des tissus sousjacens en prenant un aspect blafard, douteux, susceptible de faire croire à une dégénérescence cancéreuse.

Cette disposition est plus souvent offerte encore par les ulcérations de la langue , dont le tissu s’indure à quelque distance du mal , en même temps que des douleurs sourdes se déclarent.

Ces états s’aggravent quelquefois au point d’inspirer de vives inquiétudes aux malades et aux médecins , et de leur faire craindre la nécessité d’opérations graves et dangereuses. Ils ne cèdent pas au mercure; ils semblent même souvent s’exas-

pérer sous son influence 5 tandis qu’ils disparaissent fréquemment avec une facilité remarquable par l’emploi des traitemens des accidens tertiaires.

§ IV. Des Gommes ou Tumeurs gommeuses.

Ces tumeurs occupent ordinairement le tissu cellulaire sous-cutané , mais peuvent pourtant se montrer dans toutes les couches de ce tissu. Elles siègent dans toutes les régions du corps*, j’en ai observé aux membres, à la tête, je viens de traiter un malade qui en offrait une au niveau de l'attache sternale du sterno-mastoïdien.

Un noyau induré se forme au-dessous de la peau; ce noyau s’accroît sans accidens inflammatoires; il ne détermine que quelques douleurs sourdes et de la gêne dans les parties; son accroissement se continue lentement, et la tumeur met souvent plusieurs mois ou au delà d’une année pour acquérir tout son développement, et avant de commencer à subir les évolutions qui en amènent la fonte purulente.

La peau qui la recouvre reste longtemps intacte; peu-à-peu pourtant elle rougit, contracte des adhérences avec elle et se déchire. Il se forme une ou plusieurs ouvertures qui, presque toujours, se réunissent bientôt en une ulcération à bords indurés et renversés , et à fond grisâtre.

Si on ouvre une tumeur gommeuse avant son ramollissement, on la trouve constituée par une substance aréolaire infiltrée d’un liquide jaune et d.e la consistance du miel.

Lorsque l’inflammation l’a envahie , la suppura-

tion ne se fait que partiellement ; l’ouverture de la peau ne la vide qu’incomplètement et ne donne issue qu’à une petite quantité de pus sanieux et mal lié. La suppuration se continue souvent pendant quelque temps, sans amener la disparition complète de la tumeur } il reste au-dessous de la peau une induration adhérente et qui gêne encore longtemps , suivant sa position , les mouvemens des parties voisines.

Quelquefois, lorsque les gommes sont situées sous les tégumens du crâne ou de l’apophyse mastoïde, ainsi que je l’ai observé chez un malade, elles se compliquent de la carie des os sous-jacens, carie dont elles ont semblé la cause occasionnelle par le travail d’inflammation suppurative qu’elles ont déterminé.

Les tumeurs gommeuses constituent des symptômes profonds de syphilis } elles suivent presque toujours d’autres accidens vénériens. Je n’en ai jamais vu se terminer par résolution , et je les ai vues toujours résister aux préparations mercurielles.

Lorsqu’on les abandonne à elles-mêmes, elles peuvent, après avoir suppuré, laisser croire pendant un certain temps à une guérison réelle } mais elles ne tardent pas à être suivies par de nouveaux accidens pathologiques graves et plus ou moins bien caractérisés.

Le nommé Lagrave , du bagne de Toulon , avait été affecté cinq fois de divers symptômes syphilitiques, pour lesquels il avait subi des traitemens sur lesquels il ne put donner que des renseigne-

mens vagues, lorsqu’en septembre i843, il se présenta à l’hôpital pour un ulcère développé, depuis quinze jours , à la partie antérieure et moyenne de la voûte palatine.

L’aspect du mal et les antécédens du malade décidèrent le médecin qui le visita à lui prescrire des frictions mercurielles , et il quitta l’hôpital tout-à-fait guéri , après y avoir séjourné cinquantesix jours et avoir employé trois cent vingt grammes (sept onces) d’onguent napolitain en trentedeux frictions.

Ce condamné revint, le i5 janvier i844> pour une petite tumeur indolente, sans changement d’état de la peau, siégeant à la partie inférieure et antérieure du cou dont elle gênait les mouvemens , placée tout- à -fait sur la saillie du tendon du muscle sterno-mastoïdien du côté droit , et dont il fait remonter l’origine à près d’un an.

Des applications émollientes , des onctions avec la pommade hydriodatée ne parvinrent pas à déterminer la résolution de cette tumeur gommeuse, qui, trois mois après, abcéda en donnant issue à du pus mal lié , et en laissant une ouverture qui ne tarda pas à dégénérer en ulcère à bords taillés à pic et à surface pultacée. Un mois plus tard, sous l’influence de pansemens simples , la plaie se recouvrit d’une cicatrice irrégulière , et il resta un noyau induré presque aussi volumineux et aussi gênant que la tumeur elle -même.

Lagrave rentra à l’hôpital le i5 juin i844> portant sur la lèvre supérieure , tout-à-fait à l’entrée de la narine droite , un petit ulcère de forme

arrondie , à fond excavé , à bords relevés qui , au dire du malade, a succède' à une petite pustule blanche , et s’est agrandi jusqu'à atteindre la largeur d’une pièce de vingt-cinq centimes. Cet ulcère qui exhalait une odeur désagréable était le siège d’un sentiment de brûlure vive et quelquefois de douleurs lancinantes.

Traité d’abord au moyen de simples lotions émollientes et recouvert seulement de charpie râpée , il continua à creuser et à s’étendre vers l’aile du nez. On le toucha plusieurs fois avec le nitrate acide de mercure*, et, à partir du 29 juin, il commença à se limiter franchement , des bourgeons charnus apparurent , et la cicatrice fut assez complète au s3 juillet pour qu’on renvoyât le malade à ses travaux.

Le 4 août 1 844 1 cet homme revint encore pour le mêjne ulcère qui s’était rouvert} celui-ci occupait alors toute l’entrée de la narine droite et commençait à détruire la cloison , ainsi qu’à détacher l’aile du nez dans le sillon qui la sépare de la joue. Son fond revêtu d’une couche couenneuse et blanchâtre se détergea lentement sous l’influence de quelques applications de nitrate acide de mercure et le mal resta ensuite complètement stationnaire. C’est alors ( 2 septembre) qu’on se décida à employer l’iodure de potassium. Sous l’influence de cette médication et sans nouvelles applications cathérétiques , un changement rapide se fit dans l’ulcère dont la cicatrice était achevée quatorze jours après.

En même temps la tumeur gommeuse qui sié-

geait à la partie intérieure du cou , et qui depuis le mois de mars ne s’était aucunement modifiée , présenta une diminution sensible de jour en jour, de manière h rendre au malade les mouvemens d’extension du cou qu’elle empêchait , et à permettre de sentir distinctement le tendon du sternomastoïdien sur lequel elle reposait.

On peut traiter localement les tumeurs gommeuses de deux manières differentes : ou en les laissant marcher d’elles- mêmes vers le ramollissement et la suppuration , en les ouvrant alors, et en soignant les ulcérations, qui suivent cette ouverture, comme des plaies blafardes ordinaires*, ou bien en employant une méthode perturbatrice , en incisant de bonne heure les tumeurs indolentes qu’elles constituent et en appliquant, dans l’incision, du nitrate acide de mercure, du beurre d’antimoine, etc., pour amener leur fonte rapide.

§ V. Des Caries et des Nécroses syphilitiques.

Les exostoses et les douleurs ostéocopes peuvent durer fort longtemps et constituer de véritables aecidens tertiaires, sans amener d’altérations plus profondes des os où elles siègent.

D’autres fois, les périostoses et les exostoses produisent dans les parties molles qui les recouvrent des inflammations qui, faute de, soins, mais aussi parfois malgré les traitemens les mieux dirigés, se terminent par la formation d’abcès plus ou mojns étendus qui entraînent à leur lour, par le contact irritant du pus , des caries des os.

Souvent après quelque temps de douleurs ostéo-

copes h caractères peu tranchés, on voit les os se carier et fournir des quantités considérables de pus sanieux .

Cette altération paraît susceptible d’atteindre tous les os du squelette : je l'ai vue aux os du crâne, au corps des vertèbres cervicales , au sternum , aux os des membres et aux tibias particulièrement. Mais son siège le plus fréquent est aux os de la face , aux os propres du nez , à ceux qui constituent la charpente solide des fosses nasales, cornets inférieurs, vomer, ainsi qu’à ceux qui forment la voûte palatine.

Souvent après des douleurs sourdes , auxquelles les malades n’attachent pas toujours une grande importance , on voit survenir des ulcérations à la voûte palatine , ou à divers points des fosses nasales. Ces ulcérations produisent, pendant quelque temps, du pus mal lié, sanieux et fétide, qui entraîne quelques débris peu volumineux des os voisins , et quelquefois des fragmens assez gros pour faire reconnaître les points d’où ils se sont détachés.

J’ai vu sortir ainsi des portions considérables des os propres du nez , des apophyses montantes des sus-maxillaires , des cornets et du vomer.

Lorsque la carie atteint les parties solides du larynx , elle donne lieu à des laryngites ulcéreuses et souvent à tous les accidens de la phthisie laryngée.

La carie et la nécrose par suite de maladie vénérienne sont trop communes pour qu’on puisse en contester l’existence. 11 est probable qu’elles

surviennent plus fréquemment chez des malades frappe's de certaines prédispositions morbides et particulièrement chez des sujets scropliuleux. Mais il n’est guère possible d’admettre qu’eux seuls en soient affectés , ainsi que Becquett et quelques autres observateurs ont cru pouvoir V avancer.

Outre la gravité du mal indiqué par les caries ou les nécroses syphilitiques, celles-ci peuvent occasionner des désordres fâcheux par elles-mêmes et par les pertes de substance que les os subissent. Ainsi, la perforation de la voûte palatine qui est une des plus fréquentes de ces conséquences, produit souvent, quand elle est un peu étendue , une communication facile entre la bouche et les fosses nasales*, par suite, des altérations dans la voix et une gêne dans le passage à travers la cavité buccale des aiimens et des boissons , contre lesquelles la chirurgie est impuissante et qui exigent l’emploi d’obturateurs mécaniques bien faits.

La perte des divers os des fosses nasales amène aussi souvent des changemens notables dans la voix*, celle des os propres du nez ou des apophyses montantes des sus-maxillaires occasionnent des déformations disgracieuses de la pyramide nasale; et lorsque à ces désordres se joignent des destructions plus ou moins étendues des parties molles, il faut quelquefois recourir à l’emploi d’obturateurs, de nez artificiels, ou à quelques unes des opérations de rbinoplastie ou d’autoplastie que la chirurgie moderne a préconisées; seulement, il faut avant de se décider à les pratiquer, bien se convaincre de la cessation parfaile de la. maladie.

J’ai vu un fait curieux de perforation très-petite de la paroi antérieure du sinus frontal.

Le malade n’éprouvait aucune conséquence grave de la carie syphilitique qui avait ainsi détruit, une petite portion du coronaL, mais lorsqu’il se mouchait avec force , qu’il éternuait ou qu’il toussait violemment, l’air pénétrait à travers le petit pertuis osseux, et venait, en se répandant sous la peau du front , constituer une petite tumeur molle, un emphysème circonscrit qui disparaissait ensuite, en quelque temps, seul ou par des pressions exercées par les doigts.

§ VL Le système musculaire présente quelquefois des rétractions ou des contractures opiniâtres qu’on a cru pouvoir rattacher aux accidens syphilitiques tertiaires. M. Philippe Boyer dit avoir rencontré des faits de ce genre, et M. Ricord en a publié récemment une observation remarquable.

Les aponévroses d’enveloppe des membres peuvent être aussi affectés d’ accidens vénériens consécutifs, au dire de M. Philippe Boyer.

M. Ricord a cru pouvoir aussi rattacher à la maladie vénérienne un état morbide particulier de la sclérotique , qu’il a comparé à l’induration de la coque fibreuse des corps caverneux *, et d’autres auteurs lui ont attribué certaines névralgies et certaines surdités essentielles , en apparence , mais liées peut-être à des altérations organiques peu manifestes.

Ces accidens ne présentent, bien souvent, rien

cle caractéristique; les antécédens même des malades ne jettent quelquefois qu’une lumière douteuse sur leur nature; et c’est, parfois, plutôt par l’insuccès des moyens propres à les guérir habituellement qu’on est conduit à les considérer comme des symptômes éloignés et dégénérés de la vérole, et à leur opposer les remèdes des accidens tertiaires.

Il ne faut pas perdre de vue, enfin, qu’aucun système organique n’est absolument à l’abri des atteintes du virus syphilitique et qu’il paraît susceptible de donner naissance à presque toutes les affections du cadre nosologique , ou d’en être du moins la cause déterminante , dans certains cas de prédispositions individuelles plus ou moins évidentes.

Ces considérations, dont la pratique vient malheureusement souvent démontrer la justesse, peuvent nous expliquer la longue énumération des maladies que M1YI. Lagneau , Capuron et quelques autres écrivains , ont cru devoir attribuer au virus vénérien.

§ VII. De la Cachexie syphilitique.

Les accidens si nombreux, si variés et quelquefois si graves, dont je viens de tracer l’histoire, n’entraînent pas toujours des désordres généraux appréciables dans l’économie.

Mais d’autres fois la constitution s’altère de plus en plus, sous leur influence délétère, et subit dans son ensemble une modification profonde qui a reçu le nom de Cachexie syphilitique.

La peau se flétrit, devient sèche et terreuse;

elle prend une teinte jaunâtre qui se rapproche de celle qu’entraîne la cachexie cancéreuse *, les membres maigrissent et se décbarnent*, les malades présentent des cicatrices , des croûtes , des ulcérations hideuses } ils perdent l’usage d’un ou de plusieurs sens, et exhalent parfois une odeur infecte particulière que les mots ne sauraient définir.

L’ensemble le mieux dirigé de soins hygiéniques, de régime analeptique, de remèdes toniques et propres à rétablir les fonctions d’un organisme si profondément délabré, parviennent dans quelques cas à enrayer cette désorganisation générale ; d’autres fois tout échoue contre des désordres si profonds } des diarrhées opiniâtres et rebelles viennent, parfois aussi, se joindre à ces symptômes fâcheux, et conduisent le malade au tombeau par tous les degrés du marasme et de la décrépitude.

§ VIII. Traitement des accidens tertiaires.

Nous avons vu que le mercure et ses préparations étaient, sans contredit, les agens thérapeutiques les plus puissans de la syphilis constitutionnelle et des divers symptômes qui la dénotent. Mais il arrive une époque dans la durée de ces phénomènes morbides et dans les transformations qu’ils subissent quelquefois , où ces médicamens précieux cessent d’exercer une action aussi franchement salutaire, où parfois même la maladie semble s’exaspérer sous leur influence.

C’est dans ces faits que les antagonistes du mercure ont trouvé des preuves à l’appui de leurs récriminations 3 et ont pu, avec quelque apparence

de vérité , accuser ce métal du développement de quelques uns de [ces accidens.

Cette insuffisance des moyens 5 l’aide desquels on combat ordinairement la syphilis constitutionnelle, a donné naissance à un grand nombre de remèdes altérans , dépuratifs, dont les divers formulaires renferment les recettes presque toujours fort compliquées*, et qui, réellement, produisent quelquefois d’heureuses guérisons, soit par leur action directe , soit parceque leur emploi coïncide toujours avec la cessation des traitemens mercuriels prolongés et capables de fatiguer l’organisme , soit peut-être aussi par la réunion de ces deux circonstances.

Parmi ces moyens altérans et dépuratifs , il faut mettre en première ligne les tisanes d’Arnoud , de Feltz, de Zittmann , la tisane ou liqueur de Pollini , le sirop de Larrey, le sirop de Boiveau- LafFecteur, le sirop de Cuisinier, le sirop dépuratif très-composé des hôpitaux maritimes, les diverses essences de salsepareille, etc.

On peut aussi rapprocher de cette classe de moyens la diète sèche qui, au dire de quelques médecins , a produit des guérisons merveilleuses , et qu’il est si difficile de faire suivre exactement par les malades, que je n’ai jamais pu l’employer dans nos hôpitaux avec une suite et une régularité irréprochable.

Dès le milieu du XVIe siècle , divers auteurs avaient tenté d’opposer l’or, ou mieux des arcanes dans lesquels l’or entrait dans des proportions variables, contre certains accidens dus a la vérole.

Mais ce fut en 1 8 1 1 que le docteur Chrestien, de Montpellier, et en même temps le docteur Samuel Mittchill , de New-Yorck , préconisèrent et introduisirent definitivement dans la pratique médicale , plusieurs préparations auriques , telles que l or divise , ses oxides précipités par la potasse ou par l'étain, et surtout ses chlorures.

Des observations remarquables recueillies par le docteur Niel , par le docteur Legrand , par le professeur Lallemand, par le docteur Gozzi , de Bologne, etc., par le docteur Pourcbë qui donne la préférence au cyanure d’or, sont venus justifier les éloges prodigués à ce métal.

Je l’ai employé moi -même un grand nombre de fois avec des succès réels. Je lui ai dû souvent la guérison d’affections profondes de la gorge et de la langue liées à la syphilis, caractérisées quelquefois par une tendance manifeste vers la dégénérescence cancéreuse*, ainsi que la guérison de diverses maladies des fosses nasales avec altérations des os qui en forment la charpente solide , celle de quelques affections tuberculeuses de la peau survenues sous l’influence de la vérole , et contre lesquelles avaient échoué un ou plusieurs traitemens mercuriels*, mais je l’ai essayé tout-à-fait sans succès contre les divers accidens primitifs.

Après avoir expérimenté les diverses formules proposées par les auteurs que je viens de citer, j’en suis venu à ne plus employer que l’oxide d’or ou le perchlorure d’or et de soude. L'oxide en pilules uni à quelques extraits végétaux , et le perchlorure mêlé à quelques poudres inertes et

applique en frictions sur la langue et la muqueuse des joues.

Je commence ordinairement par prescrire le perchlorure d’or et de soude de la manière suivante : cinq centigrammes (un grain) de ce sel et dix centigrammes (deux grains) de poudre d’iris ou de lycopode traitée par l’eau et l’alcool que je mêle exactement et que je divise en douze paquets égaux.

Je fais employer tous les matins un de ces paquets en frictions sur la langue et la lace interne

des joues.

Le malade doit humecter son doigt indicateur droit avec de la salive , le charger de la poudre, frictionner la langue pendant cinq a dix minutes, et bien essuyer son doigt à la lin contre les joues, ou choisir cette dernière partie pour la friction, si quelque cause empêche de la pratiquer sur la langue. Cette friction pourrait bien aussi être faite sur les gencives^ mais il serait trop difficile, dans ce cas , de mettre les dents à l’abri de l’or et d’empêcher la coloration noire désagréable qu’il détermine sur leur collet.

La salive qui se montre abondamment dans la bouche pendant cette application doit être avalée en entier, chargée qu’elle est toujours de quelques atomes de remède.

Après cette première série de frictions, j’en prescris une seconde en divisant les mêmes doses de muriate d’or et de poudre inerte en dix paquets, puis une troisième en huit paquets, une quatrième en sept, une cinquième en six.

une

sixième en cinq, une septième en quatre, une huitième en trois, et je continue , dans les eas les plus opiniâtres, plusieurs séries à quatre ou à trois divisions, de manière à donner presque toujours des doses plus fortes que celles que prescrivait le docteur Chrestien , et à pousser quelquefois jusqu’à douze et quinze grains de sel d’or, ainsi que j’ai été obligé de le faire pour obtenir une guérison complète chez un soldat d'artillerie qui était atteint de tubercules profonds de la peau , et chez un jeune élève de marine qui présentait une affection ancienne et opiniâtre de la gorge et des fosses nasales.

Les traitemens ordinaires sont de six à neuf séries de frictions , c’est-à-dire de trente à quarante centigrammes (de six à neuf grainsj de perchlorure d'or et de soude \ souvent, dans les cas graves surtout, j’ajoute, l’emploi de l’oxide d’or en pilules, aux frictions que je viens d’indiquer, et je compose quelquefois ces pilules avec l’extrait d écorce de garou, mais le plus habituellement avec l'extrait de ciguë et l’extrait de douce amère à la dose de cinq centigrammes (un grain) d’oxide d’or, et cinquante centigrammes (neuf grains) de chaque extrait, pour dix pilules contenant chacune un dixième de grain d’or. Je donne deux pilules par jour, une le matin à jeun et la seconde le soir, une heure avant le repas ou quatre heures après, et j’emploie ainsi jusqu’à quarante, cinquante ou soixante centigrammes (huit, dix ou douze grains) d’oxide d’or.

Je joins à ces agens thérapeutiques l’usage d’une

tisane de saponaire , de chicorée ou de salsepareille*, je prescris en même temps un régime sain et un peu succulent, compose' de poulet, de poisson, de veau, de bœuf, de mouton bouilli, ou mieux, grillé ou rôti, d’eau rougie*, et je conseille des vêtemens chauds , un exercice modéré les jours de beau temps, et l’habitation d’appartemens convenablement chauffés les jours de pluie et de grand froid.

Je n’ai jamais rencontré sous l’influence des traitemens par les préparations d’or (et je les ai employés au moins une centaine de fois), les affections de la bouche et les irritations gastrointestinales que leur attribuent quelques auteurs. Souvent elles n’ont pas paru exercer d’action notable sur l’économie*, quelquefois elles ont déterminé un peu d’excitation générale , et , dans quelques cas seulement, cette excitation s’est accompagnée d’un peu de céphalalgie ou d’un peu de réaction fébrile que la cessation momentanée du remède a bientôt fait disparaître.

Mais presque toujours j’ai vu , sous leur influence, diminuer progressivement et guérir tout-à-fait les accidens tertiaires de la syphilis , soit que cette guérison pût être attribuée à l’excitation que l’or imprime à l’économie, à une certaine spécificité dans sa manière d’agir, ou à son affinité particulière pour le mercure, les malades auxquels on le prescrit ordinairement ayant souvent abusé des traitemens hydrargiriques.

M. Serres, de Montpellier, a vainement essayé de remplacer l’or et ses combinaisons par l'argent

et ses diverses préparations. On a cherché aussi, sans succès , à lui substituer le platine et quelques uns de ses sels.

Nous avions tenté , à l’hôpital de Toulon , d'opposer l'iode et l’iodure de potassium à quelques affections syphilitiques rebelles et invétérées $ mais ces remèdes n’avaient été donnés qu’à des doses faibles qui n’avaient jamais dépassé vingt ou trente * centigrammes (quatre à six grains) , et nous n’en avions obtenu que des effets douteux ou même nuis.

Les travaux de M. Ricord sur l’iodure de potassium sont venus m’enhardir*, je commençai, sur les données de ce médecin, à le mettre en usage avec plus de courage *, et depuis quelques années je l’ai employé, un très-grand nombre de fois, dans des maladies souvent fort graves , et presque toujours avec des résultats vraiment heureux.

Je le prescris ordinairement dans les cas ou je recourais jadis aux préparations d’or, et je n’emploie plus celles-ci que dans quelques circonstances exceptionnelles , lorsque , par exemple , la susceptibilité excessive ou l’état d’inflammation réelle des voies digestives ne peut pas permettre l’ingestion d’un médicament aussi actif et aussi irritant que l’iodure de potassium.

Quoique l’administration de ce remède à doses élevées ne date que de quelques années , les formulaires et les journaux ont déjà publié un certain nombre de formules diverses*, ainsi on l’a fait prendre dans des sirops, dans des eaux de menthe, de tilleul, de fleurs d’oranger, etc.

J’ai l’habitude de faire dissoudre la dose de chaque jour dans cent cinquante grammes (cinq onces) de décoction de saponaire , et de la donner en deux fois, le matin à jeun, et le soir une heure avant de se mettre à table, ou trois à quatre heures après le dernier repas.

Je commence par un gramme, ou deux au plus, par jour: j’augmente tous les cinq ou six jours de cinquante centigrammes jusqu’à en faire prendre quatre à cinq grammes, et quelquefois, comme maximum le plus élevé, six grammes. Lorsque je suis arrivé à cette quantité que je continue pendant une semaine, j’achève par deux ou trois séries décroissantes, de manière que le traitement entier dure habituellement six semaines ou deux mois. Je conseille, en meme temps, quatre à cinq tasses de tisane de saponaire réglissée prises à intervalles réguliers dans la journée , et je recommande des soins généraux analogues à ceux que j’ai indiqués à l’occasion des préparations d’or.

L’iodure de potassium développe souvent un peu de chaleur épigastrique avec sentiment de gêne ou de douleur à la base de la poitrine-, il provoque quelquefois un peu de diarrhée*, le plus ordinairement il exalte les fonctions digestives sans les troubler notablement, exige par suite une alimentation abondante , ce qui peut expliquer l’embonpoint manifeste que présentent assez fréquemment les malades soumis à cette médication, contrairement à ce qu’on observe chez les personnes traitées par l’iode.

Quelquefois il détermine , après plusieurs se-

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maines de son administration , un peu d’accélération dans le pouls, un peu de re'action générale avec céphalalgie plus ou moins forte , une sorte de fièvre iodique avec congestion vers la tête que quelques jours de repos et de cessation du remède font aisément disparaître.

11 augmente notablement la sécrétion de l’urine, et ce liquide est clair, presque aqueux et sans sédiment.

Quelquefois enfin , mais très-rarement , il oc casionne un flux salivaire bien prononcé, un véritable ptyalisme avec un peu de turgescence des gencives et de la muqueuse buccale, qui exige la suspension du remède , et parfois aussi l’usage de pe'diluves irritans , de gargarismes émolliens ou détersifs^ mais qui diffère très-notablement de la salivation mercurielle par l’absence constante de l’odeur fétide et caractéristique de cette dernière.

En terminant l’étude du traitement des accidens tertiaires, je ne saurais trop insister sur ce fait} c’est que les sels d'or et l’iodure de potassium , m’ont surtout donné des résultats prompts et sûrs chez les malades qui avaient déjà pris, une ou plusieurs fois, des préparations mercurielles pour divers symptômes syphilitiques antérieurs.

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