III. — Lésions des muqueuses
Les plaques et les ulcérations de la région ano-génitale sont des plus fréquentes et se font remarquer au début par leur teinte rouge vif, un peu plus tard par la facilité avec laquelle elles se recouvrent d’exsudats diphlhéroïdes.
Sans revenir sur la description des rhagades des lèvres, fissures profondes qui intéressent le derme et laissent après elles des cicatrices blanchâtres, quelquefois indélébiles, je signalerai brièvement les éruptions linguales, caractérisées par la présence de petites plaques lisses, à contour arrondi, entourées d’un bourrelet saillant, et les glossopathies ulcéreuses à exsudât gélatineux, verdâtre, transparent.
La lésion connue sous le nom de pustule au palais , à la langue, doit surtout attirer notre attention, en raison de son importance dans la question du diagnostic. Les auteurs italiens, Paletta, Monteggia, estiment en effet que c’est là, dans la grande majorité des cas, la première et la plus significative des manifestations par lesquelles s’affirme la syphilis héréditaire.
Tous les enfants, au moment de leur naissance, présentent une rougeur de la bouche, qui se dissipe petit à petit, mais qui per siste plus longtemps sur le palais et sur l’extrémiié de la voûte palatine. Chez les sujets bien portants, on voit quelquefois, à l’insertion du voile palatin, une ou deux petites pustules blanches trèséphémères ; mais si l’on aperçoit sur la voûte et le voile un érythème vif et brillant, permanent, en l’absence même de tout autre symptôme, on doit soupçonner la syphilis; on l’affirmera si la rougeur fait place à une ulcération blanc’jaunàtre , lardaeée à fond lisse, survenant dès la première semaine qui suit la nais-
JULLIEN. fit
SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
sance, n’amenant pas immédiatement l’engorgement des ganglions lymphatiques, ne se réparant qu’à la longue et non sans laisser une cicatrice lente à disparaître. Cette lésion, dont la nature ne nous semble pas encore bien connue, et dont la palhogénie est sujette à discussion, est souvent le seul accident que l’on puisse observer; mais elle peut coïncider avec l’onyxis, la desquamation digitale et les manifestations bénignes de la syphilis héréditaire. Elle consiste ordinairement en une pustule isolée sur le palais ou la langue; mais quelquefois on en rencontre plusieurs de dimensions variées, groupées au voisinage les unes des autres. Sur cent quatre sujets observés à l’Hospice des enfants exposés de Milan par Gaetano Casati, soixante-cinq fois la pustule buccale s’est montrée avant la fin du premier mois. Dans la plupart de ces cas, les nourrices se plaignaient d’une sensation de brûlure extrêmement vive au moment où les enfants prenaient le sein ; aussi, écrit l’auteur que nous venons de citer, toutes les fois que ce symptôme est accusé, alors môme que l’on ne découvre sur le mamelon ni rougeur, ni irritation, ni excoriation, ni gerçures, si l’on est certain que la femme n’a point intérêt à tromper, il faut regarder avecsoin la bouche de l’enfant : on y trouvera, dans la pustule palatine, la preuve de son infection1.
Lésions «les fosses nasales. — Il (est assez rare que le squelette des fosses nasales soit intéressé; c’est donc à peu près exclusivement sur la pituitaire que portent les lésions du coryza, qui esl une des manifestations les plus fréquentes et les plus précoces de la syphilis héréditaire, si précoce même que dans bien des cas il mérite le nom de coryza fœtal.
Du vivant de l’enfant, on voit survenir de la rougeur, puis des
1 Pour distinguer la lésion dont il est ici question des autres affections de la bouche chez le nouveau-né, on aura égard aux signes suivants :
Muguet. — Granulations blanchâtres comme des petits grains de lait caillé, rarement jaunes ; réunies en îlots isolés ou disséminés dans la bouche tout entière: apparition chez plusieurs enfants à la fois, principalement quand il y a encombrement; facile à faire disparaître par des moyens locaux, la muqueuse restant après la guérison, rouge, mais intacte, non entamée. Au microscope recherche facile de l 'oïdium albicans.
Aphllies. — Presque toujours symptomatiques de malaises gastro-intestinaux; formées par des vésicules transparentes d’une couleur blanc jaunâtre, quelquelois brune (teinte gangréneuse); marche rapide ; ne résiste pas à l’application de topiques.
Stomatite ul céro-membraneuse. — Caractérisée par la présence d’ulcérations multiples, étendues, à contours rouges, à fond grisâtre, saignant facilement; affection â marche aiguë, accompagnée d’élévation de la température; guérison relativement prompte par les remèdes soit locaux soit généraux.
SYMPTOMATOLOGIE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
tissures sur les ailes du nez; une sécrétion abondante s’écoule par les narines, irrite encore par son âcreté les ulcérations commençantes du bord libre, et active la formation de croûtes qui, s’augmentant de jour en jour, ne tardent pas à obstruer plus ou moins complètement les oritiees nasaux, üe là, grande difficulté pour l’alimentation, d’autant plus que les lésions sont presque toujours bilatérales; lorsque le petit malade prend le sein ou le biberon, il est obligé de le quitter à chaque instant, pour le reprendre à nouveau quand il a inspiré l’air, qui ne peut pénétrer par les narines. La mort est la conséquence fréquente de ces lésions, dont il n’est pas toujours facile de discerner la véritable nature.
A l’autopsie, la muqueuse paraît le plus souvent gonflée et quelquefois recouverte d’un exsudât diphlhôroïde ; au début, elle est parsemée de taches rouges, qu’il est permis d’attribuer à un processus condylomaleux; plus tard ce sont des ulcérations réelles, des entamures à fond rouge, bourgeonnant, couvertes de pus • exceptionnellement, le revêtement ayant été détruit, le squelette est çà et là frappé de nécrose, avec ou sans abaissement des os propres et production de la déformation caractéristique.
Des lésions semblables se retrouvent dans l’arrière-cavité et sur les parois du pharynx. 11 n’est même pas rare de voir des.gouttelettes purulentes occuper l’intérieur de l’oreille moyenne, sans lésion apparente de celle-ci, et il est probable qu’elles ont gagné celte cavité en cheminant à travers la trompe d’Eustache. La connaissance de ce fait et l’explication qui en a été donnée sont dues à J. Violet (de Lyon).
Dans la seconde enfance les ulcérations pharyngo-buccales liées à la syphilis héréditaire tardive offrent les plus grands rapports avec celle qu’engendre la scrofule. Le diagnostic est facile quand la nature de l’ulcère est indiquée par quelque lésion plus caractéristique, siégeant dans un autre point, telles que, par exemple, rabaissement des os nasaux, la perforation de la cloison, ou de la voûte palatine, et, pour le dire par anticipation, l’altération des dents et celle de la cornée. Rien de plus difficile au contraire qu’un tel diagnostic quand la lésion est isolée; dans bien des cas il est impossible de se prononcer. Voici pourtant quelques données propres à guider le clinicien. L’ulcère syphilitique commence le plus souvent par les amygdales et les piliers; il peut intéresser 'a langue et l’épiglotte, or presque toujours respectés par la scrofule, qui frappe de préférence et d’emblée le voile du palais; dans la syphilis, le contour semi-circulaire des pertes de subs-
SYPHILIS IllillÉDITAlllE.
tance a quelque chose de franc, de nettement arrêté, et comme taillé à l’emporte-pièce, la muqueuse périphérique est gonflée d’une manière uniforme, sa couleur est rouge, inflammatoire, quelquefois très-sombre, le fond de l’ulcère est couvert d’une mince couche de pus adhérent. Forme moins arrêtée, bords amincis et comme décollés, au pourtour muqueux, inégalement gonflée, hérissé de bosselures, d’une teinte pâle livide; fond de l’ulcère tantôt bourgeonnant, tantôt lisse et comme lardacé, tels sont au contraire les caractères de l’ulcère scrofuleux. Toutefois nous ne nous exagérons pas la portée de ces signes différentiels, et, nous le répétons, dans bien des cas, tout diagnostic est impossible. On consultera avec fruit sur ce sujet la thèse de Chaboux (Paris, 1875.)
Lésions du larynx. — Le cri dysphone et éraillé, la toux faible et rauque du nouveau-né syphilitique tiennent sans doute, en partie, à des lésions laryngiennes. Cependant l'examen nécroscopique ne permet le plus souvent de constater que de la rougeur et des érosions. Parrot et Roger ont pourtant noté dans deux observations un ulcère très-net, au fond duquel se voyait le cartilage à nu. Frank a rapporté également un cas de périchondrite avec sténose laryngée.
La trachéite syphilitique parait généralement coïncider avec la pharyngo-laryn»ite, et même lui succéder par propagation, car souvenL elle se limite aux premiers anneaux. Chez un enfant de deux ans, en proie à des syphilides rebelles, Rafinesque a pu constater tous les signes -d’un rétrécissement trachéal : accès de suffocation, anxiété, cyanose, sifflement trachéal. Ce fait remarquable est consigné dans la thèse d’Alfred Rey.
Lésions de la muqueuse intestinale. — Comme dans la Syphilis acquise, avec plus de fréquence peut-être, la muqueuse peut être le siège de lésions néoplasiques, scléreuses ou ulcéreuses au niveau des plaques de Peyer (Forster, Oser, Eberth et Roth). Je ne reviendrai pas sur leur description, donnée plus haut.
Tremeau de Rochebruneanoté dans l’intestin grêle, dans le duodénum et dans le côlon transverse de nombreuses plaques noii aires d’une dimension égale à celle d’un haricot, plaques indurées occupant la paroi tout entière de l’intestin et constituées par un réseau de fibres, des cellules fusiformes, des globules graisseux et des leucocytes, ainsi que par des cristaux de matière colorante.
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