LÉSIONS DE LA TRACHÉE ET DES GROSSES BRONCHES
bronches participent à l’altération de la trachée dans le tiers des cas.
§ 2. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Le mal siège toujours à l’une des extrémités de la trachée, et avec une fréquence particulière à l’extrémité inférieure; la partie moyenne n’est donc jamais atteinte d’emblée, mais secondairement elle devient malade par les progrès d’une lésion voisine des bronches ou du larynx.
Le début du mal est marqué par l’apparition de petites élevures arrondies ressemblant aux follicules de la racine de la langue. Bientôt envahies par la nécrobiose, elles aboutissent à des ulcérations peu nombreuses, mais assez étendues (de 7 à 28 millimètres en moyenne, de 8 centimètres et demi dans un cas). Ces pertes de substance à bords proéminents, taillés à pic, occupant ordinairement la circonférence entière du conduit, entament de bonne heure le derme muqueux, déterminent au niveau des anneaux des périchondrites suppurées, bientôt suivies de nécroses partielles, de fractures avec élimination de fragments mortifiés (destruction de un ou plusieurs anneaux). Il est commun de voir le processus dépassant la trachée, après perforation de ses parois, attaquer les tissus périphériques et creuser, soit aux dépens du tissu cellulaire soit aux dépens des ganglions, de vastes anfractuosités qui vident à intervalles variés leur contenu purulent dans la trachée.
Quand la guérison survient après de tels désordres, les amas sclérosiques et chéloïdiens, les brides fibreuses comparables aux colonnes charnues du cœur, qui rampent à la surface de la lésion, jouissent d’une telle rétraclilité, qu’il faut s’attendre à voir l’organe déformé à la fois dans son calibre et dans sa longueur. Le raccourcissement peut être tel que l’on voie le larynx abaissé ; et quant à la lumière du conduit, qui, à l’état normal, offre un diamètre de 20 à 24 millimètres chez l’homme et de 18 à 20 chez la femme, on la trouve réduite dans certains cas à quelques millimètres, parfois même presque complètement oblitérée.
Notons enfin la dilatation fréquente du conduit, au-dessous et au-dessus de l’obsfacle, conséquence facile à comprendre de la pression due au courant d’air alternativement ascendantet descendant. Les bronches sont plus raremenlatteintes. Dànsun cas(W omis) on trouve la bronche gauche, à 2 centimètres 1/2 de son origine, rétrécie, étranglée, laissant à peine passer un objet et les anneaux cartilagineux presque complètement détruits. Sur son côté interne
SYMPTOMATOLOGIE.
s’appuyait un volumineux ganglion tuméfié, noir, plus gros qu’un œuf de pigeon.
La trachéite syphilitique peut évoluer à l’insu du malade et ne se manifester qu’à une période fort avancée par des symptômes asphyxiques, lorsqu’un fragment de tissu nécrosé par l’ulcération tombe dans le conduit aérien, ou, plus tardivement encore, lorsqu’un rétrécissement s’étant produit, des parcelles alimentaires viennent s’y engager. Si les efforts du malade et si les médicaments qui lui sont administrés restent impuissants à chasser l’obstacle, la mort peut être instantanée.
D’autres fois le mal s’annonce par une série de symptômes qui, sans être pathognomoniques, appellent l’attention sur l’état des voies aériennes. Au début le patient accuse du coryza, de la bronchite. Bientôt les inspirations sont gênées; quand les anneaux atteints par l’ulcération s’affaissent sous l’influence de la pression atmosphérique, elles deviennent fort pénibles et s’accompagnent tantôt d’un sifflement rude, tantôt d’un bruit serratique analogue au cornage; alors parait une dyspnée angoissante paroxystique, qui s’accentue de jour en jour. Sauf le cas où un cartilage joue le rôle de soupape de bas en haut, l’expiration reste toujours facile et courte, quelquefois bruyante. La toux ne manque jamais; vers la fin delà maladie elle est presque continuelle. Les crachats sont épais, visqueux, difficiles à expulser; souvent ils contiennent des débris de parties solides.
En ce qui concerne la phonation, il est remarquable qu’elle peut rester absolument intacte jusqu’à la fin, au milieu même des phénomènes d’oppression les plus marqués, maiscefait sur lequel le professeur Trélat a beaucoup insisté à propos du diagnostic des lésions du larynx et de la trachée, est loin d’être constant (une fois sur six, selon A. Rey). Très-souvent l’affection qui nous occupe amène une raucité de la voix, qui est comme étouffée et éteinte; disons cependant que, même alors, on peut par intervalles obtenir quelques sons normaux.
Dans un tiers des cas environ les malades accusent une gêne, et comme une douleur profonde derrière le sternum ; ce symptôme est toujours peu accentué, mais on ne doit point le négliger. On est généralement trop enclin à mettre sur le compte de l’intoxi cation générale les sensations anormales, voire même les souffrances dont les syphilitiques se plaignent si souvent; sans doute les acci-