‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 102 sur 262 · SYP11IL1DES SECONDAIRES · texte numérisé non relu

SYP11IL1DES SECONDAIRES

Très-fréquente , au contraire , est la plaque muqueuse linguale qui occupe de préférence la partie moyenne du dos de l’organe 1 . Il est exceptionnel, en effet, de voir des syphilides se développer sur la face inférieure. Ces plaques sont érosives et consistent en une série de taches arrondies de couleur rosée. Les espaces atteints se font toujours remarquer par le poli de leur surface, tellement accusé dans certain cas que la langue semble avoir subi une dépapillation. Ces plaques lisses sont presque toujours nettement limitées., bien que susceptibles d’olfrir une étendue considérable; leur étude anatomo-pathologique a été trop négligée jusqu’ici pour que nous n’ayons pas quelque hésitation sur la lésion primordiale qui les constitue; aussi n’est-ce pas sans formuler des réserves que nous les classons parmi les plaques syphilitiques.

Dans une étape plus avancée de son évolution, la plaque érosive est papuleuse et mamelonnée (fig. 70), grâce au processus hyperplasique qui s’est emparé des papilles. Nous insisterons encore sur la couleur rouge vif, groseille, de sa surface qui est lisse et brillante, ses bords nettement sortis par l'épiderme souvent irrités tout autour et la configuration arrondie de chaque élément. Vient-elle à s'accroître , la plaque papuleuse , devenue plaque hypertrophique , peut atteindre le volume d'un noyau de cerise, d'une amande, et, si l’éruption est confluente, déformer la surface de la langue; si son volume est assez augmenté pour qu’elle soit appliquée avec une certaine force contre la face postérieure de l’arcade dentaire, ses bords en prennent peu à peu l’empreinte, et, sons l!influence de cette cause irritante, il n’est pas rare que des plaques prennent naissance sur ces points et constituent à la langue, souvent dans la presque totalité de son

1 On s’attachera à distinguer les plaques linguales des autres lésions spécifiques (*i non, grâce aux signes qui suivent :

Chancre syphilitique. — Lésion unique. — Induration. — Bords d’un rouge franchement inflammatoire. — Ulcération profonde, fonds souvent recouvert d’une fausse membrane, et plus tard de bourgeons charnus. — Adénite sous-maxillaire.

Aphthes. — Légères ulcérations à bords irréguliers, sans saillies, souvent recou- r vertes de la couche épithéliale décollée sous laquelle on remarque un liquide lactescent et jaunâtre. — Lésion rarement isolée. — Très-douloureuse quand elle est ulcérée.

Stomatite ulcèro-membraneuse. — Affection rare, surtout sur la langue. Coïncidence d’ulcération sur les gencives, la face interne des joues, les lèvics.

État fongueux et pultacé du fonds de l’ulcère, gonflement des parties adjacentes.

— Localisation fréquente d’un seul côté de la bouche. — Développement somenl considérable de ganglions correspondants douloureux.

SYPHILIDES BUCCO-PHARYNGIENNES.

étendue, une bordure blanchâtre taillée à facettes comme la partie inférieure d’un verre de cristal.

Chez les sujets, beaucoup plus nombreux qu’on ne croit, qui ont naturellement la langue divisée en lobules, et même chez ceux qui offrent une conformation normale, il peut arriver que les lésions prennent une forme fissuraire, et, particulièrement suites bords, se cachent au fond de sillons étroits. On peut encore observer cette forme spéciale par suite de la transformation d’un

Fig. 70. — Plaques syphilitiques de la langue (d’après un moule de la collection de P. Horteloup, chirurgien de l’hôpital du Midi).

élément plat qui se scissure. Ajoutons que la profondeur de ces sillons est accrue par le gonflement des parties élevées qui peuvent les entourer comme des circonvolutions cérébrales. Ce gonflement est la lésion commune, accessoire, qui survient sur la langue comme nous l’avons vu survenir sur les grandes lèvres, par suite de l’irritation continue dont les plaques sont l’origine. D’apparence œdémateuse au début, il prend de bonne heure la forme scléreuse et persiste souvent de longues années, en môme temps que les plaques entretenues par le défaut d’hygiène, stimulées par le jus âcre et irritant du tabac ou le contact de la

SYPIIILIDES SECONDAIRES.

pipe, revêtent une forme chronique et constituent une variété de ce que l’on appelle le psoriasis lingual l.

Il est peu de questions dont l’élude offre plus de difficulté que celle du psoriasis lingual, sur lequel la thèse inaugurale de Debove, et surtout le magistral travail de Mauriac, ont récemment attiré l’attention. Il consiste essentiellement en un épaississement partiel de la couche épithéliale, avec prolifération incessante à sa surface. De là, production de plaques blanchâtres plus ou moins sèches, plus ou moins dures au toucher, tantôt réunies, tanlôt isolées, mais toujours à peu près circulaires et situées sur le dos de l’organe. Soit que le malade offre un terrain dartreux favorable à son évolution, soit que les tissus contractent à la longue une sorte d’habitude pathologique qui finit par constituer leur état normal (Langlebert), cette lésion peut s’éterniser, sans offrir, d’ailleurs, une réelle gravité ni même de bien grands inconvénients. Les symptômes subjectifs qui accompagnent les plaques sont en effet presque insignifiants : gêne plutôt que douleur, légère cuisson au contact des aliments acides, trop chauds et trop froids ; diminution locale des sensations gustatives et le plus souvent intégrité de la parole.

La syphüide ulcéreuse superficielle est rare sur la langue; elle occupe surtout la pointe et les bords et se présente sous l’aspect de petits points jaunâtres disséminés; plus souvent encore elle est constituée par des crevasses.

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