IODURE DE POTASSIUM ET AUTRES COMPOSÉS IODIQUES
Action physiologique. — Localement, l’iode est surtout un désinfectant et un antiseptique ; c'est également un parasiticide. Son mélange avec des produits animaux, tels que le pus, suffit à empêcher toute fermentation, tout développement de mauvaise odeur. De nombreuses expériences ont prouvé qu’il se combine directementaux matières animales sans altérer leur forme (Duroy); en solution aqueuse, ii fluidifie les liquides animaux et le sang en particulier (Poiseuille).
L’iodure de potassium ingéré ne paraît pas, dans la majorité des cas, exercer d’action irritante sur l’estomac, à moins qu’en se décomposant il ne donne lieu à la formation d’un iodate, composé légèrement toxique, à cause de l’iode mis en liberté (Rabuteau). Cet accident se produit notamment lorsqu’on administre simultanément du chlorate de potasse et de l’iodure de potassium. A doses élevées, il faut redouter de le voir occasionuer de la diarrhée, résultat qui n’a rien d’étonnant, si l’on se rappelle que tous les sels de potasse sont purgatifs.
Relativement à la nutrition générale, longtemps l’iodure de potassium a passé pour un résolutif, activant le mouvement de désassimilation. Cependant Gamberini et Rabuteau ont démontré le peu de fondement de cette opinion. S’étant soumis à un régime identique pendant une semaine, ce dernier auteur se mit à prendre quotidiennement, pendant cinq jours, 1 gramme d’iodure potassique, et le régime fut continué trois semaines. La moyenne de l’urée éliminée chaque jour pendant la première semaine fut de 22g,',64; le chiffre le plus élevé avait été de 24<Jr,62, et le plus bas 21gr,03. Avec l’iodure, l’urée descendit à 19gr,30 et enfin à 13gr,15, d’où il résulte que la diminution de ce principe fut, à un certain moment, de près de 40 pour 100. L’action du médicament se continua au delà des cinq jours pendant lesquels il fut ingéré, et c’est même pendant cette période ultérieure que la diminution fut le plus considérable. D’autre part, il est reconnu que la sécrétion du lait est diminuée, à tel point que l’on peut en entraver la montée en prescrivant l’iodure de potassium dès le premier ou Je deuxième jour des couches. Enfin l’action diurétique dont beaucoup d’auteurs le gratifient est loin d’être prouvée. La connaissance de ces faits permet d’expliquer une circonstance fréquemment notée en clinique : l’augmentation de l’embonpoint chez les syphilitiques traités par ce spécifique (Wallace).
Nous insistons particulièrement sur ce point, car on attribue généralement k l’iodure un pouvoir atrophiant, dont il ne jouit pas en réalité. Des faits nombreux et bien observés permettent
TRAITETENT DE LA SYPHILIS
d affirmer que toutes les fois que 1 on a vu diminuer le volume des glandes mammaires, des testicules, des reins, c’est que le médicament ne contenait que de l’iode ou contenait un iodure rendu impur, par la présence d’un iodate (Mojsisovitz). L’iodure doit donc être considéré comme un modérateur du mouvement nutritif.
En s’éliminant, comme nous l’avons dit, par les glandes, l’iodure de potassium se trouve en contact avec les muqueuses; or, sa présence se révèle d’une façon toute particulière sur quelquesunes d’entre elles par des phénomènes d’hypersécrétion et d’irritation locale quelquefois fort pénibles. C’est une chose remarquable que les plus petites doses suffisent à exciter les symptômes que nous allons décrire chez certains sujets prédisposés à l’iodisme et, fait non moins digne d’être noté, ils sont le plus souvent temporaires : il semble qu’après lui avoir payé un premier tribut, les tissus se sont habitués à cet irritant; toujours est-il que la gravité des accidents ne doit pas être considérée comme une indication de suspendre l’emploi du remède, dans la majorité des cas tout au moins. Le plus souvent, en effet, l’apaisement se produit et le traitement peut être continué pendant des mois, quelquefois même des années. C’est sur la muqueuse nasale que l’on observe généralement les phénomènes d’intolérance du début. Dans un cas que j’ai pu suivre minute par minute, ils se manifestèrent, moins d’une heure après l’ingestion de 2 grammes d’iodure, par un coryza des plus violents : éternuments fréquents avec répercussion douloureuse ; véritable coup de fouet, suivi de lassitude persistante dans les bras et même jusque dans les avant-bras; sensation de gonflement et d’enchifrènement de la muqueuse; jetage considérable; au bout de deux heures et demie, le lobule du nez était tuméfié, le bord des narines érythémateux et trèssensible. Bientôt le mal se propageait dans les parties supérieures du nez, le squelette lui-même était le siège de douleurs; «il semble, disait le malade, que les os propres sont serrés dans un étau. » Presque toute la face était le siège des mêmes sensations de constriction et d’éclatement, à cause, sans doute, de la propagation du gonflement aux muqueuses des sinus frontaux et maxillaires; en même temps, céphalalgie frontale gravative. La nuit, le sommeil fut interrompu tous les quarts d’heure par l’impossibilité de la respiration nasale, le besoin d’expulser le produit du jetage et de la salivation. Ce dernier symptôme était probablement dû en partie à un flux pharyngien, lequel s’écoulait mélangé de filets sanguins ; il y avait aussi du larmoiement. Tous ces symptômes, sauf le coryza, qui ne disparut qu’au bout de plusieurs jours, se dissi-