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CHAPITRE PREMIER

De l' Inoculation appliquée à l'étude des Maladies

Vénériennes.

L’idée d’appliquer l'inoculation à Pe'tude de la syphilis n’est pas nouvelle.

Vers le milieu du XVIII. e siècle, W. Hunter tenta de nombreux essais , pour éclairer à l’aide de cette opération , la marche et le mode de trans-

mission des accidens vénériens : il employa dans ses expériences des matières recueillies sur des sujets atteints d’affections diverses, telles que blennorrhagie, chancre, bubon en suppuration, syphilide pustuleuse, etc., et n’obtint que des résultats fort peu concluans.

Plusieurs médecins , après l’illustre expérimentateur anglais, firent les mêmes tentatives-, comme lui , ils se servirent de pus provenant de sources variables.

Percy parvint quelquefois à communiquer ainsi les maladies qu’il étudiait} mais il échoua aussi fréquemment.

Bru , de son côté , annonça n’avoir jamais pu réussir dans ses essais réitérés d’inoculation ; il publia en même temps l’histoire de deux matelots, qui , pour quitter leurs navires , cherchèrent vainement à produire des chancres sur leurs verges en imprégnant des ulcérations occasionnées par des cantharides , avec du pus pris sur des chancres étendus et en voie de progrès que présentaient quelques-uns de leurs camarades.

Ces tentatives infructueuses l’amenèrent à refuser, indistinctement à tous les accidens vénériens , la faculté de se transmettre par l’inoculation et à nier même l’existence de la syphilis. Mais, il faut le dire , Bru semblait expérimenter avec des idées préconçues et paraissait plutôt chercher à corroborer son opinion sur la non- spécificité de cette maladie qu’à arriver réellement à la vérité.

De nos jours , les recherches de MM. Lagneau , Bertin , Dubled , Cullerier , Devergie n’avaient

donne que des résultats contestables et la science était encore sur ce point indécise et mal arrêtée , lorsque M. Ricord est venu reprendre toutes les observations de ses devanciers avec un soin minutieux et une grande persévérance et s’est approprié, pour ainsi dire , l’idée de l’inoculation par le grand nombre et l’importance de ses travaux.

Je me suis, moi-même, livré à des essais nombreux et fort variés , et c’est autant d après mes propres expériences que d’après les faits publiés par M. Ricord , que je vais m’occuper de cette question intéressante.

Lorsqu’on prend , avec la pointe d’une lancette , du pus sur un chancre à son début et pendant toute la période de progrès , qu’on introduit ce pus sous l’épithélium du gland ou du prépuce , ou sous l’épiderme d’une partie quelconque du corps , on obtient presque toujours autant de chancres qu’on a pratiqué de piqûres; il m’est arrivé, bien souvent, de faire par inadvertance, ou par suite de quelques mouvemens des malades, plusieurs piqûres les unes à côté des autres et de voir survenir, au lieu d’une seule ulcération, plusieurs chancres dont la base se confondait , ainsi que cela arrive pour les pustules de la vaccine.

Les chancres qui résultent de l’inoculation ont tous les caractères attribués aux vrais chancres vénériens; ils peuvent eux-mêmes se transmettre par une nouvelle inoculation , mais , comme les autres du reste, ils ne conservent cette propriété qu pendant un certain temps variable chez les divers malades.

Le pus fourni par les bubons en suppuration a la propriété (le produire des chancres par l’ inoculation, et ces chancres, comme les pre'cédens , peuvent à leur tour se transmettre par la même opération. Seulement, il faut bien faire attention de prendre du pus des ganglions abeédés eux-mêmes, le pus du phlegmon qui entoure toujours l’adénite n’offrant aucune propriété semblable.

Le muco-pus de la blennorrhagie ne s’inocule pas : j’ai tenté cette inoculation plusieurs centaines de fois sans succès, et chaque jour je renouvelle ces tentatives , dans les phlegmasies de l’urétre , sans recourir à aucune opération.

Je fais très-fréquemment appliquer des sangsues dans la période aigue de l’urètrite*, je les place souvent avec intention en avant du scrotum , au voisinage de la fosse naviculaire , et loin de chercher à mettre leurs piqûres à l’abri du contact de l’écoulement, je les en imprègne souvent volontairement.

Cette application produit quelquefois un état phlegmoneux des piqûres*, et celles-ci déterminent aussi quelquefois un peu de gonflement œdémateux de la verge ; mais jamais elles ne se convertissent en chancres, ainsi que la chose arrive, au contraire, habituellement chez les .hommes atteints de chancres vénériens assez enflammés pour nécessiter l’emploi des sangsues.

La matière sécrétée par les tubercules humides ou pustules plates et par toutes les pustules qui se montrent souvent dans la syphilis constitutionnelle ne donne rien par L inoculation.

J’ai aussi vainement tenté d’inoculer les ulcérations syphilitiques qui se montrent souvent à une époque éloignée de l’infection vénérienne et qui se rapprochent en apparence beaucoup des vrais chancres , quoiqu’elles existassent avec d’autres accidens consécutifs bien incontestables , ou que ceux-ci vinssent bientôt les compliquer.

Ainsi , les chancres et les adénites en suppuration , me paraissent être les seuls accidens syphilitiques susceptibles d’être inoculés : ils conservent cette propriété pendant un temps variable , depuis quelques jours jusqu’à plusieurs semaines*, je l’ai vue persister au-delà d’un mois chez quelques malades *, ils la perdent , lorsqu’ils se détergent et qu’ils entrent en voie de guérison , soit que la nature ait amené seule ce travail de réparation , ou qu’il soit dû aux divers agens mis en usage habituellement pour provoquer leur cicatrisation.

Et, peut-être, doit-on réellement chercher l’explication de l’incertitude et de l’irrégularité des résultats donnés par les expériences de Hunter, de Percy, etc., dans le peu de soins qu’ils mettaient à choisir la matière avec laquelle ils tentaient l’inoculation *, cette matière étant prise par eux indifféremment sur des hommes atteints de blennhorragie , de chancres ou de tout autre accident attribué à la syphilis.

L’inoculation peut contribuer, je crois , à démontrer l’existence du virus syphilitique ou du moins d’un agent particulier de nature différente des autres agens morbides connus.

Elle peut aussi quelquefois contribuer à éclairer

le diagnostic de certains accidens vénériens. Les chancres , se présentent souvent avec des caractères tranches , capables de les faire reconnaître aisément, même par des médecins médiocrement versés dans l’étude de la syphilis. Mais, il est aussi quelquefois difficile de bien établir la nature réelle de certaines ulcérations survenues peu de jours après un coït suspect.

Dans ces cas, il y a moins d’inconvénient, je crois, à courir les chances de donner un ou deux nouveaux chancres au malade , qu’à rester dans le doute sur la véritable nature des plaies dont il est atteint et à le laisser dans une sécurité fâcheuse après leur guérison locale, ou à lui faire subir un traitement général inutile pour des accidens non syphilitiques. Si l’inoculation réussit et produit de vrais chancres , le diagnostic est assuré *, et si elle échoue , le doute sur la non virulence des ulcérations qui ont fourni le pus se convertit presque en certitude. 11 ne peut entrer, du reste, je pense, dans l’esprit d’aucun médecin , de faire de semblables tentatives entre une personne affectée de syphilis et une personne saine.

L’inoculation peut être aussi d’une haute utilité dans quelques cas de médecine légale. Les résultats de cette opération pouvant mieux que toute autre recherche bien établir la véritable nature des diverses lésions sur lesquelles la justice peut avoir à demander l’avis des médecins.

Pratiquée ainsi, exclusivement dans l’intérêt bien entendu de la science et des malades , cette opération ne mérite pas les reproches que quelques

auteurs de notre époque et particulièrement MM. Cullerier , Ratier et Duvergie ont cru devoir lui adresser, et la proscription dont ils ont voulu la

L'inoculation sert aussi à démontrer la marclie des chancres et à prouver qu’ils débutent réellement par une vésicule ou une pustule -, ce que quelques médecins ont cherché encore récemment à nier.

La piqûre pratiquée avec la lancette dans l’inoculation donne quelquefois une gouttellette de sang -, il vaut mieux pénétrer assez profondément pour obtenir ainsi un peu de sang que de s’exposer à ne pas introduire le pus virulent à une profondeur suffisante.

Il est inutile de faire , après cette petite opération , des applications d’eau froide ou de toute autre substance -, il suffit de laisser la partie à découvert jusqu’à complète coagulation du sang et d’appliquer ensuite une compresse fine pour la mettre à l’abri de tout frottement nuisible.

La rougeur qui accompagne la piqûre persiste quelquefois, mais le plus habituellement elle disparaît en quelques instans pour reparaître dix , douze ou quinze heures après : toujours , dès le lendemain, lorsque l’inoculation doit réussir, on trouve , à la place des piqûres , un point rouge plus ou moins sensiblement élevé au-dessus du reste de la peau.

Après trente- six ou quarante-huit heures, l’épiderme se soulève sur ce point proéminent , et une sérosité trouble qui bientôt se convertit en

pus souvent sanieux remplit la phlyctène et donne lieu à une véritable pustule plus ou moins volumineuse , à base dure , rouge , enflammée.

Dès le troisième, le quatrième ou le cinquième jour au plus tard , cette pustule se déchire et fait place à une plaie arrondie à bords taillés à pic et un peu décollés, à fond grisâtre, fournissant une sanie purulente , à un véritable chancre huntérien enfin.

Ces plaies suivent absolument la marche des chancres , elles se détergent de la meme manière , se réparent et se cicatrisent comme eux et produisent quelquefois comme eux des engorgemens des ganglions lymphatiques voisins , mais dans une proportion beaucoup moins grande que les chancres de la verge ; ce qui tient peut être à la nature différente des régions qu’ils occupent, et à l’absence de tous ces liquides irritans et fétides qui accompagnent les ulcérations de la face interne du prépuce et du gland.

C’est à la partie antérieure de la cuisse que je pratique presque constamment les piqûres chez les hommes de nos hôpitaux , lorsqu’ils doivent garder le lit ou du moins ne pas se livrer à des travaux pénibles pendant les phases de cette petite opération $ je choisis de préférence la face antérieure du bras ou de l’avant-hras, lorsque les malades doivent immédiatement reprendre leurs occupations ordinaires.

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