V. — Syphilides de la conjonctive
La syphilide érythémateuse, respectant habituellement la face, il ne faut pas s’étonner que la littérature médicale ne nous offre
1 Psoriasis lingual dartreux. — Taches opalines, transparentes, occupant la face dorsale de l’organe quelquefois dans toute son ét'endue. — Squames épaisses au centre, minces à la périphérie; ne se détachant pas avec 1 ongle comme le produit de sécrétion qui recouvre la plaque muqueuse. — Fréquemment production de sillons longitudinaux et transverses divisant la langue en petits blocs carrés. — Au toucher, sensation de résistance duc à l’accumulation de l’épiderme, mais surtout à une néoformation du tissu fibreux dans la muqueuse et les parties sousj acentcs. — Gêne .constante, parole et gustation rendues difficiles. — Marche chronique, état stationnaire, aboutit souvent au cancroïde. — Aggravation considérable sous l’influence des mercuriaux.
Plaque des fumeurs. — Siègent à la face interne des joues et à la face postérieure des lèvres, souvent aux commissures. — Taches blanchâtres, ou traînées s’étendant d’une commissure à la branche montante du maxillaire en suivant la ligne de jonction des dents supérieures et inférieures. Quelquefois petites végétations.
SYPI1ILIDES DE LA CONJONCTIVE.
aucun cas de roséole conjonctivale. — Il n’en est pas de môme de la syphilide papuleuse qui, bien que très-rare, a été cependant observée sur cette membrane et décrite par quelques auteurs. Rien de plus remarquable notamment que le fait publié dans l’excellente thèse de Savy *, à laquelle nous ne saurions trop renvoyer pour l’étude de cette question. La malade, syphilitique depuis six mois, portait sur tout le corps une éruption lenticulaire rebelle : les paupières étaient rouges; l’espace intersourcilier couvert de gros éléments cuivrés; les cils étaient tombés et les papules s’avançaient jusque sous les paupières. Sur la conjonctive de l’œil droit (voy. fig. 7), à la partie supérieure et à 3 mil-
Fig. 7t. — Papule syphilitique de la conjonctive (d’après un moule de la collection
Alfred Fournier).
limèlres au-dessus du limbe cornéen se voyait un boulon plat d’un rouge caractéristique, d’un diamètre égal à un demi-centimètre environ, de forme absolument circulaire. Plaqué sur la membrane conjonctivale, faisant une saillie assez prononcée, ce petit néoplasme était entouré d’une zone congestive très-apparente. Au bout de trois semaines de traitement spécifique la guérison était complète. — Deux autres faits dus à P. Horleloup et à Lailler, sont encore consignés dans le travail deC. Savy. Nous devons à Smée une autre observation. Il s’agit d’une femme infectée depuis trois ans et qui portait, outre de nombreuses taches cuivrées sur la peau, une papule conjonctivale de
1 Claude Savy, Contribution à l’étude des éruptions de la conjonctive, travail couronné par la Faculté de médecine de Paris, 1876.
SYPHILIDES SECONDAIRES.
môme teinte formant relief au-dessous de la cornée, dépourvue de vascularisation et un peu moins grande qu’un penny. Même résultat fut obtenu par l’administration du mercure.
On voit quelquefois, sur le bord ciliaire, paraître un gonflement avec rougeur et altération squameuse; les glandes de Meibomius semblent môme participer à l’altération; fréquente surtout chez les femmes anémiques, cette lésion peut être considérée comme signe à peu près certain de syphilis.
Les plaques muqueuses conjonctivales ne sont pas rares, surtout au niveau des commissures. Tout récemment, j’en ai observé un exemple saisissant dans le service de Horteloup à l’hôpital du Midi. Un homme, malade depuis peu, se présentait avec une telle tuméfaction des paupières, une sécrétion purulente si abondante, qu’au premier abord on crut à une opbtbalmie gonorrhéique. Mais on reconnut bientôt que les conjonctives palpébrales étaient, dans toute leur étendue et de chaque côté, le siège d’énormes plaques lardacées, diphthéroïdes. Bien qu’il y eût tout autour une conjonctivite des plus intenses, la guérison fut très-rapidement obtenue.
Enfin, j’ai eu la bonne fortune de voir dans le service de Lailler, à Saint-Louis, une éruption très-caractéristique de papido-pustules. Sur la face conjonctivale de la paupière supérieure gauche s’était développé un groupe de trois ou quatre papules à base large, proéminente, d’un rouge groseille foncé. Chacune mesurait en moyenne un demi-centimètre de diamètre. Leur sommet se terminait par trois points blancs d’aspect purulent. Je fus frappé, dans ce cas, de la ressemblance de cette éruption muqueuse avec celle que portait le malade sur le front. Un peu audessus des sourcils s’étalaient, en effet, quelques gros éléments quasi tuberculeux portant tous à leur centre une petite collection purulente recouverte d’une croûte.
En dernier lieu nous signalerons, d’après un travail de Windsor { British medical Journal , 1865, p. 283), de petites ulcérations secondaires qui, nées sur la conjonctive et s’étendant jusque sur le bord palpébral, pourraient en imposer pour une blépharite ciliaire. Elles sont décrites comme ayant une base cuivrée, jaunâtre, et d’une dimension qui n’excède pas celle d’un petit pois.
Pas d’indication spéciale à signaler à propos de ces manifestations oculaires essentiellement bénignes; dans quelques cas, on a pu voir des sypbilides développées au niveau du grand angle de l’œil, dévier, rétrécir et obstruer les points lacrymaux; mais les
SYPHILIDES DE LA MUQUEUSE LARYNGIENNE. 743
troubles fonctionnels qui en résultent sont essentiellement transitoires et disparaissent lorsque la néoplasie s'affaisse.