‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 8 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Traitemens généraux des accidens primitifs de la

Syphilis .

- - — TiSir -

L’invasion de la maladie vénérienne frappa de surprise et* l’on peut dire, de terreur les médecins qui , les premiers , observèrent les ravages de l’ épidémie du XV.® siècle.

Ils ne surent d’abord à quels remèdes recourir pour combattre et pour maîtriser les progrès effrayans de ce fléau si rapide dans sa propagation et si prompt à envahir l’organisme tout entier.

Ils s’adressèrent , presque au hasard , à tous les produits actifs de la matière médicale , suivant leurs préjugés sur l’origine du mal, ou leurs idées sur son analogie apparente avec les affections qu’ils observaient habituellement.

La saignée , les purgatifs , les dépuratifs de toute espèce , tous les remèdes réputés héroïques et toutes les formules les plus compliquées de la pharmacopée de l’époque furent successivement opposés à cette nouvelle peste , comme l’appelaient souvent les premiers écrivains.

La fréquence des affections cutanées syphilitiques*, leur analogie réelle avec quelques unes des maladies de la peau si commune au XV. e siècle et dans les âges précédens, les bons effets que l’on retirait depuis longtemps du mercure contre les plus rebelles de ces maladies firent naturellement essayer ce métal contre la syphilis: et la supériorité incontestable des résultats qu’on obtint de son

emploi , lui valut bientôt une préférence et une vogue qu’on a vainement tenté de contester depuis et qui ne s’est pas démentie jusqu’à nos jours.

Dès i49d, un médecin allemand , Joseph Grumpeckius , indiqua contre la grosse vérole une pqmmade dans laquelle entrait le mercure coulant.

Jean Weidman en 1 497 ’ Sébastianus Aquilanus en 1498* Gaspard Torella en i499> proposèrent aussi divers onguens composés avec le même métal , dans des proportions différentes.

Ces onguens étaient employés à l’extérieur sans méthode et sans règle. Cette irrégularité dans leur usage, jointe à la diversité infinie de leur composition , explique facilement les succès de quelques praticiens et les échecs de beaucoup d’autres, ainsi que les désordres profonds que ne pouvait manquer d’occasionner fréquemment un remède semblable mis en usage par des mains inhabiles.

Cette composition était si variable , que pendant que le métal n’entrait que pour un quinzième dans certaines formules , que pour un quarantième même seulement, dans la pommade de Torella, Nicolas Massa osait le mettre à la proportion d’un tiers environ, dans l’onguent dont il se servait.

Aussi chaque médecin livré à l’étude de la grosse vérole avait-il son onguent particulier et sa méthode de traitement , et on allait souvent fort loin pour recevoir les soins et les conseils d’un praticien de renom.

Bérenger de Carpi chercha un des premiers à régulariser les indications et l’administration des pommades mercurielles*, les cures heureuses qu’il

obtint lui valurent promptement une grande fortune, mais il n’écrivait que vers i5i2, et c’est à tort qu’on l’a considéré comme l’inventeur de ces remèdes.

Bientôt à l’emploi du mercure métallique en frictions extérieures , on joignit l’usage des fumigations avec le cinabre.

Astruc en fait remonter l’emploi en i5o6, il les préconisa lui-même , et bien moins loin de nous, vers la fin du XVIII. e siècle Lalouette cbercba à les remettre en honneur. Il voulut en faire un moyen exclusif de traitement et inventa , dans ce but, un appareil fumigatoire particulier.

Paracelse, vers i5ü8, et quelques années plus tard Pierre-André Mattioli proposèrent de donner le mercure à l’intérieur à la place des traitemens externes usités avant eux. Mattioli se servit de l’oxide rouge de mercure qu’il lavait dans de l’eau distillée de plantain et d’oseille , qu’il faisait ensuite sécher au feu , dans l’espoir de détruire tout ce qu’il contenait de nuisible et qu’il donnait en bols à la dose de cinq grains chaque jour.

Paracelse avait une si grande confiance dans l’emploi du mercure à l’intérieur, qu’il ne voulait reconnaître de propriétés anti-vénériennes à ce métal que lorsqu’il était ainsi administré*, et qu’il traitait de remèdes dangereux et nuisibles les frictions et les fumigations si souvent prescrites par ses contemporains.

Le mercure métallique ne tarda pas à être luimême introduit aussi dans les voies digestives*, la plus ancienne formule est celle des pilules qui

portent le nom du célèbre Barberousse , et qui furent répandues et recommandées par François I.er Elles étaient composées de mercure coulant, de substances purgatives et d’autres ingrédiens dans des proportions arrêtées : on mêlait toutes ces substances , on les divisait en pilules de la grosseur d’un pois , et on faisait prendre une de ces pilules, tous les soirs, une heure avant le souper.

C’est, du reste, à peu près la formule des pilules que Belloste , médecin de Paris, introduisit plus tard, vers la fin du XVIII.® siècle, comme une chose nouvelle , qu’il conseilla d’une manière exclusive, et qui ne sont guère restées dans la pharmacopée anti-syphilitique que comme un moyen de purgation pour le commencement et pour la fin de certains traitemens.

On eut recours aussi, dans le XVI. e siècle, aux chlorures mercuriels } le deuto-chlorure surtout jouit d’une grande vogue qui s’accrut encore alors que Wanswiéten , vers 1760, introduisit dans la pratique la solution ou liqueur qui , depuis , a porté son nom.

De nos jours, on a cherché à étendre le champ des préparations hydrargyriques usitées parmi nos devanciers, en y joignant des combinaisons du mercure avec certains corps simples plus ou moins récemment découverts *, et c’est ainsi que nous avons vu essayer contre la syphilis les iodures , les bromures et les cyanures de mercure. Quelques unes de ces substances ont subi avec avantage les épreuves du temps et de l’expérience, et ont pu être acceptées comme succédanées de préparations plus

anciennement connues , ou comme ressources nouvelles dans des circonstances particulières où elles paraissent avoir une efficacité réelle et spéciale.

Mon intention n’est pas de donner l’histoire de tous les traitemens tour à tour vantés et abandonnés depuis le XVI.® siècle-, il en est un grand nombre qui sont tombés dans un oubli profond et ne peuvent plus offrir d’intérêt mon intention n’est pas même de passer en revue toutes les méthodes curatives propres à un certain nombre de praticiens tant du siècle dernier que de notre époque*, je me propose seulement d’exposer avec détails celles auxquelles je me suis arrêté après de longs essais et de nombreux tâtonnemens , pendant lesquels j’ai pu comparer souvent et sur un trèsgrand nombre de malades , presque toutes les formules qui ont eu quelque vogue en médecine depuis la fin du dernier siècle et le commencement de celui où nous vivons, et qui se recommandaient par des noms imposans , ou par des succès capables d’en justifier suffisamment l’emploi.

J’ai prescrit maintes fois le calomèlas , soit à l’extérieur, sous forme de frictions , soit intérieurement , en pilules et joint alors à diverses substances, et j’ai pu me convaincre que ce chlorure mercuriel n’avait absolument aucune influence salutaire sur les accidens primitifs de la vérole.

J'ai fait usage du cyanure de mercure en solution et en pilules , et j’ai trouvé qu’il ne présentait aucun avantage marqué sur le deuto-clilorure ; que l’action de ce dernier était plus constante , ses effets plus sûrs , et qu’il n’y avait nulle raison pratique de lui préférer le cyanure.

J ai essaye , sans succès prononce, les bromures de mercure.

J’ai employé aussi les iodures mercuriels, et j’ai vu que le deuto-iodure était trop énergique pour être introduit dans l’organisme sans chance fâclieuse pour le malade -, et que si le proto-iodure avait une puissance anti-syphilitique notable, incontestable et susceptible d’être vraiment utilisée , il n’était pourtant pas supérieur au sublimé corrosif, (toujours contre les accidens primitifs, car c’est d’eux seuls que je m’occupe en ce moment)-, qu’il produisait le ptyalisme presque aussi souvent, et que son emploi devait rester borné à certains cas ou l’idiosyncrasie des sujets et la tendance particulière de la maladie pouvaient justifier la préférence en sa faveur.

De sorte que les préparations mercurielles que j’emploie contre la syphilis récente et primitive se réduisent au mercure métallique, au deutochlorure et au proto-iodure. C’est sur les divers traitemens faits avec ces substances que je vais spécialement m’appesantir.

Du MERCURE MÉTALLIQUE contre les accidens primitifs de la syphilis .

Le mercure est, de nos jours, le plus ordinairement combiné à l’axonge et employé en frictions à l’extérieur du corps \ la formule la plus répandue est celle dans laquelle le métal et l’axonge, ou un cérat quelconque, entrent en proportions égales et qui constitue l’onguent mercuriel double , appelé aussi Napolitain. On donne cet onguent depuis la dose de deux grammes ( demi-gros ) jusqu’à six, sept et huit grammes (un gros et demi ou deux gros).

En règle générale , il faut l’appliquer sur de larges surfaces, afin de favoriser son absorption. On choisit habituellement , pour cela , la face interne des membres pelviens ou des membres thorachiques*, et si beaucoup de praticiens préfèrent les premiers , c’est sans doute à cause de la facilité qu’ils offrent pour ces applications et de la grande étendue de la surface cutanée , car la peau est plus fine aux membres supérieurs, et le système pileux y est moins développé.

Le moment le plus avantageux pour les frictions est le matin au réveil \ mais lorsque les malades ont à quitter le lit de très-bonne heure, il vaut mieux qu’ils les pratiquent le soir en se couchant.

Autant que possible , ils doivent se frictionner eux-mèmes, en employant la main nue et dépouillée de tous bijoux , et vaquer à ce soin dans

leur lit *, ou , si l’abaissement de la température les force à se placer au voisinage du feu, ils éviteront de trop s’en approcher, car l’impression d’une vive chaleur , comme celle de frictions trop rudes , favorise le développement des prurigos qui sont assez fréquens pendant les traitemens de ce genre et exigent souvent leur suspension momentanée.

Le malade applique l’onguent sur la partie désignée , en une seule fois si la dose est peu élevée , ou en plusieurs dans le cas contraire , et l’étend ensuite mollement et doucement avec la main , par des frictions répétées pendant dix , quinze ou vingt minutes 5 prolongées trop longtemps et surtout faites avec trop de force , elles irritent la peau, et diminuent l’absorption au lieu de l’activer.

Lorsqu’une grande faiblesse , ou toute autre cause oblige à recourir à des aides , il faut que les mains de ceux-ci soient garanties par une vessie ou des gants contre l’action de l’onguent mercuriel , et que le médecin tienne compte , dans les doses qu’il prescrit , de la déperdition du remède que ces précautions peuvent occasionner.

Si l’on a choisi les membres inférieurs, la première friction doit être pratiquée à la face interne d’une cuisse , la deuxième à la jambe correspondante , la troisième à la cuisse opposée et la quatrième à la jambe de ce dernier coté*, on en agit de même pour les membre supérieurs quand on les a préférés. On prescrit ensuite un bain au malade , de façon à maintenir la peau dans un état de souplesse convenable et à la débarrasser de l’onguent qui la souille.

li faut frotter alternativement les membres supérieurs et les inférieurs lorsque , par une cause quelconque, on est obligé de diminuer beaucoup le nombre des bains, ou lorsque la dose élevée de l’onguent, comme nous le verrons pour l’onguent sulfuro-ammoniacé , dont je parlerai plus tard, force à oindre, chaque fois, une très-grande surface.

Les auteurs ne sont pas d’aecord sur le nombre et la fréquence des bains qu’exige un traitement ordinaire. Plusieurs craignant, avec raison, que, pendant l’hiver surtout, l’humidité qui reste à la peau, à la suite des bains, ne soit une cause prédisposante de ptyalisme ou d’autres accidens mercuriels.

11 est difficile, dans des généralités comme celles qui ni occupent, de préciser le nombre de bains et l’intervalle qu’on doit mettre entre eux. La santé générale des malades, l’espèce d’accidens syphilitiques qu’ils présentent, l’état particulier de leur peau, sa plus ou moins grande souplesse, ou sa plus ou moins gtande susceptibilité, devant amener très-naturellement des indications infiniment variées. En général, je donne un bain après quatre frictions d’onguent Napolitain. Quand les individus sont très-faibles ou très-impressionnés par le froid, je n’en donne qu’après six ou huit frictions, et je fais pratiquer alors celles-ci alternativemnt sur les membres inférieurs et sur les supérieurs, ou je remplace de temps en temps le bain par une lotion savonneuse tiède sur les parties ou a été appliqué l’onguent.

Je commence par deux grammes (demi- gros ) d'onguent mercuriel , et j’augmente progressivement de manière à aller jusqu’à six , sept et huit grammes (deux gros) suivant les circonstances et les indications et jusqu’à faire de vingt, vingt-cinq à trente et quelquefois trente-cinq ou quarante frictions, et à consommer cent , cent vingt , même cent cinquante et cent quatre-vingts grammes d’onguent , ( de trois , quatre à cinq ou six onces ).

Ainsi je prescris quatre ou six frictions à deux grammes, (demi-gros), quatre ou six frictions à trois grammes et ainsi de suite jusqu’à la dose la plus élevée *, et j’augmente après la quatrième ou la sixième friction, suivant diverses circonstances relatives au malade et à la maladie et surtout suivant la marche croissante , stationnaire ou décroissante de celleci , de sorte enfin qu’en vingt-cinq , trente , trente-cinq ou quarante jours je fais suivre l’ensemble du traitement que j’ai indiqué} suspendant parfois les onctions le jour du bain, pour laisser reposer le sujet, ou d’autres fois, au contraire, lui donnant dans certains cas , le même jour, le bain et la friction quand il a intérêt à en finir plus tôt.

Dans quelques hôpitaux , on attaque la syphilis dès l’arrivée des malades et sans soins préalables*, dans d’autres , on les soumet tous indistinctement à certaines préparations de régime, de repos, et dans quelques-uns même , on leur administre à tous un purgatif de précaution } les pilules de Belloste, à la dose de quatre, cinq et six grammes, sont bien souvent choisies pour atteindre ce but.

11 y a réellement de 1 avantage , le plus souvent,

à soumettre, pendant quelques jours, les malades à un régime doux , à un peu de repos , et , lorsque l’état des voies digestives l’exige , à une médication évacuante. Il faut, dans tous les cas, ne pas commencer le traitement mercuriel immédiatement chez ceux dont les accidens vénériens sont accompagnés de phénomènes inflammatoires intenses, et il est sage de les débarrasser préalablement de cette complication.

D’autre part , bon nombre de praticiens sont dans l’usage de compléter, de fermer le traitement par un ou deux purgatifs, méthode prudente qui ne peut qu’être approuvée dans quelques cas, mais qui ne doit pas pourtant être érigée en règle générale.

Le choix des tisanes est peu important dans le traitement de cette période de la syphilis \ nous verrons qu’il n’en est pas de même lorsqu’on a affaire aux symptômes consécutifs. Une infusion de fleurs de mauve ou de guimauve réglissée , sucrée ou miellée, une légère infusion de tilleul, du lait coupé avec de l’eau, ou de l’eau sucrée suffisent souvent, et ce n’est qu’exeeptionnellement qu’on doit recourir aux diverses tisanes de salsepareille , de gaïac , d’espèces sudorifiques, ou aux sirops dépuratifs , plus ou moins composés , dont ces espèces forment la hase.

Le régime doit être médiocrement abondant et composé de viandes rôties, grillées ou bouillies, de poisson rôti , bouilli , ou en sauce blanche , de légumes frais cuits à l’eau , de fruits bien mûrs ou préparés en compote, de lait, d’eau rougie.

io5 —

Je donne habituellement le quart (de la ration de nos hôpitaux ) avec une panade, une fécule ou du chocolat, le matin, pendant les premiers jours, et la demie jusqu’à la fin du traitement} quelquefois, vers les derniers jours, je prescris les trois quarts, afin de rendre quelques forces aux malades et de les préparer à reprendre leur service. Il faut leur défendre toutes les sauces fortes, les gibiers, les vins purs , les liqueurs alcooliques , le café , tous les excitans enfin.

Les vêtemens doivent être de nature à garantir contre toutes les variations de l’atmosphère et plutôt trop chauds que trop légers.

Il n’est pas de saison qui ne permette l’emploi des frictions , seulement il importe , en hiver, de corriger, autant que faire se peut , les inconvéniens que le froid et l’humidité froide surtout amènent pour les malades , en les logeant dans des appartenons secs et convenablement chauffés, et en les engageant à en sortir le moins possible} on conçoit d'ailleurs qu’on n’a pas le choix du moment pour traiter une maladie accidentelle et contre laquelle il est indispensable d’agir dès son apparition } aussi les préceptes des anciens auteurs , à ce sujet, ne sont-ils pas admissibles pour le traitement des accidens primitifs.

On emploie les frictions chez les femmes comme chez les hommes } l’état de grossesse ne doit pas en contre-indiquer l’emploi, ainsi que quelques praticiens l’ont dit, car il y a moins d’inconvénient pour la femme enceinte et l’enfant qu elle porte , à subir un traitement de cette na-

ture , qu’à rester exposés aux désordres generaux que peut déterminer la syphilis abandonnée à elle-même. Cet état doit avoir seulement de l'influence sur le choix de la préparation hydrargyrique.

On emploie peu les frictions dans le jeune âge; ce n’est guère qu’après la première enfance et surtout pendant l’adolescence et l’âge adulte qu’on y a recours. Mais lorsqu’il est nécessaire de combattre la vérole chez de très-jeunes sujets , les onctions prescrites à la nourrice , s’ils sont encore à la mamelle , ou pratiquées sur une chèvre dont le lait sert à là nourriture du petit malade, peuvent donner des résultats incontestables, et que quelques insuccès ne pourraient faire nier.

Plusieurs médecins préfèrent les frictions mercurielles locales, circonscrites, aux applications étendues et presque générales dont je viens de tracer la marche. Ainsi Toreilhe a attaché son nom à une méthode qui consistait à frotter seulement avec l’onguent mercuriel le gland et la face interne du prépuce , ou les grandes lèvres chez la femme. Quelques praticiens de notre époque proposent de se borner à appliquer, le soir, sous les aisselles , la dose d’onguent prescrite et de l’abandonner ainsi aux puissances absorbantes fort actives dans cette région.

J’ai essayé souvent cette dernière manière de faire qui est commode sous le rapport du linge et des vêtemens des malades, et qui peut être employée presque clandestinement. Mais ce traitement a eu, entre mes mains, des résultats peu

certains *, il agit avec moins de puissance, et j’en suis toujours revenu aux frictions sur les membres.

Lorsque la peau du malade est très-délicate , qu’elle s’irrite trop facilement sous l’action de l’onguent Napolitain , on peut remplacer cette préparation par un cérat mercuriel fait avec une partie d’onguent double et une , deux ou trois parties de cérat de Galien ou d’axonge , ou bien encore composer l’onguent lui-même en augmentant la proportion du corps gras relativement à celle du mercure métallique , en incorporant , par exemple, deux , trois ou quatre parties du premier avec une partie du second seulement il faut avoir soin alors de doubler au moins la dose de cette pommade destinée à chaque friction.

Mais dans ces cas , il vaut encore mieux ordinairement, je crois, recourir à d’autres préparations hydrargyriques.

Nous employons quelquefois , depuis plusieurs années dans les hôpitaux maritimes de Toulon , un onguent mercuriel bien différent de celui du Codex , que nous nommons onguent mercuriel sulfuro-ammoniacé et qui a été proposé et préconisé par Pihorel. Il consiste dans le mélange d’une forte proportion de pommade mercurielle double avec des quantités beaucoup plus petites de chaux, de soufre et une quantité plus minime encore d’hydrochlorate d’ammoniaque. Sa composition est peu rationnelle , au dire des chimistes de notre école } les élémens qui le constituent réagissent , d’après eux, les uns sur les autres de manière h donner naissance à des produits mal définis et peu

actifs. 11 a de plus F inconvénient réel de former sur la peau une couche sèche et dure, difficile à enlever par les bains , ainsi que celui de souiller le linge d’une façon plus fâcheuse encore et plus tenace que les onguens mercuriels ordinaires, ce qui n’est pas sans quelque importance , surtout dans les grands établisse mens } il agit aussi , je crois, d’une manière bien moins sûre et moins énergique. Mais il a l’avantage de déterminer trèsrarement le ptyalisme mercuriel , et de pouvoir être employé dans des cas de susceptibilité trèsgrande de la bouche et des gencives, où les autres onguens ne sauraient être supportés.

On doit le prescrire à doses plus élevées que l’onguent du Codex, à quatre et cinq grammes (un gros) dès la première friction, et pousser rapidement jusqu’à neuf, dix et même douze grammes (trois gros).

Le volume considérable que forment ces dernières pommades exige qu’on frotte chaque fois tout un membre, cuisse et jambe ou bras et avant- bras , et qu on baigne par conséquent plus souvent les malades. L’incrustation dure qui reste sur la peau entraîne aussi plus de soins et plus de surveillance dans l’emploi des bains.

Il faut donner au moins trente frictions et continuer souvent jusqu’à quarante et quarante-cinq. Sous ce rapport, l’onguent dont je parle nécessite un temps un peu plus long pour le traitement entier, mais, comme je viens de le dire, par son peu d’action sur l’appareil salivaire, il constitue réellement une ressource dans certains cas où les

autres pommades mercurielles ne pourraient pas être employées.

On ne s’est pas borné à prescrire le mercure métallique à l’extérieur, on l’a conseillé aussi à l’intérieur sous diverses formes.

On avait attribué à la décoction mercurielle des propriétés et une puissance quelle ne possède pas, aussi l’usage en est- il tout-à-fait abandonné de nos jours. Divers travaux, et ceux de M. Girardin , de Rouen , en particulier, ont en effet démontré que l’eau , même bouillante , ne dissout pas une quantité appréciable de mercure.

On l’a incorporé dans diverses prépartions pilulaires , dans celles de Barberousse , celles de Belloste , dans les pilules bleues des formulaires anglais. Mêlé à la gomme et au sucre, il constitue le mercure gommeux de Plenck , le mercure saccbarin , etc. L’onguent mercuriel lui-même entre aujourd’hui dans diverses pilules; et la formule à laquelle j’ai le plus souvent recours est celle qui est indiquée sous le nom de Sédillot et dans laquelle l’onguent Napolitain est uni au savon médicinal , et à la poudre de réglisse ou à l’extrait de rhubarbe. Mais ces pilules déterminent souvent le ptyalisme*, elles sont plus utiles dans les accidens consécutifs que dans ceux dont je m’occupe, et n’ont pas, à mon avis, contre ceux-ci, une action aussi sûre et aussi constante que les frictions mercurielles et le sublimé corrosif.

DU DEUTO-CHLORURE DE MERCURE contre les accidens primitifs de la Syphilis .

Dès le XVI. e siècle, on conseilla dans le traitement de la syphilis le sublimé corrosif que les Arabes employaient souvent avec succès contre certaines affections de la peau. On le fit entrer dans quelques onguens préparés avec le mercure métallique , afin d’en accroître la puissance. Cirillo eut, en 1780, l’idée de composer une pommade avec le deuto-chlorure de mercure seul, dans la proportion d’une partie de sublimé pour huit parties d’axonge et une partie d’hydrochlorate d’ammoniaque ; celui-ci n’étant destiné qu’à favoriser la combinaison du sublimé , et dans la crainte d’irriter trop fortement et d’excorier la peau avec cette pommade réellement fort active, Cirillo prescrit de n’en frictionner que la plante des pieds.

On a beaucoup employé le deuto-chlorure à l’extérieur sous le nom d’eau phagédénique ; j’en fais souvent usage localement , dissous dans l’eau , contre les chancres, les pustules plates, certaines excroissances, etc.

Il sert à composer des bains généraux anti-syphilitiques, comme je l’indiquerai plus tard. J’ai espéré pendant quelque temps pouvoir guérir les accidens primitifs de vérole et quelques accidens secondaires par l’usage de bains partiels, de pédiiuves chauds dans lesquels je faisais dissoudre de-

puis deux jusqu’à trois et quatre grammes ('demigros ou un gros) de sublimé. Mais j’ai été conduit , après de nombreuses tentatives , à reconnaître que cette méthode était souvent infidèle, et j’ai cru devoir l’abandonner entièrement.

On a tenté aussi d’administrer le deuto-clilorure de mercure en lavement , et il n’a pas produit , sous cette forme , des effets réellement satisfaisans.

C’est à l’intérieur que le sublimé a été particulièrement prescrit depuis longtemps, et, de cette manière , il mérite véritablement la vogue dont il a joui dans le dernier siècle et qu’il possède encore aujourd’hui.

Wanswiéten, sans être lui-même l’inventeur de la solution ou liqueur qui porte son nom , que Sanchez et Boërhaave avaient indiquée avant lui , a pourtant beaucoup contribué par ses écrits à en répandre l’usage, et, depuis le milieu du XVIIIe siècle, ce mode d’administration du sublimé s’est généralisé de plus en plus, et a constitué aux yeux de quelques médecins une méthode presque exclusive de traitement contre presque tous les accidens syphilitiques.

La formule de la liqueur de Wanswiéten n’est pas identique dans tous les ouvrages spéciaux et dans tous les formulaires. J’ai l’habitude de la faire préparer avec un gramme ('dix-huit grains) de deuto-chlorure , une quantité suffisante d’alcool à 32° pour bien dissoudre ce sel et mille grammes d’eau distillée. Je ne crois pas qu’il y ait aucune raison pour préférer l’eau-de-vie de grains à l’alcool de vin que nous nous procurons plus facilement en France , et surtout dans le midi.

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Trente grammes (une once) de cette liqueur renferment vingt-cinq milligrammes (un demi-grain) de sublimé, et une cuillerée ordinaire qui, théoriquement, devrait en contenir douze milligrammes et demi (an quart de grain), n’en donne habituellement que dix milligrammes ( un cinquième de grain), car presque jamais je ne puis faire prendre tout le litre en soixante cuillerées , et je suis souvent obligé de donner jusqu’à soixante -dix ou soixante-douze cuillerées mesurées avec les cuillers de nos hôpitaux , pour consommer mille grammes de liqueur de Wanswiéten.

Je prescris ordinairement une cuillerée à bouche, le matin à jeun, pendant les huit ou dix premiers jours de traitement*, j’en donne deux ensuite, une le matin, une le soir, pendant huit, dix, douze ou quinze jours, et je passe alors à trois cuillerées en deux doses égales jusqu’à ce que le malade en ait pris quatre-vingts , cent , cent vingts et quelquefois cent cinquante cuillerées et par conséquent, un gramme au moins (dix-huit grains) et le plus souvent un gramme et quart ou un gramme et demi ( vingt-deux à vingt-sept grains) et quelquefois , mais rarement , deux grammes (trente-six grains) de deuto-chlorure de mercure.

Je donne fréquemment la liqueur seule sans addition aucune , et les malades la supportent généralement fort bien ainsi. Je la mêle souvent aussi à une demi tasse de lait , d’eau pure ou sucrée ou à une tisane mucilagineuse.

Lorsqu’elle irrite l’estomac , j’essaie d’en déter-

miner la tolérance en l’associant à quelques gouttes de laudanum de Sydenham , trois , quatre ou cinq gouttes pour une cuillerëe de liqueur. Mais lorsque , malgré cette addition , elle fatigue encore » je me hâte d’en suspendre l’emploi et de la remplacer par les pilules de sublimé qui sont toujours plus facilement supportées.

Son administration entraîne quelques mesures de régime et d’hygiène analogues a celles que j’ai indiquées pour les frictions mercurielles. Il faut que les malades ne mangent qu’une heure ou deux heures même après l’ingestion du remède -, qu’ils évitent soigneusement les alimens forts , épicés capables enfin de troubler leurs fonctions digestives déjà un peu dérangées quelquefois par la liqueur^, celle-ci exige pourtant moins de précautions hygiéniques que les frictions , et peut être employée dans des circonstances de la vie où il ne serait guère possible de recourir à celles-là.

La liqueur de Wanswiéten détermine bien moins souvent la salivation que l’onguent mercuriel -, elle produit moins souvent aussi des douleurs ostéocopes ou des phénomènes de cachexie mercurielle.

On l’a accusée d’agir d’une manière fâcheuse sur les organes respiratoires et on a conseillé, par suite, de ne pas la prescrire aux personnes à poitrine irritable, qui sont disposées aux hémoptysies, ou qui appartiennent à des familles tuberculeuses. Je n’ai pas vu , dans ma pratique , d’accidens susceptibles de justifier ces craintes-, mais comme elle fatigue quelquefois des estomacs et des constitutions robustes , il est naturel , à plus forte raison.

cl’ en éviter l’usage chez les personnes débiles et dont les organes digestifs ou les organes respiratoires pourraient réellement souffrir de son action irritante.

Quelques médecins ont proposé de donner des traitemens mixtes par la liqueur de Wanswiéten et par les frictions mercurielles , à des malades chez lesquels ils craignaient les effets délétères de l’un ou de l’autre de ces traitemens, exclusivement employé $ ou lorsque la maladie avait été réfractaire soit à l’un d’eux , soit à tous les deux sépa-

rément. Ils prescrivent dans ces cas , un jour, la liqueur, et le lendemain une friction , ou bien encore dans le même jour, l’une le matin et l’autre le soir. Us espèrent pouvoir, ainsi , employer une dose moins forte de chaque remède , ou mettre moins de temps dans un traitement complet qui ne se compose , alors , que de quarante à cinquante cuillerées de liqueur et de quinze ou vingt onctions mercurielles.

Ces méthodes mixtes , dites de Gardane , ne m’ont pas paru produire des résultats bien satisfaisans,* j’ai pris l’habitude de ne pas mêler ainsi les diverses préparations hydrargyriques , et j’aime mieux me décider franchement à choisir celle qui me paraît la plus appropriée à la maladie et au malade.

On donne souvent le deuto-chlorure en pilules $ la formule qui porte le nom de Dupuytren et qui consiste dans l’union du sublimé avec l’extrait d’opium et l’extrait de gaïac , est souvent conseillée. Je la réserve généralement pour certains accidens

secondaires j et j’ai l’habitude de lui préférer ordinairement , dans le traitement des symptômes primitifs , des pilules faites avec le sublimé et la thridace dans la proportion d’un centigramme de chacune de ces substances.

Je prescris d’abord deux de ces pilules, une le matin à jeun , une le soir avant le repas ou quatre heures après celui-ci, au moment du coucher ; j’augmente progressivement d’une pilule tous les huit ou dix jours, et j’arrive à en faire prendre quatre ou cinq au plus. Je continue jusqu’à une somme de cent, cent vingt ou cent cinquante et même cent quatre-vingts pilules , et par conséquent jusqu’à un gramme au moins (dix-huit grains) un gramme et vingt-cinq , ou un gramme et cinquante centigrammes ou, près de deux grammes (vingthuit et jusqu’à trente-six grains ) de sublimé.

Ces pilules me paraissent agir avec plus d’innocuité que la liqueur de Wanswiéten et guérir, au moins , tout aussi sûrement qu’elle.

Parfois aussi lorsque les accidens marchent rapi dement , ou bien que les malades ont pris sans suceès la liqueur, j’administre le sublimé corrosif combiné à l’extrait d’opium , comme dans les pilules de Dupuytren , mais dans des proportions plus fortes , chaque pilule renfermant un peu plus d’un centigramme de deuto-chlorure (un quart de grain), puisque quatre-vingts de ces pilules en contiennent un gramme. Mais habituellement je les réserve pour les accidens secondaires , ainsi , du reste , que je T exposerai plus tard.

Le sublimé est amené à l’état d’hydrochloratô

(le mercure par son mélange avec divers liquides; il est aussi décomposé par toutes les substances végétales et animales , et converti par elles en proto-chlorure, au dire de presque tous les auteurs.

La première modification qu’il subit ne paraît pas avoir unè influence notable sur son action définitive, mais la seconde devrait, en théorie, anéantir complètement sa puissance.

Cependant, soit que les liquides mucilagineux ou autres qu’on ajoute à la liqueur de Wanswiéten ne la décomposent pas immédiatement et qu’ils aient besoin d’un certain temps pour opérer ce résultat*, soit que son absorption par l’estomac, lorsqu’on le donne en pilules, s’effectue trop rapidement pour que les liquides renfermés dans cet organe aient le temps de le transformer complètement; ou bien que ces forces décomposantes au lieu de le convertir en véritable calomélas , le fassent passer à un état mal défini ayant besoin d’être étudié de nouveau ; toujours est-il que pendant que le calomel lui-même n’est doué d’aucune propriété anti-syphilitique réelle, le deuto-cblorure de mercure, malgré tous les changemens et toutes les transformations qu’il peut éprouver dans ses diverses combinaisons, agit avec une puissance, une efficacité incontestables que tous les raisonnemens et que toutes les spéculations de la science ne sauraient refuser, ni même atténuer.

On a conseillé, de nos jours, le proto-iodure de mercure contre la syphilis. M. Biett en a réellement retiré de bons effets , comme nous le verrons

plus tard, dans le traitement de certains symptômes consécutifs -, on a voulu aussi l’employer contre la vérole récente , et on a proposé de le substituer ordinairement au bi-chlorure de mercure , en le mêlant soit à la tbridace , soit à l’extrait d’opium. M. Ricord recommande des pilules contenant cinq centigrammes de proto-iodure, une quantité égale de tbridace , un peu plus d’un centigramme d’opium, dix , douze ou quinze centigrammes d’extrait de gaïac , et de plus , dans certains cas , une pareille quantité de poudre de ciguë , et il en donne une, deux , trois et quatre chaque jour.

Les pilules de proto-iodure que j’emploie quelquefois sont moins fortes que celles de M. Ricord et moins composées j elles sont faites avec vingtcinq milligrammes (demi-grain J de proto-iodure, même dose de tbridace et quantité suffisante de gomme ou de miel *, j’en prescris deux d’abord , une le matin et une le soir, puis trois , quatre , cinq, jusqu’à six, et j’en donne cent cinquante à cent quatre-vingts ou deux cents pour un traitement complet.

Le proto-iodure s’est montré généralement , entre mes mains, un médicament infidèle contre les accidens primitifs de vérole. Ses effets directs et appréciabl es ont été très-variables dans mes salles. Ainsi , bien souvent, tous les malades auxquels je l’administrais, en prenaient impunément des quantités assez considérables , tandis que , dans d’autres circonstances , le ptyalisme mercuriel survenait promptement après l’administration de trente à cinquante centigrammes de cette substance.

J'avais été conduit a supposer que ces variations devaient reconnaître pour cause l’impureté du remède ou le peu de Usité de sa composition réelle, et j’avais presque renoncé tout-à-fait à son emploi , malgré les assurances que me donnaient les pharmaciens fort habiles qui dirigent les préparations de nos hôpitaux, lorsque les travaux de M. Mialhe m’ont fourni , au moins en partie , les raisons chimiques de cette irrégularité d’action.

En effet, M. Mialhe (bulletin de thérapeutique l* 24, p. 35y) a cru devoir, d’après des expériences répétées et quelques observations cliniques, considérer le proto-iodure pur comme presque aussi peu actif que le proto-chlorure*, en outre, il a prouvé que si dans quelques circonstances, il présentait des anomalies remarquables dans ses effets , il fallait les attribuer à ce que le proto-iodure de mercure contenait une proportion notable de deuto-iodure doué lui-même d’une action trèsénergique*, ou à ce qu’il avait été prescrit concurremment avec l’iodure de potassium qui le transformait, immédiatement en bi-iodure et en mercure métallique $ d’ou la conclusion naturelle de 11e jamais prescrire l’iodure de potassium en même temps ou aussitôt après que le proto-iodure de mercure.

Les auteurs se sont beaucoup occupés de la durée relative ou totale qu’il fallait donner aux traitemens mercuriels. Les uns , comme la plupart des premiers écrivains , voulaient qu’on n’employât le mercure que jusqu’à la guérison des accidens pour lesquels il avait été prescrit-, d’autres pensaient

qu’il devait être continué encore après leur disparition pendant un temps égal à celui de leur existence , ou seulement durant un certain nombre de jours équivalent au quart , à la moitié , etc. , de cette durée*, d’autres enfin ont jugé qu’il était plus convenable d'indiquer la quantité nécessaire de chaque préparation mercurielle qu’avaient à prendre, en définitive, les malades*, et c’est à cette opinion que j’ai cru devoir m’arrêter, ainsi qu’on a pu le voir dans le courant de ce chapitre.

On a cherché , de tout temps , à combattre la syphilis sans recourir au mercure $ souvent dans l’espoir d’éviter les inconvéniens , sans nombre pour plusieurs médecins , qu’entraîne l’emploi de ce métal, inconvéniens qui sont infiniment moins grands que ne le pensent ces praticiens, lorsque le traitement est bien dirigé et que le malade suit les mesures d’hygiène qu’on doit toujours conseiller, mais qui pourtant sont réels et doivent inspirer le désir d’éviter le plus possible de prescrire les préparations bydrargyriques *, souvent aussi dans le seul but d’innover et pour obéir au penchant qu'ont certaines personnes , en médecine comme en toute chose, de taire autrement que leurs devanciers.

Pour cela , on a opposé aux accidens primitifs de la syphilis des tisanes faites avec la salsepareille , ou le gaïac , la ciguë , la squine , le sassafras ou avec ces espèces sudorifiques réunies. Celte méthode a eu de nombreux partisans et a été très-fréquemment employée. Je suis forcé de

dire que si elle me semble douée de quelque efficacité , soit seule , soit surtout comme auxiliaire à d’autres remèdes dans le traitement des accidens syphilitiques consécutifs, elle m’a paru, surtout lorsqu’elle est employée seule , tout-à-fait dépourvue de puissance contre les accidens primitifs.

Tous les sirops plus ou moins composés dont les bois sudorifiques forment la base la plus importante, les essences de salsepareille, le sirop de Cuisinier, les sirops dépuratifs de toute espèce, etc., ne sont pas dignes, à mon avis, d’une plus grande confiance.

Il en est de meme de la saponaire , de ses extraits, de ses sirops, etc.

La racine de lobelia syphilitica , la racine d’asragale , l’écorce de daphné mezereum , l’extrait d’opium, l’ammoniaque liquide, l’acide nitrique, l’acitle hydrochlorique , ont aussi joui d’une réputation peu méritée, selon moi, et doivent être abandonnés comme étant tout-à-fait impropres à combattre la vérole à son début.

On a essayé enfin de substituer au mercure l’or et ses préparations, l’argent, le platine, l’iode et plusieurs de leurs combinaisons*, mais ces agens , qui, la plupart du moins, ont une efficacité réelle contre les symptômes consécutifs , m’ont toujours paru impuissans contre les accidens dont je m’occupe.

Ainsi je donne, sans hésitation, îa préférence aux préparations mercurielles sur tous les autres remèdes , pour combattre îa vérole récente *, seulement, je cherche par des soins et des préeau-

lions varies suivant les malades, suivant la saison, suivant l’espèce de préparation employée, à mettre à l’abri des conséquences fâcheuses de leur emploi les personnes auxquelles je suis obligé de les prescrire j et si malgré toute mon attention et tous mes efforts je n’ai pu toujours empêcher l’action délétère du mercure sur les gencives et la muqueuse buccale et prévenir l'apparition du ptyalisme mercuriel, je l’arrête promptement dès son début en cessant aussitôt l’administration du mercure et en employant immédiatement les moyens propres à le combattre } et je suis parvenu à faire disparaître de ma pratique tous les accidens mercuriels graves que signalent les anciens auteurs , et auxquels, du reste, je consacrerai un chapitre spécial , à la fin de cet ouvrage.

Ainsi, en résumé, dans tous les cas de syphilis primitive et récente , après deux ou trois jours de repos et de régime , et après la diminution notable ou même la disparition des phénomènes inflammatoires qui la compliquent souvent, je soumets les malades à des traitemens mercuriels différens , selon les symptômes divers qu’ils présentent et les circonstances particulières de tempérament et de santé générale dans lesquelles ils se trouvent.

Contre les chancres simples, je prescris souvent la liqueur de Wanswiéten , et souvent aussi les pilules de deuto-chlorure et de tliridace *, contre les chancres compliqués de bubons , ou contre les bubons d’emblée , je préfère ces dernières pilules, et exceptionnellement les pilules de sublimé et d’extrait d’opium $ ou bien j’ai recours aux pilules

de proto-iodure et de thridace , lorsque j’ai affaire à des sujets lymphatiques à système ganglionnaire exage'rè et à tendance manifeste aux engorgemens indolens.

Je ne conseille les frictions mercurielles que lorsque les accidens marchent avec une grande rapidité et que je crois avoir besoin d’un moyen très-prompt dans ses effets , ou lorsque l’état des voies digestives ne me permet pas de tenter l’emploi du mercure à l’intérieur*, enfin, lorsque, en même temps , les malades ont la bouche trèsimpressionnable et salivent très-facilement, je substitue l’onguent mercuriel ammoniaco - sulfuré à celui du codex.

Je donne aussi des tisanes douces et émollientes , et bien rarement les tisanes sudorifiques ou les sirops de ce genre que je conseille presque toujours, au contraire, quand il s’agit des accidens consécutifs.

Je soumets les malades à un régime choisi et médiocrement abondant , à un exercice modéré lorsque la saison le permet , et je leur prescris , en hiver surtout, un ensemble de moyens hygiéniques capables de prévenir ou d’atténuer, le plus possible, les fâcheux effets du mercure.

J’obtiens presque toujours , par cette conduite , non pas seulement la disparition momentanée des accidens actuels , mais la guérison réelle , complète et définitive de la maladie : et j’ai employé assez souvent et depuis assez longtemps ces divers traitemens pour avoir des opinions bien arrêtées sur leur valeur, ainsi que sur la confiance qu’ils peu-

vent inspirer, car mes premiers travaux datent de i83o, et j’ai dirigé chaque année, depuis celte époque, plusieurs centaines de malades,

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