DU CHAIN CRE
Chancre primitif , chancre vénérien .
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On appelle chancres des ulcérations de la muqueuse ou de la peau , le plus habituellement situées aux parties génitales , dues à des relations récentes avec une personne malade , et offrant des caractères à peu près identiques et constans.
Çes ulcérations sont ordinairement peu étendues, elles sont arrondies , à fonds grisâtre , à bords taillés à pic et souvent un peu décollés.
La forme ronde des chancres tient à l'origine première de la plaie qui est presque toujours produite par la déchirure d’une pustule, quand du moins, la contagion n’a pas été favorisée par une solution de continuité des tissus imprégnés, et cette forme ne varie que lorsque les lieux où siège la pustule ne sont pas homogènes.
Ces ulcérations sont le résultat d’une véritable contagion et sont susceptibles de se transmettre ellesmêmes. Cette propriété contagieuse mise hors de doute par des faits nombreux et incontestables et qui se renouvellent tous les jours sous nos yeux, peut être aussi facilement démontrée par l’inoculation , ainsi que je l’ai dit dans le chapitre précédent.
Des plaies de forme et d étendue variables peuvent prendre l’aspect de chancres véritables par suite du contact du pus syphilitique et alors offrir dans leur forme surtout des différences plus ou moins notables.
11 est souvent facile de distinguer les chancres vénériens aux caractères que je viens d’indiquer et que tous les auteurs leur reconnaissent *, mais , quelquefois , ces caractères ne se trouvent pas tous re'unis et ne sont pas aussi franchement dessinés. Une érosion superficielle de la muqueuse génitale prend quelquefois l’aspect d’un chancre sans offrir la saillie et la rougeur des bords, la forme ronde et la plupart des signes enfin nécessaires pour caractériser le vrai chancre vénérien.
Indépendemment de cette différence de forme et d’aspect entre un chancre et une plaie simple à surface pultacée, les anciens auteurs avaient cherché d’autres moyens de diagnostic différentiel auxquels ils attachaient une grande importance, et qui la plupart n’ont à mes yeux qu’une bien faible valeur pratique :
j.° « Les chancres, d’après Swediaur, ont une tendance manifeste à s’étendre et à corroder les parties voisines. » Cette tendance existe réellement quelquefois , mais elle manque bien souvent aussi et l’on voit fréquemment des chancres rester stationnaires pendant des semaines entières , quoique rien n’ait été tenté pour les guérir et pour empêcher leur accroissement;
2.0 (c Les vrais chancres ne guérissent jamais seuls , et ont besoin des secours de l’art ; tandis que les plaies ordinaires disparaissent rapidement à l’aide des moyens les plus simples et par les seuls efforts de la nature. » II est très-facile de se convaincre de l’incertitude de cette assertion; les chancres exigent souvent, il est vrai, l’emploi de topiques
convenables*, mais il’un autre côté on rencontre tous les jours des accidens consécutifs chez des personnes qui n’ayant eu que quelques ulcérations sans importance aux parties génitales et les ayant guéries en quelques jours par des lotions simples, à l’aide de quelques soins de propreté, supposaient n’avoir jamais eu réellement que des érosions insignifiantes et se croyaient bien à l’abri des accidens vénériens pour lesquels ils viennent demander des conseils^
3.° Enfin <c les chancres ne disparaissent, a-t-on dit , que sous l’influence des préparations mercurielles} et les topiques mercuriels sont une véritable pierre de touche , car ils changent presque subitement leur aspect, tandis qu’ils ne guérissent pas et aggravent même d’ordinaire les ulcérations non-syphilitiques. »
Cette opinion est à mes yeux une des erreurs les plus fâcheuses, et peut avoir les conséquences les plus désastreuses, surtout en médecine légale. Les topiques mercuriels peuvent en effet contribuer à déterger les plaies les moins vénériennes, et les excitans ordinaires peuvent de leur côté , tout aussi puissamment que les topiques mercuriels , changer l’aspect des chancres. La moindre pratique dans une salle de vénériens doit suffire pour convaincre les plus incrédules que le nitrate d’argent, le sulfate de cuivre, l’acide hydroehlorique , tous les caustiques enfin modifient aussi promptement la surface des chancres que les préparations mercurielles les plus énergiques.
Le seul symptôme différentiel de quelque va-
leur est un certain épaississement, une sorte de callosité des parties sur lesquelles siège le cliancre , et la tendance qu’ont ces parties à rester souvent induries après la cicatrisation de celui-ci; et la preuve la plus forte et la plus directe est sans contredit l’inoculation.
Les chancres occupent ordinairement les parties génitales chez l’homme et chez la femme.
Chez l’homme, ils se montrent le plus fréquemment à la couronne dt*~~gîand , dans le cul-desac du prépuce et vers son frein.
L’abondance des follicules muqueux de la première de ces parties, et la stagnation des agens de cette contagion entre les replis du prépuce, ainsi, du reste, que la mollesse et la délicatesse de la
muqueuse de ces régions explique facilement cette fréquence.
On les rencontre quelquefois au méat urinaire , sur le gland et sur la peau du prépuce.
On les trouve plus rarement sur le fourreau de la verge, sur la peau de la partie inférieure de
l’abdomen ou de la partie interne des cuisses, et
leur présence dans ces derniers points indique souvent une plus grande puissance , une plus grande virulence dans la matière qui les a produits et
exige des soins plus prompts et plus énergiques à moins que la contagion n’ait été favorisée par une solution de continuité de ces régions.
Ch ez la femme , les chancres se montrent le plus généralement aux grandes lèvres et particulièrement à leur face interne, à la fourchette, aux petites lèvres, sur le litoris, à l’entrée du vagin et dans
les replis de ce canal*, ils occupent aussi, ruais plus rarement, les parties profondes du vagin et le col utérin lui-même.
Le docteur Frikc , de Hambourg , a insisté sur l’existence de très-petits chancres logés entre les replis du vagin exigeant un examen scrupuleux même à l aide du spéculum , et pouvant servir à expliquer certaines affections contractées avec des femmes saines en apparence } les chancres peuvent se montrer aux mamelons du sein*, ils se présentent quelquefois aussi , comme chez l’homme et plus fréquemment même que chez lui , sur la peau du pli de la cuisse , de la partie inférieure de l’ahdomen , autour du nombril *, la finesse plus grande de la peau donne la raison de cette plus grande fréquence.
Enfin chez l’homme comme chez la femme , on trouve quelquefois des chancres vénériens au pourtour de l’anus ou sur la muqueuse interne de cette ouverture , sur la muqueuse des lèvres et de la bouche , sur les paupières , etc. *, les habitudes dépravées de certains libertins nous fournissent malheureusement trop souvent des exemples de ce "enre.
Les chancres n’apparaissent jamais immédiatement après le coït , il s’écoule toujours deux ou trois jours au moins avant leur apparition. Souvent ils ne se montrent que vers le quatrième , le sixième ou même le huitième jour. 11 n’est pas rare même de rencontrer des personnes qui n’ont vu survenir leurs chancres que douze ou quinze jours après leurs relations sexuelles , et la science possède quelques
exemples de retard plus grand encore dans leur manifestation.
On peut dire en règle generale qu’ils apparaissent du troisième au huitième jour , niais il y a toujours un intervalle manifeste entre le moment où l’on s’est exposé à la contagion et celui où elle fournit des accidens appréciables , intervalle qui constitue une véritable incubation pendant laquelle le malade n’est pas susceptible de donner à d’autres la maladie dont il va prochainement ressentir les symptômes.
Il peut se faire même que la personne infectée n’ait constaté sur elle aucuns symptômes locaux , quelques soins qu’elle ait pu mettre à s’observer pendant les jours qui ont suivi le coït, et qu 'après un intervalle variable de plusieurs mois à un an ou même plusieurs années, elle voit apparaître des signes d’infection générale tout comme si elle avait offert les accidens primitifs de la syphilis,* et les affections syphilitiques d’emblée et sans signes locaux préalables sont tout-à-fait incontestables pour moi , car tous les faits négatifs ne sauraient détruire les résultats de quelques faits positifs bien observés.
Après quelques jours d’incubation, le malade éprouve des picotemens sur divers points des organes génitaux suivis bientôt d’une ou de plusieurs petites pustules qui en s’ouvrant donnent lieu à des plaies d’une nature particulière , à de véritables chancres.
Souvent les malades ne tiennent aucun compte du léger prurit ou des douleurs passagères qui pré-
cèdent la pustule , et ne s’aperçoivent de leur maladie que lorsque les chancres sont tout à fait formel. Cette négligence ainsi que le peu de durée de la pustule par suite de la mollesse excessive de l’épithélium de la muqueuse génitale et des frottemens répétés que subit presque toujours cette membrane , explique comment certains auteurs ont cherché vainement à constater le mode d’apparition première du chancre et ont été conduits à nier la pustule originelle. Mais une observation attentive et l’étude de l’inoculation , comme on a pu le voir dans le chapitre précédent , en mettent l’existence hors de doute.
Le chancre conserve plusieurs jours les caractères tranchés que je lui ai assignés \ pendant plusieurs jours même, souvent, il fait de nouveaux progrès*, il saccompagne de phénomènes inflammatoires plus ou moins notables qui quelquefois se bornent aux tissus voisins, qui d’autres fois s’étendent plus ou moins loin , il reste stationnaire pendant un temps variable, et se déterge ensuite pour marcher vers la guérison. Quelquefois il ne laisse après lui qu’une légère cicatrice, ou bien il donne lieu à une induration plus ou moins étendue à la place qu’il occupait*, et il est fort important, comme nous le verrons bientôt, de noter cette différence dans la terminaison des chancres.
Dès son apparition , le chancre est susceptible de se transmettre par le coït, par le contact direct, et par l’inoculation. Il conserve cette propriété tant qu il offre l’aspect de vrai chancre , de chancre huntérien. II la perd à mesure qu’il se déterge et
se convertit, en plaie simple. Cette période du chancre est excessivement variable lorsqu’il est abandonné à lui-même 5 elle peut être considérablement abré-^ gée par des applications topiques convenables. J’ai vu des chancres perdre la faculté de s’inoculer après trois ou quatre jours de durée*, j’en ai vu la conserver au-delà de six semaines.
Cette observation peut rendre en partie compte de l’irrégularité des résultats obtenus par les expérimentateurs qui ont tenté l’inoculation , sans tenir compte des variations que présente la marche du chancre.
La propriété contagieuse du pus sécrété par un chancre n’est pas absolue, elle a besoin de rencontrer certaines conditions favorables.
Ainsi, le contact de ce pus avec les tégumens des diverses parties du corps ne donne habituellement aucun résultat, si ceux-ci sont exempts de toute érosion et de toute solution de continuité, à moins qu’ils ne soient d’une souplesse et d’une finesse extrêmes. Ainsi, j’ai observé récemment des chancres au mont de Vénus et sur l’abdomen d’une jeune personne qui , dans la crainte d’une grossesse , n’avait eu que des relations incomplètes avec son amant*, ces chancres ayant été traités par des applications locales seulement ont été suivis, après moins de deux mois , de pustules plates à l’anus, d’ulcérations aux lèvres, et, un peu plus tard, d’une syphilide crustaeée fort grave , et toutes les fois que j’ai vu survenir ainsi des chancres sur le tégument externe lui-même, à l’état d’intégrité parfaite et sans lésion ni érosions préalables, j’ai vu
aussi que les suites île l'infection étaient fort promptes et caractérisées par des symptômes alarmans.
Les moindres solutions de continuité de la peau la mettent dans des conditions très-favorables à l'infection syphilitique. La science possède de nombreuses observations d’accoucheurs ou de médecins qui ayant des écorchures aux doigts ont contracté la syphilis en accouchant des femmes atteintes de chancres ou en donnant leurs soins à des personnes à ulcérations vénériennes, et M. Ricord en a offert récemment, sur lui -même, un exemple fort remarquable.
Les érosions, les écorchures que peuvent offrir les membranes muqueuses , l’état béant des orifices de leurs follicules , disposent certainement ces membranes à la contagion *, mais celle-ci peut avoir lieu et arrive le plus habituellement sans l'aide de ces conditions exceptionnelles.
L’orgasme vénérien, le coït prolongé, etc. , certaines conditions de mollesse et de sensibilité des parties, la stagnation, des matières infectantes chez les personnes à prépuce long et étroit ou à phymosis habituel , sont certainement aussi des circonstances favorables à l’imprégnation morbide , mais aucune d’elles n’est indispensable ; le simple contact du pus syphilique sur des membranes muqueuses parfaitement saines suffit souvent à la transmission de la syphilis, et je l’ai vue quelquefois se développer chez des hommes, qui, dans leur frayeur de la maladie, avaient h peine mis
leur pénis en contact avec les organes sexuels de femmes suspectes.
C’est par le pus qu’ils sécrètent que les chancres peuvent ainsi se transmettre et s’inoculer.
On a cherché tout naturellement à connaître la cause particulière et spéciale de cette propriété. L’étude physique a démontré qu’il était ordinairement séreux et souvent sanieux pendant la période de progrès surtout *, son étude chimique a fait connaître qu’il était alcalin. Mais qu’il soit acide ou alcalin , séreux ou épais , sanieux ou blanc, que peuvent apprendre de pareilles notions sur sa virulence et sur sa nature spécifique?
M. Donné a demandé au microscope les enseignemens que refusait l’observation ordinaire , et il a trouvé dans le pus des chancres des globules altérés dans leur forme et un grand nombre d’animalcules ayant la figure du vibrio lineola décrit par Muller.
M. Donné est porté à attacher une grande importance à la présence de ces animalcules et à les considérer comme caractéristiques du pus virulent. Malheureusement ce micrographe n’a pu trouver le vibrio lineola que dans le pus du chancre du gland et de la vulve , et dans la balanite sans chancres dont la nature syphilitique est certainement fort contestable *, il l’a cherché vainement dans les vrais chancres placés sur d’autres points et dans les bubons ulcérés et inoculables, de sorte que comme ces vibrions sont très-communs et se multiplient avec rapidité dans toutes les matières animales en putréfaction , on doit se demander si leur existence ne tient pas plutôt à un travail de décomposition
occasionne par la nature et la disposition des parties dans lesquelles le pus stagne souvent , et est comme emprisonné , qu’à l’élément spécifique luimême.
M. Donné a essayé aussi le pus des chancres à l’aide de divers réactifs, de l’eau vinaigrée en particulier; et il n’est arrivé qu’à des résultats tellement vagues et incertains , qu’on peut dire pour le moment, je crois, que les recherches de cet habile expérimentateur n’ont réellement jeté aucun jour sur la nature particulière et l’essence du virus syphilitique.
M. Donné conclut de ses recherches :
i Que les vibrions se trouvent dans le pus de certains chancres ;