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CHAPITRE XXXI

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS HISTORIQUE

Dès 1495, Marcellus Cumanus prescrivait l’usage de l’onguent mercuriel. A sa suite Conrad Gilini, Gaspard Torella , Joseph Widmann, Fallope et Bérenger de Carpi usèrent du remède sous les formes à peu près exclusives des frictions et des fumigations. Ce que nous remarquons particulièrement dans les préceptes que nous ont laissés ces auteurs, c’est la sagesse avec laquelle ils administraient ce médicament, dont il semble qu’ils eussent déjà reconnu les inconvénients. Nicolas Massa, par exemple, instituait plusieurs séries de frictions durant quatre jours, puis faisait interrompre le traitement. « Ungebam per quatuor dies omni sero, deindè dimittebam per hebdomadam quiescere sine unctione, et posteà iterùm ungebam per quinque dies in sero secundùm eorum virtutes, iterùmque dimittebam quiescere, et sic sanitati reslituti sunt. »

Mais cette période de modération ne devait pas être de longue durée j la facilité apparente de ce traitement le fit tomber entre

ÉTIOLOGIE.

les mains d'hommes ignorants, capables de toutes les exagérations. Aussi Nicolas Michel écrivait-il avec raison, en 1540 : « Le mal de Naples est traité par des gens qui n’ont appris fors vuyder les bourses, et opérant sans art, gens incogneus et estrangiers, recueillant grand profit de ce qu’ils ignorent. Tant d'abuz ont été commis en la cure de ce mal qu’on est injurié estre appelé panseur de grosse vérole. Pour les abus qu’ont commis tels intoxiquateurs qui par doux langage envenimaient premier les aureilles, ♦puis les bourses, finalement le corps. » Vers la même époque, le chevalier Ulric de Hutten traçait un effrayant tableau d’un traitement par le mercure, tel qu’il était institué et qu’il l’avait subi luimême1.

1 Nos lecteurs nous sauront gré de reproduire ici cette triste page : « Les malades étaient enfermés dans une étuve où la chaleur était maintenue constamment égale, très-élevée; ils y restaient de vingt à trente jours. Quelques chirurgiens, après les embrocations, faisaient coucher le patient dans un lit placé au milieu de la chambre, et provoquaient alors la transpiration en le chargeant de lourdes couvertures. L’effet de ces onguents était si actif, qu’il ne tardait pas à changer le caractère du mal. Des extrémités il se portait sur l’estomac, puis sur la tête ; une fluxion s’opérait sur l’arrière-gorge, sur la bouche ; si l’on n’y prenait pas garde, la violence de ces accidents nouveaux provoquait la chute des dents. Dans tous les cas, des ulcères accompagnés d’un gonflement énorme apparaissaient au gosier, au palais, à la langue et aux gencives; les dents étaient ébranlées; une salive abondante, visqueuse, fétide, s’échappait continuellement des lèvres ; la puanteur de ce liquide était repoussante; ses propriétés âcres, corrosives, infectaient aussitôt les organes en contact avec lui. De là l’érosion des lèvres, de la partie interne des joues; toute la chambre était imprégnée d’une odeur repoussante. Cette méthode de traitement était si douloureuse, que beaucoup de malades préféraient la mort à une guérison obtenue par ce procédé barbare. C’est à peine si l’on pouvait se flatter de guérir un malheureux sur cent. La cure même n’était pas de longue durée; de tristes rechutes se produisaient après quelques jours de soulagement... En insistant sur les frictions, ces marchands de pommade, ignorant la cause delà maladie, n’avaient aucun soin d’entretenir la liberté du ventre ; ils n’accordaient qu’une attention secondaire au régime, au choix de la nourriture et des boissons; on ne défendait pas à des malades dont les dents déchaussées étaient vacillantes de mâcher, de broyer des aliments solides et résistants. Ces sujets dont la bouche était envahie par des ulcères infects et sordides, dont l’estomac était épuisé, éprouvaient cependant un profond dégoût pour la nourriture Quoique la soif fût excessive, intolérable, on ne leur donnait aucune tisane pour apaiser son ardeur et calmer le feu des entrailles. Chez quelques-uns le cerveau finissait par se prendre ; il survenait des tremblements dans les mains, dans les pieds, par tout le corps; la langue embarrassée balbutiait; dès cet instant il ne restait aucun espoir, le mal était incurable.

» J’ai vu plusieurs de ces infortunés succomber dans le cours du traitement. J’ai connu un médicastre sans pudeur qui fit périr trois pauvres artisans, asphyxiés dans l’étuve, où il avait recommandé de forcer la transpiration... J’ai vu d’autres victimes, dont la gorge tuméfiée ne permettait plus le passage des mucosités purulentes qu’il aurait fallu expectorer ou vomir* se débattre dans les horreurs

1UW TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

Aussi comprend-on facilement l’enthousiasme avec lequel fut accueillie 1 apparition du gaïac , substance faiblement sudorifique, dont le plus précieux avantage fut de motiver, momentanément du moins, l’abandon de cette thérapeutique inexorable qui avait fait plus de victimes que la maladie. Qu’il me suffise d’avoir signalé cette curieuse époque de l’histoire de la syphilis, et de renvoyer, pour celles qui suivent, aux rapides indications que j’ai tracées dans l 'historique général (pages 477 et seq.). Pour les compléter, nous devons cependant dire quelques mots des diverses' opinions qui se sont fait jour au xixe siècle, et principalement de celle des anlimercurialistes.

C’est chose curieuse, en effet, que de voir la persévérance des attaques qui, dans notre siècle, se sont produites contre l’hydrargyre. Avec Hallopeau, auquel nous devons un travail très-complet sur le mercure, nous reconnaîtrons plusieurs groupes de médecins antimercurialistes. Le premier date de Broussais; pour ce vaste esprit la syphilis n’était qu’une phlegmasie et ne relevait d’aucun médicament spécifique. Bientôt ses élèves le dépassent; Dubled, Bobillier, Richon des Brus, en France, Murphy, en Angleterre, entreprennent de démontrer que le mercure est l’unique cause des accidents secondaires. Vingt ans plus tard, en 1855, Hermann, de Vienne, reproduit la même opinion avec moins de mesure encore; Kussmaul nous l’a d'épeint sous les allures d’un sectaire, prêchant une croisade contre l’hydrargyre ; vainement ses assertions ont-elles été réfutées, vainement l’histologie s’est-elle jointe à la clinique pour lui infliger les démentis les^ plus répétés; appuyé par Lorinser, chirurgien de l’hôpital de Vienne, et par le chimiste Kletzinsky, Hermann persiste dans sa singulière doctrine et ne craint pas, en 1873, d’adresser une requête à l’État pour l’inviter à interdire la vente du mercure.

Un second groupe d’antimercurialistes est celui des sy philisa teurs.On sait qu’Auzias-Turenne, Boeck et Sperino croyaient avoir trouvé dans l’inoculation répétée du virus chancreux le remède souverain, tant préventif que curatif, de la syphilis; dès lors il est évident que le mercure perdait toutes ses indications. Ce que l’on sait moins, c’est que la doctrine condamnable de la syphilisation mise en avant, tant en Suède qu’en Italie, par des hommes d’une incontestable loyauté et d’une grande compétence clinique, les poussa dans les voies de l’observation impartiale, et

d’une atroce agonie, être suffoquées par ces humeurs corrompues. » (Livre ou chevalier Ulric de Hutten sur la maladie française et les propriétés du bois de (jaiac, traduit par A. Potton, Lyon, 1865, chapitre IV, p. 31 et seq.).

MERCURE

que c’est sans doute à cette erreur d’un esprit distingué que nous devons le grand et beau travail de statistique dans lequel Boeck, s’appuyant sur des milliers d’observations, nous a fait connaître le résultat de sa pratique dans les hôpitaux de Christiania. L’œuvre de Boeck est aujourd’hui continuée par ses élèves et en particulier par Adam Owre.

Au dernier groupe, dont Diday est certainement l’initiateur, nous nous refusons à donner le nom d’antimercurialiste. Avec la plus entière bonne foi, exempt de toute attache doctrinale, cet auteur s’est demandé s’il était rationnel d’infliger à tous les vérolés le même traitement, comme le faisaient du temps de Hutten les guérisseurs qui uno calceo omnes calceabant. Cette pensée si logique lui a inspiré ses recherches sur la marche naturelle de la syphilis; et si la conclusion de ce travail tend à condamner les excès de la thérapeutique, il suffit de lire les ouvrages les plus récents de cet auteur pour être convaincu qu’il n’a jamais eu l’idée de proscrire systématiquement un remède dont les effets ne peuvent être niés sans aveuglement. C’est à cette école d’observation et de juste critique qu’appartient Lancereaux, auquel l’anatomie pathologique de la syphilis est redevable de si beaux travaux. C’est enfin dans ses rangs que nous voudrions pouvoir compter un chirurgien distingué des hôpitaux de Paris ; mais il ne nous le pardonnerait pas. Armand Després rejfrésente au contraire aujourd’hui, à Paris, l’opinion des antimereurialistes dans ce qu’elle a de plus absolu.

jj 1. — DU MERCURE.

Absorption, élimination. — On a longtemps discuté sur le mode d’absorption des mercuriaux soit par la peau, soit par la muqueuse intestinale, et aujourd’hui encore l’accord est loin d’être fait. L’opinion la plus accréditée naguère était que ces diverses préparations devaient se transformer en bichlorure de mercure pour passer dans la circulation (Mialhe) : sur la peau, l’observation microscopique ayant permis, à la suite des frictions, de suivre le métal jusque dans la gaine des poils, mais pas au delà (Neumann), on en concluait qu’arrivé au fond du bulbe il y subissait partiellement sa métamorphose en sublimé. Au contact des acides stomacaux la réaction devait se produire plus facilement encore, et c’est ainsi que s’expliquaient les résultats de ces expériences dans lesquelles du mercure, ayant traversé le tube digestif, n’avait pu être retrouvé en nature que dans celles des glandes

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

mésentériques qui étaient en rapport avec des points ulcérés de la muqueuse (Rindfleish).

Aujourd’hui, des travaux récents ayant prouvé qu’il jouit à toutes les températures d’une grande puissance de volatilisation1, on croit que, comme toutes les substances gazeuses, c’est en nature, vu son état de division extrême, que le mercure traverse les téguments cutanés ou muqueux et qu’il est absorbé (ttabuteau). Le protoiodure se transformerait en mercure libre et en biiodure de mercure, et ce dernier sel serait décomposé pour donner naissance à un iodure de sodium que l’on retrouve dans les urines et mettre en liberté le reste du mercure. De même le protochlorure ou calomel se décomposerait successivement en mercure libre et en bichlorure ou sublimé, sel soluble et par conséquent absorbable. La réduction de ce dernier en chlorure de sodium et en mercure métallique ne s’efïectuerait que lentement dans le torrent circulatoire. Enfin la théorie permet de supposer qu’à la longue tout composé bydrargyrique est finalement réduit en mercure; de nombreux faits cliniques que nous examinerons plus loin témoignent en faveur de cette manière de voir.

Après son absorption, le mercure se retrouve dans la plupart des liquides physiologiques2. Le bichlorure pris par la voie stomacale peut être décelé dans l’urine environ deux heures après son ingestion (Byasson, Betelli) ; dans la salive, il n’apparaît que deux heures plus tard ; il ne semble pas qu’il puisse passer aussi rapidement dans la sueur ni dans le lait; mais une proportion considérable s’élimine par la bile, et se retrouve dans les selles. C’est la

1 Merget a démontré que les molécules de mercure se dégagent de la surface libre avec une vitesse initiale de 180 mètres par seconde et peuvent être projetées jusqu’à 1700 mètres de distance.

- Pour la recherche de ces composés, le procédé qui jusqu’ici semble avoir donné les meilleurs résultats est basé sur la diffusion des vapeurs et leur action réductrice en présence des sels et métaux nobles (Merget). Après un très-grand nombre d’essais comparatifs faits sur les chlorures de palladium, de platine, d’or et de sodium, l’azotate d’argent ammoniacal et les mélanges de ces cinq sels en proportions différentes, H. Byasson a indiqué comme la plus convenable la formule

suivante :

Eau distillée 100'"'

Chlorure d’or et de sodium 0°r,60

Bichlorure de platine 09r,40

Avec ce liquide on trace sur un papier des traits qui normalement deviennenl d’un brun jaunâtre au bout d’une quinzaine de jours, mais qui sous 1 influence de traces de vapeurs mercurielles prennent une teinte noir foncé en vingt ou trente minutes. Le mercure est-il en solution, il faut d’abord le recueillir soit par précipia lion sur une simple lame de cuivre si le liquide est acide, soit, mieux encore, sur une

MERCURE

substance hépatique que le métal paraît abandonner en dernier lieu. Cependant il est certain qu’il ne quitte pas l’organisme en totalité. Souvent, en effet, on a pu en constater la présence au sein des tissus plus ou moins longtemps après son ingestion. Quand on injecte du cinabre dans le sang, on voit survenir sur les muqueuses certaines opacités dues à l’encapsulement des molécules de ce sel dans les cellules épithéliales (Wienksj); on a même soutenu que c’élait là l’origine de bon nombre de lésions rapportées à la vérole (Zeissel). D’autre part, des auteurs disent avoir constaté des accumulations hydrargyriques dans les ventricules du cerveau (Van Swieten, Reynaud), dans les os (H. Bennet), dans le pus d’un abcès (Maldore). Deux observations nous montrent le remède réapparaissant sur la peau, sous forme de petites perles métalliques, circonstance qui pourrait s’expliquer à la rigueur par ce fait que, les malades ayant été soumis aux frictions, le mercure aurait pu séjourner dans les glandes cutanées (Salmeron, Messana). Enfin, ce qui témoigne encore en faveur de cette persistance du mercure dans l’organisme, c’est l’amélioration que l’on a souvent observée chez les malades, autrefois exposés à des causes d’intoxication lorsqu’on les soumettait à l’électricité, dans le but de déplacer le mercure et de le faire disparaître (Caplin, Caron).

Action physiologique, intoxication, maladies mercurielles.

— Ce qui frappe tout d’abord quand on essaye d’analyser les propriétés du mercure, c’est l’évidence de son action parasiticide. Il tue les organismes inférieurs, pous, acariens, entozoaires, et tue également leurs œufs1. Son influence délétère se fait aussi sentir

lame tl’or, par électrolyse. Eu enroulant une lame d’or sur un rouleau d’étain, on constitue une petite pile très-suffisante pour cet essai. Ce métal ayant séjourné dix à quinze heures dans le liquide, qu’il faut acidifier de quelques gouttes d’acide chlorhydrique ou nitrique, on détache la lame d’or et on la lave avec de l’eau distillée; on l’essuie entre des doubles de papier à filtrer et on l’introduit dans le fond d’un tube de cuivre à essai neuf. À la partie supérieure du tube, et sans qu’il y ait contact avec la lame, on place deux ou trois fragments de papier réactif; on bouche incomplètement avec un bouchon de liège, et l’on chauffe très-légèrement le fond du tube. Si les traits apparaissent en brun jaune devenant noir en peu de temps, c’est que le liquide essayé contenait du mercure.

1 Cette action nocive se fait également sentir sur l’homme, et d’une façon identique quand il est soumis à une absorption considérable du métal. Il y a quelques années, trois personnes furent trouvées mortes pour s’être frictionnées la veille la surface entière du corps avec de l’onguent mercuriel, dans le but de se guérir de la gale. Leiblinger, qui put faire leur autopsie, constata une congestion généralisée des viscères et, par 1 analyse ^chimique, put en retirer une grande quantité d’hydrargyre.

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

sur les végétaux ; ayant enfermé un pétunia dans une cloche contenant une soucoupe pleine de mercure, Boussingault vit ses feuilles successivement frappées de mort. Chose curieuse, la présence du soufre dans la cloche neutralisait l’action du mercure, probablement par suite de la formation de cinabre. Comme on le voit, s’il était jamais démontré que la syphilis fût une affection de nature parasitaire, rien ne serait plus logique que d’admettre l’influence spécifique de l’hydrargyre pour anéantir la vérole, en tuant son germe.

Le mercure est un hypersthénisant des organes spoliateurs. Il réveille les fonctions des lymphatiques et favorise les résorptions; aussi voit-on souvent se produire, au début d’un traitement hydrargyrique, une tuméfaction ganglionnaire. De là son utilité pour amener la guérison des engorgements, l’affaissement de certaines tumeurs, en un mot, son efficacité réelle comme antiplastique. Son action comme dénutritif est bien indiquée par les sécrétions exagérées qu’il provoque quand on l’administre à doses un peu élevées : diarrhée par hypercrinie biliaire, pancréatique et intestinale, sudation, diurèse, et surtout ptyalisme, flux buccal dû soit à l’activité des glandes salivaires, soiL à l’irritation des gencives et des parties environnantes, par lesquelles s’élimine une grande quantité du composé mercuriel ingéré1. Cet affaiblissement de l’organisme se fraduit encore par un triple désordre dans la circulation. Le sang perd de ses hématies, perd de sa fibrine, et son cours est ralenti; de là résultent la décoloration des téguments, une plus grande fluidité du sang, devenu impropre à former des

’ La stomatite mercurielle est déterminée, non par la durée, mais par l’intensité de l’absorption. Elle est plus fréquente après les frictions, les fumigations et l’ingestion des sels insolubles (calomel, protoiodure, etc.), parce qu’on les administre généralement à doses plus élevées. Elle est favorisée par le froid, le mauvais état général (femmes blondes, scrofuleuses), ou la préexistence de lésions buccales. Certains sujets y semblent réfractaires; chez d’autres elle se déclare d’emblée après une absorption minime, telle qu’une cautérisation au nitrate acide de mercure. C’est dans le cours du premier septénaire qu’il faut la redouter. Fétidité de l’haleine, saveur métallique, gonflement et plus tard ulcération des gencives, ptyalisme, tels sont les symptômes principaux de la stomatite. Au début on observe souvent une tuméfaction de toutes les glandes salivaires formant une sorte de collier périmaxillaire, et même des glandules qui tapissent la muqueuse, mais le phénomène qui attire surtout l’attention est le gonflement de la muqueuse qui se recouvre de pellicules blanchâtres opalines. Il commence par la gencive inférieure au niveau de la canine et des incisives, et ne tarde pas a se généraliser, non-seuh ment aux gencives, mais à la langue et aux joues. Le voile est rarement ut teint ' l n’est jamais dépassé. Les dents semblent soulevées dans leurs alvéoles, écai lues b unes des autres, et quelquefois s’ébranlent; leur empreinte est marquée sur las joues

MERCURE

caillots, et par conséquent une prédisposition aux hémorrhagies, enfin une diminution de fréquence du pouls et un abaissement de la température. Dans les empoisonnements aigus, ce dernier phénomène est particulièrement marqué; la chaleur peut ne point dépasser 37 et môme 36 degrés.

Enfin l’intoxication lente, continue, aboutit à des accidents nerveux auxquels n’échappent aucun des ouvriers qui manipulent quotidiennement le mercure. C’est surtout en Espagne, dans les mines d’Almaden, qu’ont été observés ces symptômes sur lesquels je n’insisterai pas, et qui consistent spécialement en tremblements, crampes douloureuses, contractures dites calambres, paralysies et troubles intellectuels.

D’après toutes ces données, est il possible de s’expliquer l’action très-évidente, très-réelle du mercure sur les accidents de la syphilis? Nous n’oserions répondre affirmativement. Les uns estiment qu’il agit à la manière d’un spécifique en s’attaquant au virus lui-même. Pour d’autres, il n’est efficace qu’en face d’une lésion, et, comme la syphilis se caractérise toujours dans ce cas par une néoplasie, il agirait en tant que dénutritif, antiplastique. Mais alors comment expliquerait-on le pouvoir reconstituant, tonique dont il jouit en face de l’anémie due au virus, pouvoir bien démontré par les expériences hématimétriques de Keyes? Toute conclusion nous semblerait aujourd’hui prématurée.

Mode d’administration. — Le mercure s’administre par la peau (bains, frictions, fumigations), par la muqueuse pulmonaire (fumigations), par l’estomac et par le tissu cellulaire (injections sous-cutanées).

par deux rangées superposées de dépressions cupuliformes que sépare une crête linéaire très-consistante; plus tard surviennent des ulcérations, principalement au niveau du collet des dents, où la gencive est rongée, usée; d'où production d’un liséré ronge jaunâtre, engorgement des ganglions correspondants. Quelquefois l’inflammation se propage jusqu’à l’articulation lemporo-maxillaire et rend presque impossible l’écartement des arcades. L’écoulement de la salive, généralement modéré, peut atteindre plusieurs litres par jour; elle est plus lluide, car les glandes muqueuses sont généralement indemnes et leur sécrétion n’est guère augmentée. A un degré qu’il était commun d’observer autrefois, les symptômes s’aggravent, les alvéoles se nécrosent, les dents tombent, la fièvre s’allume, des fluxions collatérales se produisent, la face est tuméfiée, érysipélateuse; il faut môme redouter des gangrènes partielles. Au début, le traitement consiste uniquement dans l'emploi du chlorate de potasse en solution aqueuse saturée, intùs et extra (5 gr. par j. àl’intér.); cet agent est d’une efficacité merveilleuse. Quand des ulcérations se sont produites, on usera avec avantage de légères cautérisations à l’acide cliromique. Comme adjuvant, nous conseillons les collutoires au borax, le cresson et l’alcoolé de cocliléaria.

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Bains. — Le bain peut servir à faire absorber les sels solubles, parmi lesquels le sublimé est le plus employé. La proportion de cette substance doit être environ de 10 grammes par 200 grammes d’eau; c’est là un moyen infidèle en ce sens qu’on ignore la quantité exacte de l’agent actif qui entre dans la circulation, mais très-efficace dans certains cas de syphilide rebelles, où il agit comme topique. Ces bains ne doivent pas être renouvelés plus de 2 ou 3 fois par semaine.

Frictions. — Après purgation, le malade est soumis de deux en deux jours à des frictions de pommade mercurielle (de 4 à 8 gr.). On les exerce sur différents points du tégument, principalement des membres, en ayant soin d’en varier la place afin d’éviter toute action irritante. Pendant les jours intercalaires, on prescrit de grands bains simples ou sulfureux, ou des lavages à l’eau de savon. Quelques auteurs font frictionner de préférence les parties où la peau est le plus délicate, le pli de l’aine, l’aisselle, la face antérieure des avant-bras (Scatigna), d’autres préfèrent la paume des mains, la plante des pieds (Pihorel). Conduit par celte idée que le médicament devait passer par les voies mêmes qui avaient absorbé le virus, Peyrile agissait seulement sur les muqueuses du gland et du prépuce. — On se sert généralement d’onguent mercuriel double avec ou sans addition de sulfate de chaux ammoniacal, qui a la propriété de faciliter les lavages en rendant l’onguent miscible à l’eau de savon. — La méthode des frictions est énergique, rapide et sûre; aucune n’est plus précieuse dans les cas graves, où il faut agir promptement, dans ceux surtout on en présence d’un malade comateux, dysphagique ou dyspeptique, le praticien ne peut compter sur l’absorption stomacale. Ajoutons cependant que les gencives sont assez vite impressionnées, circonstance qui oblige souvent à suspendre le traitement, car, si l’on recherchait autrefois ce résultat comme une crise salutaire, la thérapeutique moderne, basée sur la cure par extinction, sans redouter à l’excès un léger degré de salivation, prescrit au contraire de l’éviter.

Fumigations. — Tour à tour prônée et décriée1, la méthode des

1 Voici comment Ambroise Paré appréciait cette méthode ; « il faut à présent parler de l’usage des parfums, lequel je n’approuve beaucoup pour les accidents qui en adviennent, parce qu’ils blessent le cerveau, poulmon, et demeurent les malades parfumés avec une baleine puante toute leur vie, aussi que plusieurs en les traictant sont tombés en spasmes, tremblement de teste etiambes, en apoplexie, surdilez, et sont morts par la mauvaise vapeur et qualité du soulphre et vif argent dont ledit cinabre est composé. » (Livre XVI, chap. xiv, éd. Malgaigne, t. II, p. «>5 .)

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fumigations, qui consiste à faire absorber des vapeurs mercurielles par la peau et quelquefois aussi par les voies respiratoires, a été remise en honneur récemment par Parker et Horteloup. On a employé le cinabre, le calomel ou le mercure métallique. Voici comment il faut procéder. Le malade, déshabillé, est assis sur une chaise basse, percée de trous; entre les pieds de la chaise on place une lampe à alcool vaporisant, du calomel par exemple ou tel autre composé, hydrargyrique contenu dans une capsule de porcelaine, laquelle est entourée d’une sorte de gouttière remplie d’eau bouillante (appareil de Langlebert), une grosse couverture ne laissant passer que la tête recouvre le tout. Les vapeurs de calomel et d’eau entourent le malade et lui procurent une sudation abondante; de temps en temps on lui recommandera d’entr’ouvrir la couverture pour aspirer largement la vapeur. Au bout de vingt-cinq minutes, toujours enveloppé de sa couverture, il devra retourner à son lit et y rester ainsi pendant une heure (Horteloup). — Par les fumigations, l’imprégnation mercurielle de l’organisme se fait assez vite, mais on aurait observé quelques cas de sténose laryngée consécutifs à l’absorption respiratoire des vapeurs hydrargyriques ; aussi fera-t-on bien d’en restreindre l’emploi. La véritable indication de celte méthode se trouve dans la cure d’accidents locaux des voies aériennes, ou des manifestations ulcéreuses précoces des téguments, telles que plaques muqueuses, impétigo, ecthyma suppuré.

Absorption stomacale. — De tous les composés mercuriels, le protoiodure, vanté par Biett et Ricord, est actuellement en France le plus usité; bien supporté par l’estomac, il offre cependant l’inconvénient de provoquer la salivation plus rapidement que le bichlorure, peut-être parce que dans la prévision, mais aussi dans l’ignorance des décompositions qu’il subit dans l’estomac, nous l’administrons à doses relativement considérables. Au début, on commencera par 2 centigrammes, pour arriver rapidementàla dose moyenne de 5 centigrammes, que l’on peut continuer pendant assez longtemps; 10 centigrammes administrés par moitié, matin et soir, suffisent généralement contre les accidents rebelles. Le protoiodure, n’étant pas soluble, se prescrit habituellement en pilules.

En seconde ligne doit être signalé le bichlorure ou sublimé coi'rosif, qui fait la base des liqueurs de Van Swieten, Gardane et des pilules de Dupuytren. Quelques praticiens, parmi lesquels il convient de citer Langlebert, lui donnent absolument la préférence, parce qu’il serait directement absorbé dans l’estomac et qu’il provoque rarement le ptyalisme. En regard de ces avantages,

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il faut faire remarquer qu’il irrite souvent la muqueuse stomacale au point de déterminer des coliques assez intenses, en raison desquelles on l’associe généralement aux opiacés, dans les préparations pilulaires; 1 et 2 centigrammes sont les doses ordinaires; nous croyons sage de ne jamais dépasser celle de 3 centigrammes, 4 centigrammes au maximum. Dans un cas cependant, Rodet (de Lyon) put, sans inconvénient , pousser la dose de bichlorure jusqu’à 10 centigrammes par jour; le même malade prit également 30 centigrammes par jour de protoiodure.

Signalons enfin le mercure métallique , beaucoup moins employé que les sels précédemment cités, mais que les expériences de Merget et de Rabuteau tendraient, croyons-nous, à remettre en faveur, n’était son action assez rapide sur les gencives. Les pilules de Belloste et de Sédillot contiennent le mercure en nature; dans les dernières, il est incorporé à l’état d’onguent mercuriel.

Beaucoup d’autres préparations ont été tour à tour préconisées, sans qu’il me semble utile de m’y arrêter.

Le biioclure n’est guère employé qu’associé à l’iodure de potassium dans le sirop de Gibert, excellente préparation dont nous parlerons plus loin; 1 e protochlorure est rejeté comme entraînant très-rapidement la salivation ; le cyanure , les acétate, nitrate , phosphate et sulfure, après une vogue peu durable, ont été généralement abandonnés.

Injections sous-cutanées. — L’idée de faire pénétrer directement le mercure dans le tissu cellulaire sous-cutané est de date récente, et a été émise par Scarenzio de Pavie. Lewin, Aimé Martin Liégeois, Dron, Diday, Profeta et Ragazzoni, Taylor sont les auteurs auxquels nous devons sa rapide propagation. En France, on ne considère guère celte méthode que comme un moyen exceptionnel, propre à employer dans les cas d’affection rebelle, attendu qu’elle est douloureuse, qu’elle peut exposer exceptionnellement à des complications fâcheuses, abcès, gangrène, fièvre, symptômes généraux; il est certain cependant qu’elle jouit d’un effet curatif plus sûr que les autres méthodes. On a injecté soit le sublimé, soit le cyanure ; aujourd’hui on donne la préférence au calomel ; telle est du moins la pratique suivie au grand hôpital de Milan, où cette méthode, employée d’une façon journalière et comme unique traitement tant à la consultation que dans les salles, donne les plus heureux résultats entre les mains du professeur Soresina et de son chef de clinique, Ambrogio Ber t are 1 1 i . C’est sur la région dorsale qu’il convient d’opérer; on ne fait généralement pénétrer qu’une très— peli Le quantité de 1 agent actif, et

lODUIlK DK POTASSIUM ET AUTRES COMPOSÉS IODlQUES. 1053

la piqûre n’est renouvelée que tous les huit jours. — Les doses sont minimes sans doute, mais est-ce là un avantage exclusif de la méthode ? Je ne le crois pas, car dans l’ingestion stomacale, où l’on administre une plus grande quantité du remède, il est à peu près certain qu’il s’en élimine une notable quantité par les selles, ce qui fait qu’en définitive il n’y a pas grande différence entre les quantités de médicament réellement actif avec lesquelles l’organisme va se trouver aux prises. C’est dans la cachexie, les affections oculaires et celles du système nerveux que la méthode hypodermique semble avoir donné les meilleurs résultats.

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