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I. — Syphilides unguéales

Onjxîs. — Il peut arriver qu’une lésion syphilitique, bien qu’éphémère, développée sur l’organe formateur de l’ongle, apporte un trouble considérable à la sécrétion du tissu corné. Dans une forme qu’on observe fréquemment aux mains, surtout chez la femme, la lamelle devient terne, sèche, friable, et se fendille; sa partie libre se couvre d’aspérités et de crénelures, s’écaille au moindre choc ; cette altération est tenace et peut persister à l’état de symptôme isolé pendant une bonne partie de la période secondaire ( Onyxis craquelée).

Une autre forme, liée à des phénomènes d’hypernutrition, a reçu le nom d 'onyxis hypertrophique. L’ongle peut acquérir une épaisseur trois ou quatre fois plus considérable qu’à l’état normal, mais en môme temps sa forme et son aspect subissent de profondes modifications. De rose il devient gris ou d’un jaune sale, terreux; des sillons tantôt transversaux, tantôt longitudinaux, quelquefois ondulés creusent sa surface bossuée; au lieu de représenter une courbe linéaire, son bord libre est remplacé par la coupe rugueuse du tissu néoplasié. Il n’est pas rare de voir s’élever près de la racine un monticule d’aspect rocheux, terminé en avant par une face plus ou moins escarpée. Cette affection frappe quelquefois la totalité des doigts, mais ordinairement se limite à deux ou trois. Quand la nutrition se régularise le tissu vicié est petit à petit chassé en avant et l’ongle normal reparaît; mais il n’est pas toujours facile d’obtenir ce résultat : en dépit des remèdes topiques

SYPHILIDES UNGUÉALES.

et du traitement interne, on verra bien souvent ce symptôme persister et affirmer pendant de longs mois l’existence de la vérole, dont il est un indice à peu près certain.

Enfin, la matrice et le lit de l’ongle peuvent être lésés à ce point que la substance cornée perde tout adhérence avec ces parties. Rarement l’altération est générale. Au voisinage de la portion libre, surtout aux orteils, un segment de l’organe d’une coloration anormale attire l’attention; qu’on l’examine soigneusement et l’on constatera que cette teinte plus pâle, anémique est liée au décollement de l’ongle. La limite de .la lésion s’accuse nettement par une différence de coloration ; dans un cas nous avons vu l’ongle du pouce divisé presque diagonalement en deux parties, dont l’une encore adhérente jaune rouge, et l’autre soulevée, d’une teinte vert sombre. Dans certains cas le processus morbide s’amende à bref délai; la matrice reprenant ses fonctions, sécrète un tissu corné louable, rose et solidement fixé au derme, tandis que la lamelle privée de vie s’élimine progressivement. Si le mal est de quelque durée, et surtout s’il se généralise, la fonction cératogène peut être momentanément abolie, l’ongle malade chemine d’arrière en avant, mais, n’étant point remplacé, laisse derrière lui une surface rouge quelquefois érodée et sécrétante, qui parait d’abord comme une ligne, puis comme un ménisque de la grandeur de la lunule et qui finit bientôt par occuper tout l’espace compris entre les replis latéraux. Cette surface n’est autre que la couche muqueuse envahie par l’hyperplasie' spécifique.

Chose curieuse ! tous ces phénomènes peuvent s’accomplir sourdement et sans douleurs. Le malade ne souffre pas plus que d’une papule, et bien souvent, ne s’en aperçoit que par hasard, en constatant l’absence d’un ou plusieurs ongles ou en les retrouvant dans ses vêtements. Quelquefois l’ongle se décolle du haut en bas dans toute son étendue, mais adhère encore par les bords; quand on examine de face la pulpe du doigt on peut constater un vide entre le lit rouge et mamelonné et la corne aux marbrures verdâtres qui s’est voilée et comme gondolée en se soulevant. Ajoutons qu’après la chute de l’ongle la régénération de la matière cornée soit normale, soit irrégulière ne tarde pas à recouvrir le derme laissé à nu.

Périonyxis . — Lorsqu’une papule s’est développée sur le repli cutané qui encadre l’ongle on peut voir se produire à sa surface des phénomènes identiques à ceux qui caractérisent le psoriasis palmaire syphilitique (voyez page 00); l’épiderme hypertrophié se fendille et se racornit en formant, spécialement sur les parties

SYPIIILIDES SECONDAIRES.

latérales, un petit foyer d’exfoliation. Cette périonyxis sèche, squameuse n’excite pas plus de douleur, qu’un durillon, mais comme la lésion palmaire, elle se fait remarquer par son interminable durée. Aussi est-il bien rare que les malades, qui en ressentent toujours une certaine gène, ne grattent sa surface pour la dépouiller de ses écailles et ne la fassent saigner ou suppurer. Il faut compter encore comme puissante cause d’irritation le contact du bord unguéal qui agit sur le point malade à la façon d’un corps étranger. De là, sans parler des croûtes purulentes melliformes, les sillons rougeâtres et les petites rhagades sécrétantes que l’on voit se former sur les parties latérales de l’ongle ; de là enfin les ulcérations qui, de proche en proche, peuvent gagner toute la périphérie de l’organe et même se propager au lit de l’ongle.

Dans une autre forme, qui peut également se terminer par ulcération, les symptômes débutent par une tuméfaction péri-unguéale rappelant celle de la tourniole vulgaire. Ce phénomène est parfois assez accentué pour amener un renflement de l’extrémité du doigt en forme de massue, et la rougeur variant de la couleur de la groseille à celle du cuivre, suivant le degré du processus, ordinairement subinflammatoire, peut s’étendre jusqu’au niveau du premier pli articulaire. Cette affection évolue lentement, et, ce qui la distingue clinique-

„„ ’ ment de la tourniole, n’aboutit jamais à un abcès.

G. 76. — Onyxis J

et périonyxis ut- Elle se termine par résorption, ou s’ulcère.

La périonyxis ulcéreuse (fi g. 76) se caractérise par une perle de substance, de profondeur et d’étendue variable, qui se creuse à la périphérie de l’ongle soit vers sa racine, soit sur ses côtés, soit sous sa portion libre, sur la pulpe même du doigt. A la surface de cette ulcération de mauvais aspect, supportée par un bourrelet inflammatoire généralement assez élevé, stagne un pus sanieux, sanguinolent et toujours infect, surtout aux orteils. Dans cet état ce n’est point toujours chose facile que de distinguer la périonyxis de l’ongle incarné; mais toute confusion devient impossible par suite de l’exagération du gonflement et de la propagation du processus destructif.

Bientôt en effet la lésion qui investit l’ongle, attaquant les parties qui sécrètent la matière cornée, met obstacle à son accroissement et, par l’envahissement du derme sous-unguéal, la détache de ses adhérences; l’onyxis vient ainsi compliquer la périonyxis. Je ne décrirai pas à nouveau les phénomènes qui annon-

céreuses (collection A. Fournier).

SYPIIILIDKS UNGUÉALES.

cent la mort de l'ongle, j’attirerai seulement l’attention sur quelques particularités peu remarquées, jusqu’ici, notamment la déviation de la lamelle cornée dont l’axe au lieu d’être médian se dirige du côté resté sain, si la lésion est unilatérale; et ce que j’appellerai Y encoche d'ulcération ou perte de substance circulaire, faite comme à l’emporte-pièce, qui se montre souvent sur le bord de l’organe situé au contact de l’ulcère. Car si l’ongle tombe souvent tout d’une pièce, heureuse circonstance supprimant l’irritation qu’il produit à titre de corps étranger, il ne faut pas oublier que normalement ce n’est point, comme on l’a cru longtemps, un caput mortuum de l’économie ; l’ongle vit, l’ongle se nourrit, et, comme tel, est susceptible de subir des phénomènes d’ulcération ainsi que tout autre tissu. Quoi qu’il en soit, si la lésion n’est point enrayée, on se trouve bientôt en face d’un état local véritablement effrayant. La phalange globuleuse ou gonflée en spatule, est couverte de fongosités noyées dans le pus; sur les points jadis occupés par l’ongle on voit des plaques blanches, restes du derme non encore détruit, des lambeaux cornés, déchiquetés, revêtus de leur teinte cadavérique verte ou marron, le tout semé de bourgeons sanieux exubérants. Quand, après une durée toujours très-longue, l’ulcère est arrivé à la période de réparation, la matrice peut avoir été détruite, auquel cas on ne voit se reproduire que des mamelons informes de tissu corné; si elle n’a été que légèrement atteinte, un ongle véritable reparaîtra, mais il est bien rare qu’il ne pousse pas irrégulièrement, plus ou moins arqué ou difforme, ou tout au moins sillonné par de profondes dépressions longitudinales.

Contre l’onyxis et la périonyxis sèche, on ne’ devra compter que sur le traitement général. La forme inflammatoire est toujours heureusement modifiée par le pansement occlusif fait avec le sparadrap de Vigo et les antiphlogistiques généraux ordinaires. Quand l’ulcère est établi, la guérison est autrement difficile à obtenir et peut passer pour un des plus embarrassants problèmes de la thérapeutique. Cependant quelques médicaments paraissent avoir donné depuis quelque temps d’assez heureux résultats; la solution au 20° de nitrate d’argent dont on imbibe de très-petits faisceaux de charpie qu’on doit enfoncer sous les bords puis dans le fond même de l’ulcération, a été vantée par Diday. Fournier préconise la poudre d’iodoforme et Vanzetti (de Padoue) a montré les heureux effets de l’iodure de plomb. Si nous signalons encore le camphre et l’alun (Delattre), c’est que nous croyons qu’aucun de ces topiques n’est constamment efficace et qu’il est bon d’avoir

SYPHIL1DES SECONDAIRES.

à sa disposition un arsenal varié contre une lésion aussi rebelle. Dans tous les cas on aura recours à des lavages biquotidiens avec des solutions désinfectantes, car les soins les plus minutieux de propreté sont toujours une condition favorable pour déterger les tissus et faciliter leur réparation.

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