XII. — Lésions du système nerveux
Chez les nouveau-nés syphilitiques, le système nerveux est rarement atteint. Signalons cependant les résultats de quelques autopsies : Danyau a vu sur un enfant syphilitique, couvert de pemphigus, des foyers multiples jaunâtres, formés par de la matière fibro-plastique avec développement vasculaire considérable, siégeant à la face externe de la dure-mère. Cruveilhier a trouvé, à l’angle de réunion des voûtes orbitaires avec la portion verticale du frontal, cette membrane, infiltrée d’un pus bien lié qui en écartait les mailles; les os dénudés étaient érodés dans une partie de leur épaisseur, et le périoste correspondant était épaissi. Dans un cas de Howiiz, une altération similaire avait envahi Y arachnoïde sous forme d’une exsudation jaunâtre caséeuse, le long des vaisseaux.
La sclérose avait frappé le cerceau chez un enfant du service de Legrpux, et la moelle chez un petit malade observé par Polain.
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Cet organe était dans toute sa longueur diminué de volume, dur, sans trace de division entre les substances, et tout à fait semblable fi un cordon fibreux, sauf la coloration, qui était rougeâtre. Au microscope on découvrait à peine quelques tubes nerveux et l’on ne voyait aucune cellule; la moelle était presque uniquement composée d’un tissu lamineux, condensé, feutré, entremêlé d’une substance granuleuse abondante. Tremeau de Rochebrune a signalé la présence de foyers purulents avec ramollissement de la substance cérébrale et coloration d’un rouge bleuâtre, localisés dans le voisinage de la scissure interhémisphérique et dans le lobe gauche du cervelet. Dans un cas de Graefe, la même lésion avait produit une paralysie delà troisième paire.
Virchow et Daniel Mollière ont reconnu, dans deux cas, l’existence d’une dégénérescence graisseuse, soit diffuse, soit en foyers. Enfin Barlow a montré que les nerfs crâniens n’étaient pas à l’abri de ces lésions.
Au point de vue clinique, nous noierons Y insomnie comme phénomène assez constant (Berlin, Pittschaat, Vanoye), puis les paralysies portant soit sur des nerfs crâniens, tels que l’oculo-moteur (Graef), l’optique (Bacon), l’acoustique, soit sur un des troncs rachidiens, et se traduisant par l’hémiplégie, la paraplégie (Bednar, Henoch, Zambaco).^ Ces derniers cas sont plus rares qu’on ne le croyait autrefois, avant que Parrot nous eût appris à distinguer de la paralysie vraie l’impuissance fonctionnelle causée par certaines altérations osseuses. Enfin l’on a observé quelquefois des convulsions (Radcliffe) à l’âge de un mois. Un enfant vu par Lepileur fut pris d’accidents nerveux caractérisés par une rougeur subite de la face, des cris aigus, un renversement des yeux, avec clignotements convulsifs des paupières, contraction des bras et tremblement des avant-bras, quelquefois opisthotonos, mais le plus souvent contraction successive des muscles du cou et du dos, déterminant un mouvement de flexion de la tête à droite et à gauche, en même temps qu’elle tournait sur son axe. Chaque crise durait trois à quatre minutes, et elles arrivèrent à se rapprocher tellement qu’on en comptait six à sept par heure. Ce qui était surtout frappant, c’était le calme dont elles étaient précédées et immédiatement suivies sans qu’il y eût aucun phénomène intermédiaire. L’attaque débutait par un cri. Un traitement à l’iodure de potassium fit disparaître ce symptôme et l’enfant, allaité par sa mère, guérit, bien que né à 8 mois.
Après avoir reconnu les effets de la vérole sur le système nerveux du nouveau-né, nous devons nous demander si la souillure
TRAITEMENT
héréditaire n’entre pas pour une certaine part dans l’étiologie d’accidents plus tardifs, pouvant se montrer dans les premières années de la vie et même pendant la seconde enfance et l’âge adulte.
II est certain, en effet, que beaucoup de jeunes épileptiques portent les stigmates de la syphilis congénitale : opacité de la cornée, altération des dents. Chez d’autres, l’existence de la diathèse n’est pas moins démontrée par l’histoire des géniteurs, notamment en ce qui concerne les différentes couches de la mère, ou bien par les antécédents des frères ou des sœurs. Dans un cas, par exemple, H. Jackson qui a surtout insisté sur cette question, diagnostiqua l'origine syphilitique d’une épilepsie de l’enfance, en apprenant que la mère, avant de donner le jour à une petite malade confiée à ses soins avait eu des avortements, puis un mort-né, puis un cachectique qui avait survécu. Suivant cetauteur, lachorée et la paralysie pourraient dériver de la syphilis, au môme titre que les convulsions. Est-ce à dire que.ces névropathiques bénéficieront à coup sûr du traitement spécifique? L’expérience nous apprend malheureusement le contraire; notons cependant quelques succès obtenus grâce à l’iodure de potassium, dans certains cas où la thérapeutique vulgaire s’était montrée impuissante.
Suivant bon nombre d’auteurs, Y hydrocéphalie devrait être aussi quelquefois comptée parmi les conséquences de la syphilis héréditaire (Haase, de Méric, Roger, Hutchinson).
JJ t. — TRAITEMENT.
Prophylaxie. — Mariage des syphilitiques. — Traitement pendant la grossesse. — Peu de problèmes offrent autant d’intérêt et de difficulté que celui du mariage des syphilitiques, aussi en est-il peu qui aient été envisagés de façons plus diverses et même plus opposées; de la solution donnée à cette importante question dépend cependant en grande partie la prophylaxie de la syphilis héréditaire; essayons donc de tracer une règle de conduite en nous appuyant sur les données que nous avons établies dans les
chapitres qui précèdent, et aussi sur les préceptes de Langlebcrt et. Diday
Supposons en premier lieu, et c’est le cas le plus fréquent, qu’il s’agisse d’un homme. Rappelons tout d’abord que, dans aucun cas, nous ne pouvons donner a celui qui a souffert d’un chancre syphilitique l’assurance qu’il n’aura plus à compter avec la vérole; une hygiène sévère peut sans doute diminuer dans une certaine mesure les causes occasionnelles des accidents, une thérapeutique
SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
bien dirigée n’est pas sans efficacité pour atténuer la force de l’agent nocif et prévenir son réveil, mais il n’est pas de malade, si bénignes qu’aient été les premières attaques, si énergiquement qu’aient été administrés les spécifiques, il n’en est pas un seul que nous puissions être en droit de con sidérer comme débarrassé à tout jamais du virus syphilitique, lorsqu’une fois son organisme en a été imprégné. Les cas de réinfection semblent bien démontrer que la guérison est possible, mais dans l’état actuel de la science, la clinique ne nous fournit aucun critérium qui nous permette de nous en assurer. Donc, il faut bien qu’on le sache, et le médecin ne saurait le dire trop nettement, pour mettre à couvert sa responsabilité, tel syphilitique qui se croit guéri, et qui jouit aux yeux de tous de la meilleure santé, pourra subir ultérieurement, dans deux ans, dans dix ans, voire dans trente ans, les atteintes du mal, graves ou légères, et peut-être y succomber. Cela posé, comme il ne saurait être question d’interdire la paternité à tous les vérolés, le rôle du médecin doit consister uniquement à détourner du mariage : 1° ceux qui, se trouvant encore aux prises avec les accidents contagieux de la période primitive ou de la période secondaire, risquent d’infecter leur femme; 2° ceux dont l’avenir est manifestement compromis par l’évolution d’une syphilis tertiaire rebelle, à détermination viscérale ou même tégumentaire.
Pour réaliser la première de ces indications, on se rappellera que les accidents secondaires s’éteignant le plus souventaprès une ou deux éruptions; la règle est dès lors d’imposer au malade une temporisation suffisante pour donner à ces poussées et à celles qui pourraient se succéder immédiatement le temps de se produire. Or, les statistiques de Diday nous apprennent que l’intervalle maximum qui existe entre deux poussées ne dépasse pas 135 jours pour les syphilis fortes, et 302 jours pour les syphilis faibles. En conséquence, un sujet qui depuis sa dernière poussée aura passé dix mois sans localisation spécifique, a de grandes chances pour se croire à couvert des accidents contagieux, et si, pour accroître cette probabilité, il laisse s’écouler encore un temps égal, si, par surcroît de prudence, il se soumet anle nuptias à un nouveau traitement hydrargyrique, c’est en toute sûreté de conscience qu’il pourra demander au médecin l’autorisation de se marier, et celui-ci n’aurait plus de raison pour la lui refuser ; car la santé de la femme n’est plus menacée, et selon toute probabilité, nous oserions même dire en toute certitude, si cette dernière reste indemne, on peut considérer le produit de la conception comme préservé lui-même de toute souillure spécifique.
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Quant à la seconde indication, qui est d’éloigner du mariage ceux qui, bien que parvenus à une période assez avancée de la syphilis pour qu’on n’ait pasà redouter sa transmission, sont menacés d’accidents aux formesrebelles, soitprofonds, soit superficiels, est-il besoin d’y insister? Ces malheureux, dont les centres nerveux, les organes reproducteurs ou le squelette ont déjà payé le tribut à la diathèse, restent souvent exposés pour longtemps encore à ses atteintes; dans ce cas, ce n’est pas 10 mois, mais 2, 3 ans de stage qu’il faut exiger avant le mariage, à supposer bien entendu qu’aucune fonction importante n’ait été compromise par les accidents antérieurs. Au reste, il est nécessaire d'établir ici certaines distinctions. Beaucoup de sujets traités ou non souffrent, après quelques années, de lésions tertiaires, mais bénignes, quel’iodure de potassium fait aisément disparaître. Il n’y a pas lieu d’être trop sévère pour ces malades, chez lesquels cette poussée est souvent la dernière affirmation de la syphilis; qu'on ne se montre pas pour eux plus exigeant que nous ne conseillons de l’être pendant la période secondaire. Chez tel autre la syphilis s’est montrée grave dès le début, parfois maligne; quelques mois ont suffi pour que le malade parcourût toutes les périodes du mal, et sa vie même a couru des dangers; eh bien, nous avons eu déjà l’occasion d’insister sur ce point, c’est chose fréquente que de voir les sujets sévèrement frappésdès le début, délivrés pourtoujours des récidives; il semble que la vérole se soit épuisée tout entière dans ce premier effort. Un vrai clinicien saura ne point méconnaître de tels cas, et, l’accalmie durable une fois, bien constatée, assumera sans arrière-pensée la responsabilité d’un avenir qui laisse moins de prise à Yalea que celui de bien des malades moins maltraités en apparence par la diathèse. Viennent enfin ceux que des accidents sans cesse récidivants marquent d’avance pour la cachexie; envers ces derniers le médecin n’a qu’une seule chose à faire, se montrer inflexible dans son interdiction absolue.
Quant aux moyens pratiques de rendre efhcace cette interdiction, nous ne croyons pas que le médecin doive les chercher ailleurs que dans les conseils, et au besoin les objurgations, adressés à son client. Interrogé par une personne étrangère, le père de. la future, par exemple, il doit se renfermer dans le secret le plus absolu1, exciper de la rigueur du devoir professionnel,
1 Art. 378 du Code pénal : « Les médecins chirurgiens et autres officiers de santé, ainsi que les pharmaciens, les sages-femmes et toutes autres personnes dépositaires par état ou profession des secrets qu’on leur confie, qui hors les cas où la loi les oblige à se porter dénonciateurs, auront révélé ces secrets, seront
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luire appel aux sentiments d’honneur de l’intéressé, le priant surtout de n’interpréter ce silence ni en bien ni en mal; ce n’est qu’en présence du jeune homme, ou en face d’une autorisation formelle signée de lui, que le médecin pourra dire ce qu’il sait. Sur ce point spécial de pratique, en dépit de certaines dissidences, nous ne croyons pas que l’hésitation soit permise; nous sommes partisan du secret médical dans son sens le plus strict, le plus absolu.
Supposons maintenant qu’il s’agisse d’une femme ayant eu la syphilis. Dans ce cas, non- seulement le danger d’infection pour la progéniture est immédiat et certain, mais encore il persiste, il survit aux accidents maternels, et cela pendant un temps qu’il ne nous est pas possible d’apprécier exactement. Dans cette incertitude, ce qu’il y a de mieux à faire est, croyons-nous, d’appliquer au mariage des femmes syphilitiques les mêmes règles de conduite que nous venons de tracer relativement à l’homme, mais en insistant avec plus de rigueur sur le traitement mercuriel. La grossesse venue, c’est par de très-légères doses données d’une façon continue que nous conseillons de combattre l’action latente du virus; nous prescrivons les doses élevées, carie mercureadministré sans mesure a été accusé, non sans raison, de produire l’avortement (Huguier, Després); en même temps on devra favoriser la nutrition, administrer généreusement les toniques, le vin ; les ferrugineux, les arsenicaux, les sulfureux, enfin par tous les moyens il faudra s’attacher à régulariser les grandes fonctions. Toutefois, disons-le, tous ces efforts sont parfois inutiles, et ce n’est souvent qu’après deux ou trois couches malheureuses qu’une femme même soumise au traitement le plus régulier peut mener à terme un enfant bien portant.
Hygiène. — Un enfant présente à la naissance des symptômes de syphilis ou est venu au monde dans des conditions de parenté qui font redouter l’éclosion prochaine des accidents. Quelle doit être la conduite du médecin?
Allaitement. — Avant tout, il importe de mettre le petit être dans les meilleures conditions générales possibles, pour l’aider à triompher de la cachexie qui le menace; aussi faut-il s’efforcer de lui procurer les bénéfices de Y allaitement naturel. Le lait de
punis d’un emprisonnement d’un mois à six mois, et d’une amende de 100 lr. a r>00 fr. » — Il est bon d’ajouter que la restriction contenue dans ces mots :« hors los cas où la loi les oblige à sc porter dénonciateurs », n’existe plus depuis longtemps; elle se rapportait aux complots contre la sûreté de l’État et a la tabiication de la fausse monnaie.
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femme en quantité suffisante, voilà le plus essentiel des adjuvants. Or, pour arriver à ce résultat, tout en tenant compte des dangers que le nourrisson peut créer pour autrui, le médecin n’a que deux partis à prendre ou du moins à conseiller : laisser l’enfant à sa mère, ou le confier à une bonne nourrice ayant eu la syphilis. Nous n’hésitons pas à nous prononcer pour la première de ces deux manières de faire, toutes les fois que la mère réunit d’ailleurs les quali tés d’une bonne nourrice. On ne saurait trop le répéter en effet, jamais mie femme ayant accouché cl'un enfant syphilitique ne court le moindre danger d'infection en lui donnant le sein. ; c’est là une loi absolue (loi de Colles). Le médecin doit donc user de toute son autorité pour faire adopter un moyen qui le décharge de sa part de responsabilité, et au besoin pour l’imposer; car, dans le cas contraire, ce n’est point chose facile que se procurer une femme infectée en état d’allaiter, et, si on ne la trouve pas, l’enfant mourra par l’allaitement artificiel ou transmettra la maladie aux malheureuses qui auront eu l’imprudence de s’en charger.
Berlin nous apprend qu’au siècle dernier l’hôpital de Vaugirard constituait une sorte de refuge pour les femmes -syphilitiques pouvant se charger d’allaiter des enfants infectés, et il est fort regrettable qu’il n’existe rien de semblable aujourd’hui. De là l’embarras du médecin quand, pour une raison sérieuse; un nouveau-né syphilitique est privé du sein maternel. Les gens du monde, il est vrai, ne comprennent pas toujours, ou du moins font souvent semblant de ne pas comprendre l’importance de cette question. Quand il s’agit de choisir la nourrice, ils parlent trèshaut de dédommagements pécuniaires au cas où elle serait infectée, sauf à recourir plus lard aux plus misérables faux-fuyants, souvent aux accusations les plus calomnieuses pour s’y soustraire. En pareil cas, le médecin ne peut, en aucune façon, se faire complice; mais il doit respecter le secret professionnel. Avertir les parents, leur montrer avec fermeté tout ce qu’il y a de criminel à abuser de l’ignorance d’une femme, tout ce qu’il y aurait d’immoral dans un marché qui l’exposerait à perdre la santé contre une indemnité plus ou moins forte, se retirer sans faiblir s’il n’est point écoulé, tel est le devoir du médecin, mais ses droits ne vont pas au delà. Interrogé par la nourrice sur la santé de l’enfant, il peut l’engager à se renseigner auprès d’un autre confrère, mais il ne saurait, môme au profit de cette malheureuse, trahir la confiance des parents; aussi n’est-ce qu’en leur présence et avec leur assentiment qu’il doit lui faire part de la vérité. Si, dûment avertie, la nourrice accepte à ses périls et risques, il n’en doit pas moins
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prendre ses précautions contre un procès toujours possible ultérieurement et réclamer d’elle une preuve écrite certifiant qu’elle a consenti en connaissance de’cause et malgré les conseils médicaux. Est-il besoin de dire cju’en pareil cas la surveillance la plus attentive est commandée, que l’on doit engager la nourrice à s’enduire le mamelon d’un corps gras ou à se munir d’un bout de sein, pour éviter les contacts trop intimes, et que, s’il survient quelque lésion buccale chez l’enfant, la cautérisation immédiate est indiquée.
A défaut du sein de la mère ou d’une nourrice syphilitique, il faut recourir à l’allaitement artificiel, soit par le biberon, soit au moyen d’une chèvre ou d’une ânesse. Mais, disons-le immédiatement, c’est laisser à l’enfant bien peu de chances de survie. Tel est, du moins, le résultat de l’expérience générale. Un enfant frappé dans l’œuf par la syphilis est presque fatalement voué à la cachexie; et le priver de l’allaitement naturel, c’est lui retirer le peu de chances qui lui restaient d’échapper à la mort. Il est pourtant des cas où ce parti est commandé. Mauriceau a vanté les avantages de la chèvre nourrice, et, plus récemment, Boudaut a de nouveau appelé l’attenlion sur ce mode d’allaitement; mais nous tenons de Parrot que les sujets sur lesquels il en fit l’essai, à l’hôpital des Enfants trouvés, succombèrent plus vite que ceux qu’il soumettait à l’usage du biberon. C’est donc à ce dernier expédient qu’il faut donner la préférence, en s’astreignant rigoureusement à l’usage du lait de femme ; c’est le seul moyen, croyonsnous, d’atténuer les fâcheux effets de ce mode très-imparfait d’alimentation.
Thérapeutique. — Traitement direct. — Un nouveau-né est supposé syphilitique, mais ne présente pas de lésion apparente; faut-il lui donner le traitement spécial ? Nous croyons qu’il y a avantage à le faire, en usant toutefois de doses très-modérées; car le syphilome viscéral échappe le plus souvent à l’observation, et nous savons qu’il peut évoluer isolément sans que le tégument offre la moindre trace éruptive. Au reste, si, le premier mois écoulé, la santé de l’enfant est assez bonne pour faire supposer que la syphilis n’est plus à craindre, il faudra suspendre la médication.
Le mercure est le modificateur par excellence de la syphilis héréditaire. C’est généralement au bichlorure que l’on a recours. La liqueur de Van Swieten est donnée à la dose d’une demicuillerée à café par jour, dans du lait ou du sirop; en augmentant progressivement jusqu’à la cuillerée à café complète, on
porte la dose de sublimé jusqu’à 5 milligrammes. On peut également prescrire le protoïodure à la dose de 1/2 centigramme. Mayr a vanté le calomel administré sous forme de prises de 1 centigramme (trois par jour), mélangé à une quantité suffisante de sucre.
Pour ménager les voies digestives, aucun moyen n'est préférable à la friction; 1 ou 2 grammes d’onguent, contenant moitié axonge, moitié mercure, suffiront à deux frictions quotidiennes sur le thorax (Diday). Beaucoup d’auteurs recommandent les bains de sublimé, mais trop de doutes persistent encore sur la pénétration des substances dissoutes à travers l’épiderme pour que ce moyen puisse être conseillé comme certain. D’autre part, il ne serait pas sans danger si le petit malade présentait des ulcérations; enfin il peut arriver que, sa bouche venant accidentellement au contact du liquide, l’enfant en avale une quantité suffisante pour le faire souffrir d’une véritable intoxication. Le bain de sublimé n’otlre donc, à notre avis, qu’une ressource précaire. La quantité de sel à employer pour chaque bain varie de 1 à 5 grammes.
L’iodure de potassium, auquel il sera bon de recourir dans le cas de lésion osseuse ou viscérale reconnue, doit être administré à la dose de 5 à 20 centigrammes dans un sirop. Parrot préfère donner l’iode sous forme de teinture jointe à un sirop astringent (de 2 à 3 grammes de teinture d’iode sur 300 à 500 grammes de sirop). En prendre une ou deux cuillerées a café par jour, au commencement du repas.
Il est à peine besoin de dire que le traitement de la syphilis héréditaire doit être varié et suivant les individus et suivant les périodes du mal ou même du traitement. On doit particulièrement s’attacher à le bien faire supporter; pour cela, il sera bon de l’interrompre quelquefois, puis de le reprendre sous la même forme ou sous une forme différente. De cette façon on arrivera à en faire continuer l’emploi, non-seulement pendant toute la durée des accidents apparents, mais encore plus ou moins longtemps après leur disparition, afin de guérir les lésions latentes et de prévenir, autant que possible, les récidives.
Traitement indirect. — Les plus vieux auteurs savaient que certains médicaments sont éliminés en partie par la sécrétion des mamelles et traitaient volontiers le nouveau-né syphilitique par le lait d’une nourrice hydrargyrisée1.
1 Voici, à ce propos, une bien intéressante observation de Fabrice de Hilden :
« L’an 1590, comme j’étais à Hilden, toute la famille des Medman fut infectée de la maladie vénérienne en cette façon : le maistre de la maison, homme de bien et
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Après bien des discussions, les physiologistes sont arrivés, de nos jours, à confirmer le fait du passage du mercure dans le lait. Or il est incontestable que, grâce aux modifications qu’il a subies dans l’organisme, le métal est infiniment plus propre à l’absorption et, par conséquent, plus avantageux pour l’enfant. Si donc on peut confier le nouveau-né à une femme syphilitique qui ait elle-même besoin d’un traitement mercuriel, et si d’ailleurs le liquide nourricier présente les qualités requises, il y aura lieu de s'en féliciter pour la santé de l’enfant. Mais c’est dans ces conditions seulement que nous admettons le traitement indirect, car, pour notre part, nous ne consentirions jamais, comme le demandent souvent les parents et comme l’ont fait quelques praticiens, à gorger de mercure une nourrice n’en ayant nul besoin et à compromettre sa santé pour favoriser la guérison d’un nouveauné. Si l’hydrargyre est mal supporté et si l’on veut tenter l’épreuve du traitement indirect, c’est un animal qu’il faut choisir pour intermédiaire. Rien de plus simple que d’administrer le lait d’une chèvre ou d’une ânesse préalablement frictionnée. Beaucoup de beaux succès ont été obtenus grâce à cette manière de faire, trop délaissée peut-être aujourd’hui.
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