‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 28 sur 262 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

0 1‘ Il TII AL MIE H LE NN OR II IIAGIQUE.

La blennorrhagie de la conjonctive a été signalée pour la première fois par Sl-Yves en 1702. Hunter n’en parla pas, mais Swediaur en a donné une description remarquable. Dès le commencement de notre siècle, un très-grand nombre de travaux furent publiés sur cette maladie, à laquelle resteront attachés les noms de Dupuytren, Mackenzie. Lawrence, Hairion, Thiry, Florent Cunier, Warlomont, Guyomar, Desmarres et De Wecker.

§ 1. — ÉTIOLOGIE.

Un malade atteint de blennorrhagie se heurte contre un obstacle qui le blesse au sourcil gauche. Sur les conseils d’un de ses amis il se lave les yeux avec son urine. La nuit même qui suit cette opération des douleurs très-violentes se déclarent dans l’œil, une ophthalmie purulente apparaît, et finalement ne cède qu’à une thérapeutique très-énergique, et après avoir menacé l’œil d'une destruction complète (Jarjavay).

Un jeune homme qui souffrait d’une blennorrhagie uréthrale se lave par mégarde le visage avec de l'eau dont il s’est servi deux

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heures auparavant pour lolionner sa verye ; les deux conjonctives deviennent presque aussitôt le siège d’une inflammation des plus intenses, et ce n’est qu’au prix des plus grands efforts et de la thérapeutique la plus active, que l’on parvient à préserver ses yeux d’une destruction totale (Langlebert).

Un blennorrhagien avait un œil d’émail. Un soir il ôta cet œil , et le mit clam un verre d'eciu qui lui avait servi à laver sa verge. Tout à coup il est pris d’une inflammation très-intense du moignon, et toute la membrane qui tapisse ce qui reste de globe se met à sécréter un liquide jaune verdâtre, dont l’écoulement est accompagné de douleurs affreuses, et la purulence suit son cours (Cullerier).

Un malade s’essuie la face avec des linges qui ont servi à la toilette d'un gonorrhéique, et sur lesquels on constate des taches de mucopus; il est presque aussitôt atteint d’une conjonctivite des plus graves (Florent Cunier).

Ces faits donnent une idée extrêmement nette du mécanisme par lequel se produit l’ophthalmie purulente blennorrhagique. On y suit avec évidence le transport du pus de l'urèthre à l'œil. Directe, dans le premier cas, indirecte dans les autres, l’inoculation est indéniable.

La cause occasionnelle de la contamination variera, on le comprend, suivant nombre de circonstances, les habitudes, la profession, le genre de vie, de vêtement, le sexe, le milieu social. Tel malade, pendant que, la tête baissée il secoue le pénis, pour le débarrasser de la matière de l’écoulement, reçoit dans l’œil le pus qui va l’enflammer. Tel autre, et c’est le cas le plus ordinaire, y porte inconsciemment la main avec laquelle il vient d’exécuter la recherche de la goutte, cette opération si familière au blennorrhagien. Une mère a gagné ce mal redoutable en veillant son fils atteint de blennorrhagie oculaire. Les gardes-malades, les sœurs d’hôpital, les médecins, sont souvent les victimes des soins qu’ils donnent aux gonorrhéiques. Enfin l’enfant en naissant, par son passage, son séjour dans le conduit vulvo-vaginal, y rencontre parfois la sécrétion contagieuse, qui désorganisera ses yeux avant qu’il les ait ouverts à la lumière.

Gomme on le voit, la condition essentielle reste toujours la même : le contact du muco-pus d'une blennorrhagie soit oculaire , soit uréthrale, avec la conjonctive. Florent Cunier a pu la découvrir hl fois sur 8â cas; mais alors même qu’elle n’est point démontrée, qu’on ne se hâte point de la nier ! En 1832, une femme entrait dans les services de l’Hôtel-Dieu, pour une ophlhalmie

ÉTIOLOGIE.

qui, dès le lendemain, avait amené la fonte des deux globes. Les parties sexuelles examinées n’apprennent rien. Dupuytren fait venir le mari, recherche quel est l’état de son urèthre, et' le découvre atteint de blennorrhagie. La contagion était prouvée.

On a cité des faits dans lesquels l’ophthalmie a été communiquée pour satisfaire une vengeance ; enfin elle l’a été dans un but d’expérimentation, et même de thérapeutique : « Je connais, dit Garron du Villars, cinq ou six chirurgiens, qui ont été victimes de leurs expériences, sans compter M. Ducourleney, qui a laissé un oeil sur le champ de bataille. »

C’est Jæger (de Vienne), qui, en 1812, eut le premier recours aux inoculations de pus blennorrhagique , pour guérir le pannus, mais, nulle part, ce moyen n’a été plus souvent mis en pratique qu’en Belgique, où les faits rapportés par Van-Roosebroeck, Warlomont et Hairion, se comptent par centaines, chiffres que n’ont jamais atteints parmi nous ceux de Chassaignac, A. Richard, Desmarres, Rivau Landrau et Brière. Tous ces essais des inoculateurs nous ont appris que, lorsqu’on l’humecte, après l’avoir laissé se dessécher, le pus gonorrhéique est encore capable de déterminer l’ophthalmie, et qu’il conserve cette propriété, même étendu de cinquante fois son poids d’eau et plus, comme le démontrent aussi les faits que nous avons rapportés plus haut.

Nous avons insisté précédemment sur la large part que l’on doit faire à la matière leucorrhéique dans l’étiologie des écoulements uréthraux. Nous avons montré que si les effets de son contact avec la muqueuse de l’urèthre sont habituellement moins prononcés, moins redoutables que ceux du muco-pus blennorrhagique, ils-acquéraient parfois une telle intensité que, cliniquement, il n’était plus possible de les distinguer. Ce qui était vrai pour l’urèthre, l’est-il pour la conjonctive? S’il faut en croire Jüngken, Wilde (de Dublin), Bumstead (de Philadelphie), Desmarreset Ivloz, il existerait u ne ophthalmie purulente leucorrhéique, moins grave, il est vrai, dans la généralité des cas que la blennorrhagique, mais comme elle contagieuse, et susceptible de l’égaler par la violence du processus. Cette maladie se rencontrerait particulièrement chez les petites filles, bien souvent déterminée parle transport du produit leucorrhéique sur la face au moyen des éponges servant aux lavages, et chez les nouveau-nés. Contrairement à une opinion fort accréditée en France, ces auteurs ne croient donc pas que toute ophthalmie purulente gagnée au passage par un enfant, pendant l’accouchement, signifie fatalement: blennorrhagie de la mère.

OPHTHALMIE BLENNORRIIAGIQUE.

L’ophthalmie blennorrhagique est rare. Dans son immense pratique, Beaumès n’en vit que deux cas; M. Langlebert, dans l’espace de plus de vingt années ne Va pas observée davantage. Une statistique de six années à l’Antiquaille ne nous en a offert que quatre. Mais ce n’est pas dans les hôpitaux de vénériens et les cliniques spéciales qu’il convient de les rechercher, chez des malades, qui, bien prévenus des dangers qu’ils courent, savent prendre les soins nécessaires pour s’en garantir. D’autre part, un sujet atteint de conjonctivite gonorrhéique se rendra de préférence auprès d’un ophthalmologiste, ou dans les services de chirurgie générale. Il est certain qu’à Lyon, par exemple, tandis que l’on en observe à peine un cas à l’Antiquaille, les chirurgiens de l’Hôtel- Dieu en soignent annuellement au moins une vingtaine. Bumstead nous a donné un très-intéressant récensement des ophthalmies blennorrhagiques observées à la New-York eye infirmary, pendant quinze ans.

Nombre

Nombre

Années

total de malades

des ophth. blennorrh.

Il en résulte que dans les hôpitaux, relativement au nombre total des maladies oculaires, celui des ophthalmies blennorrhagiques est comme 1 est à 628. Il est généralement regardé comme beaucoup plus grand chez l’homme, sans doute à cause de la rareté de la chaudepissechez la femme et de la moins grande facilité que lui laissent ses vêtements de souiller ses doigts au contact de ses parties sexuelles. Toutefois, sans que nous puissions nous appuyer sur des chiffres, notre observation personnelle tendrait à nous faire considérer celte différence comme notablement moins

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