Qu’ils peuvent suivre l'inoculation de ce pus
3. ° Qu’il ne suffirait pas de les tuer pour neutraliser l’action du virus ;
4.0 Qu’il n’est pas démontré que ce soit à Faction de l’acide sur les vibrions qu’il faut nécessairement attribuer la neutralisation du virus;
5. ° Que l’acide seul peut agir de manière à détruire les propriétés contagieuses du pus;
6. ° Que les expériences ne sont pas assez nombreuses pour aller plus loin ;
7.0 Enfin qu’il y a probablement des substances et des agens chimiques capables de produire des effets plus énergiques que le vinaigre, et sur lesquels on pourrait faire d’utiles expériences.
La citation textuelle de ces conclusions fera sentir, je pense , mieux que tous les raisonnemens, la nécessité de nouvelles investigations.
Le chancre est , à mes yeux , le type des accidens syphilitiques primitifs , et cette manière de voir est conforme à ce que professent presque tous les syphilographes de nos jours. Il n’est pas seulement pour moi une cause d’infection prochaine , il prouve une infection réelle*, il n’indique pas seulement que la personne qui en est atteinte est sous l’imminence de la syphilis, exposée qu’elle est à l’absorption du virus sécrété par la plaie qu’elle porte , mais bien que cette personne est actuellement atteinte de la maladie. Il ne s’ensuit pas que tous ceux qui ont présenté des eb ancres vénériens , et qui n’ont été soumis à aucun traitement rationnel , soient nécessairement et infailliblement affectés plus tard de syphilis constitutionnelle , car il n’est pas deux organisations qui se ressemblent et qui se laissent également influencer par une même cause morbide , et il n’est pas non plus de cause délétère qui agisse constamment avec la même puissance et la même énergie , si identique que puisse être le principe qui la produit 5 mais il est évident pour moi que toute personne qui a présenté des chancres huntériens est menacée de voir apparaître des accidens consécutifs de vérole à une époque plus ou moins éloignée , et que ces accidens surviennent bien plus fréquemment chez celles qui n ont subi aucun traitement et qui n ont pris aucune précaution , que chez celles qui ont été soumises pendant la durée des signes locaux, ou après leur disparition récente à des traiterriens méthodiques et appropriés.
M. Ricord professe des idées différentes. 11 pense
que le chancre apparaît plus promptement qu on ne l’a cru et sans incubation véritable , et il base son opinion sur l’étude des phénomènes qui se montrent après l’inoculation. 11 pense aussi que le chancre n’inocule la syphilis à la personne qui en est atteinte, que vers le cinquième ou le sixième jour, époque ou l’induration commence à se montrer; et qu’en détruisant par l’excision la pustule au moment où elle se manifeste et en enrayant la plaie qui en résulte, à l’aide des caustiques, ou bien en cautérisant fortement le chancre quand la pustule s’est déchirée déjà au moment ou on voit le ma-^ lade pour la première fois , on le met sûrement à l’abri de toute infection.
Cette théorie du développement des chancres et de l’infection générale me paraît peu admissible. L’inoculation est loin de contredire le temps d’incubation que l’observation directe de tous les jours vient bien certainement établir d’une manière absolue , car il n’est peut être pas un seul fait de chancres survenus immédiatement après le coït , et les exemples de personnes atteintes d’aecidens consécutifs après la disparition très-prompte et presque instantanée de chancres à la verge ne sont pas rares dans la pratique de notre hôpital. Le fait suivant est un des plus intéressans que je puisse citer, parce qu’il a été observé par un malade qui, médecin lui-même, a pu bien étudier toutes les particularités offertes par sa maladie , et je ne saurais mieux faire que de copier textuellement son observation.
a Pendant que j’étudiais la médecine , à Paris, en
mars i833, dit M. A . , j’eus des rapports
pendant trois jours avec une fille entretenue. Le troisième jour de ces rapports, je découvris sur ma verge au niveau de l’ insertion du prépuce au gland et du côté gauche, trois petites vésicules que j’aurais prises pour des vésicules d’herpès préputialis si je n’avais pas connu alors les opinions de M. Ratier sur la forme primitive du chancre. Ces vésicules étaient de la grosseur d’un grain de millet, elles contenaient une sérosité transparente, elles étaient entourées d’une auréole rouge, enfin elles reposaient sur un très-faible engorgement du tissu cellulaire sous-muqueux. Craignant que la nature de ces vésicules ne fut vénérienne, et d’un autre côté séduit par la manière dont MM. Cullerier et Ratier avaient envisagé le chancre dans leur article syphilis du dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, je coupai le sommet de ces trois vésicules, j’abstergeai avec un linge fin le peu de sérosité qu’elles contenaient , et enfin , avec un crayon pointu de nitrate d’argent, je cautérisai fortement et à deux reprises le fond et les bords des ulcérations sur lesquelles elles reposaient; la douleur produite par l’application de ee caustique fut assez vive et dura plus de deux heures. Le lendemain au soir les escarres étaient tombées. Je pratiquai une nouvelle cautérisation et en peu de jours les ulcérations furent cicatrisées.
» Six mois après et sans aucune nouvelle infection, je fus atteint d’une périostite syphilitique qui ne céda qu’à un traitement mercuriel par le proto-iodure. »
Ainsi la destruction prompte des phlyctènes par l’excision et deux cautérisations profondes des plaies
n’empêchèrent pas M. A . d’être atteint de
symptômes consécutifs.
Les chancres se détergent après un temps variable et se convertissent alors en plaie simple tendant manifestement vers une guérison plus ou moins prompte. Pendant leur durée ils déterminent quelquefois dans les tissus sous-jacens des noyaux d’induration et des callosités qui souvent persistent longtemps et quelquefois s’ulcèrent de nouveau après plusieurs jours et même plusieurs semaines.
M. Ricord pense que ces chancres indurés seuls sont de vrais signes d’infection et seuls donnent lieu à des accidens syphilitiques secondaires. Mes propres travaux sont loin de conduire aux mêmes résultats que ceux de cet habile médecin , et ne me permettent pas de partager sa sécurité parfaite sur le compte des malades dont les chancres n’ont laissé qu’une cicatrice superficielle, dépourvue de toute trace de dureté et de callosité. J’avais souvent observé que les plus petits chancres étaient suivis fréquemment d’accidens tout aussi graves que
les ulcérations vénériennes les plus larges et les plus profondes*, et MM. Roux, Blandin et quelques autres membres distingués de l’Académie Royale de Médecine ont annoncé des observations semblables dans une discussion , sur la syphilis , élevée, il y a quelques années, au sein de cette savante assemblée.
Je trouve dans mes notes un exemple remarquable de ce genre. M. E . . officier de la ma-
rine royale, fut atteint pour la première fois, en 1 8 3 8 , de chancres fort petits et fort superficiels que quelques lotions d’eau blanche firent disparaître en deux ou trois jours, et qui ne laissèrent pas après eux la moindre trace. Six semaines après, il survint pourtant, chez cet officier, des taches dans les mains et des ulcérations à la gorge qui furent considérées comme syphilitiques, et qui guérirent par l’emploi de pilules de deuto-chlorure , d’opium et d’extrait de gayac d’après la formule de Dupuytren; et je pourrais citer un grand nombre de faits semblables.
Quelquefois au lieu de marcher franchement vers la guérison , les chancres s’accroissent rapidement , prennent un aspect rongeant et serpigineux qui tient habituellement à un état général mauvais de l’organisme, cachexie scorbutique, cachexie mercurielle, etc. , mais qui peut résulter aussi de l’abus des applications irritantes et cathérétiques. Presque toujours une observation attentive permet d’arrêter cet état fâcheux, dès son début, à l’aide de pan— semens doux et bien faits, ®u par l’administration des remèdes appropriés à l’état pathologique spécial que présentent les malades.
Les chancres provoquent quelquefois la gangrène des parties qui les avoisinent. Cette dégénérescence fâcheuse est infiniment plus rare de nos jours que dans les premiers temps de la syphilis. J’en rencontre à peine un exemple de loin en loin; et, ce qu’il y a de fort curieux, c’est que loin d aggraver l’état du malade sous le rapport des chances de vérole constitutionnelle, elle semble, au
contraire, en prévenir le développement. J’ai observe', en effet, comme du reste plusieurs auteurs avant moi, que, bien que la manifestation de la gangrène eût empêché de commencer un traitement anti-syphilitique , ou , eût forcé de le cesser avant qu’il fût achevé, les hommes n’en paraissaient pas moins parfaitement guéris pour toujours.
Les chancres enfin entraînent quelquefois des dégénérescences cancéreuses , et c’est particulièrement aux chancres du gland qu’est dû ce résultat funeste qui, fort heureusement, est d’une rareté excessive et peut être presque toujours prévenu par des pansemens hien faits et des soins convenables.
La thérapeutique des chancres vénériens se compose de deux groupes de moyens distincts : les uns locaux, destinés à guérir le plus promptement possible les chancres eux-mêmes, et à diminuer par là les chances d’aggravation dans l’état des malades que doit naturellement créer la persistance d’une cause directe et permanente d’infection , c’est-àdire la sécrétion par la plaie d’un pus virulent capable de donner la syphilis*, les autres généraux, propres à prévenir les conséquences fâcheuses de l’infection dénotée par les chancres.
Traitement local .
Les anciens médecins s occupaient en général fort peu du traitement local des chancres , ceux-ci n’étant à leurs yeux qu’un accident , qu’un phénomène local lié à un état morbide général ne devaient. créer, par eux-mêmes, aucune indication particulière.
lis prescrivaient un traitement anti-syphilitique immédiatement après l’apparition des ulcérations, et se bornaient à panser celles-ci avec quelques topiques choisis toujours parmi les préparations dans lesquelles le mercure, ou ses combinaisons jouaient le rôle principal. Leur guérison progressive pendant la durée du traitement, n’était pas due d’après eux à une simple coïncidence , elle était une preuve certaine de l’action efficace des remèdes généraux.
Dans ces cas, les ulcérations étaient réellement vénériennes à leurs yeux , car elles avaient cédé au mercure, et le traitement mercuriel avait été choisi avec raison, car il avait arrêté les chancres dans leur marche et les avait fait disparaître , et le médecin ainsi que le malade vivait ensuite dans une sécurité parfaite.
Il semble qu*il ne fallait pas de longues observations laites sans idées préconçues , pour se convaincre de l’inexactitude et de l’erreur de pareilles opinions qui ont pourtant dominé longtemps l’étude des maladies vénériennes.
De tous temps on avait observé que les chancres guérissaient souvent avec promptitude dès le commencement des traitemens généraux, avant que ceux-ci eussent pu exercer une action notable sur Forganisme; qu’ils guérissaient souvent aussi sous l'influence seule de certaines applications locales*, et même quelquefois sans l’aide d’aucun secours, ni d’aucun soin.
La fréquence de faits semblables conduisit à douter de la nécessité des remèdes spécifiques con-
tre les chancres les mieux caractérises. L’école de Broussais, allant plus loin encore, en vint à leur refuser tout caractère virulent, à nier l’existence de la syphilis elle-même, et par suite, à ne s’occuper que des accidens locaux offerts par les malades , sans tenir aucun compte de l’afifection générale à laquelle ces accidens sont liés et dont ils ne sont que les indices.
Les topiques émolliens , les applications d’extrait d’opium ou de laudanum sur les chancres très-douloureux*, les sangsues sur ceux qui étaient très- enflammés *, dans d’autres circonstances, la cautérisation avec le sulfate de cuivre, le sulfate de fer, le nitrate d’argent, etc., tous les caustiques enfin, pourvu qu’ils fussent privés de toute action antisyphilitique , tant ils craignaient d’être soupçonnés de croire à la vérole, servirent aux médecins physiologistes à modifier la sufrace des chancres et leur suffirent souvent pour en obtenir la guérison.
Ces idées exclusives et contradictoires devaient nécessairement faire remettre en question des principes qui paraissaient des mieux arrêtés dans la science et faire tenter de nouvelles recherches sur les meilleurs traitemens de la syphilis.
J’ai essayé bien souvent de n’opposer que des applications locales aux chancres vénériens; j’ai bien souvent réussi à les guérir ainsi*, et j’ai pendant plusieurs années soumis plusieurs milliers de malades à cette pratique, désireux que j’étais d’éviter, le plus possible, les traitemens mercuriels*, mais si chez un grand nombre la guérison a été complète et définitive , j’ai été obligé pourtant de recon-
naître aussi que bien souvent des hommes que j’avais renvoyés de l’hôpital et sur lesquels je croyais ne devoir conserver aucune inquiétude, présentaient , après un temps variable , des accidens generaux bien évidemment dus à la syphilis ellemême , car ils n’avaient pris aucune préparation mercurielle. Chez un grand nombre les syphilides , les périostites , les ulcérations à la gorge , etc. , ne survenaient que plusieurs mois après leur sortie de l’hôpital} chez d’autres, l’intervalle était moins considérable, et n’était guère que de cinq à six semaines ou de deux mois } chez quelques uns enfin des pustules humides , des excroissances à la verge, etc., quelquefois aussi, mais plus rarement , des accidens généraux semblables à ceux que je viens de citer, se manifestaient plus promptement encore avant même qu’ils fussent débarrassés de leurs chancres , et pendant qu’ils étaient encore dans mes salles.
De sorte que des observations très-assidues et trèsnombreuses, des relevés statistiques établis sur plusieurs milliers de malades , m’ont conduit à admettre que les accidens consécutifs de syphilis sont inconstestablement plus fréquens chez les personnes qui , ayant été atteintes de chancres, ont été guéries par des applications locales seulement , que chez celles qui ont été soumises à des traitemens généraux méthodiques et bien choisis *, que ces accidens se manifestent réellement plus souvent et plus promptement chez les hommes que chez les femmes , chez ceux qui dès la guérison des symptômes locaux se livrent à des écarts de régime, comme le
font fréquemment les matelots pour se consoler des privations et de la gêne qu’ils viennent d’éprouver à l’hôpital , que chez ceux qui vivent sobrement et sans excès de travail \ et la population variée qui peuple les salles de vénériens des hôpitaux maritimes m’a fourni de très-nombreuses occasions de vérifier ces assertions.
Dès qu’un malade atteint de chancres vient demander nos conseils , il faut se hâter de modifier les plaies qu’il présente, à l’aide de topiques appropriés et différens, suivant les cas, mais presque toujours pris parmi les cathérétiques.
En effet , sans adopter tous les préceptes de l’école de Broussais et de quelques syphilographes de notre époque , il est impossible pourtant de ne pas admettre la nécessité de guérir promptement les accidens locaux de vérole , par cette raison bien incontestable à mes yeux, que, si les chancres ne constituent pas à eux seuls toute la maladie , il ne saurait cependant être sans inconvénient réel de garder, pendant un temps plus ou moins long, des plaies qui sécrètent continuellement un pus virulent capable d’infecter d’autres peronnes, et par suite, bien certainement, susceptibles de produire des effets délétères chez celles qui en sont atteintes.
Le nitrate d’argent solide , ou dissous en forte proportion dans l’eau , le sulfate de cuivre , le sulfate de fer, lenitrate acide de mercure, l’acide hydrochlorique , l’acide nitrique, le beurre d’antimoine, la poudre de Vienne, le calomélasen poudre, le deutochlorure de mercure dissous dans l’eau, etc., peu-
vent servir à cautériser les chancres, et à modifier leur surface de façon à les convertir en plaies simples.
Les caustiques énergiques agissent profondément et promptement et sembleraient par suite , devoir être préférés aux autres -, mais ils ont en général et à des degrés divers , l’inconvénient d’augmenter le nombre des adénites inguinales.
C’est une assertion qui a été émise et contestée plusieurs fois et que j’ai pu constater bien souvent. Le nitrate d’argent fondu, en particulier, est fréquemment cause de cette complication.
Les caustiques moins énergiques modifient moins puissamment et moins vite les ulcérations vénériennes , et semblent sous ce rapport , du moins , réellement inférieurs aux caustiques forts $ mais ils paraissent exempts de la propriété fâcheuse que je viens d’attribuer à ceux-ci, et cette raison m’a décidé à leur donner habituellemeut la préférence. Je me sers ordinairement de solutions mercurielles , de forces diverses, depuis cinquante centigrammes jusqu’à un gramme de deuto-chlorure de mercure pour trente grammes d’eau distillée -, je les applique sur les chancres à l’aide de petits pinceaux de charpie et je renouvelle ces applications pendant trois, quatre ou cinq jours \ je les cesse alors si la plaie se déterge et prend un aspect vermeil ; je les suspends volontiers dans le doute. Dans tous les cas, il faut veiller à ne pas faire naître, par des irritations trop réitérées, un état pultacé accidentel susceptible d’être confondu avec l’aspect grisâtre particulier aux chancres.
Lorsque les plaies sont très-douloureuses je remplace les cafhérétiques par une solution aqueuse d’extrait d’opium à la dose de deux à trois grammes pour trente grammes d’eau distillée, ou par du laudanum pur ou étendu avec quelques parties d’eau commune. Lorsqu’elles s’accompagnent d’une inflammation vive et un peu étendue surtout des tissus voisins, je me décide quelquefois à combattre cette complication par des applications de sangsues en nombre variable } mais loin de suivre les indications de l’école physiologique, je les éloigne au contraire le plus que je peux des plaies, afin de mettre leurs piqûres à l’abri du contact du pus que sécrètent ces plaies, bien certain que ce contact les convertirait en chancres et diminuerait par là considérablement les bons effets qu’on pouvait espérer de leur emploi. J’ai trop souvent observé ce résultat, et je le rencontre encore trop fréquemment malgré les précautions dont j’entoure les malades, toutes les fois que je suis contraint de placer des sangsues sur des lieux peu éloignés de ceux qui sont occupés par de vrais chancres, pour conserver le moindre doute sur sa réalité et sur son importance.
Lorsque les malades présentent encore la vésicule ou la pustule originelle des chancres, j’adopte volontiers la pratique de M. Ricord*, j’enlève la pblyctène et je cautérise ensuite la plaie produite par l’excision , mais sans attacher à cette pratique, par rapport aux suites de cette maladie, l’importance que lui accorde M. Ricord.
Je panse en même temps les ulcérations avec de petits carrés de linge fin sec ou trempé dans la
décoction émolliente, ou dans l’eau tiède qui a servi aux bains locaux que les malades doivent prendre deux ou trois fois par jour. Il y a de l’inconvénient à trop multiplier les soins de propreté et les pansemens, on doit craindre de déranger ainsi le travail de réparation et de cicatrisation qui quelquefois commence de bonne heure*, mais il y a plus d’inconvénient encore dans les premiers jours, surtout, à les trop éloigner et à laisser stagner trop longtemps le pus. Lorsque la plaie est vermeille et marche franchement vers la guérison, je substitue quelquefois la charpie râpée en couche peu épaisse aux petits carrés de linge fin, et j’éloigne alors un peu plus les pansemens.
Lorsque les chancres conservent un aspect blafard, je les lave avec du vin miellé, ou du vin aromatisé, ou avec de l’eau mêlée à du chlorure de soude. J’ai quelquefois recours aussi, contre les chancres rebelles et opiniâtres, aux cérats ou onguens mercuriels prônés par les anciens sy philographes, à des pommades avec le proto-chlorure de mercure , avec les oxydes mercuriels , à la pommade créosotée,* mais en général j’use peu de tous les corps gras si fort usités encore dans certaines salles de chirurgie, car ils souillent les bords des1 plaies et les entretiennent dans un état de malpropreté désagréable à l’œil et nuisible à la guérison.
La position de certains chancres a une influence réelle sur leur marche. Ceux qui siègent au méat urinaire sont souvent rebelles, irrités qu’ils sont à chaque instant par l'urine qui les humecte; ceux qui occupent la surface du gland présentent quel-
quefois aussi une grande ténacité} il en est de même de ceux qui sont placés sur le limbe du prépuce et qui se trouvent par cela même tiraillés continuellement par les mouvemens imprimés à cette partie pour faciliter l’émission de l’urine , ou pour mettre à découvert les ulcérations situées plus profondément.
Ceux qui occupent le frein du prépuce , corrodent et traversent quelquefois toute l’épaisseur de ee repli muqueux de manière à produire une bride ou un pont plus ou moins épais qu’il faut détruire d’un coup de bistouri ou d’un coup de ciseaux , en ayant soin d’enlever en même temps les petits tubercules que laisserait une simple incision.
Quelquefois les chancres s’accompagnent de décollemens peu étendus, mais de guérison difficile, qu’il faut se décider à détruire par le caustique de Vienne ou par l’ instrument tranchant. Ils réclament enfin dans quelques cas par leur ténacité toutes les ressources de pansement et de soins méthodiques que peuvent exiger les autres plaies.
Les chancres ne constituent pas toujours tout le mal , ils peuvent être compliqués d’inflammation de toute la surface du gland , de la muqueuse et même de toute l’épaisseur du prépuce , de phymosis naturel ou accidentel , de paraphymosis , de bubon , etc. Ils peuvent exister aussi coïncidemment avec une urétrité une orchite blennorrhagique , etc. Ces diverses complications , sans changer les indications principales fournies par les chancres , exigent nécessairement de leur côté des soins spéciaux et quelquefois des opérations particulières.