LÉSIONS DES REINS § 1. — HISTORIQUE. — ÉTIOLOGIE
Les néphropathies qui surviennent pendant le cours de la syphilis ont échappé pendant fort longtemps à l’attention des obseivateurs. Au commencement de notre siècle, quand elles cm eut été remarquées, certains auteurs émirent l’opinion que le meicuie
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
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n’était point étranger à leur production. C’est à Rayer que revient l’honneur d’avoir nettement réfuté cette fausse interprétation et démontré la réalité des lésions rénales syphilitiques. Toutefois ce n’est que de nos jours, grâce aux progrès de l’anatomie pathologique, que cette question est réellement entrée dans la voie des démonstrations rigoureuses. Impossible de ne pas répéter ici les noms si souvent cités en pareil cas de Wilks, Cornil, Moxon, Lancereaux, en y joignant ceux de Lailler, Barde, Beer, Greenüeld, AxelKey,Chvostek, Bruzelius. Au point de vue clinique laquestion s’est surtout enrichie des travaux de Grainger-Stewardt et Guyol.
Les gommes du rein sont fort rares; mais il n’en est pas de même de la sclérose spécifique que Lancereaux dit avoir rencontrée quatre fois dans vingt observations de syphilis viscérale suivies de nécropsies. Une autre variété d’altération rénale, la dégénérescence amyloïde, n’est certainement pas le fait de la vérolë, mais survient chez les sujets affaiblis et marasmatiques; Rosenstein, récapitulant les causes de ce processus dans une statistique de cent vingt cas, note trente-quatre fois l’influence prédominante de la vérole. Aucune autre influence morbide n’y entre pour une aussi grande part.
C’est à une période avancée de la diathèse, et môme de la phase tertiaire que se fait la jetée syphilomateuse sur les reins. Il ne faut pas confondre en effet les désordres liés au développement du néoplasme spécifique, tel que nous allons l’étudier, avec les troubles passagers, assez rares d’ailleurs, que nous avons signalés au cours de la période secondaire.
f) 2. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
Les gommes des reins, conséquences de la néphrite spécifique circonscrite, occupent soit la substance corticale (Cornil), soit les pyramides, rarement ces deux couches à la fois. Elles se présentent sous forme de noyaux jaune pâle, gros comme une tête d’épingle, une parcelle de semoule, un grain de chénevis ou un pois, mais toujours nettement limités, entourés d’une zone gélatineuse, blanc grisâtre, et quelquefois d’une atmosphère congestive (Greenfield). Leur centre est remarquable par sa sécheresse et sa densité quasi fibreuse. Leur nombre est très-variable ; dans un cas de Colomiatti il n’y eu avait que deux; Cornil en reconnut une vingtaine sur un même rein; enfin Axel Kevlesavues fort nombreuses (80 au moins) consteller la surface de l’organe à la façon d’une éruption confluente. — Au microscope on constate une partie cen-
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traie, opaque, caséeuse, au milieu de laquelle se reconnaissent encore çà el là quelques glomérules de Malpighi. A la périphérie, le néoplasme examiné, à un faible grossissement, paraît transparent. Il est constitué par un tissu conjonctif développé aux dépens des cloisons qui forment le stroma du rein, et offre d’ailleurs les plus grands rapports avec la coque fibreuse que nous avons vue entourer le syphilome circonscrit dans les poumons et surtout dans le foie.
La néphrite diffuse ne saurait être mieux comparée qu’à l’altération de même nature du poumon ou du testicule. Il se fait le plus souvent dans la couche corticale une prolifération interstitielle, qui, se manifestant tout d’abord par de la congestion et du gonflement, ne tarde pas à amener les déformations caractéristiques de la sclérose : épaississement et adhérences de la capsule, lobulations, bosselures, mamelonnements, profondes dépressions. En même temps les glomérules étouffés s’affaissent et s’atrophient, et il en est de même des tubes urinifères, à moins, circonstance fréquente, que leur cavité ne soit remplie par des dépôts amyloïdes, qui soutiennent et pour ainsi dire étayent leurs parois (Lailler). A l’œil nu, il est assez difficile de diagnostiquer une telle altération, quand elle n’est pas très-accentuée ; l’organe paraît à la coupe parsemé de petits points jaunes rougeâtres, mais ce qui doit faire penser à la syphilis, c’est la localisation des lésions, qui n’envahissent que bien exceptionnellement le rein dans son entier. Ce caractère était bien remarquable dans un cas dû à Bruzelius, où l’on trouva la partie inférieure de chaque rein complètement atrophiée et séparée de la partie supérieure dans laquelle le microscope ne révéla aucune lésion. Très -souvent cette variété de néphrite spéciüque accompagne la gomme. On la voit également coïncider avec la dégénérescence graisseuse vulgaire et, ainsi que nous l’avons dit, avec l’altération amyloïde, fréquente surtout pendant la période de cachexie de la vérole.
g 3. — SYMPTOMATOLOGIE.
Dans l’une ou l’autre de ses formes, le syphilome commençant passe toujours inobservé. C’est en effet par les symptômes généraux que se révèle le plus souvent la lésion, lorsque le désordre des fonctions rénales commence à retentir sur l’organisme entier. Le malade pâlit, perd ses forces, accuse un malaise général, des troubles digestifs; embarras gastrique, dyspepsie, vomissements, de la céphalée, des douleurs lombaires ; en somme l’ensemble des
phénomènes qui accompagnent le début des maladies rénales. Un peu plus tard surviennent l’œdème au niveau des malléoles, la bouffissure de la face, les épanchements dans les cavités séreuses ; notons aussi l’épistaxis et l’hémoptysie. A ce moment il y a presque toujours polyurie et albuminurie modérée; le sujet est devenu brightique , et se trouve exposé à subir parla suite les conséquences d’un processus inévitablement fatal, si la cause n’en est pas reconnue à temps : anasarque, ascite, pleurésie indolente, lésions de la rétine et de l’encéphale, et enfin urémie (Lacombe) et mort en pleine cachexie. Qu’il me suffise d’énumérer ici ces accidents, suites ordinaires des néphropathies avancées, et auxquels l’origine spécifique n’ajoute aucun caractère digne d’être noté.
Faisons exception cependant pour leur curabilité relativement facile sous l’influence des spécifiques; si le malade est soumis à un traitement mercuriel ou ioduré, on peut en effet compter sur un arrêt du processus; souvent même on verra se produire une amélioration notable, et ce n’est pas chose exceptionnelle que d’obtenir une guérison complète. Plusieurs faits ont établi de la façon la plus nette la réalité de cette heureuse terminaison (Bazin, Lancereaux , Lorrain, Potain). Un malade ponctionné trois fois par Bumstead pour une ascite albuminurique quitta l’hôpital complètement rétabli grâce au traitement mixte; et chez une jeune femme vue par Fournier, la guérison ne s’était point démentie au bout de cinq ans.
Comme on le voit, le pronostic de la syphilose rénale, bien que fort sérieux, offre incomparablement moins de gravité que celui de la néphrite interstitielle vulgaire. Il ne faut pas oublier cependant que si la thérapeutique nous fournit le moyen de venir à bout du tissu morbide qui étouffe l’élément actif du rein, on ne peut dans aucun cas compter sur la restitulio ad integrum des tissus atrophiés et dégénérés. Ils restent frappés d’impuissance physiologique, et si la fonction continue à s’accomplir, c’est grâce aux parties restées saines; car on sait que les lésions syphilitiques ne sont presque jamais généralisées.
Rayer, Traité des maladies des reins, t. II, 1840. — Jaksch et Finger, Deutsche Klinik, 1850. — Frerichs, Die Bright’sche Nierenkrantcheiten und deren Bchandlung, Üraunschweig, 1851.— Tungel, Klinisclie
Mittheilungen von der medicinischen Abtheilung der allg. Krankcn.
hanses, Hamburg, 1861. - Barde, De syph. ren. affect. {Diss. inaug., Berlin, 1863.— Rudnow, Syph. disease of-the Kidney ( St-Petersb . Med. Zeitzchr., Vf, 256, 1864). — Moxon, A contrib. to hist. of vise. Syph. {Guys hosp. Hep., XIII, p. 391, 1867). — A. Beer, Die Eingeweidesy-
;6 LÉSIONS OU TESTICULE ET DE SES ANNEXES
philis, Tubingen, p. 27, J867. — Guiol, Essai sur l'album, syph . , thèse de Paris, 1867. — Patel, Syph. vise. ( Journ . de la Soc. de mêd. de Lyon, J 868). — Messenger Bradley, Hydrop. rénale syph. (Ann. de demi, et de syphil., t. III, p. 383, 1871). — Rendu, Lacombe, Cufeer, IIomolle, Bull, de la Soc. anat., 1871, 1873, 1874. — Raymond, Mal de Bright chez un syph. ( Prog . méd., t. II, p. 428, 1874). — Greenfield, Syph. gumm. in Kydney ( Pathol . society, p. 311, 1876). — Axel Key et Bruzelius, Altérations des reins dans la syphilis (Nordiskt Arcli. med., t. IX, 3, 1877, et France médicale, janvier 1878).