‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 21 sur 262 · BALAN0-P0STI11TE · texte numérisé non relu

BALAN0-P0STI11TE

pour la balano-posthite simple : je veux parler de la variété de chancre que Langlebert a décrite sous le nom de chancre épithélial phagédénique. 11 arrive parfois en effet que l’accident primitif s’étend sur une surface considérable de la muqueuse balano-préputiale et la couvre d’ulcérations rouges, sécrétantes, d’apparence très-superficielle, qui rappellent assez bien celles de la balano-posthite. Cette similitude a même fait croire à certains auteurs que la balano-posthite était dénaturé syphilitique. L’erreur est donc facile.

M. Langlebert en rapporte une qu’il a commise au début de sa pratique. Un jeune homme prêt à partir en vacances étant venu le consulter pour des ulcérations de ce genre, il crut reconnaître une simple inflammation de la muqueuse, et déclara qu’il suffirait de quelques jours de traitement pour la faire disparaître. Mais quelle pe fut pas sa surprise en apprenant que cette gonorrhée bâtarde, qui d’ailleurs avait disparu dans les délais prévus, avait été suivie au bout de cinq ou six semaines d’une roséole ne laissant aucun doute sur sa nature !

«Le fait que je viens de rapporter, ajoute M. Langlebert, ne pouvait dans l’espèce avoir djs suite fâcheuse que pour le malade; mais supposons qu’au lieu d'un départ en vacances, il eût été question d'un mariage prochain... » Cette hypothèse s’est, hélas! réalisée dans un cas fort malheureux bien connu de l’auteur de ce livre, qui ne croit pouvoir mieux faire que d’imiter le loyal aveu qui précède.

M. B*‘*, commis voyageur, vint me consulter en août 1S7Û pour une balanite persistante dont il attribuait l’opiniâtreté aux fatigues d’un voyage et au défaut absolu non-seulement de traitement mais d’hygiène. A l’aspect d’érosions rougeâtres, irrégulières, occupant une bonne partie du gland, sécrétant une quantité modérée de pus, je portai le diagnostic de balanite fongueuse, rassurai pleinement mon client, et ne crus pas devoir le dissuader d’un mariage dont plus de deux mois d’ailleurs nous séparaient. Un seul indice eût pu m’éclairer : l’aine gauche était le siège d’une tuméfaction plus considérable que n’en détermine habituellement la balanite; mais B*** me prévint qu’il en était porteur depuis plusieurs années, et j’eus foi en cette trompeuse affirmation si familière à ce genre de malades.

Deux mois s’écoulèrent. Trois jours avant son mariage, B * que je n’avais pas revu, vient me remercier. Grâce au nitrate d’argent, les ulcérations avaient disparu en moins d’une semaine, et je me félicitais à la fois et du diagnostic et du traitement, quand, recherchant

PRONOSTIC

les causes d'un enrouement passager dont il se plaignait, je découvris sur les piliers, le voile et les amygdales les plaques muqueuses les plus caractéristiques. Il fallut bien me rendre à l’évidence ; la prétendue balanite n’était autre qu’un chancre syphilitique. A l’honneur du malade, je le décidai sans peine à une rupture, que les circonstances rendirent plus éclatante que je n’eusse voulu et pour lui et pour moi. Mais il me fut moins facile de l’arracher aux idées de suicide qui l’obsédèrent, et dont il ne se débarrassa que par une expatriation momentanée.

Cependant il sera généralement facile avec un peu d’attention d’éviter semblable erreur. On reconnaîtra le chancre à ses érosions plus sombres et comme briquetées, à sa sécrétion moins abondante et moins épaisse, moins franchement purulente, à sa consistance plus ferme, papyracée et môme parcheminée, quand on l’explore entre le pouce et l’index, et surtout à la présence dans les aines de ces ganglions durs, indolents, que l’on a si justement comparés à de petites noisettes, et que l’on ne rencontre jamais engorgés à ce degré dans la balano-posthite.

Ces caractères font-ils défaut, on aura de grandes présomptions de croire que le malade n’est atteint que d’une balano-posthite blennorrhagique ; maison ne saurait être trop oirconspect, et pour peu que cet examen laissât quelques doutes dans l’esprit, il ne faudrait pas hésiter à exiger du malade l’ajournement de son mariage à six mois, c’est-à-dire après le délai nécessaire pour être certain qu’il n’a pas subi l’infection constitutionnelle.

Il est plus difficile de tracer les caractères qui permettent de reconnaître Yaffection diathesique derrière laquelle s’abrite le mal local. Nous signalerons seulement la forme particulière de l’inflammation à son début, l’atonie des symptômes, la fréquence des récidives, comme de sérieuses présomptions en présence desquelles on ne devra jamais négliger de rechercher si le sujet ne présente pas les attributions du tempérament arthritique, scrofuleux ou herpétique.

g 5. — PRONOSTIC.

La balanite simple est toujours une affection des plus bénignes. Les phlegmons, la gangrène qui la compliquent, ne sont môme pas beaucoup à redouter.

L inflammation disparaissant laisse souvent un engorgement ganglionnaire très-persistant et presque toujours une disposition assez marquée pour les récidives.

BALANO-POSTilITE.

Des troubles fonctionnels que la sclérose du prépuce et ses adhérences avec le gland peuvent entraîner, enfin des conséquences ou du danger des tumeurs papillaires, je ne dirai rien ici, renvoyant aux chapitres où il sera question du phimosis et des végétations.

Mais il est un point sur lequel il est nécessaire d’insister ici. La balano-posthile est dangereuse en ce qu'elle crée des orifices d’absorption pour les liquides pathologiques. Si beaucoup d’hommes s’exposent à la contagion sans être infectés, tandis que d’autres le seront à coup sûr, dans les mêmes circonstances, cela tient vraisemblablement à ce que l’épithélium est intact chez les premiers, mince, faible, érodé chez les seconds. La localisation des chancres mous et indurés qui se fait si souvent à la face interne du prépuce et dans la rainure du colletdu gland est déjà un argument en faveur de cette manière de voir. Mais d’après M. Nystrom la plupart des chancres, spécialement les plus graves, se rencontreraient chez des hommes antérieurement affectés de balano-posthite. 11 y a plus, la forme même de l'ulcération servirait, suivant cet auteur, à démontrer ce fait. Les différences de forme du chancre dépendraient non du virus, mais de certaines conditions anatomiques de la peau. Or, pourquoi tel chancre occupe-t-il une large surface? C’est, sans doule, -répond l’auteur suédois, parce qu’une balanoposthite antérieure a ouvert une large porte d’entrée au pus sécréteur de la syphilis.

§ 6. — TRAITEMENT

Deux médicaments, le nitrate d’argent et le tannin, également vantés par les praticiens qui y ont recours, dominent tout le traitement de la balano-posthite.

a. Nitrate d’argent. — Le crayon légèrement passé sur les surfaces ulcérées si le malade peut décalotter, glissé sous le prépuce dans le cas contraire, et promené circulairement à plat tout autour du gland, est un moyen héroïque, mais fort douloureux. Avant comme après l’opération, il faut avoir soin de laver attentivement et de sécher les surfaces pour les débarrasser des détritus purulents et de l’excès du caustique.

Il est préférable d’employer les solutions dont l’action, quoique moins rapide, n’est pas moins certaine. On prescrit donc au malade de se laver avec une solution au 300e (50 centigrammes de nitrate sur 150 grammes d’eau). La réparation des surfaces se fait avec une rapidité étonnante. Du jour au lendemain, les points ulcérés se sont parfois recouverts d’une pellicule blanchâtre cica-

TRAITEMENT

triciel le. Dans les cas de phimosis, le nitrate sera injecté avec une petite seringue.

Afin d’éviter l’accollement des surfaces et par suite la formation de brides et d’adhérences, on fera bien de les isoler au moyen d’un linge fin, ou en les recouvrant de poudre de riz ou d’amidon. A ce propos, signalons un fait de pratique qui a bien son importance. Cette poudre, dont beaucoup de personnes font un usage constant, détermine quelquefois, par le frottement des particules très-dures dont elle se compose, une sorte d’usure des tissus, et il n’est pas rare de voir le prépuce acquérir alors une telle sensibilité, que le malade y ressente pendant le coït un sentiment de brûlure intolérable. Tout malade doit donc être prévenu de ce fait (Langlebert).

b. Tannin. — Au nitrate d’argent M. Nystrom substitue le tannin auquel il trouve le grand avantagede n’être pointd’une application douloureuse, et, en même temps qu’il guérit l’affection actuelle, de prévenir les récidives en fortifiant la peau du prépuce. Le prépuce étant retiré en arrière, on le tend afin d’effacer tous les plis, puis après l’avoir lavé avec de l’eau de manière à enlever toutes les matières sécrétées, on étend sur toutes les parties enflammées une couche de tannin del millimètre au moins d’épaisseur. Le prépuce est alors ramené sur le gland, sans qu’il soit nécessaire d’interposer linge ni charpie; on renouvelle d’abord les applications tous les deux ou trois jours, puis on les continue en les espaçant de plus en plus; mais on a soin de lotionner quotidiennement la verge avec de l’eau très-froide.

Les résultats de cette manière de faire sont, paraît-il, rapides et certains. L’auteur qui l’a préconisée l’emploie aussi pour fortifier un prépuce sain, mais qui est délicat et faible. Ce serait donc le spécifique et le véritable prophylactique de la balano-posthite.

Si l’inflammation du prépuce est telle, qu’il y ait menace de phlegmon ou de gangrène, on usera du traitement antiphlogistique (quinze à vingt sangsues au périnée, à l’aine); on injectera entre le gland et le prépuce une décoction concentrée de quinquina additionnée d’extrait thébaïque (décoct. quinq. jaune 150 gr. , extrait théb. 1 gr.). Enfin si le mal n’est pas enrayé, il ne faut pas hésiter à débridera n incisant verticalement le prépuce, du limbe à la rainure balano-préputiale.

IIeliot (J.), Théorie de la syphilis, thèse de Paris, 3 avril 4844.. — Bartoli (H. -A.), Syphilis et scrofules, thèse de Paris, 13 août 1 845. — De Castelnau, Quelques considérations sur les érosions syphilitiques en général et sur la blennorrhagie bâtarde en particulier ( Annales des

PHIMOSIS

maladies de la peau cl de la syphilis. Paris, 1845). — Guersant, Balanite chez un enfant ( Revue clinique, Journal de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1849). — Haciborski, Balano-posthite et syphilis constitutionnelle (Gaz. méd. de Paris, p. 617). — Burow, Sur la balanite ( Deutsche Klinik, p. 178, 1864). — Kuborn, Traitement de la balano-posthite (Gaz. des.hôp ., 107, 1866). — Cazenaye(A.), Compendium des maladies de la peau et de la syphilis, p. 104. Paris, 1869. — Holmes, Thérapeutique des maladies chirurgicales des enfants. (Ouvrage traduit et annoté par Larcher, p. 256. Paris, 1870). — Langlebert, La syphilis dans ses rapports avec le mariage, vid., chap. V, p. 87: La balano-posthite et le chancre phagédénique épithélial. Paris, 1873. — Nystrom, Balano-posthite. Son rôle à l'égard du chancre. Son traitement (Annales de demi., 421, 1874). — De Beauvais, De la balanite, de la balano-posthite parasitaire et du phimosis symptomatique du diabète (Gaz. des hop. Paris, 1875). — Mauriac, Leçons sur la balanoposthite et le phimosis (Gaz. des hôp., 1875).

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