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CHAPITRE PREMIER

DES VÉGÉTATIONS

\ l. — HISTORIQUE.

Les plus anciens auteurs ont parlé des végétations. Sous les noms de mariscœ , / ici , thymi , rappelant leur ressemblance avec la figue ou les (leurs du thym, nous les trouvons décrites par Celse, Aélius, Paul d’Egine, et signalées par les poètes salyriques. Kappelons à ce propos le vers classique de Juvénal :

Scd podice lævi

Cæduntur lumidæ, mcdico ridente, mariscæ.

« Le médecin coupe en riant les grosses marisques qui entouraient sou anus.

De nos jours, pour être moins poétiques les noms de poireaux , choux-fleurs , crêtes de coq , n’en sont ni moins pittoresques ni moins descriptifs.

Au xve siècle, quand fut reconnue la vérole, les végétations n’échappèrent pas à la confusion générale et furent englobées parmi les accidents attribués à la syphilis. Cette erreur devait durer jusqu’à notre époque. Faisons remarquer cependant qu’un petit nombre de praticiens surent rester fidèles observateurs; parmi ces derniers, citons notamment Ambroise Paré, qui écrivait au xxme chapitre de son livre VII : « Thymus est une petite verrue éminente représentant haut, la fleur du thym. Elle est dure et raboteuse, estroitte en sa base et vient communément aux hommes entre le prépuce et le gland et aux femmes au col de leur matrice, engendrée d’humeur melancholic de maligne qualité et souvent de la verolle .» Un peu plus tard, Nicolas de Blegny est plus explicite

DES VÉGÉTATIONS

encore : «Comme on sç.ait par expérience, dit-il, qu'on peut voir dans ceux qui ne sont pas vérollez des douleurs, des dartres, des verrues, des poireaux , des ulcères et des chancres, on sçait aussi qu’en voyant arriver ces maux dans le troisième degré de la verolle on pourrait encore douter de son essence. »

Benjamin Bell Tut le premier qui formula exactement la donnée étiologique de la lésion qui nous occupe. «Ces excroissances, déclare-t-il, succèdent à différents genres d’irritation; je les ai plusieurs fois vues engendrées par de simples excoriations chez des malades qui n’avaient jamais eu ni gonorrhée ni vérole. Toute cause capable d’irriter le prépuce et. le gland semble exciter dans les petits vaisseaux sanguins de ces parties une disposition à bourgeonner, d’où paraissent résulter les poireaux. »

Ces résultats de l’observation s’accentuent plus nettement encore sous la plume de Bichon des Brus, qui, cette fois du moins, frappait juste en soutenant la non-participation du virus. Voici ce qu’il en disait : «La cause unique des végétations est l’irritation légère, mais prolongée, de la partie sur laquelle on les observe ; soit que cette irritation ait été produite par l’acte du coït avec une personne saine ou par le pus irritant que sécrètent les organes génitaux d’une femme malade, soit qu’elle ait été occasionnée parle stimulus que détermine le passage des matières sécrétées dans l’uréthrite ou par les mucosités sécrétées à la base de la couronne du gland, soit qu’elle soit due enfin à la masturbation, à la malpropreté, au frottement de la verge contre les vêtements pendant les marches prolongées, ou qu’elle succède à un ulcère, l’essence du' mal est toujours la même, l’affection est toujours locale et, dans aucun cas, elle n’a rien de spécifique.»

Toutefois, ce ne fut pas sans de vives discussions que l’opinion des virulistes fut définitivement renversée. Vidal et Beaumès s’en firent les défenseurs dans ce qu’elle avait de plus-exagéré ; pour eux, toute végétation était un accident symptomatique de la syphilis. «Je nie, écrivait Vidal, que toute cause irritante puisse faire naître des végétations sans antécédent, sans accident vénérien, sans rapport intime préalable. » Et l’on sait que, pour cet auteur, il n’était guère de lésion vénérienne qui ne fût manifestation de la vérole. A côté de ces auteurs, quelques autres, parmi lesquels nous rangerons Lagneau, Gibert, Cazenave, Bicord, professaient une opinion mixte, d’après laquelle la syphilis était considérée comme susceptible d’engendrer seulement une variété donnée de végétations. Enfin Diday, Bollet, Guérin, Boys de Loury cl Costilhes soutinrent l’opinion opposée.

ETIOLOGIE.

On se souviendra longtemps de l’implacable polémique dont Diday poursuivit les affirmations imprudentes de Vidal, et Ton peut dire que Y Exposition critique et pratique des nouvelles doctrines sur la syphilis fut le dernier coup porté à ces opinions arriérées.

Leur cause une fois connue, l’histologie s’appliqua à scruter la pathogénie des végétations; c’est principalement à l'école allemande, représentée par Thiersch, Virchow, Petters, que nous sommes redevables de leur description intime.

Cet historique serait incomplet si nous ne citions pas, en terminant, trois travaux remarquables parus dans ces dernières années el dus à Giuseppe Profeta (de Palerme), Tommaso de Amicis (de Naples) et Aimé Martin.

g 2. — ÉTIOLOGIE.

Les végétations peuvent survenir chez des sujets indemnes de tout accident syphilitique ou vénérien, héréditaire ou acquis; il n’est même pas très-rare de les voir se développer, sans qu'il y ait jamais eu même de rapport vénérien, chez des petites filles souffrant dès leur enfance de leucorrhée, chez des petits garçons atteints de phimosis ou sujets à la balanite. Nous devons donc tout d’abord écarter de leur étiologie toute influence de virus ou d’une cause spécifique quelconque, et par cela même nous sommes amenés à contester la réalité des rares exemples de contagion qui ont été rapportés.

Que prouve, en effet, l’observation de Velpeau, qui, dans un cas de végétation balanique, en vit se développer une sur le prépuce, après avoir maintenu pendant quelques jours cet organe au contact de la tumeur? N’est-il pas évident qu'il a démontré non pas la contagiosité du néoplasme, mais l’aptitude du tégument à produire des végétations sous l’influence d’une cause irritante ? Au reste, Melchior Robert n’obtint qu’un résultat négatif.en plaçant sous son prépuce, à différentes reprises, des fragments de végétatiorts. Quant aux assertions de quelques chirurgiens qui prétendent avoir produit des chancres en inoculant le pus des végétations, il est facile de leur opposer les très-nombreuses expériences de Rollet; cet auteur a constaté quelquefois des symptômes d’irritation locale et de la suppuration, mais jamais de perte de substance ulcéreuse, jamais de chancre.

Les végétations surviennent à la suite des irritations légères longtemps continuées du tégument; à ce titre, toute maladie vénérienne peut en devenir la cause. Citons la blennorrhagie avec ses

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sécrétions de longue durée, la balanite qui maintient une humidité constante sur un terrain très-propice à cette pullulation, les plaques muqueuses humides de la rainure, du scrotum, delà région périanale. Parmi les causes vulgaires, nous mentionnerons particulièrement l’accumulation du sécrélum sébacé qui se fait chez les sujets peu soucieux de l’hygiène ou chez ceux qui , soutirant d’une maladie aiguë depuis quelque temps, ne peuvent prendre les soins ordinaires de propreté.

Quant aux causes prédisposantes , on accorde généralement une grande influence au tempérament lymphatique et à la diathèse herpétique; l’eczéma, maladie du derme, pourrait, selon nous, révéler une prédisposition. On a remarqué la fréquence avec laquelle le papillôme envahit les organes génitaux chez les sujets qui ont eu antérieurement des verrues aux mains (Diday et Langlebert). Enfin, les végétations compliquent assez souvent le diabète ou plutôt le phimosis diabétique, que nous avons signalé dans un chapitre précédent. Il est à remarquer que dans ce cas la tumeur peut atteindre un volume considérable et se reproduire après l’exérèse avec une très-grande rapidité (A. Martin).

La grossesse exerce une influence non douteuse sur le développement des végétations ; il faut en accuser l’écoulement leucorrhéique, si fréquent chez les femmes gravides , et surtout la congestion physiologique des organes, congestion telle, que la tumeur est souvent entourée à sa base d’arborisations vasculaires, et que, dans beaucoup de cas, elle revêt une teinte rouge trèsmarquée et se couvre de petits points noirs hémorrhagiques. Ce qui rend plus évidente encore l’influence de la gestation, c’est la résolution du néoplasme, que l’on voit communément diminuer, se flétrir et disparaître plus ou moins complètement dans les jours qui suivent la délivrance.

Siège. — Aucun point du tégument n’est plus prédisposé au papillôme que la muqueuse ano- génitale : chez l’homme, la couronne du gland, le prépuce, les environs du frein; chez la femme, les grandes et les petites lèvres, la fourchette, la partie interne des cuisses, des fesses, la rainure inlerfessière. Hors des organes génitaux externes on en a vu se développer sur le col de l’utérus, le mamelon, la pointe de la langue. J’ai vu la muqueuse labiale et celle delà luette donner naissance à un très-petit choufleur. On a également signalé la vulnérabilité, exceptionnelle il est vrai, de la muqueuse conjonctivale, de celle qui revêt les fosses nasales et même de celle qui tapisse le conduit auditif (Kramer).

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

§ 3. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Les végétations sont anatomiquement caractérisées par l’hypertrophie des papilles et de la couche épidermique qui les recouvre ce sont des papillômes.

Une incision verticale, suivant l’axe des papilles, permet de reconnaître l’exagération de leur volume, soit en hauteur (fig. 123), soit en largeur. Itien de plus variable que la déformation qu’elles subissent en se développant. Les unes sont longues et effilées, se

Fig. 123. — Papilles hypertrophiées d’une végétation préputiale.

(Gross. de 22 diam.)

groupent en gerbes présentant des divisions et des ramifications de toutes sortes ; les autres s’étalant surtout transversalement, leur sommet s’émousse, les dentelures se transforment en mamelons arrondis.

L’élément épidermique peut offrir également des dispositions diverses, soit qu’il forme un simple revêtement à la surface des papilles, soit qu’il les recouvre d’une masse épithéliale plus ou moins irrégulière, énormément hypertrophiée. Encore faut-il distinguer les cas où le revêtement suit, en les exagérant, les sinuosités des groupes papillaires, et se segmente à leur surface (végétations pédiculées) de ceux où il les coiffe uniformément d’une

DES VÉGÉTATIONS

calotte à surface à peine bourgeonnante (végétations sessiles). Dans certains cas, cette prolifération épidermique peut être assez considérable pour déprimer par place la surface sous-jacente, et môme pour y pousser des prolongements. A ce degré, on doit reconnaître que le papillôme confine de très-près l’épithélioma. J’ai du observer ce processus avec une grande netteté sur une tumeur remarquable, dont les fig. 123 et 124, dessinées d’après mes préparations, feront bien comprendre la structure.

Fie. 12i. — Coupe transversale d’un papillôme, vu à un grossissement

de 300 diamètres.

Des masses pavimenleuses représentent les prolongements épidermiques pénétrant de haut en bas dans le derme, dont ils sont naturellement séparés par la couche de cellules cylindriques qui établit la limite constante et normale entre les deux étages de la peau. Dans ces cônes pénètrent de bas en haut des papilles en voie de profilération, qui apparaissent sur la coupe transversale, sous forme de petits cercles englobés dans l’aire des amas épithéliaux, et limités également par la couche cylindrique intermédiaire. Tout autour le derme est irrité. J’appelle tout particuliè-

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

rement l’attention sur cette forme un peu complexe du papillôme laquelle n’a pas, que je sache, été décrite jusqu’ici. L’aspect trèsparticulier que présente la coupe transversale ne paraît pas de prime abord d’une interprétation bien facile, et en a plus d’une fois, sans doute, imposé pour une tumeur d’origine épithéliale; cependant il suffira de constater la présence des cellules malpighiennes pour éviter cette erreur.

Examinons maintenant la composition intime de chaque partie du néoplasme. L’étage profond est formé par du tissu conjonctif et des vaisseaux ; chaque papille offre une charpente fibreuse dont le milieu est occupé par une ou plusieurs branches artérielles ascendantes et des veinules, constituant l’anse vasculaire normale, plus ou moins exagérée. Nous trouvons dans ce fait l’explication de l’hémorrhagie qui accompagne toujours la section de ces tumeurs. Au-dessous des papilles, l’hypernutrition du derme se traduit par une abondante production de tissu fibreux aussi; beaucoup d’auteurs, parmi lesquels il faut ranger Virchow, classent-ils la tumeur qui nous occupe parmi les fibromes. Cette dénomination nous paraîtrait acceptable pour certains cas, où nous avons pu voir le tissu morbide s’infiltrer très-profondément dans les tissus sous-jacents et y envoyer des prolongements qu’à l’œil nu il n’eût pas été possible de distinguer des boyaux par lesquels s’accroissent les tumeurs malignes. Au sein de cette partie du néoplasme, on trouve en outre des éléments arrondis, cellules embryonnaires en quantité variable ; parfois elles se multiplient tellement, que sur certains points examinés isolément il est impossible de discerner si l’on n’a pas affaire à un sarcome. Ajoutons que, dans ce cas, l’accroissement de la lésion justifie dans une certaine mesure cette assimilation.

La couche supérieure est, dans la majorité des cas, l’élément qui prédomine. Présentant parfois une épaisseur dix ou vingt fois plus considérable que celle des papilles, elle est composée de cellules épithéliales ellipsoïdes à la face profonde, pavimenteuses (fig. 125), progressivement aplaties à la surface, presque toujours engrenées et pourvues d’un noyau très-apparent. Dans bon nombre de cas, nous y avons observé des amas de cellules altérées rappelant les globes épidermiques de l’épithélioma.

Fig. 125. — Cellules epithéliales d’un papil lome, vu à un grossissement de 300 diamètres.

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§ 4. — SYMPTOMATOLOGIE.

Les végétations sont sessiles ou pédiculées. Dans leur forme la plus simple, les végétations sessiles se présentent sous l’aspect de granulations miliaires, hémisphériques ou coniques. Au gland, où cette variété est surtout fréquente, en raison de la grande abondance des papilles, elles font saillie sur le pourtour de la couronne. Tantôt elles sont isolées et en petit nombre, tantôt elles constituent un semis sur toute la région, ou bien elles se groupent en un ou plusieurs amas, sur de petits disques épaissis des téguments. Leur couleur est celle de la muqueuse ; quelquefois cependant elles offrent une teinte plus rouge, plus brune, même ardoisée. On peut les voir rester stationnaires pendant des mois, des années même, ou bien se développer avec une véritable acuité. Il peut arriver alors que la tumeur s’épanouisse en forme de champignon et devienne tardivement plus large à son sommet qu’à sa base; mais elle n’en conserve pas moins les caractères de la végétation sessile, car sa large surface d’implantation lui permettant de recevoir une quantité de vaisseaux considérable, sa nutrition est active et son développement très-rapide; sa couleur rappelle celle de la fraise, de la framboise, de la mûre. On doit craindre surtout qu’elle ne s’accroisse par pullulation papillaire de voisinage et élargissement progressif de sa base. Parmi les papillômes sessiles nous citerons encore la crête de coq , sorte de prolongement muqueux, aplati, à bord libre frangé et dentelé, offrant l’aspect et quelquefois la couleur de la crête des gallinacés. Citons enfin une variété remarquable de végétation conique, caractérisée par le développement de délicates élevures d’un centimètre à un centimètre et demi de hauteur; ces papilles agglomérées sont rosées, quelquefois filiformes, rappelant un peu l’aspect de villosités intestinales turgides. Un exemple de cette rare lésion a été publié et figuré par Demarquay dans son livre sur les Maladies chirurgicales du pénis (p. 308).

La végétation pédiculée, à l’état simple, est formée par une excroissance très-mince, dont le sommet, distant de la base de 2 ou 3 millimètres, est couronné d’un renflement de la forme et du volume d’une tête d’épingle, tantôt lisse, tantôt sillonné de petites 'dépressions : c’est ce qu’on appelle le poireau. La couleur du revêtement épidermique est celle de la muqueuse sur laquelle il est implanté; quelquefois cependant il ollre une teinte vascularisée très-prononcée.

SYMPTOMATOLOGIE.

On voit souvent les poireaux pousser en grande quantité sur les organes génitaux, aussi bien sur les muqueuses que sur la peau contaminée par les sécrétions, et quelquefois ils persistent ainsi, peu volumineux, isolés, comme des arbres dans une forêt clair-semée.Mais très-souvent ils se réunissent par faisceauxet atteignent, soit en longueur, soit en hauteur, un volume plus considérable ; c'est ainsi que se forme le chou-fleur , variété de beaucoup la plus commune des végétations (fig. 126).

Rien de plus exact que cette comparaison pour donner une idée de la surface inégale, multilobée et granuleuse de ce néo-

Fig. 126. — Végétation en chou-fleur (d’après un moule de la>'collection Alfred Fournier).

plasme et en même temps de ses pédicules lisses, étroits, que l’on ne peut apercevoir qu’en écartant la masse exubérante, champignonneuse, qui les surmonte. Le volume en est fort variable; depuis le grain à peine gros comme un pépin de poire, jusqu’aux massesénormes qui atteignent et parfois dépassent les dimensions d’une tête d’enfant, on peut observer tous les états intermédiaires.

La marche de cette lésion n’offre rien de fixe ; en quelques jours la vulve d’une femme gravide peut se hérisser des choux-fleurs les plus volumineux, tandis que l’on en voit d’autres persister indéfiniment dans le même état. P. Boyer rapporte l’histoire d’un malade dont le gland fut couvert au bout d’un mois. Chez un autie, les masses morbides excisées repullulèrenl cinq fois en trois se-

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maines. Ce que l’on peut dire de plus généril, c’est que, dans la grande majorité des cas, le développement est assez lent pour laisser à la thérapeutique toute latitude d’intervention ; aussi est-ce toujours chez des sujets négligents ou privés de tous secours médicaux que le néoplasme atteint des proportions considérables.

Quand une tumeur volumineuse siégeant dans la région ano-génitale est livrée à sa marche naturelle, sans qu’il soit pris aucun soin de la garantir contre les chocs, les frottements, il est rare que sa surface ne subisse, à la longue, un processus irritatif plus ou moins accusé. De là un suintement à la fois séreux, purulent et hémorrhagique, et des excoriations, quelquefois de véritables

FIG. 127. — Végétation sous-préputiale (d’après un moulage de la collection P. Horteloup).

ulcérations répandant une odeur repoussante. Des papillômes ont pu, de cette façon, revêtir toutes les apparences des tumeurs malignes, compromettre la santé générale et influencer les ganglions, non spécifiquement par généralisation, mais au même titre que tout foyer inflammatoire, que toute solution de continuité à secretum sanieux; et ce qui prouve bien la nature de ces engorgements, c’est qu’il suffit généralement de faire cesser la complication accidentelle, en instituant les soins de propreté les plus élémentaires, et au besoin en conseillant le repos et un enveloppement protecteur de la masse morbide, pour faire cesser tout phénomène anormal du côté des lymphatiques.

Nous serons bref en ce qui concerne les symptômes fonction-

TRAITEMENT

nels assez variables des végétations, suivant leur siège. Se développent-elles sous phimosis, elles soulèvent le tégument, compriment le gland, et peuvent arriver à distendre et à perforer le double feuillet du prépuce en un ou plusieurs points (fig. 127).

Dans certains cas, elles n’occupent que la couronne du fourreau, et forment très-exactement sur son pourtour une bordure crénelée. Quelquefois l 'urèthre est envahi, sinon dans ses parties profondes, du moins entre les lèvres du méat ; la miction est alors plus ou moins perturbée, « les malades pissent fourchu », dit Paré, et l’urine souille les parties génitales. Les mômes phénomènes s’observent du côté de l’anus et se compliquent d’une sensation pénible de corps étranger et quelquefois môme de phénomènes réflexes fort désagréables. Enfin, une tumeur de celte nature, occupant la vulve, peut entraver l’accouchement dans une certaine mesure; confessons cependant la rareté des cas signalés.

Je n’insisterai pas sur le diagnostic du papillôme, comme on ne peut guère le confondre qu’avec les plaques muqueuses vé' gétanles, le cancroïde et le carcinome, je me borne à renvoyer au chapitre des syphilides secondaires (p. 723) et à la page 795, où l’on trouvera résumés les caractères de ces néo- piasmes.

$ 5. — TRAITEMENT

Avant tout, on doit s’attacher à faire disparaître la cause des végétalions, à tarir la sécrétion morbide qui a déterminé leur développement. De plus, si l’état général a souffert, si, par suite du volume de la tumeur, de son ulcération, de l’abondance du seeretum, le malade est en proie à la fièvre et à l’anémie, on prescrira toniques et antiseptiques, afin de pouvoir procéder le plus rapidement possible à l’exérèse et de replacer l’opéré dans de bonnes conditions.

Dans les cas ordinaires, lorsqu’un semis de végétation paraît sur la couronne ou dans la rainure balano-préputiale, c’est aux astringents qu’il faut avoir recours. Ambroise Paré conseillait un mélange d’ocre et de poudre de Sabine, laquelle, disait-il, opère par propriété occulte. La poudre de sabine, la poudre d’oxyde de fer et l’alun calciné sont encore aujourd’hui le topique de beaucoup le plus usité. La partie malade doit être lavée deux fois par jour avec du vin rouge, puis recouverte de ces substances mélangées en poids égaux. Au bout de trois ou quatre jours, les petites masses papiilomateuses deviennent friables et peuvent être enlevées peu à peu avec les ongles. On a également employé, avec des

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succès particuliers, mais non constants, la poudre de calomel, l’opium brut, la boue d’opium, le tannin, l’iodure de fer, la teinture de cantharides, les poudres de bétoine et d’ellébore blanc, d’hermodacte bruslée (Paré). Les anciens ont vanté le pourpier, les feuilles de souci pilées avec du sel, le jus de chélidoine, le lait de titkymal, etc. Enfin Brescbet dit avoir obtenu de bons résultats avec la teinture de tuya officinalis.

Si nous énumérons ainsi tous ces moyens, c’est qu’aucun d’eux n’est héroïque, c’est que tous ont été employés avec profit dans quelques cas et se sont montrés impuissants dans un plus grand nombre.

Les caustiques réussissent souvent dans les cas où les astringents ont échoué. Citons le nitrate acide de mercure, les acides azotique, acétique, chromique, la pâte carbosulfurique. Dans les cas où les végétations sont peu saillantes et occupent une grande surface, la pâte de Vienne rend de grands services. On la délaye en une sorte de bouillie très-claire qu’il suffit d’appliquer sur les végétations; au bout de quelques minutes, le produit morbide ramolli s’enlève facilement. L’acide chromique ne doit être employé que dans le cas où le néoplasme offre une petite surface, car l’absorption d’une certaine quantité de ce corps n’est point sans danger; on a pu observer des phénomènes d’intoxication, tels que vomissements incoercibles, selles involontaires, fièvre, agitation. Dans un cas où d’énormes masses végétantes avaient été badigeonnées avec cet acide jusqu’à imbibition complète, on vit se développer des accidents mortels h

L’ablation du papillôme peut être pratiquée par le raclage, la ligature ou l’excision. La petite cuillère coupante de "Wolkmann est assurément fort commode pour détacher les végétations peu volumineuses, qui offrent peu de prise soit aux ciseaux, soit au bistouri ; mais j’ai lieu de croire que son action est très-superficielle, n’atteint pas le néoplasme assez profondément et favorise les récidives. Le même reproche peut être adressé à la ligature

1 Un autre inconvénient de l’acide chromique doit être signalé. La facilité avec laquelle il cède son oxygène est telle, que dans certains cas, mal déterminés encore, il peut amener des combustions spontanées. On sait qu il suffit de jeter une goutte d’alcool concentré sur des cristaux de ce corps pour voir se produire l'inflammation de l’alcool avec formation de sesquioxyde de chrome. Pareil dégagement de lumière et de chaleur se produit également en présence de 1 ammoniaque. De même, on peut voir des tampons imbibés de solution chromique prendre feu spontanément. Il suffit d’être prévenu de ces phénomènes pour se garantir des dangers qu’ils pourraient entraîner.

TRAITEMENT

élastique, que, vu sa simplicité, j’emploierais pourtant volontiers dans les cas de végétations un peu volumineuses; il est vrai qu’il serait facile de prévenir la repullulation par le caustique. L’instrument tranchant peut suflire dans tous les cas. [tien de plus facile que de saisir le pédicule entre les branches d’une paire de ciseaux courbés sur le plat et d’enlever le produit morbide; rien de plus expéditif et rien de plus efficace, si l’on a soin d’emporter en même temps un petit disque du tégument périphérique. On a, il est vrai, à redouter la douleur et l’hémorrhagie, mais l’anesthésie localisée et l’établissement de la compression élastique d’après les principes d’Esmarch permettront au besoin d’en triompher. L’écoulement du sang est toujours très-abondant quand on extirpe de gros choux-fleurs profondément implantés dans le gland et qu’on est obligé de sculpter l’extrémité de la verge au milieu de tissus très-vasculaires plus ou moins altérés; on fera bien, en pareil cas, de panser à plat avec de très- petits tampons imbibés de perchlorure de fer ou d’eau de Pagliari. Au reste, les délabrements apparents de l’organe, une fois l’opération terminée, sont singulièrement amendés par le travail de la cicatrisation; c’est merveille de voir les excavations se combler et les formes reparaître, souvent à peine modifiées. Je rappellerai à ce propos que l’étonnante vitalité dont font preuve les tissus de cette région a souvent fait croire à tort à une régénération, contre laquelle protestent à la fois et l’observation exacte et l’anatomie pathologique.

De Castelnau, Considérations sur les végétations anciennes du pénis et sur le cancer de cet organe {A nn. des mal. de la peau de Cazenave, t. I, p. 60, 1843). — Boys de Loury et Costiliies, Sur les végétations syphilitiques chez la femme {Gaz. méd. de Paris, p. 314, 1844). — Blacher, Traitement des végétations vulvaires avec l'acide acétique {Société de médecine de la Seine, 1867). — De Amicis Tommaso, Dei condiloma acuminati in rapporto alla sifilide e loro trattamento con l'acklo fenico ( Giorn . dclle mal. ven., I. I, p. 293, 1867). — Giuseppe Profeta, Suite vegetazionc {Giorn. ital. délie mal. ven., t. II, p. 85, 1868). — Martin, Etudes sur les végétations {Ann. de dermat. et de syphil., t. IV, p. 161, 1872). — Wilhem Petters, Zur Grage der Ansteckungs fahigkelt der Végétât ionen [Viertelj. fur Dermat., p. 255, 1875). — Demarquay, Maladies chirurgicales du pénis, p. 318 et 408, Paris, 1877.

HERPÈS GÉNITAL

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