‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 19 sur 262 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

PHLEGMONS PÉRI-URÉTHRAUX g 1. — ÉTIOLOGIE.

L’inflammation de la muqueuse du canal se propage parfois au tissu cellulaire du pénis. C’est pendant la période suraiguë de la maladie que se produit habituellement cette complication ; cependant je l’ai observée vers son déclin, mais sous l’influence d’un excès de thérapeutique.

La fosse naviculaire et le bulbe, tels sont les deux points autour

iULLIEN. 10

PHLEGMONS PÉRI-UIIÉTHRAUX.

desquels se développent presque toujours les phlegmons. Il est facile de comprendre les raisons de cette localisation basée 1° sur la prédilection qu’affecte la blennorrhagie pour ces deux régions, 2* sur le grand nombre des follieules muqueux et l’abondance du tissu cellulaire que l’on y rencontre.

L’inflammation du follicule est en effet très-souvent le point de départ de ces suppurations. Nous avons déjà insisté plus haut sur cette particularité.

Le phlegmon péri-uréthral est relativement rare . A l’hôpital de l’Antiquaille vingt cas en six ans furent consignés sur les registres, et Turati n’en a noté qu’un seul en sept ans au dispensaire de Santa-Corona, à Milan.

g 2. — SYMPTOMATOLOGIE.

Le tissu cellulaire ne s’enflamme pas sans une douleur plus ou moins vive. Cependant autour du pénis sa laxité est telle, que souvent le début passe inaperçu non-seulement du chirurgien, mais du malade. D’autres fois au contraire le malade souffre dès l’apparition de la complication.

Il serait oiseux d’énumérer en détail les caractères de ces collections purulentes ; beaucoup de ceux que nous avons exposés précédemment trouveraient du reste leur place dans cette description : empâtement plus ou moins diffus de la région ; œdème périphérique, plus tard dureté; au bout de deux ou trois jours, tumeur ronde ayant en général la grosseur d’une aveline ou d’une cerise, quand elle siège sur les côtés du frein. Au niveau du bulbe cette tumeur affecte une configuration spéciale aplatie en arrière et s’étendant en avant le long du pénis; on l’a comparée fort justement à une raquette. Ce prolongement sousuréthral est même parfois tel, que le bulbe et le gland sont reliés par un cordon phlegmoneux.

Douleur en un point fixe, jet d’urine irrégulier, effilé, brisé, éparpillé, et dans certains cas dysurie complète par obstacle mécanique apporté à la miction; enfin état fébrile léger, frissons, inappétence, tels sont les symptômes physiologiques les plus fréquemment notés.

L 'évolution est rapide et régulière; tout phlegmon péri-uréthral aboutit à la formation d’une collection purulente, dont la marche fatale est de se faire jour à bref délai soit du côté de l’urèthre, soit du côté de la peau, soit de ces deux côtés à la fois. Très-rarement en effet on les voit se terminer par résolution.

TRAITEMENT

La plupart des auteurs insistent beaucoup sur le danger que présente la communication du foyer de l’abcès avec l’urèthre. L’entrée de l’urine dans la poche, sa pénétration dans le tissu cellulaire, et par suite Y in filtration urineuse , seraient, à les en croire, les conséquences inévitables de cet accident. C’est là une exagération contre laquelle, avec M. Fournier, nous protestons au nom de la clinique. Dans l’immense majorité des cas, nous avons vu en effet la guérison arriver spontanément, exempte de ces terribles complications.

Dans d’autres cas, heureusement exceptionnels, ces complications n’ont pu être évitées, et le malade a été exposé à tous les dangers de l’abcès urineux et à ses suites redoutables, en tête desquelles il convient de placer les fistules.

Ces fistules peuvent du reste se montrer aussi indépendamment de ces graves lésions, quand l’abcès s’est frayé une double ouverture, muqueuse et culanée.

Au voisinage de la fosse naviculaire elles sont généralement fort étroites, l’urine ne les traverse que lentement, et vient sourdre à l’extérieur sous forme de petites gouttes perlées. Cependant la perte de substance peut être plus considérable ; il peut même en résulter un hypospadias dont il est toujours fort difficile d’obtenir la guérison.

Chez un malade de M. Mauriac qui avait conservé une de ces fistules, nous avons vu, sous l’influence d’une nouvelle chaudepisse, survenir un véritable écoulement blennorrhagique du trajet mucoso-cutané, lequel était fort étendu.

§ 3. — TRAITEMENT

Au début les antiphlogistiques : sangsues, onctions mercurielles, cataplasmes.

Dès que l’on a la conviction que du pus s’est formé, ouvrir sans attendre que la fluctuation soit bien évidente, car pendant que l’on temporise la paroi uréthrale s’ulcère peut-être.

Si l’abcès est déjà ouvert dans le canal, surveiller attentivement l’état local en se tenant prêt à pratiquer une contre-ouverture au moindre symptôme d’infiltration. En même temps on aura soin d’évacuer les urines par la sonde.

Contre les fistules : les incisions, les sutures, la cautérisation, seront employées suivant des règles que je n’ai pas à traiter ici.

Page 1