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CHAPITRE VI

COWPERITE, PÉRICOWPERITE

Les glandes bulbo-uréthrales découvertes par Méry en 1684r décrites par Gowper en 1702, sont situées sur la base du bulber dans l’angle rentrant qui le sépare de la portion membraneuse de l’urèthre (voy. fig.5).Leurvolume est égal, enmoyenne, à celui d’un, noyau de cerise. A l’état physiologique, elles sont chargées de fournir pendant l’érection, principalement lorsqu’il y a éjaculation, un liquide hyalin, extrêmement filant et visqueux. Exagéré tout d’abord par Astruc et Gowper, le rôle de ces organes dans la blennorrhagie fut exactement reconnu par Hunter. Enfin en 1847,. dans une très-remarquable thèse inaugurale, M. Gubler donna une description complète de leurs lésions. Signalons encore un excellent mémoire, récemment couronné à Milan, et dû à M. Amilare Ricordi.

g 1. — ÉTIOLOGIE.

Rien de précis sur ce point. Les violences, l'équitation, la danse, le cathétérisme, peuvent, on le comprend, favoriser la propagation du processus blennorrhagique aux canaux glandulaires; mais dans le plus grand nombre des cas, ce fait se produit spontanément, quand l’uréthrite atteint la partie profonde du canal, c'està-dire après le vingtièmejour de la maladie. La cowperite est rare, ou du moins il est assez rare qu’elle détermine des accidents qui appellent l’attention. Nous n’en relevons que cinq cas dans une statistique de six années à l’Antiquaille ; un seul est noté dans celle de Turati, de Milan, qui porte sur 6745 vénériens. La glande % du côté gauche est plus fréquemment affectée que la droite.

g 2. — SYMPTOMATOLOGIE.

a. Cowperite aiguë. — L’inflammation de la glande se manifeste tout d’abord par une sensation douloureuse obtuse ; la région prébulbaire est plus sensible. Surviennent ensuite le gonflement, la chaleur de la région, la rougeur de la peau. La petite tumeur se montre successivement du volume d’un haricot, d’une noisette, d’une noix ; indépendante du tissu ambiant, elle ne tarde pas à s’entourer d’une zone de peau rose, puis rouge, et à y adhérer;

SYMPTOMATOLOGIE.

elle devient le siège d’élancements; enfin la fluctuation paraît au périnée, sur un des côtés du raphé, entre le transverse, et la saillie du bulbe. Après un développement plus ou moins complet de Yabcès, qui s’accompagne parfois d’un empâtement et même d’un phlegmon de la région antérieure du périnée (phelgmon, du reste, toujours exactement limité en arrière par le muscle transverse), tous ces phénomènes s’amendent sous l’influence d’une perforation, soit spontanée, soit chirurgicale.

Les troubles fonctionnels sont de peu d’importance ; la rétention d’urine ne s’observe que rarement, mais a été notée ; il est plus exceptionnel encore que la défécation soit entravée; la fièvre est presque nulle.

L’abcès s’ouvre au 'périnée , ou bien dans Vurethre , quelquefois en ces deux points à la fois. Dans le premier cas, la guérison est en général rapide, n’exige guère plus d’un septénaire; quand elle n’est pas retardée par quelques décollements cutanés, l’ouverture se ferme, il ne reste plus qu’un noyau d’engorgement qui ne disparaît qu’à la longue. Il n’en est pas de même dans le second cas : l’entrée de l’urine dans la poche expose à l’infiltration de ce liquide dans les tissus lâches de la racine des bourses, accident dont les conséquences sont toujours extrêmement graves.

b. Cowperite chronique. — A la suite d’une blennorrhagie certains malades conservent un écoulement caractérisé par l’issue de quelques gouttes d’un pus opalin, présentant la densité de l’albumine, filant et parfois spumeux comme du savon, faisant sur le linge des taches grises à aréoles jaunâtres. Au sein de ce liquide flottent épars quelques corpuscules blancs , transparents], ressemblant assez à des fragments d’ambre gris.

Examine-t-on cette sécrétion au microscope, on la voit composée de globules muqueux, de cellules épithéliales , enfin d’une matière amorphe.

Cet état persiste indéfiniment, mais à la suite de causes excitantes des phénomènes d’acuité peuvent se montrer ; le pus est alors excrété en grande abondance. Telle est la forme la plus commune de la cowperite chronique.

Dans une autre forme plus grave, le malade s’aperçoit qu’avec les premières gouttes d’urine il rejette le matin deux filaments de 2, 3 et même 5 centimètres de longueur, sur 1 millimètre de diamètre; ces corps tortueux gagnent le fond du vase ; si alors on les examine on voit qu’ils sont de couleur blanc grisâtre, demitransparents, frangés a une de leurs extrémités. Au microscope,

COWPERITE, PÉRICOWPERITE.

ils apparaissent constitués par de l’épithélium ; ces singuliers produits viennent de l’urèthre; on peut les amener au méat par une injection d’eau tiède, même par la simple pression du canal d’arrière en avant. Ils sont évidemment formés dans les canaux excréteurs des glandes bulbo-urélhrales par l’accumulation du mucus et des produits épithéliaux.

L’examen endoscopique, du reste, ne permet de constater qu’une rougeur diffuse de la paroi uréthrale, du bulbe au méat. Au toucher, pas d’intumescence, pas de douleur. Enfin, notons que dans tous les cas les urines ont toujours été trouvées acides.

Les symptômes subjectifs se bornent à quelques fourmillements du côté du bulbe; un malade accusait une sensation semblable à celle que produirait une goutte d’eau tombant dans l’urèthre. Au premier jet d’urine, il se produit, en général, comme un petit choc, quand la colonne outrepasse le bulbe et chasse devant elle les produits solides.

Le cathétérisme détermine une cuisson plus ou moins intense.

g 3. — DIAGNOSTIC.

a. Cowperite aiguë. — Les antécédents du malade, l’existence d’une blennorrhagie, la forme et le siège précis de la tumeur empêcheront toujours de confondre la cowperite avec un abcès urineux.

Le diagnostic ne présente de difficulté réelle que lorsque l’abcès s’est crevé dans Lurèthre. L’odeur spéciale du pus, la vive sensation de cuisson éprouvée par le malade au moment de la miction, enfin la possibilité de chasser par une pression exercée sur le périnée, soit l’urine, soit le pus contenu dans la poche, devront pourtant, en présence d’une blennorrhagie, éclairer suffisamment l’esprit du chirurgien.

b. Cowperite chronique. — Le catarrhe vésical , la blennorrhée , le rétrécissement, s’accompagnent parfois de la production de corpuscules blanchâtres, mais ces derniers sont loin de présenter les caractères de forme, de nombre, qui s’observent si régulièrement dans la cowperite. Enfin, l’examen microscopique permettra toujours de reconnaître qu’ils ne sont point formés, comme ceux dont nous venons de nous occuper, par de l’épithélium.

g 4. — PRONOSTIC.

a. Cowperite aiguë. — L’abcès des glandes bulbo-urélhrales n’est guère redoutable par lui-même. Il peut le devenir par ses compli-

TRAITEMENT

cations, phlegmon périnéal, infiltration d’urine, fistule uréthrale, qu’il suffit d’énoncer pour qu’on en comprenne la gravité. Ajoutons pourtant que l’intégrité du calibre uréthral, soit en arrière, soit en avant de la lésion, rend, en général, la guérison de ces fistules facile à obtenir.

b. Cowperite chronique. — La cowperite chronique doit être comptée au nombre des lésions les plus rebelles. L’impossibilité d’agir directement sur les points malades est la cause de cette quasi-incurabilité. Aussi, bien qu’à tout prendre les symptômes n’en soient point fort gênants, n’est-il pas rare de voir l’hypocondrie s’emparer des malades qui en sont atteints. L’état chronique est, du reste, susceptible de ramener le catarrhe uréthral sous Tinlluence d’une excitation minime. Beaucoup d’uréthrites qui ne dépassent pas la période subaiguë ne reconnaissent pas d’antre cause. C’est donc une menace perpétuelle que cette hypersécrétion morbide, et, comme le dit Ricordi, une étincelle toujours prête à amener un embrasement.

g 5. — TRAITEMENT.

a. Cowperite aiguë. — Au début, on emploiera les antiphlogistiques et les émollients , sangsues et cataplasmes, onctions mercurielles belladonées. Dès que la suppuration s’affirme, il faut ouvrir sans temporiser. On agira de même si l’abcès menace de se faire jour dans l’urèthre ; on l’ouvrira soit d’un coup de bistouri, soit à l’aide des caustiques, vu la vascularité de la région.

b. Cowperite chronique. — L’hygiène, les remèdes généraux (toniques, reconstituants), les topiques portés sur le canal, réussissent parfois à améliorer l’état des malades atteints de cowperite, il est bien rare qu’ils le guérissentcomplétement. Tous ces moyens, en effet, sont impuissants à atteindre le siège du mal, et si l'usage des injections est parfois suivi d’heureux succès, c’est qu’elles agissent sur la glande comme par une sorte de révulsion. Mais quand ils sont restés inefficaces, quand surtout les filaments blanchâtres continuent à apparaître, on ne doit plus attendre la guérison que d’une seule ressource, la destruction des canaux excréteurs des glandes , opération dont nous devons à M. Ricordi, de Milan, et l’idée et la réalisation.

Dans la première partie de son trajet le canal excréteur des glandes bulbo-uréthrales traverse l’épaisseur du bulbe. Il devient ensuite sous-muqueux, et débouche obliquement à la surface de l’urèthre ; cette deuxième partie ne présente pas moins de 2 à 6

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centimètres, quelquefois 7, le long desquels les deux canaux cheminent parallèlement à l’axe uréthral, peu distants l’un de l’autre et parfois d’inégal volume.

C’est en ce dernier point que M. Ricordi pratique leur division. A l’aide d’un instrument fort simple, sorte de canule contenant une lame carrée prête à faire saillie, il incise à plusieurs reprises, il taillade, dans une profondeur de 2 millimètres, la partie de la muqueuse qui recouvre ces conduits. Cette opération doit se pratiquer le malade étant debout; elle n’est accompagnée d’aucune douleur bien vive. M. Ricordi recommande ensuite de placer une sonde à demeure pendant un jour ou deux. Pour des raisons que nous avons exposées ailleurs, nous sommes, en général, peu partisan de cette pratique. Dans ce cas particulier, elle nous semble inutile.

Après cette opération l’on pourrait redouter soit Y engorgement des glandes par rétention, soit Y incontinence du fluide qu’elles sécrètent, par suite delà destruction du sphincter de leur orifice; les heureux succès obtenus par l’auteur dans une série déjà nombreuse d’opérations ont montré le peu de fondement de ces craintes. Après avoir, pendant quelques jours, conservé au niveau des points lacérés une tuméfaction et des nodosités que le cathétérisme suffit à faire disparaître, les opérés de M. Ricordi ont tous guéri sans complications, sans suites, et surtout sans retour possible de la maladie.

Fournier (Alfred), Coioperite et pèricowperite ( Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Blennorrhagie, p. 195, 1866. — Gurler, Des glandes de Méry, vulgairement glandes de Coivper, et de leurs maladies chez l'homme et chez la femme , (thèse de Paris, n° 172, 1849). — Amilcare Ricordi, Del catarro cronico dcl condotti dette ghicmdole di Mery, commentario ( G i ornai Ital. dette malat. veneree c délia pelle). Milano, 1871. — Nicolle, De la coioperite, (thèse de Paris, 1873).

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