LÉSIONS DE LA LANGUE
début, et presque pas de symptômes fonctionnels. La gomme ou la sclérose peuvent atteindre un degré fort avancé de leur développement sans que les malades en aient conscience. Tout au au plus accusent-ils quelquefois une sensation pénible, sourde et profonde, quelque chose comme un alourdissement de la langue, un sentiment de gêne, qui rend la mastication difficile et provoque un léger embarras de la parole. L’organe, comme agacé, est moins libre de ses mouvements, hésite sur certaines syllabes et se laisse pincer entre les arcades dentaires.
La scène change dès que des crevasses ou des ulcérations se sont produites. Les malades souffrent réellement alors de ces petites plaies sans cesse ravivées par le passage d’aliments durs ou grenus, des boissons chaudes ou acides. Les vastes ulcérations gommeuses donnent lieu à des souffrances bien plus tolérables que ces excoriations fissuraires. Notons cependant que ces sensations pénibles ne persistent pas, en général, hors le temps des repas, et qu’elles ne s’accompagnent ni d’élancements, ni d’irradiation vers les oreilles. Ce sont, comme on le voit, des douleurs d’intensité moyenne, et il n’y a rien là de comparable à ce qu’éprouvent les malades dans le cancer, et nombre d’affections aiguës. Pour compléter ce tableau clinique, qui dans son ensemble, pas plus que dans ses détails, n’offre rien de caractéristique, nous noterons l’altération du sens du goût et la fétidité de l’haleine, et, dans les cas aigus dont nous avons parlé plus haut, la gêne de la respiration et l’asphyxie '.
1 Ce n’est pas toujours chose facile que de distinguer la glossite syphilitique des différents états morbides de la langue. On a vu si souvent des chirurgiens, même du plus haut mérite, conseiller l’intervention chirurgicale, contre des lésions que de plus avisés surent faire disparaître par le traitement spécifique, que l’épreuve thérapeutique, moyen de diagnose presque infaillible, doit ctre instituée dans tous les cas où le doute est seulement autorisé. Ceci posé en principe, voici sur quels signes pourra s’appuyer le diagnostic :
Cancroïcle ulcéré. — Peut siéger à la face inférieure de la langue, — forme trèsgénéralement une lésion continue et non en foyers multiples comme la gomme, ulcère dur, à gros bourgeons d’apparence granuleuse, à sécrétion ichoreuse abondante, fétide, saignant facilement, bordé d’un gros ourlet en relief et renversé en dehors. — Douleur prcsqucconstante, souvent atroce, lancinante, paroxystique, avec irradiations rcnexcs. Adénite très-fréquente. Cachexie. Age avancé. Fréquemment antécédents héréditaires ou de psoriasis lingual. Pas de modifications par les spécifiques.
Tubercule lingual. — Survient dans le cours, et même à une période assez avancée de la phthisie pulmonaire. Base calleuse. Bords aplatis. Fond jaunâtre. Présence à la périphérie de points miliaires jaunâtres, dans lesquels le microscope révèle les éléments du tubercule. Inefficacité de la cure anti-syphilitique et le plus souvent de tout autre traitement.
Glossite dentaire. — Au début noyau induré, plus tard érosion et même ulcéia-
TRAITEMENT
En résumé, la fin de la glossite gommeuse, c’est la résorption du néoplasme et la guérison complète, si le mal est traité dès son début ; ou bien, si l’ulcération n’a pu être prévenue, c’est la cicatrisation plus ou moins irrégulière de la perte de substance et, notons ce fait, la déformation et l’atrophie de l’organe. Cela n’est du reste que le pronostic d’une seule poussée, mais il est rare que le mal ne reparaisse pas; on voit des sujets souffrir pendant des années, cinq, six, sept, neuf et dix ans même d’incessantes récidives, amenées souvent, il est vrai, par le défaut d’hygiène, mais quelquefois aussi survenues spontanément, sans la moindre cause provocatrice.
Pour la sclérose, c’est assez rarement par la restitutio cidintegrum qu’elle se termine ; une fois établi, le processus qui la régit n’a pour ainsi dire pas de fin, et le traitement spécifique peu ou pas d’influence. L’affection suit donc son cours, qui lentement conduit l’organe devenu fibreux, induré et à la déformation (bosselures, lobulations, sillons) et à l’atrophie.
g 3. — TRAITEMENT.
Contre la diathèse on administrera à doses énergiques l’iodure de potassium. Le mercure, qui ferait courir au malade le danger d une stomatite surajoutée, n’est que rarement nécessaire ; cependant on devra le prescrire contre la sclérose qui est particulièrement rebelle. Disons aussi que les Anglais se louent beaucoup en semblables cas de la liqueur de Denowan, composée d’iodure, de mercure et d’arsenic, dont nous avons déjà cité les bons effets.
Localement, il faut combattre les lésions spécifiques et les lésions inflammatoires surajoutées. Contre les premières, cautérisations légères des surfaces excoriées (nitrate d’argent), pansement à la teinture d’iode, et surtout pulvérisation d’iodure de potassium. Contre les complications vulgaires, rien d’aussi efficace que les
don facile à confondre avec celles de la sclérose. Critérium dans l’inspection de la mâchoire et la présence d’une dent malade, aiguë, en un point correspondant à la lésion. — Guérison très-rapide par l’avulsion ou le limage de ce corps irritant.
Glossile des fumeurs. — Présence constante, absolument pathognomonique, de plaques nacrées commissurales, sorte d’ilots triangulaires, blanchâtres, qui occupent symétriquement la muqueuse précommissurale des joues. — Lésions superficielles, crevasses, gerçures, n’aboutissant jamais à la lobulation, à l’induration de la sclérose, ni aux vastes ulcérations de la gomme. — Quand il y a complication de syphilis , grande difficulté de diagnostic et surtout de traitement ( (jlossitle mélisse 4.
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8i8 LÉSIONS TERTIAIRES DES MUQUEUSES DU PALAIS, ETC.
bains locaux clans l’eau de guimauve tiède; attendre, savoir se contenter d’un soulagement, sans forcer la thérapeutique, et surtout ne pas inlervenir avec l’instrument tranchant ou la cautérisation destructive, tels sont les principes que le praticien ne doit jamais perdre de vue.
En cas de gonflement subit et en danger d’asphyxie, on est cependant autorisé à débrider l’organe avec le thermo-cautère, la trachéotomie restant dans cette grave éventualité la dernière ressource.
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