IV. — Lisions des yeu\ et des oreilles
Kératite interstitielle diffuse. — Les sujets anémiques, affaiblis par quelque lésion générale, scrofule, lymphatisme ou syphilis , sont quelquefois atteints dans leur enfance (de 6 à 15 ans principalement) d’une kératite dont je me bornerai à énumérer les principaux symptômes. Elle commence par une opacité légère, d’une teinte bleue grisâtre, qui parait localisée au pôle de la cornée et dans les couches sous-épithéliales ; à l’éclairage oblique, on aperçoit une foule de petits points plus ou moins foncés, donnant à l’ensemble un aspect granité. L’affection se développe à froid avec une lenteur si grande, que certains points sont déjà guéris quand d’autres se prennent. On observe presque toujours, cependant, une injection périkératique avec envahissement progressif de la cornée par le réseau vasculaire ; pas de douleur, pas de larmoiement, à peine un peu de photophobie. Les malades ne se plaignent, à proprement parler, que de l’obscurcissement de la vue, symptôme d’autant plus accusé que la lésion est souvent binoculaire.
Le pronostic est toujours favorable si la thérapeutique ne vient pas compromettre la marche naturelle de la maladie, qui peut aboutir, au bout de plusieurs années, à la restitutio ad integrum ; notons cependant la persistance assez fréquente d’un léger néphéhon.
Au microscope, la kératite parenchymateuse est caractérisée par un gonflement et une infiltration granulo-graisseuse des éléments du tissu cornéen (corpuscules de la cornée et substance inlercellulaire).
Celte affection était connue depuis quelques années, grâce aux travaux de Sichel, Desmarres, Mackenzie, lorsque Jonathan Ilutchinson, en 1857, annonça que son étiologie, jusque là fort obscure, devait être rattachée à l’évolution de la syphilis héréditaire. Cet auteur signalait, en outre, sa coexistence constante avec une déformation spéciale des dents, notamment des incisives moyennes, qu’il avait toujours trouvées rudimentaires, espacées et en nombre insuffisant. Des nombreux travaux suscités par cette opinion, des discussions passionnées dont retentirent la presse et les tribunes académiques, ressort aujourd’hui pour nous cette double conclusion : 1° que la kératite interstitielle coïncide fréquemment, mais non toujours, avec les altérations du système dentaire; 2° qu’elle est liée à une constitution faible, à une nutrition
SYI'IHLIS II £ R ÉDITAI II E.
insuffisante, el qu'à ce tiLre elle peut être produite, mais indirectement, aussi bien par le lymphatisme, la scrofule el même par le rhumatisme que parla syphilis, la même influence débilitante pouvant être exercée par chacune de ces diathèses, susceptibles, par conséquent, de créer les mêmes prédispositions morbides. C’est donc à tort qu’Hutchinson a donné à cet accident le nom de kérat ite liérédo-syph il itiquè.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans citer, parmi les auteurs qui se sont appliqués à la solution de ce problème, Galligo, Stanley, Pridgin Teal, Haller, Lawrence, Watson, Taylor, Mooren, Giraud-Teulon, Giraldès et Panas.
iritis, ciioroïdite, rétinitc. — L’irilis est une lésion extrêmement rare; on en jugera aisément quand on saura que, malgré des recherches très-étendues, tant dans les hôpitaux que dans la pratique privée, J. Hutchinson n’a pu en rassembler que vingttrois cas. Parmi ses malades, seize étaient du sexe féminin; onze fois les deux yeux étaient intéressés. La date moyenne de l’apparition est de cinq mois et demi. Rien de particulier à signaler, en ce qui a trait à cet accident, si ce n’est l’intensité de la néoplasie, qui compromet souvent le champ pupillaire.
C’est encore à Hutchinson que nous devons la connaissance, for! imparfaite jusqu’ici, des lésions qui peuvent atteindre les milieux plus profonds de l’œil, choroïde, rétine, nerf optique, cristallin, corps vitré, ou les centres de la vision, à une époque qui est à peu près la même que celle de la kératite. Dans bon nombre de cas, la résorption des produits morbides succède d’assez près à leur exsudation.
Suivant Galezowski, la ré ti n i te pigmentaire, jusqu’ici rattachée à la consanguinité, relèverait également, dans bien des cas, de la vérole.
Troubles de l’amütion. — Aux approches de la puberté, on doit craindre également de voir se développer des lésions dans l’oreille interne ou les centres de l’audition, surtout chez la femme. Tout ce que nous savons encore sur ce signe probable de la vérole héréditaire, c’est que l’ouïe diminue sans altération apparente de l’appareil auditif et que nulle thérapeutique ne peut enrayer ce symptôme, qui paraît tenir à une lésion bilatérale (Hutchinson).