LES PRÉPARATIONS MERCURIELLES
Si le mercure est loin d’occasionner tous les accidens fâcheux que ses antagonistes ont voulu lui attribuer, il faut convenir pourtant qu’il peut déterminer réellement par lui-même des phénomènes morbides plus ou moins graves; que son administration exige , par suite , des soins et des précautions qu’on ne saurait négliger impunément ; et qu’il produit encore quelquefois malgré les mesures les plus sages, des affections qu’il est important d’étudier.
§ I. De la Salivation mercurielle.
La plus commune de toutes ces maladies est , sans contredit , l’engorgement de la muqueuse buccale, du tissu gencival et des glandes salivaires avec ptyalisme plus ou moins abondant.
Toutes les préparations hydrargiriques ont une action notable sur les gencives et sur l’appareil salivaire ; toutes déterminent un flux sanguin manifeste sur ces organes, et bientôt après, une hypersécrétion plus ou moins abondante de leurs produits ordinaires.
Mais toutes n’exercent pas une influence également délétère; ainsi, tandis que le calomélas et
les divers onguens préparés avec le mercure métallique agissent très-fréquemment et avec promptitude sur ces tissus -, d’autres substances , le sublimé corrosif, le proto-iodure de mercure, ne les impressionnent que plus rarement et à un degré bien plus faible.
On a cherché par diverses combinaisons à détruire ou à diminuer, du moins, cette propriété nuisible du mercure } on a associé, dans ce but, l’extrait d’opium et de laitue aux chlorures , aux cyanures, aux iodures mercuriels, le camphre, aux diverses pommades hydrargiriques , et on n’a obtenu que des résultats incertains et contestables. Le mélange de soufre , d’hydrochlorate d’ammoniaque, de chaux et d’onguent napolitain dont on fait quelquefois usage dans les hôpitaux maritimes de Toulon, paraît plus avantageux et peut offrir, dans quelques cas, une ressource réelle.
La salivation mercurielle est souvent précédée par une saveur métallique cuivreuse particulière -, vient ensuite une intumescence du tissu gencival , de la muqueuse buccale avec un peu d’exagération dans la sécrétion de la salive , et progressivement, un gonflement volumineux des gencives, de toutes les parties de la bouche , de la langue , des glandes salivaires avec expuition abondante d’une matière visqueuse, filante, à odeur fétide } et l’apparition d’ulcérations blafardes, à bords mous et fongueux, siégeant dans l’angle des maxillaires, au voisinage des dents de sagesse , à la face interne des joues, sur les côtés de la langue, dans les lieux enfin qui sont le plus exposés aux froissemens et aux contusions dans les mouvemens des mâchoires.
Dans les cas graves, les malades ne peuvent trouver aucun repos-, ils ont constamment la bouche ouverte, la langue reste engagée entre les dents, gênée qu’elle est à sa place ordinaire par l’excès de son volume-, et ils inondent continuellement de leur bave épaisse et fétide les oreillers sur lesquels ils appuient leur tête fatiguée.
Dans les cas les plus fâcheux enfin , les dents s’ébranlent, se déchaussent, tombent avec facilité} et le mal peut aller parfois jusqu’à entraîner la gangrène des gencives et de la muqueuse buccale, et même la nécrose du bord alvéolaire,
La maladie peut offrir, du reste, mille degrés différens , depuis la simple intumescence des gencives, avec un peu d’exagération dans la sécrétion de la salive , jusqu’aux désordres les plus graves que je viens de signaler.
Mais, il faut le dire, ces désordres ne s’observent guère de nos jours, et ne pourraient réellement se montrer que chez quelques personnes à dispositions très-mauvaises , ou par suite d’une grande négligence à en arrêter les premières manifestations.
Elle peut aussi ne pas suivre régulièrement les diverses phases indiquées} ainsi, elle débute, dans certains cas, avec intensité, et il est souvent difficile alors , malgré la cessation prompte du trai-j tement et 1 emploi énergique des remèdes convenables , d’en prévenir complètement les ravages.
Les affections mercurielles de la bouche diffèrent notablement de celles qu’y produit la syphilis elle-même : par la coïncidence de leur manifes-
talion avec un traitement hydrargirique ; par le nombre habituellement plus conside'rable des ulcérations ; par les points quelles occupent, les ulcérations vénériennes siégeant spécialement au fond de la gorge, aux amygdales, au voile du palais , à la voûte palatine -, par leur aspect particulier, car elles sont blafardes, recouvertes de pseudo- membranes , à bords élevés et fongueux, tandis que les autres offrent un fond grisâtre et des environs rouges médiocrement tuméfiés *, enfin , par l’odeur caractéristique que répand la salive des malades atteints de ptyalisme mercuriel*, et ce dernier signe sert puissamment aussi à distinguer cette maladie de la salivation que produit, dans certains cas, l’iodure de potassium.
La bouche éprouve , à des époques variables , les effets délétères des préparations mercurielles; quelquefois elle se prend dès les premiers jours de leur administration ; d’autres fois à une époque plus éloignée, et seulement lorsque les malades en ont déjà fait usage pendant un certain temps et en ont employé d’assez fortes quantités.
Ces variations nombreuses tiennent aux divers degrés de susceptibilité individuelle ; il est des personnes qui sont impressionnées par les moindres doses de mercure, il en est d’autres qui en prenaient impunément des doses considérables.
Elles tiennent souvent à l’état de la température; l’impression brusque du froid contribue puissamment à leur manifestation , et l’excessive chaleur des appartemens et des salles peut la favoriser, probablement par la congestion vers la tête qu’elle
détermine. Aussi est-il ne'cessaire de soumettre à des règles d’une sage hygiène , pendant l’hiver surtout, les malades qui font usage de certaines substances hydrargiriques et des frictions en particulier.
La présence dans une même salle de plusieurs personnes actuellement soumises aux onctions mercurielles , dispose aux développemens des affections de la bouche , et peut même les provoquer.
Ce fait, qui n’est pas contestable pour moi, se trouve tout naturellement expliqué par les résultats des travaux de Faraday, sur la vaporisation du mercure, même à une basse température*, et par l’exemple curieux du vaisseau le Triomphe , dont une partie de l’équipage fut prise de ptyalisme par suite de l’ extravasation , sur les ponts , d’une certaine quantité de mercure métallique qui constituait son chargement.
Dans quelques cas exceptionnels , la salivation peut ne se montrer que plusieurs semaines ou plusieurs mois après l’emploi du mercure*, comme si celui-ci avait pu rester pendant un temps quelconque caché dans nos tissus , sans annoncer sa présence, pour se manifester ensuite subitement sous quelque influence accidentelle.
Ainsi, M. Louyer-Villermay a rapporté l’histoire d’un capitaine de cavalerie qui en 1807, à Barcelone , fut guéri d’une syphilis récente à l’aide de la liqueur de Van-Swiéten, et qui un an plus tard fut subitement atteint , à la suite d’un bain froid , d’une salivation intense offrant tous les caractères du ptyalisme mercuriel.
Le professeur Fouquier, qui a cité aussi un cas de salivation survenue un mois après la cessation du traitement, s’est demandé s’il ne serait pas possible d’admettre qu’il se fait, pendant un certain temps, à la suite de l’administration des préparations bydrargiriques, une sorte de transpiration dépurative par la peau , dont la suspension fortuite, par un froid intense ou toute autre cause, forcerait le métal à se porter sur l’appareil salivaire.
Quelques recherches faites, en i83y, par Léopold Gmelin , sur la salive rendue par divers malades atteints de ptyalisme mercuriel , à la suite de traitemens par les frictions , et qui n’avaient pas pris de mercure par la bouche , démontrent la présence de quantités appréciables de globules mercuriels dans le liquide excrété, et semblent donner ainsi quelque valeur à cette assertion du professeur Fouquier.
Pendant longtemps , presque tous les praticiens ont pensé que la salivation était un effet nécessaire de l’emploi du mercure, qu’elle était une preuve de son action salutaire, et qu’on ne pouvait pas, sans elle , avoir la certitude de la parfaite guérison de la maladie vénérienne.
De tout temps cependant, quelques médecins éclairés avaient douté de cette nécessité de la manifestation d’un accident quelquefois grave , et avaient été portés à le considérer comme inutile et même comme dangereux.
Mais, malgré les travaux de quelques écrivains de l’école de Montpellier, dans le dernier siècle.
et en particulier de Chicoinau qui, en 1718, publia une bonne dissertation sur les inconvéniens de la salivation hydrargirique } malgré lopinion presque unanime des médecins français depuis le commencement du XIXe siècle , plusieurs praticiens étrangers , en Angleterre, en Portugal surtout , professent encore qu’il est réellement utile d’entretenir un certain degré d’irritation à la boucbe pendant les traitemens mercuriels.
Pour moi, je considère la salivation comme constamment désavantageuse et nuisible , et par conséquent comme un accident qu’il faut soigneusement prévenir dans tous les cas, ou qu’il faut se bâter d’enrayer dès son début, quand il se montre malgré les précautions mises en usage pour l’éviter, car il aggrave toujours les inconvéniens du mercure sans en augmenter nullement la puissance anti-syphilitique.
La suspension du traitement est tout naturellement la première chose à faire dès que la bouche semble se prendre sous son influence.
Cette mesure seule ou aidée de l’emploi de liquides détersifs , suffit quelquefois pour arrêter le mal à son début} mais quand la salivation est bien établie, il faut, en même temps, prescrire des boissons douces, mucilagineuses ou légèrement acidulées, des gargarismes émolliens faits avec les décoctions de guimauve, de graines de lin, de figues sèches seules ou coupées avec du lait et édulcorées avec le miel commun, le mielrosat,le sirop de mûres, le sirop de groseilles framboisé, etc.} gargarismes qu’on rend sédatifs en. les com-
posant avec l’eau de tête de pavot, ou en les additionnant de quantités variables de sirop de pavot blanc , de laudanum , d’extrait d’opium , lorsque des douleurs vives accompagnent l’inflammation des tissus.
Il est utile de joindre à ces moyens des pédiluves irritans et des révulsifs divers sur les membres inférieurs et sur la peau lorsque la congestion vasculaire est forte *, et d’entretenir la liberté du ventre à l’aide de quelques lavemens laxatifs, ou par l'usage de l’eau de Sedlitz, à trente grammes de sulfate de magnésie par litre, prise à la dose d’un ou de deux verres chaque matin ou seulement tous les deux ou trois jours*, et lorsque l’inflammation est très-intense et la turgescence des tissus très-considérable , il peut être parfois nécessaire de recourir à des applications de sangsues derrière l’angle de la mâchoire inférieure, ou même, dans quelques cas tout-à-fait exceptionnels , à la saignée générale.
On donne en même temps des alimens choisis parmi les crèmes , les soupes , les panades , les compotes de fruits, etc., parmi les substances enfin incapables d’offenser par leur trop grande consistance ou par leurs qualités trop irritantes les tissus enflammés et endoloris * et on conseille , en boisson , le lait seul ou coupé avec de l’eau, le vin affaibli, T eau sucrée , etc.
Après que les phénomènes franchement inflammatoires ont été appaisés , il convient de remplacer les gargarismes émoiliens ou sédatifs par des lotions rendues détersives ou astringentes avec le jus de
citron, le vinaigre, le chlorure de soude, l’extrait de monésia , le suilale d’alumine et de potasse, l’acétate de plomb , ou par l’addition de quelques gouttes d’acide hydrochlorique on sulfurique.
11 faut même, dans quelques cas plus graves, modifier les ulcères fongueux et blafards en les touchant avec des pinceaux trempés dans le collyre de Lanfranc , ou dans un mélange d’acide hydrochlorique, d’acide sulfurique , de nitrate acide de mercure avec deux , trois ou quatre parties d’eau , ou même avec le nitrate d’argent.
Le D. Geddings dit s’être servi, avec beaucoup d avantage , de gargarismes faits avec l’essence de thérébentine à la dose de quatre , six et huit grammes (un à deux gros) dans deux cents à deux cent cinquante grammes (six à huit onces) de décoction d’orge ou de mucilage de gomme arabique.
Le D. Grave a préconisé l’iode et l’hÿdriodate de potasse à l'intérieur et en gargarismes.
Le D. américain Finlay a rappelé récemment l’attention sur le tartre stibié donné à doses faibles et répétées , un demi centigramme ou un centigramme (un dixième ou un cinquième de grain) toutes les deux heures.
Le soufre , le sulfure de chaux , le sous-acétate de plomb liquide , l’opium ont été fort vantés par quelques médecins, et dotés par eux d’une sorte de spécificité thérapeutique.
Le soufre a été prescrit, dans ces cas, en tablettes d un demi gramme environ (^huit , dix ou douze grains) , et données en assez grand nombre pour que les malades en prennent jusqu’à quatre.
six et huit grammes (un ou deux gros) dans la journée.
Le sulfure de chaux que Cullerier avait proposé de remplacer par le sulfure de magnésie , a été poussé jusqu’à deux , trois et quatre grammes (demi gros à un gros).
L’acétate de plomb a été employé à la dose de quelques centigrammes seulement à l’intérieur dans un julep , et à la dose de plusieurs grammes en gargarismes.
L’extrait d’opium a été administré à doses fractionnées et souvent répétées.
Quelques uns de ces remèdes , les astringens , en particulier, ont parfois été donné aussi, comme prophylactiques du ptyalisme mercuriel , surtout chez les personnes dont la bouche s’était prise facilement dans d’autres circonstances *, ainsi , le docteur Sch œpf a proposé une poudre composée d’une partie d’alun sur quinze parties d’extrait alcoolique de quinquina , avec laquelle les malades qui font usage de préparations hydrargiriques , doivent se frictionner les gencives deux fois par jour.
J’ai essayé souvent ces diverses substances et quelquefois avec des succès momentanés*, mais les moyens que j’ai indiqués plus haut m’ont presque toujours donné des résultats plus prompts et plus constans.
§ IL De l'Eczéma mercuriel.
L’usage des onguens et des pommades mercurielles occasionne , chez quelques malades , une éruption prurigineuse, miliaire et surtout eczéma-
teuse qui ne paraît pas différer en réalité des .affections analogues produites par d’autres applications irritantes.
Cependant ces affections présentent parfois une tendance manifeste à devenir générales, quoique l’onction ait été bornée à une partie limitée du corps j et paraissent aussi susceptibles d’être déterminées par l’usage interne du mercure.
Quelques auteurs en ont fait une maladie distincte sous le nom d’ Eczéma mercuriel , et M. Rayer a proposé de la nommer Hydrargirie.
Ces éruptions n’offrent du reste aucune gravité, et la cessation ou du moins la suspension momentanée du remède ainsi que l’emploi de quelques bains tièdes suffisent toujours pour en amener promptement la guérison.
§ III. Du Tremblement mercuriel.
Tes traitemens mercuriels ne produisent que très-rarement le tremblement qu’on rencontre si fréquemment au contraire chez les ouvriers soumis à 1 influence des vapeurs hydrargiriques.
Cependant Sauvages et M. JVlérat ont pensé que ces affections pouvaient être causées par l’usage thérapeutique du mercure, et le docteur Colson en a cité plusieurs exemples remarquables chez des syphilitiques traités par les frictions ou même par la liqueur de Van-Swiéten.
Cet accident se montre de préférence chez les femmes et chez les sujets nerveux et irritables; il peut exister seul, mais il peut aussi compliquer la salivation ou tout autre phénomène morbide dû
aux préparations hydrargiriques; il peut survenir après l’administration de quantités très- variables de mercure et atteindre toutes les parties du corps ; mais il affecte plus particulièrement les muscles des membres.
Les malades éprouvent des soubresauts involon taires, de l’agitation, un tremblement prononcé, quelquefois une diminution notable des forces, et presque toujours en même temps de la céphalalgie et des douleurs plus ou moins vives.
Cette affection n’est pas ordinairement d’une gravité réelle. La cessation du traitement mercuriel suffit dans les cas les plus légers pour en amener la disparition, les bains tièdes , les tisanes sudorifiques sont employées avec avantage lorsque le mal persiste malgré cette première mesure; dans les cas très-opiniâtres enfin, il faut recourir de plus aux bains de vapeur, à l’opium, aux purgatifs et aux anti-spasmodiques, tels que le castoréum, l’asa-fœtida , etc.
§ IV. De la Fièvre et de la Cachexie
mercurielles.
Parfois, l’usage des mercuriaux déterminent une réaction générale qu’on ne peut pas toujours rapporter à quelques unes des lésions appréciables que présentent les malades,
Divers auteurs l’ont considérée comme le résultat de l influence immédiate du mercure sur le sang ou sur l’appareil circulatoire , et ont proposé de la nommer fièvre mercurielle.
L’emploi prolongé des remèdes hydrargiriques amène quelquefois aussi dans la nutrition des désordres analogues à ceux que produit le scorbut} et ceux-ci peuvent , en s’aggravant par la persistance irrationnelle dans l’administration de ces remèdes , altérer profondément l’organisme et occasionner une sorte de Cachexie mercurielle, que les antagonistes du mercure ont voulu considérer comme la cause d’une grande partie des phénomènes les plus graves attribués ordinairement à la syphilis constitutionnelle.
La cessation du traitement , un bon régime et quelques amers , suffisent pour remédier aux premiers degrés de cet état morbide} mais dans les cas les plus giaves, qui heureusement ne se présentent plus de nos jours, qu’avec une rareté excessive, il faut employer, avec énergie, toutes les ressources que peuvent offrir une bonne hygiène, un régime fortifiant, les analeptiques et les toniques les plus puissans et les mieux dirigés.
§ V. Dans quelques circonstances, les diverses préparations mercurielles et le sublimé corrosif en particulier, peuvent produire des phénomènes d’empoisonnement et exiger l’emploi de l’eau sucrée , de l’eau albumineuse , du tritoxide de fer hydraté , enfin des divers antidotes proposés contre cet agent toxique. Du reste, je ne dois pas entrer ici dans l’exposition détaillée de la marche à suivre dans ces cas qui ne se rattachent pas, en définitive, à l’emploi méthodique et rationnel du mercure.
§ VI. De l’Absorption du mercure, et de sa présence dans nos organes .
Le mercure est absorbé et pénètre dans nos tissus. Son état de division extrême dans les onguens bien faits et la solubilité de certaines de ses combinaisons favorise beaucoup cette absorption , que Cullerier et divers auteurs ont vainement cherché à nier.
On ne saurait se rendre compte de certains effets des préparations hydrargiriques , autrement que par leur pénétration dans l’organisme, que les faits les moins contestables mettent, du reste, hors de doute.
Antonius Gallus, Faliope , Brassavole , Fernel , ont trouvé du mercure dans les os*, des pièces conservées dans plusieurs musées en prouvent aussi la présence dans diverses parties du squelette *, Fontanus et Rhodius en ont rencontré dans les capsules synoviales, Moulin, Vieussens, Woolhouse, Bonet , M. Orfila , dans d’autres organes, Zel'.er, dans le sang et la bile , et j’en ai démontré l’existence dans la masse cérébrale.
Le mercure introduit dans l’économie peut être rejeté, au dehors, par divers émonctoires. L’altétération que présentent les bijoux d’or portés par les personnes récemment soumises aux traitemens hydrargiriques, les phénomènes que produisent les bains de vapeur chez les ouvriers atteints de tremblement mercuriel , démontrent la puissance éliminatrice de la peau. Le docteur Cantu en a constaté la présence dans les urines } et, ainsi que je l’ai dit dans un autre paragraphe , Léopold Gmelin en a découvert des traces dans la salive des syphilitiques traités par les frictions.
Il n’est pas possible d’indiquer le temps que l’organisme doit mettre pour se débarrasser complètement du métal ou de ses combinaisons, quand une lois il en a été imprégné.
Mille circonstances relatives à la constitution des malades , aux conditions atmosphériques et hygiéniques au milieu desquelles ils se trouvent placés , à la préparation médicamenteuse qui a été employée, et aux doses prescrites, doivent nécessairement empêcher de rien préciser à cet égard.
Il paraît que ce temps est assez long, chez certains sujets du moins, et qu’on peut rencontrer, même à une époque éloignée du dernier traitement, des traces notables de mercure dans les organes les plus essentiels à la vie, ainsi que l’attestent les laits déjà cités , et surtout l’observation intéressante que je vais relater plus bas.
11 n’est guère possible de supposer que ce métal et ses combinaisons puissent impunément séjourner dans nos parties , dans celles surtout dont la structure est très-délicate , et dont les lonctions sont troublées par la moindre altération de nutrition ou de texture. 11 doit nécessairement souvent , sous mille influences diverses, faire naître des phénomènes pathologiques très- variés , et dont il doit être fréquemment bien difficile d’indiquer avec précision les causes et la nature réelles.
Histoire d'un Syphilitique qui , quelques mois avant sa mort , avait subi plusieurs traitemens mercuriels , et dont le cerveau renfermait du mercure.
Le nomme Signol , âgé de vingt-six ans , provenant du brick le Zebre , fut admis , le 9 avril i 83rj, dans le service des vénériens, à l’hôpital de la marine de Toulon.
Ce matelot , de taille moyenne , d’embonpoint médiocre , dit être malade depuis douze jours. Quinze jours se sont écoulés , d’après son rapport, entre le moment de son dernier commerce avec les femmes et l’apparition des symptômes vénériens. Des ulcérations sur le pubis se sont manifestées d’abord , elles ont été suivies de très près par l’engorgement de plusieurs ganglions inguinaux , et un écoulement urétral s’est montré quatre jours après l’invasion de ces premiers symptômes.
Ce marin avait, du reste, toujours joui d’une très-bonne santé et n’avait jamais contracté d’affection vénérienne.
Le 10 avril, l’urétrite est peu intense et accompagnée seulement de quelques douleurs dans l’urètre pendant l’émission des urines \ toute la région pubienne est occupée par des ulcérations nombreuses, à fond grisâtre, à bords durs, calleux, taillés à pic} ces ulcérations sont isolées dans quelques points, elles sont réunies et confluentes dans d’autres parties et fournissent une suppuration abondante *, les aines présentent deux tumeurs du volume d’un petit œuf de poule , dures , roulantes , peu douloureuses.
Un bain tiède, des applications émollientes, quelques grammes de pilules de Belloste sont employés dans les premiers jours, et, dès le i 2, le malade commence l’usage de pilules faites avec le cyanure de mercure et l’extrait d’opium.
En quelques semaines les douleurs ure'trales disparurent} l’écoulement se réduisit à un suintement à peine apparent , les ulcérations marchèrent à grands pas vers la cicatrisation , et les tumeurs inguinales diminuèrent beaucoup.
Le 2/j. mai je cessai de voir ce malade qui avait pris déjà un gramme vingt-cinq centigrammes (vingt-cinq grains) de cyanure de mercure et deux grammes cinquante centigrammes (cinquante grains) d’extrait d’opium , et qui était dans l’état le plus satisfaisant.
Bientôt après mon départ , on fit commencer à Signol un traitement par les frictions mercurielles et la liqueur de Van-Swiéten } il dut prendrc alternativement une friction de quatre grammes (un grosj d’onguent mercuriel, et le lendemain une cuillerée de liqueur.
L’onguent mercuriel fut porté progressivement à huit grammes (deux gros) par friction et la liqueur à deux cuillerées par jour} mais, le 20 juillet, la salivation força de suspendre toutes les préparations mercurielles.
Dans cet intervalle, du 2 juin au 20 juillet, on avait employé cent cinquante grammes (quatre onces et six gros) d’onguent et vingt-neuf cuillerées de liqueur, c’est-à-dire environ quarante centigrammes (huit grains) de dcuto-chlorure de
mercure.
Après six jours de repos et d’emploi de gargarismes acidulés , on remplaça les frictions et la liqueur par une tisane sudorifique et par le rob anti-syphilitique auquel on ajoutait, chaque jour, une cuillerée et demie de liqueur de Van-Swiéten , et l’on administra , du 28 juillet au 7 septembre , neuf bouteilles de rob et soixante-deux cuillerées de liqueur.
Au mois d’août , après les premières doses de rob anti-syphilitique, des pustules se manifestèrent à la face , envahirent le tronc et les membres et amenèrent la chute presque complète des cheveux, des sourcils, des cils et de la barbe.
Le 8 septembre, on substitua les préparations iodées au rob et à la liqueur de Van-Swiéten ; on prescrivit des dissolutions d’iodure de potassium et d’iode dans l’eau distillée, et le 10 novembre on avait employé soixante-dix-huit grammes (dix- neuf gros et demi) d’iodure de potassium et dix grammes (deux gros et demi) d’iode.
Pendant ces longs traitemens , les ulcérations s’étaient alternativement rétrécies et accrues sous l’influence d’applications diverses, poudre de Sabine , pommades mercurielles, etc , et elles ne se cicatrisèrent entièrement que dans les premiers jours de novembre, époque ou je repris le service.
Le malheureux Signol était alors depuis huit mois à l’hôpital', il était d’une maigreur extrême*, tout son corps était couvert de croûtes épaisses , verdâtres, fendillées } mais il avait conservé un courage admirable et un vif désir d’obtenir sa
guérison à tout prix.
Je crus devoir supprimer toute médication et me borner à prescrire des bains répétés et des alimens légers auxquels j’ajoutai un peu de vin. Je cherchai en même temps à soutenir l’énergie morale du malade par quelques distractions et la promesse d’un congé dès que son état lui permettrait de voyager .
Le 5 décembre , je conseillai une décoction de saponaire réglissée et des frictions sur les croûtes avec la pommade d’iodure de soufre.
Peu de jours après , la sortie des urines détermina quelques élancemens dans l’urètre , le testicule gauche ne tarda pas à présenter un gonflement considérable avec douleur à la pression.
Des cataplasmes firent disparaîLre les douleurs ; mais le testicule et l’épididyme surtout , conservèrent toujours depuis un volume exagéré.
Dans le mois de décembre , des coliques , la diarrhée , un mouvement fébrile avec exacerbation le soir affaiblirent beaucoup le malade et me firent recourir à des boissons gommées , à des tisanes de riz , à des demi-lavemens et à l’emploi de l’extrait d’opium.
Le ier février, l’état de Signol n’offrait plus rien d’alarmant ; les croûtes se détachaient laissant après elles des taches cuivreuses qui pâlissaient tous les jours-, l’urètre n’était plus douloureux, mais était encore le siège d’un léger écoulement séro-purulent. Le i 7. mars, le testicule droit s’enfla subitement-, cette induration sans douleurs céda en quelques jours, et, le i G , il ne restait qu’un peu d’engorgement de l’épididyme. Une oplital-
morrliée peu abondante vint alors compliquer la maladie.
Le 22 mars, je me de'cidai à soumettre le malade à un traitement par le perchlorure d’or et de soude, et pendant les mois d’avril et de mai il prit trente centigrammes (six grains) de ce sel.
En juin, l’ophtal morrliée , quoique moindre, persistait encore , et une tumeur gommeuse s était développée sous l’angle droit de la mâchoire inférieure.
Sous l’influence d’alimens convenables, de boissons vineuses, les forces revinrent uu peu ; je pus de nouveau permettre quelques promenades et parler de voyage au pays natal.
Mais, dans la nuit du \\ juin, des accès épileptiformes avec contracture des membres , fixité des yeux, bouche écumeuse , distorsion de la face, furent suivis d’une hémiplégie du côté droit du corps et de la perte de la parole.
Le 18 juin , les nuits sont agitées •, le malade arrache continuellement, avec sa main gauche, les quelques croûtes qui existent encore , il porte fréquemment cette main à I3 verge qui , du reste , n’est pas en érection } le côté droit de la face est immobile*, la bouche est tirée à gauche } la respi ration est entièrement diaphragmatique,* la paralysie est complète dans tout le côté droit du corps*, les excitations portées sur le côté gauche fixent à peine l’attention du malade, dont les idées se forment lentement*, la peau est alternativement sèche ou couverte d’une sueur visqueuse } le pouls varie de soixante-dix-sept à quatre-vingt-deux pulsations.
Une infusion de feuilles d’oranger , des lavemens purgatifs, des pédiluves irritans, un vésicatoire à la nuque parviennent à peine à amender momentanément ce fâcheux état.
Le 22 juin, la prostration fait des progrès rapides: l’ouïe devient dure, la déglutition difficile, la respiration est suspirieuse , les urines et les matières fécales sortent involontairement-, le poufs s’élève à quatre-vingt-six , à quatre-vingt-dix pulsations , puis à cent vingt, et la mort a lieu le ^4 juin, après quatorze mois et quinze jours d’hôpital , et neuf mois dix sept jours après la cessation des préparations mercurielles.
Autopsie faite vingt-une heures apres la mort; la température étant h 24° centigrades.
Extérieur. — Stature moyenne , maigreur extrême, quelques cheveux sont clairsemés sur la tête; les arcades sourcilières sont presque dépourvues de cils; la conjonctive et la cornée sont enduites d’un mucus purifôrme; la bouche est tirée à gauche ; des taches cuivreuses, des cicatrices plus ou moins profondes et des croûtes épaisses , verdâtres , fendillées , occupent en grand nombre la face et les diverses parties du corps; une tumeur gommeuse existe au-dessous de l’angle droit de la mâchoire inférieure ; l’ongle des pouces est ramolli et complètement déformé ; les muscles sont flasques et assez fortement colorés.
Boîte crânienne. - — Etat sain de la dure-mère et du feuillet externe de l’arachnoïde; épaisissement et opacité du feuillet interne de cette
membrane ; infiltration sous- arachnoïdienne ; engorgement considérable des vaisseaux de la piemère.
Le tissu du cerveau est de consistance normale à la face supérieure des hémisphères*, des coupes faites à diverses hauteurs mettent à nu des surfaces pointillées de sang*, les ventricules sont un peu distendus par un liquide blanchâtre et laiteux *, les plexus choroïdiens colorés en rouge pâle contiennent quatre très- petites hydatides ; les veines de Galien sont fortement injectées*, les couches optiques et le corps strié droit sont à l’état normal; le corps strié gauche est un peu ramolli; ce ramollissement s’accroît à mesure qu’on approche de la face inférieure du cerveau , et dans Ce point il s’étend à tout le lobe cérébral antérieur gauche, qui est presque réduit en bouillie, tandis que la face inférieure de l’hémisphère cérébral droit n’offre rien d’insolite.
Les tubercules quadrijumeaux semblent un peu moins consistans que dans l’état normal.
La partie fondamentale du cervelet, les hémisphères de cet organe et le quatrième ventricule ne présentent rien a noter.
Hachis. — Il n’existe que quelques traces de liquide céphalo-rachidien; la dure-mère et l’arachnoïde spinale paraissent saines; la moelle offre une densité exagérée sans que sa membrane propre , la substance blanche ou la substance grise , soient plus injectées que de coutume.
Thorax. — Poumons pâles et crépitans; péricarde et cœur sains.
Abdomen. — Quelques ganglions mésentériques sont engorgés et durs ; la muqueuse de l’estomac est épaissie et grisâtre ; quelques arborisations sont clairsemées vers le milieu de l’intestin grêle , qu’occupent deux vers lombrics; la muqueuse de la partie inférieure de l’iléon est aussi arborisée et les follicules agminés du voisinage de la valvule iléo-cœcale sont légèrement saillans dans l’étendue d’environ huit centimètres (trois pouces); la muqueuse de l’S du colon est fortement épaissie et me semble offrir quelques traces de la cicatrisation d’anciens ulcères ; la muqueuse du rectum est aussi sensiblement épaissie et injectée.
Appareil génito-urinaire. — Les reins et les uretères ont leur aspect ordinaire ; la vessie est contractée; ses parois sont fortement épaissies; sa muqueuse est molle, grisâtre dans quelques points et fortement colorée en ronge dans toute l’étendue du trigone vésical.
Le sommet du vérumontanum est occupé par une ulcération dans laquelle s’ouvrent les deux canaux éjaculateurs ; le droit sur un plan antérieur, le gauche un peu plus en arrière. La muqueuse urétrale pâle jusqu’au bulbe commence à présenter là une rougeur de plus en plus prononcée en avançant vers le gland , et passant au violet dans le voisinage de la fosse naviculaire.
Les parois des canaux éjaculateurs sont d’un rouge blafard'; les vésicules séminales sont remplies par un liquide d’un gris foncé, moins consistant que le sperme; les canaux déférens sont un peu volumineux et leurs parois sont d’une épaisseur exagérée.
Les deux feuillets de la tunique vaginale droite sont fortement adhérens dans toute leur étendue \ ceux de la tunique vaginale gauche sont aussi réunis , mais par des adhérences faibles et imparfaitement organisés.
L’épididyme droit est très-volumineux -, il est dur et bosselé -, son tissu est d’aspect lardacé , et dans son épaisseur existent quelques vacuoles remplies par un liquide puriforme et grumeleux. La tunique albuginée de ce côté est saine ,* le tissu du testicule ne paraît nullement altéré en avant-, mais en arrière , au point de jonction du testicule avec l’épididyme au lieu occupé par le corps d’hygmor, est une masse grisâtre , lardacée , du volume d’une noisette.
L’épididyme gauche est un peu volumineux*, la tunique albuginée de ce côté et le tissu même de l’organe n’offrent rien d’anormal.
Désireux de m’assurer s’il ne restait dans les tissus aucune trace des nombreux traitemens qu’avait subis ce malheureux pendant son long séjour à l’hôpital, je priai M. Marchand, chef des travaux chimiques de l’école de médecine de Toulon de m’aider dans mes recherches, et voici succinctement les expériences auxquelles furent soumis l’axe cérébro-spinal , un tibia et les parties molles de la jambe.
M. Marchand commença par couper des tranches
très-minces de matière cérébrale et les examina à
l’aide d’une forte loupe. Le premier examen ne donna aucun résultat.
Il fit bouillir celte matière cérébrale pendant une demi-heure avec de l’eau distillée, le liquide fut filtré et concentré par évaporation,* on le traita ensuite par la potasse , l’ammoniaque , par le carbonate de potasse et d’ammoniaque , par le protochlorure d’étain, l’hydrogène sulfuré, l’hydrosulfate d’ammoniaque, l’iodure de potassium, le cyanure jaune de potassium et de fer, le chromate de potasse*, aucun de ces réactifs n’indiqua la moindre trace de sel mercuriel.
11 en fut de même de la petite pile de Smithson qui fut plongée, pendant douze heures, dans une portion de liquide légèrement acidulée par l’acide hydrochlorique.
La même matière fut triturée dans un mortier de verre, et, lorsqu’elle fut bien divisée, on l’introduisit dans un matras , on versa dessus de l’eau distillée acidulée par de l’acide nitrique pur \ on fit bouillir pendant trois quarts d’heure, afin que l’acide pût réagir sur le métal et former un nitrate acide*, au bout de ce temps on jeta le tout sur un filtre.
Le liquide était parfaitement limpide avec une légère teinte ambrée*, on le fit évaporer dans une capsule de porcelaine, de manière à chasser l’excès d’acide*, on reprit le résidu par l’eau distillée*, on filtra de nouveau, et le liquide obtenu, qui était un peu jaune, fut traité par les réactifs déjà indiqués*, tous démontrèrent qu’il ne contenait que du fer et de la matière animale. La petite pile de Smithson ne donna aucune trace d’amalgame visible même au microscope, quoiqu’elle eût été
laissée vingt -quatre heures en contact avec le liquide.
La matière , déjà traitée par l’acide nitrique étendu, fut lavée avec soin pour enlever l’acide qu’elle pouvait retenir, elle fut exposée à l’action de la chaleur dans une capsule de porcelaine , et , quand elle fut bien desséchée , on la mêla à seize grammes de potasse à 1 alcool. La matière animale qui pesait à-peu-près cinq cents grammes se liquéfia dès qu elle fut en contact avec la potasse } elle prit une belle couleur rouge-brun qui devint presque noire par la dessication.
Après cette dessication qui lui avait fait perdre plus de la moitié de son poids, la masse fut divisée en petits fragmens et introduite dans un tube de verre de dix-huit millimètres (huit lignes) de diamètre , fermé par une de ses extrémités et dont l’ autre extrémité était tirée en pointe.
Cet appareil , qui avait environ trente-trois centimètres (un pied) de longueur, fut exposé à l’action de la chaleur par son côté arrondi *, après quelques minutes la masse se tuméfia et se couvrit d’une vapeur blanche qui avait de la peine à monter-, la chaleur fut augmentée, et bientôt la vapeur blanche s’éleva avec plus de force et fut poussée en partie hors du tube par les vapeurs d’eau et d’huile pyrogénée qui se dégageaient en même temps.
Cette vapeur blanche fut reçue allernativement pendant une ou deux minutes sur deux lames de cuivre parfaitement décapées \ ces lames prirent une couleur blanche et furent ensuite examinées
successivement à l’oeil nu, à la loupe et au microscope.
L’œil nu ne fit apercevoir aucun globule mercuriel -, la loupe montra sur la surface blanchie tous les caractères du cuivre taché par le mercure*, la partie de la lame ou l’humidité s’était condensée présenta quelques points saillans blancs comme le mercure; enfin le microscope fit voir clairement des globules mercuriels attachés à la lame de cuivre et dont le côté libre était parfaitement sphérique.
Mais la quantité du métal obtenu était si minime qu’il serait peut-être encore resté quelques doutes dans notre esprit, lorsqu’en détachant la partie supérieure du tube , après son refroidissement , nous aperçûmes , à l’œil nu , de nombreux globules de mercure métallique qui en tapissaient l’intérieur dans la partie qui n’était pas salie par l’huile pyrogéne'e.
Dès lors nous eûmes la conviction que le cerveau soumis à l'analyse renfermait du mercure*, mais il nous restait à savoir dans quel état il s’y trouvait.
Dans ce but , la matière charbonneuse restée au fond du tube fut traitée par l’eau distillée*, on filtra le liquide, on le neutralisa par l’acide nitrique pur, car il était alcalin , et on y ajouta quelques gouttes de nitrate d’argent,* il se furma un précipité abondant, blanc, cailleboté , insoluble dans l acide nitrique et tout-à-fait soluble dans l’ammoniaque.
Le mercure existait donc à l’état de chlorure
dans le cerveau, et vraisemblablement à l’etat de proto-chlorure, vu la facilite avec laquelle toutes les substances animales décomposent le deutocbîorure de mercure et le convertissent en caloméîas.
Une particularité qui ne doit pas être omise, c’est que la masse cérébro-spinale a été conservée deux jours, dans le laboratoire, par une température de 26° et de 27° centigrades sans donner aucun signe de putréfaction , si l’on excepte pourtant le lobe qui était ramolli et presque réduit en bouillie.
Mais les divers tissus du corps contenaient-ils aussi des préparations mercurielles?
Pour s’en assurer, M. Marchand soumit à de nombreuses investigations quelques portions musculaires et fibreuses de la jambe \ il analysa ces parties par le procédé signalé par MM. Orfila et Devergie} il les traita par les nombreux réactifs déjà employés pour la masse cérébrale} et, par aucun moyen , il ne put découvrir la moindre trace de mercure dans ces tissus.
Des recherches nombreuses furent faites avec aussi peu de succès sur un tibia du même sujet.
Réflexions. — Quelles sont les causes des phénomènes si nombreux et si variés présentés par ce malade pendant son séjour à l’hôpital?
La syphil is doit-elle être accusée de tous les maux qu’il a soufferts, et les traitemens divers qu’il a subis n’ont-ils pas pu contribuer aux fâ-
dieux symptômes observés pendant la vie et aux désordres rencontrés après la mort?
Les ulcérations, les bubons et l’urétrite qui ont amené Signol à l’hôpital étaient incontestablement la suite de ses relations avec une iemme malade; l’éruption hideuse qui a envahi tout le corps de ce malheureux , lorsqu’il avait pourtant déjà pris du cyanure de mercure et un traitement mixte par la liqueur de Van-Swiéten et les frictions d’onguent mercuriel, doit bien certainement aussi être attribuée à la maladie vénérienne , il en est de même , sans aucun doute , pour l’engorgement des testicules et la tumeur gommeuse survenue en décembre 1 8 3 3 .
Mais il n’est certainement pas possible de rattacher à la syphilis les affections abdominales qui en novembre 1 833 , ont compromis la vie de ce malade , ainsi que les symptômes cérébraux et la paralysie qui ont précédé sa mort.