CHAPITRE XV
blennorrhagie nasale
En 178 U, Andrew Duncan publiait l’histoire d’un jeune liomme qui, s’étant servi par mégarde d’un mouchoir tâché de pus hlennorrhagique, avait éprouvé une véritable blennorrhagie nasale. 1
Cette observation fut acceptée par la plupart des auteurs contemporains, Hernandez, Hecker, et il est remarquable de voir
1 « A young man labouring under a gonorrhæa, was obliged to employ his hand- » kerchicf for a short time to save bis shirt. After obtaining other cloths, he im- » prudenlly put the handkerchicf in his pocket, and witbout being aware of the » conséquences, lie used it in biowing his nose. The effect was a disease of the » inside of the nose, and an affection of the mucous glands there, in every respect » resembling the gonorrhæa.» (Andrew-Duncan, Medical cases selecled from the records of the public dispensarg al Edinburgh, page 269, Edinburgh, MDCCLXXX1V). jullien. U
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qu’à celte cpoque reculée, la seule variété d’inflammation blcnnorrhagique des organes éloignés qu’admettaient les auteurs était vraiment rationnelle et en rapport avec nos données actuelles sur la nécessité d’une contagion locale. Ilecker 1 est fort explicite sur ce point. « La matière contagieuse de la gonorrhée, pénètre-t-elle accidentellement dans le nez ou dans les oreilles, il survient un écoulement par ces parties ; cette gonorrhée, qu’on peut appeler nasale ou auriculaire , suivant le siège qu’elle occupe, guérit bientôt par les seuls soins de propreté. »
Ce n’est qu’un peu plus tard que l’hypothèse spécieuse d’une rhinite métastatique trouva des défenseurs. Nous lisons, en effet, dans le tome XII des Annales de Montpellier 2 une singulière observation due à Forcade.
Il s’agit d’un marin à tempérament sanguin, qui contracta .le 30 germinal an X une blennorrhagie, laquelle fut arrêtée au bout de trois jours par des injections d’acétate de plomb liquide. Dès lors, cessation de tous les symptômes locaux ; mais, le 10 floréal, malaise général, gêne considérable dans la respiration, efforts violents pour tousser ; la nuit, augmentation de l’oppression, crachats sanguinolents. Le lendemain, céphalalgie profonde, pommettes vivement colorées, chaleur au gosier, oppression telle, que le malade est forcé de se tenir assis, etc. — M. Forcade apprend que le malade s’est supprimé une gonorrhée par des injections, et il se propose de la rétablir. Le 12 floréal il pratique une injection d’ammoniaque liquide dans le canal de l’urèthre ; le lendemain, écoulement muqueux par ce canal, diminution des symptômes inflammatoires relatifs à la respiration, et enfin cessation complète au bout de huit jours.
Userait inutile de faire remarquer fout ce que cette observation contient d’inadmissible. Nous ne l’avons reproduite ici qu’à titre de document historique. 11 n’en est pas de même du fait de rhinite blennorrkagique qu’à rapporté M. Edwards, d’Edimbourg, en 1857.
Chez une veuve de 61 ans, cet auteur constatait l’état suivant : Toute la figure était enflée, surtout les paupières, le nez et la lèvre supérieure ; elle avait un peu de conjonctivite et un petit abcès à l’angle gauche de la bouche. Le nez était extrêmement sensible à la pression, la peau en était rouge, tendre, luisante, parsemée
1 Traité des différentes espèces de gonorrhée , par Auguste-Frédéric Ilcckcr, conseiller du roi de Prusse et professeur de médecine à Erford, 1787. Traduit de l'allemand par A, J. L. Jourdan, Paris, MDCGCXIl.
» u ibliothèoue médicale, t. XII, p. 117. Annales de Montpellier.
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de petits points enflammés. La lèvre supérieure était considérablement tuméfiée, la surface entamée excoriée évidemment par le contact irritant d’un liquide purulent, qui coulait en abondance de chaque narine. Toutes ces parties étaient tellement sensibles, qu’à peine osait-elle essuyer la matière de cet écoulement, et qu’elle tenait sa tête penchée en avant pour faire tomber le pus sur le parquet. Elle avait considérablement maigri depuis le commencement de cette maladie; cet écoulement était très-fétide.
L’extrême maigreur et l’aspect générai de cette femme firent d’abord supposer l’existence d’une affection de mauvaise nature; mais, poussant avec la plus grande minutie l’examen des faits antérieurs, l’auteur finit par savoir que six mois auparavant son fils était venu lavoir. Il avait une blennorrhagie et soutenait ses bourses avec un mouchoir de poche; il laissa ce mouchoir dans sa chambre, sa mère le ramassa et s’en servit pour se moucher pendant deux ou trois jours. Le cinquième jour la narine gauche devint sèche, chaude, avec cuissons, et bientôt elle commença à rendre une matière jaune. Peu de temps après, la narine droite se prit de la même façon et les yeux s’enflammèrent un peu. Ces symptômes s’accompagnèrent de maux de tête, de douleurs dans les membres et de frissons. Elle crut d’abord à une grippe intense, mais l’état de son nez empirant chaque jour, elle se décida* à consulter un médecin. Sous l’influence d’un traitement approprié, les symptômes s’amendèrent et disparurent en quelques jours.
Enfin, nous nous sommes demandé si le coryza des nouveaui nés ne reconnaissait pas parfois une origine semblable à celle de l’ophthalmie. Les narines paraissent dans une position singulièrei ment propice pour recevoir au passage le pus contagionnant sécrété par les organes maternels. Le coryza se manifeste vers le deuxième et le troisième jour après la naissance, et présente une durée indéterminée si la thérapeutique n’intervient pas. Cependant tel n’est point l’avis de# M. Pajot, à l’expérience et au jugement duquel nous avons fait appel. Le coryza neonatorum ne présente pas, en effet, l’acuité des symptômes et surtout le fiux abondant que 1 on devrait s’attendre à rencontrer en pareil cas. Il cède rapidement à l’emploi de remèdes peu énergiques. Or ce ne sont point là les caractères des affections blennorrbagiques.
A ces déductions toute théoriques, à ces hypothèses plus ou. moins ingénieuses nous pouvons opposer des recherches expéri mentales précises.
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Diday dit avoir très-souvent (8 à 10 fois pour le moins), dans un but expérimental, porté dans la narine et frotté sur la pituitaire de blennorrhagiens le bout du doigt chargé du muco-pus uréthral : et jamais il n’en est résulté môme la plus légère inflammation de la muqueuse nasale.
Plus récemment, un praticien donnait ses soins à une femme atteinte d’ophthalmie blennorrkagique et de blennorrhagie vulvovaginale; ayant voulu mettre à l’épreuve l’immunité de la pituitaire, il recueillit avec un pinceau le muco-pus oculaire et en barbouilla la muqueuse nasale atteinte déjà d’un léger catarrhe. Trois jours s’écoulèrent et rien d’insolite ne se passa du côté du nez; l’ophthalmie guérit par un traitement énergique, et, sans aucune médication, le catarrhe nasal s’effaça.
Tel est actuellement l’état de- la question. Peut-être serait-il témérairç de la considérer comme définitivement résolue. Pour nous, nous nous bornerons à faire remarquer que ces résultats sont en parfait accord avec les données de l’histologie sur la différence de constitution des muqueuses uréthrale et nasale. Si cette dernière reste réfractaire à l’action du pus formé dans l’urèthre. nous savons en effet que, mise en contact avec la matière qui constitue le jetage du coryza, elle peut dans certains cas subir la contagion. Les expériences négatives de Friedreich ne sauraient détruire les faits très-positifs sur lesquels cette opinion est établie. Si cet auteur n’a pu faire naître le coryza de cette façon, pareille expérience a donné entre les mains de M. Clerc un résultat tout opposé. La personne qui se prêta à l’inoculation eut à souffrir pendant plusieurs jours d'une inflammation nasale des plus intenses.
Nous passerons sous silence la blennorrhagie auriculaire que
Lenlin et Reil prétendent pourtant avoir observée en Angleterre, et les blennorrhagies buccale , axillaire et ombilicale dont rien ne
nous prouve aujourd’hui la possibilité.
Hecker (Aug.-Fréd.), Theoretisch-practisclieAbhandlung über den Tripper, (Leipzig, 1787. Traduit en français par «Jourdan en 1812). — Edwards, Rhinite blennorrkagique ( The Lancet, april 1857). — Diday, Rhinite blennorrkagique ( Annuaire de la syphilis et des maladies de la peau, p. 333. Paris, 1858). — Desnos, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. IX, art. Coryza. Paris, 1872. — Bonnikre, Précis histologique de la blennorrhagie virulente. Paris, 1873. — IIoerk, Blennorrhée contagieuse chronique de la muqueuse nasale [Klinische Wochenschrift, n° 48, p. 611. Berlin, 1874).