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CHAPITRÉ XXV

VAGINITE

On ne saurait commencer ce chapitre sans rendre un hommage particulier à Ricord. Reconnaissant l’insuffisance des modes d’exploration vulgairement usités, c’est lui qui le premier établit la nécessité de se servir du spéculum, « instrument propre à rendre visibles les parties les plus profondes du vagin, ainsi que le col de l’utérus. Le moyen n’était pas neuf sans doute, mais son application générale l’était incontestablement ». Aussi ne peut-on nier sans injustice que de ce maître datent les premières observations rigoureuses sur la maladie qui va nous occuper. Après celui de Ricord, il convient de citer les noms de MM. Deville, Boys de Loury et Oostilhes, Becquerel et Rodier, Durand-Fardel, Mercier, Foucher, Hardy, Alph. Guérin et Bernufz.

g 1. — ÉTIOLOGIE.

Si l’homme tient souvent la blennorrhagie d’une irritation, c’est surtout, ainsi que nous l’avons expliqué, par contagion qu’il la tiansmet. Isotons donc tout d abord, comme l’agent étiologique le plus fréquemment en jeu, le muco-pus gonorrheique. Viennent ensuite les causes dites vulgaires : échauffemenls, irritations, traumatismes :

a. Chez la femme comme chez l’homme, sous l’influence d’un

VAGINITE

stimulus physiologique, la blennorrhagie chronique est susceptible de repasser à l’état aigu.

b. Par le seul fait de l’échaulfement du coït, chez une femme atteinte de leucorrhée, une chaudepisse peut se développer.

c. En dehors, non-seulement de toute affection vénérienne, mais môme de toute perle blanche préexistante, la répétition exagérée du coït, la masturbation poussée à un degré extrême, l’usage de la machine à coudre (Guibout, Vernois) suffisent à déterminer quelquefois des écoulements blennorrhagiques.

Certains états anormaux des organes voisins : la grossesse par l’obstacle qu’elle oppose à la circulation veineuse, la congestion chronique du rectum sous l’influence des lavements, cause si fréquente au siècle dernier ‘, les ascarides, les oxyures, en excitant de violentes démangeaisons suivies de grattages; certaines conditions de l’état général, les fièvres éruptives1 * 3, les troubles particuliers accompagnant l’évolution dentaire (Langlebert, Mulreany), les affections diathésiques, l’arthritisme, la scrofule doivent être aussi comptés comme des causes possibles d’écoulements.

Assurément ces écoulements ne sont pas d’emblée gonorrhéiques. Il en est pourtant dont il ne serait pas aisé d’établir sûrement le diagnostic ; dans tous les cas ils doivent être notés comme de graves prédispositions.

La vaginite s’observe particulièrement dans l’enfance, conséeulivementà des violences criminelles, et dans les plus jeunes années de l’âge adulte, lors des premiers rapprochements que subit la jeune fille. Les parties sont étroites, le conduit vulvo-utérin subit des violences plus considérables; l’orgasme est plus complet, les muqueuses plus sensibles. Plus tard, leur revêtement a été pour ainsi dire tanné par l’usage. C’est alors qu’auprès de la prostituée l’homme est exposé à ces contagions médiates dont l'agent

1 « Je ne dois point oublier ici l’abus des lavements : la chaleur qu’ils portent dans le rectum, l’atonie des parties voisines qu’ils déterminent, et l’afflux des humeurs qu’ils provoquent sont des causes suffisantes d’écoulement gonorrhéïque, surtout chez les femmes. C'est pourquoi le flux blanc, dont tant de causes débilitantes favorisent l’apparition, s'observe chez presque toutes celles qui, d’après lcs^ conseils de Kempf, font un usage abusif des lavements et en prennent chaque jour plusieurs sans la moindre nécessité. Heureusement on a en grande partie renoncé à celte manie qui avait infecté la moitié de l’Europe, il y a 20 ans. » (A. Hecker, Traité de la gonorrhée, 1787. Traduit de l’allemand par Jourdan en 1812.)

’ Cazcaux, Traité de l'art des accouchements, 4-' édition, p. 317.

3 Gormack, London journal of medicine, sept. 1850, p. 872. — Barnes, Medical Times and Gazelle, july 12, 1850, p. 65.

déposé par un prédécesseur est resté sans action contre les parties féminines, au sein desquelles il a séjourné.

La vaginite peut succéder à une infection produite d’emblée pendant le coït, ou survenir consécutivement par suite de la suppuration de l’urèthre ou de la vulve. Le contraire est cependant plus fréquent.

g 2. — SYMPTOMATOLOGIE.

C'est d’abord par des phénomènes subjectifs que se manifeste la vaginite : douleur sourde, profonde, que l’on a comparée à uu sentiment de plénitude, de turgescence. Dans les cas très-aigus, ces symptômes font place à de la chaleur et à des cuissons, accrues parla marche, par la miction et surtout par la défécation. On comprend en effet combien les contractions du rectum doivent retentir sur la muqueuse vaginale avec laquelle il a de si intimes rapports.

Ces algies ne sauraient manquer de déterminer des irradiations réflexes chez la femme, terrain si favorable au développement des phénomènes nerveux. C’est en effet ce qui arrive ; l’aine, le bassin, la vessie, les cuisses sont le siège le plus fréquent de ces réflexes douloureux. F,G- U- ~ sPéculum de Cusco *•

Vient-on à faire l’examen de la muqueuse vaginale? Cette opération n’est pas facile, en raison de la vive sensibilité des parties; mais on arrivera presque toujours à la pratiquer si l’on sait y apporter la délicatesse nécessaire. C’est au spéculum de Cusco ffig. 24) et au spéculum grillagé (fig. 25) que quelques auteurs ont, à tort selon nous, voulu faire tomber en discrédit, que nous conseillons d av oir i cgoui s de pi éférencc. Grâce au second de ces instruments

A pas dp \ is Iatcialc pour fixer la position reçiprofjuc des deux valves.

VAGINITE.

on peut reconnaître l’état des parois vaginales dans toute leur étendue ; et constater qu’elles sont le siège d’un gonflement plus ou moins considérable, diminuant de beaucoup la cavité du vagin. Au reste, les parties génitales externes paraissent parfois comme rejetées, renversées en dehors, quand cette tumé-

lière et comme tachetée par des érosions. Dans les cas où l’écoulement est établi, on voit d’abord le pus qui séjourne entre les replis, de sorte que la muqueuse, au moment où l’on introduit le spéculum, offre deux couleurs bien tranchées, les sillons étant d’un jaune puriforme ou verdâtre, et la partie saillante des plis d’un rouge plus ou moins accentué. Souvent cet écoulement est très-abondant, et se ramasse dans le cul-de-sac postérieur, véritable cloaque où tombent aussi les produits de la sécrétion utérine. Quand le spéculum atteint cette région il est envahi par un flot de pus, qu’il faut absterger pour continuer l’examen.

Dans quelques cas on voit proéminer au-dessus de la surface du pus un pointillé assez régulier,- occupant particulièrement dans la partie postérieure et supérieure du vagin le sommet des plis transversaux. Les éléments sont de la grosseur d’un grain de millet, plus ou moins distants les uns des autres, et tranchent par leur couleur brunâtre sur celle des parois. Cette affection ( psorélytrie de liieord; vaginite granuleuse de Deville, Blatin ; vaginite papillaire de Boys de Loury) est déterminée par l’excès de développement des papilles muqueuses, et se montre particulièrement dans les cas d'hypernu tri lion, suite de congestion sanguine. Aussi accompagne-t-elle fréquemment la grossesse. Quelques auteurs l’ont considérée comme liée nécessairement à cet état; c’est là une erreur, car on peut l’observer chez des nullipares. Ces granulations n’ont

Fig. 25. — Spéculum grillagé.

faction est très-prononcée, ce qui est pour les malades la cause d’une grande gêne et de vives douleurs dans la station debout ou assise. La coloration de la muqueuse varie entre le rouge ardent (cas très-aigus), le violet foncé bronzé(grossesse), et le rose (calarrhe subaigu). Elle peut être uniforme, mais le plus souvent elle est irrégu-

SYMPTOMATOLOGIE.

aucune tendance à s’ulcérer et disparaissent spontanément quand la cause qui les entretient est supprimée, après l'accouchement par exemple.

V écoulement est des plus variables : clair et limpide au début, il ne tarde pas à devenir jaune, épais, crémeux, quelquefois sanguinolent, d’une odeur sut generis fort désagréable ; quand la vaginite cesse, il reprend le caractère muqueux du début; quand elle passe à l’état chonique, sa coloration devient laiteuse, et sa consistance diminue. Sa réaction est acide. Au microscope il paraît composé de globules muqueux et purulents mélangés à des détritus épithéliaux. Enfin onya décrit des microzoaireset des parasites végétaux.

C’est en 1836 que M. Donné découvrit le premier protozoaire appartenant en propre aux organes génitaux de la femme : le trichomonas vaginalis1. Cet infusoire monadien, dont la longueur varie entre huit et dix-huit millièmes de millimètre, (fig. 26) présente un tégument grisâtre contractile, une forme ovale ou puriforme; une extrémité antérieure pourvue d’un filament double ou bifurqué, une postérieure arrondie ou terminée par un filament rigide de longueur variable, en moyenne de cinq millièmes de millimètre. Il porte une ouverture buccale pourvue de cils vibratils. Sa sub-

ir. -D. — incnomonas vaginalis (Donné).

stance fondamentale, au sein de laquelle on voit quelques noyaux, est absolument dénuée de vésicule contractile. A côté de ce parasite il n’est pas rare d en rencontrer un autre, de forme très-voisine, recouvert de cils vibratils se dirigeant tous vers l’extrémité caudale; Salisbury lui a donné le nom de ciliciris bicaudalis.

Le trichomonas nage au sein du liquide vaginal. Sesmouvements ne sont influencés ni par un abaissement sensible de la température (jusqu’à 20°) ni par le changement de réaction du milieu. Mais au contact de l’eau salée, des solutions d’acide chromiquc, de tannin, de sublimé, ils s’arrêtent et le parasite devient rigide.1

On le voit disparaître pendant les premiers jours qui suiven t 1 accouchement.

Enfin on a encore signalé dans le pus des vaginites la présence

1 Donné, Comptes rendus de l'Académie pie, Paris, 1 8 il .

sciences, 1827, Cours de microsco-

VAGINITE.

de vibrions, de bactéries , plus rarement une forme particulière du leptotrix, le leptotrix vaginalis (Donné, Kôlliker, Scanzoni, Franckenhauser, Winekel, Haussmann) et du mycosis vaginalis (Haussmann, Hallier), qui n’est autre chose que l’oïdium albicans de Charles Robin.

Les micrographes qui décrivirent ces parasites furent d’abord tentés de leur faire jouer un grand rôle, mais l’observation ne tarda pas à démentir ces séduisantes théories. Le trichomonas, par exemple, s’observe parfois chez les femmes bien portantes, dont les sécrétions paraissent le plus normales. Cependant on le rencontre plus particulièrement dans les catarrhes aigus, accompagnés d’un écoulement muco-purulent à réaction fortement acide, et dont il formerait la dixième partie. 11 est aussi trèsabondant dans les leucorrhées de la grossesse. Sur 200 femmes enceintes, Haussmann a trouvé le trichomonas 75 fois, soit 37 fois sur 100. Sur 100 femmes malades, mais non gravides, la proportion s’est élevée jusqu’à ZtO l.

Les autres parasites ne sont pas plus caractéristiques.

Le catarrhe vaginal peut déterminer l’engorgement des ganglions inguinaux quand la muqueuse est atteinte dans son tiers inférieur. La suppuration de la glande survient même parfois, lorsque le lymphatisme vient compliquer l’état inflammatoire. L’adénite peut alors comme chez l’homme prendre le nom d’adénite blenno-strumeuse. Si le processus est borné à la partie supérieure du vagin, c’est sur les glandes pelviennes que retentit l’inflammation lymphatique (Lucas-Championnière).

Il est rare que la fièvre ne se montre pas au début de la vaginite.

Signalons enfin les troubles généraux qui sont le cortège habituel des affections génitales chez la femme : malaise, dyspepsie, tympanite, dysménorrhée, céphalalgie, pâleur et chloro-anémie consécutive.

Les désordres que nous avons signalés comme inséparables de la vaginite ne font pas irruption d’emblée dans le vagin tout entier: comme chez l’homme, mais plus rapidement cependant, ils cheminent de bas en haut jusqu’aux parties les plus profondes.

Le col utérin participe souvent à l’inflammation. Nous ne dirons rien ici des lésions de cet organe, qui nous occuperont dans le chapitre suivant. Ce qu’il importe de faire ressortir pour le moment, c’est la facilité avec laquelle le mal se concentre

1 Haussmann, Parasites des organes sexuels femelles de l'homme et de quelques animaux traduit par le Dr P. E. Wallhcr, Paris 1875, p. 61.

SYMPTOMATOLOGIE.

dans le cul-de-sac postérieur. Or cette partie du vagin étant celle où les liquides séjournent le plus aisément, et en même temps la moins accessible aux topiques, l’inflammation a la plus grande tendance à y persister, à s’y perpétuer. C’est le siège presque exclusif de la blennorrhagie, chronique , c’est là que se forment les gouttes muco-purulentes, fort peu appréciables en temps ordinaire, mais qui, sous l'influence de la congestion menstruelle et de réchauffement dû aux excès vénériens, ramènent l’état aigu qui de haut en bas peut se propager au reste de la muqueuse ; véritables gouttes militaires qui sont à la fois un danger incessant pour la malade et surtout pour autrui.

La marche de la vaginite varie à tel point suivant l’hygiène et le traitement, qu'il est bien difficile d’en préciser la durée. Boys de Loury et Costilhes l’ont évaluée à trente-trois jours quand l’inflammation est bornée au vagin , à six semaines quand elle est compliquée d’uréthrite et de vulvite, et enfin ont assigné à la vaginite chronique une durée de trenteà quarante jours. Nous rapportons ici ces chiffres, sans qu’ils nous paraissent pourtant avoir une bien grande valeur pour éclairer une question très-complexe d’ailleurs.

Complications . — Uréthrite, vulvite, métrite, ovarite, telles sont les complications ordinaires de l’inflammation du vagin. L’étude de ces affections étant développée dans d’autres chapitres, nous nous bornons à y renvoyer.

Localement, nous avons à signaler deux accidents, fort peu connus encore, mais dont il est logique de rattacher l’étiologie à la maladie qui nous occupe. Le premier, vaginite exfoliante, signalé par Farre, est essentiellement constitué par la chute de larges plaques épithéliales présentant parfois la forme d’un sac. Le second, vaginite disséquante , dont nous devons la connaissance àMarconet (de Saint-Pétersbourg) et à Bizzozero, n’est autre chose qu’un phlegmon péri-vaginal qui détruit les attaches vasculaires du vagin et détermine sa gangrène et son élimination. Encore une fois la relation de ces lésions avec la vaginite blennorrhagique ne nous est ■pas encore suffisamment démontrée ; c’est de l’observation ultérieure qu’il faut attendre l’éclaircissement de cette question.

Enfin, et quoi qu’on en ait dit, la vaginite peut se compliquer d arthroyathies. C’est Lorain qui a. le premier établi ce fait. Que I interprétation qu il en a donnée soit vraie ou fausse, en décrivant le rhumatisme génital il n’en a pas moins eu le mérite d’attirer l’attention sur une réalité clinique incontestable, comme scs observations en font foi.

VAGINITE.

g 3. — PRONOSTIC.

Par elle-même la vaginite est absolument dénuée de gravité ; mais, parles complications profondes dont elle est parfois l’origine, elle peut devenir une cause de mort. Hâtons-nous de dire que si nous signalons cette éventualité, pour être complet, elle n’en doit pas moins être considérée comme extrêmement rare.

Les suites ordinaires sont au contraire bénignes. Parmi ces dernières il convient de citer : Y hypertrophie des rides et des plis vaginaux , et le développement des végétations-, enfin une affection singulière, dont l’étiologie et la nature ont donné lieu à de longues discussions, le vaginisme. Quelques auteurs, d’accord en cela avec Lisfranc et Gosselin, la rapportent à une simple hyperesthésie ; d’autres avec Michon, Debout, Sims, Churchill, l’expliquent par un spasme des éléments musculaires sous-muqueux de la vulve et du vagin, se basant sur la loi de Boyer que « toutes les fois qu’un plan musculaire est recouvert par une muqueuse, si celle-ci vient à s’enflammer, les fibres musculaires sous-jacentes peuvent devenir le siège d’une contraction musculaire spasmodique.» Quoiqu’il en soit de ces deux opinions, la vulvite et la vaginite occupent une place importante parmi les phénomènes liés au vaginisme. Ces affections sont-elles consécutives ou primitives, effet ou cause, on ne saurait poser de conclusion générale à cet égard. Le seul fait que nous tenions à consigner ici, c’est que dans quelques observations elles ont manifestement joué le rôle de cause.

g 4. — DIAGNOSTIC.

De l’aveu de tous les spécialistes, la vaginite blennorrhagique chronique ne se distingue par aucun signe matériellement appréciable de certains catarrhes leucorrhéiques nés spontanément. De même la vaginite granuleuse , qui reconnaît si souvent son origine dans des troubles circulatoires, pourra céler une contagion aux yeux du médecin le plus attentif. Cependant 1 intensité des phénomènes inflammatoires, la coïncidence de l’urélhrite, les violences exercées sur l’hymen et sur la vulve, constituent presque toujours des signes suffisants pour asseoir l’opinion personnelle du chirurgien, mais, sans jamais lui permettre , en cas d accusation pour viol , de conclure à l'existence du crime. Iticn de plus ardu, nous le répétons, que les questions médico-légales ayant trait à la communication de la blennorrhagie. L’identité des symptômes entre

TRAITEMENT

des lésions d’origine si différente, et ajoutons-le les embûches que certains malades môme parmi les plus jeunes et les plus naïves en apparence tendent à sa bonne toi, tout ici doit inviter l’expert à la plus extrême réserve

g 5. — TRAITEMENT.

Nous divisons les traitements divers employés contre la vaginite en deux catégories. La première comprend les moyens passagers par lesquels on cherche à obtenir la guérison de la muqueuse: bains, injections. Dans la seconde sont rangés ceux auxquels nous demandons une modification plus puissante des tissus, grâce h une action longtemps continuée et presque permanente, isolément au moyen de poudres, tampons, pessair.es, sachets, etc. Nous allons passer en revue chacun de ces modes de traitement en indiquant les conditions variées de leur emploi.

Mais avant d’aborder cet exposé, disons immédiatement que Yabortion, si puissante contre l’urélhrite, est absolument vaine quand il s’agit de la gonorrhée vaginale. Des expériences trèsprécises tentées par Cullerier, il résulte que la médication argentique, quand elle est praticable, a pour conséquence presque certaine l’augmentation des douleurs et de l’écoulement, Aussi, bien que Becquerel semble en avoir obtenu de meilleurs résultats, la grande majorité des praticiens s’abstiennent-ils de la cautérisation, si ce n’est vers la fin de la maladie en touchant isolément avec le crayon certains points ulcérés ou atones.

tiodificatcurs>pa$<«agcr$> de lamuiiucusc. — En première ligne, il convient de mentionner les bains, simples ou médicamenteux. Que leur efficacité soit basée sur leur action émolliente ou qu’elle dérive uniquement de l’hygiène locale qu’ils imposent, cette efficacité

* « Les médecins sont souvent appelés à examiner des petites filles atteintes de vaginite, et que l’on suppose avoir été violées. Ce sont des enfants de six à sept ans à peine, presque toujours de constitution lymphatique ou scrofuleuse, mal nourries, malproprement tenues, contractant de bonne heure de mauvaises habitudes, que révèle le cynisme de leur langage. Sur un très-grand nombre de petites filles que l’un de nous a été appelé à examiner, comme ayant été victimes d’attentats à la pudeur, il en est très-peu qui l'aient été réellement. Nous pourrions à peine supposer que la spéculation se soit emparée de ce moyen dans la basse classe, et que des mères aient appris à des enfants de moins de dix ans à jouer le rôle de victimes qu’elles soutiennent devant les magistrats, si nous n’en avions été fréquemment les témoins. » (Bovs de Loury et Costilhes, Gaz. tnéd .. 1847, p. 577.)

VAGINITE.

est telle, que, dans les cas légers, ils suffisent à procurer la guérison. Dans le cas où le processus présente une intensité plus grande, le soulagement que l’on peut en attendre est toujours très marqué.

On prescrira donc des bains fréquents aux femmes atteintes de •vaginite. Au début, bains simples, bains d’amidon, de son, bains de siège avec addition de décoction de mauve ou de pavot; plus tard, bains sulfureux, quand il s’agit d'obtenir la disparition des •derniers symptômes de la maladie. Mais, pour que l’on puisse retirer de réels avantages de ce moyen, il est bon d’exiger que la femme use de certaines précautions propres à favoriser l’accès du liquide au contact des organes. Le vagin est une cavité virtuelle normalement close par raccolement de ses parois. Or en plaçant sur le col utérin un morceau d’ouate imbibée d’une solution d’acétate plombique, on peut se convaincre, après un bain sulfureux, que le liquide n’a pas pénétré jusqu’au tampon, car il ne l’a pas noirci (Guéneau de Mussy). Pour que le vagin, pour que la matrice participent aux bons effets des bains, il est donc de toute nécessité que les parois vaginales soient maintenues écartées. Aucun instrument n’est plus apte à remplir ce but que la grosse canule en caoutchouc qui sert à la dilatation du rectum, munie de plusieurs larges orifices.

Injections. — Moins efficace, mais d’un usage plus commode et partant plus pratique que le bain, l’injection est surtout destinée

à favoriser l’emploi de topiques plus actifs dont l’action doit être limitée aux parties malades.

L’injection vaginale, d’un manuel fort simple en apparence, n’est, exemple ni de difficultés ni même de dangers. Se borne-t-on h placer la canule de l’instrument à l’aide duquel on la pratique à l’entrée du vagin? Les parties profondes restent inaccessibles au liquide ; Parent - Duchâtelet s’en est assuré par le procédé du tampon et des injections colorées. Introduit-on au contraire la canule aussi près que possible du museau de tanche? 11 est à craindre que la solution médica-

FiG. 27. — Irrigatcur à boule de caoutchouc de Galante.

TRAITEMENT

menteuse, en frappant trop vivement le col, voire même, comme quelques-uns l’ont soutenu, en pénétrant dans la cavité utérine,

Fig. 29.

Appareil à injections de Scanzoni '.

ne devienne la cause d’accidents redoutables !. En raison des intermittences du jet et de l’inégale pression qu’elle peut lui com-

* a, bassin contenant le liquide à injection; b, hémisphère de plomb que l’on peut remplacer par un corps pesant quelconque; c- tube élastique; il, canule utérine.; e, embouchure pour l’aspiration (Scanzoni, Malad. desorg. sexuels).

1 Rien de plus obscur que la pathologie des ovarites, des péritonites que l’on voit brusquement se développer à la suite des injections vaginales. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire à cet égard les conclusions du remarquable travail que M. Leteinturier a publié en 1871 sur cette question ( thèse île Paris). Du danger des opérai, pratiquées sur le col de l'utérus, 1872.

« 1° Les opérations (môme les plus légères) portant sur le col de l’utérus peuvent etre le point de départ d’accidents graves.

c 2° Dans ces cas on trouve en général une affection pins ou moins ancienne des annexes. L’opération pratiquée sur le col semble avoir eu pour résultat de réveiller nn travail inflammatoire momentanément éteint.

a 3° Trois conditions peuvent être invoquées pour expliquer ce fait : 1° Une lymphangite partie du col de 1 utérus; 2° Une congestion générale des organes pelviens; 3° Une congestion localisée dans quelques points du système génital, déterminée ]mi une action réflexe partie du col. Cette dernière cause paraît s’appliquer au plus grand nombre des cas »

Fig. 28.

Seringue de Pajot.

VAGINITE.

muniquer, la seringue à injection vulgaire, dont le bec pointu et rigide présente en outre le désavantage de pouvoir blesser les parties, doit donc être absolument rejetée de la pratique. On la remplacera avantageusement par l 'irrigateur ordinaire ou Virrigateur à boule de caoutchouc (lig. 27), l’appareil si simple de Scanzoni (fig. 29), ou la seringue de Pajot (fig. 28).

Voici comment il convient de se servir de ce dernier instrument. La malade le fait pénétrer d’abord aussi profondément que possible, le retire un peu, pousse le piston de 2 centimètres et attend quelques minutes; retire encore l’instrument et irrigue les parois vaginales situées un peu plus bas, abaisse à nouveau après un temps voulu et pousse une seconde fois le piston, et ainsi de suite. Couche par couche, étage par étage, on peut faire prendre ainsi un véritable bain au vagin tout entier.

Quant à l’extrémité de l’instrument, nous croyons qu’il y aurait avantage à exclure les canules recourbées, dont le bec va forcément buter contre la paroi antéro-supérieure du vagin, pour leur préférer la canule droite qu’a proposée Delioux de Savignac. Celte dernière est de plus terminée par une olive allongée représentant une pomme d’arrosoir, non perforée à son sommet, et l’alimentation en est mathématiquement assurée par un tuyau dont la section intérieure est égale à la section totale des orifices.

Les liquides avec lesquels l’injection doit se pratiquer sont la plupart des astringents dont nous avons déjà eu l’occasion de conseiller l’emploi : solution d’alun , de tannin, vin rouge, décoction de feuille de noyer, de roses de Provins, mais surtout acide picrique (Chéron) et coaltar saponinè L M. Sircdey a particulièrement insisté sur les bons effets de cette substance résolutive et antiputride employée en émulsion au cinquième contre la vaginite.

Enfin nous savons déjà (voy. page 62), que Hardy a conseillé d’injecter dans le vagin des urines chargées de copahu, qu’elles proviennent de la malade elle-même ou de toute autre personne soumise à l’absorption de cette résine. Toutefois ce mode de traitement ne semble pas avoir répondu à toutes les espérances que la théorie avait permis de concevoir.

1 Le cùaltar (des mots anglais : coal, charbon, et lar, goudron) est produit par la condensation des substances non gazeuses, après la distillation de la bouille, dans la fabrication du gaz d’éclairage.

La saponinè est le principe actif de la saponaire officinale. On la trouve en abondance dans l’écorce du Quillaija saponaria. La teinture alcoolique de saponinè jouit de la propriété' remarquable d’émulsionner dans l’eau un grand nombre de corps insolubles dans l’eau et solubles dans l’alcool (goudron, baumes, résines).

Le coaltar saponinè est un mélange de ces deux substances.

TRAITEMENT

Modificateurs permanents. —

Les plus simples des topiques permanents sont les poudres , tan, sous-nitrate de bismuth, craie en poudre, lycopode simple ou opiacé, magnésie, amidon, etc. Plus encore que dans la blennorhagie de l’homme, la médication pulvérulente a ses indications dans les affections catarrhales du vagin. On remploiera particulièrement pour tarir les écoulements subaigus , qu’ilsaientd’emblée présenté celte bénignité d’allure, ou qu’ils y aient été réduits par la thérapeutique.

Le spéculum de Cusco est de beaucoup l’instrument le plus commode pour l’application des poudres. Dans les cas cependant où le médecin jugerait à propos de laisser cette petite opération aux soins de la malade, il pourrait recommander Pemploi des instruments ci-dessous (voir fi g. 30, 31 et fig. 32).

Les topiques solides occupent une très-grande place dans la thérapeutique de la vaginite; aussi leur composition, leur volume et les instruments propres à les porter dans la cavité malade ont-ils exercé dans ces derniers temps surtout l’ingéniosité des praticiens; sachets, pessaires, tampons de toutes formes et do toutes substances ont été tour à tour préconisés. Pour un isolement simple des parois on se trouvera bien de l’emploi du coton que le commerce fournit sous forme de gros

' Appareil MM * porter dans le vagin le, cône, glycéro-géhlineus E en 1er, ne .1 obi». On enfonce d abord un tampon de coton dan, le fond du tube AB, fortement

Fig 30.

Porte-tainpon de Chéron \

VAGINITE.

boudins (Laillier) ou d’une feuille de fucus crispas (cataplasme Lelièvre); roulée sur elle-même à la façon d’une blinde.

Recherche-t-on au contraire l’action d’un astringent alun, tannin? le mieux est de l’enfermer au milieu du tampon. Les liquides qui en imprègnent bientôt la masse dissolvent la substance active* qui est ainsi mise en contact avec toutes les parties du vagin.

On peut encore, après l’avoir fait macérer plus ou moins longtemps dans une solution voulue, acidepicrique (Chéron), ckloral^m deux-centièmes), perchlorure de fer très-étendu, nitrate d’ argent ( au deux-centièmes)sw//cf<? dezinc , tannin on alun, bromure de potassium . introduire directement le tampon de charpie ou de coton dans l’organe malade. Quand le processus présente une certaine acuité, dès que la sensibilité des parties est assez émoussée pour que lecontact d’un instrument placé soit par le médecin soit par la malade soit toléré, on doit recourir indifféremment à l’un de ces topiques.

M.. Ghéron a mis à profit la puissance exosmolique de la glycérine pour déterger les tissus atteints d’une congestion aigue ou chroniquement enflammés. Afin de rendre son emploi plus commode, on la solidifie par l’addition à chaud de gélatine aussi pure que possible. La faculté d’incorporer à ce produit telle poudre, tel liquide que L'oni juge convenable, lorsque la propriété décongestionnante de la glycérine paraît insuffisante, fait de ce moyen une très-précieuse ressource.

G’est encore au spéculum que nous accordons la préférence pour l’application de ees topiques. Toutefois nous ne saurions méconnaître' les réels services que peuvent rendre les instruments qui permettent l’auto-introduction. Parmi ces derniers ceux de M- Ghéron (fig. 3U), Delisle (fig. 31) et Dibot (fig. 32) sont aujourd’hui les plus employés.

Grâce à toutes ces ressources, aidé aussi par l’administration des remèdes généraux appropriés, purgatifs , ferrugineux , antispasmodiques, reconstituants , à la condition surtout de trouver chez sa malade l’observance des règles hygiéniques les plus élémentaires : soins, de propreté, continence, régime modéré, il est bien rare que

maintenu par un lien de cordonnet qu’on laisse retomber sur la face extérieure du tube. O'n fait entrer à fa partie supérieure le cône qui ne doit dépasser le tube que par la calotte elliptique qui le surmonte. Il ne reste plus qu'à l’introduire et à pousser le piston I), qui glisse à. travers le tube (J. te tampon se trouve ainsi placé très-facilement dans les profondeurs du vagin.

TRAITEMENT

le praticien n’arrive pas passe à l’état chronique,

h triompher de la vaginite aigue. Si elle c’est par les mômes agents employés a

• FlG. 31. — Portetopique de Delisle

Fig. 32. — Instrument de Dibot".

doses plus considérables, et variés suivant la susceptibilité ou l'acclimatement des organes, qu’il doit arriver à la tarir.

Petigny, Blennorrhagie chez la femme, thèse de Paris, 1830. — Pucokd, Mémoire sur quelques faits observés à l'Hôpital des vénériens ( Mémoires

‘ On place le tampon s entre les valves V très-mobiles, après l’avoir fixé au moyen d’un fil c à une entaille r du piston, on introduit l’instrument fermé entre les parties. Puis le piston, poussé lentement, va déposer le topique à la profondeur dû a pénétré l’instrument. En retirant le porte-topique, on ramène à l’entrée du vagin le cordonnet auquel est fixé le tampon, que la malade peut dès lors retirer à sa volonté.

" Il est muni d’un piston disposé de manière à permettre, comme les précédents, l’introduction des substances pulvérulentes ou des tampons solides.

VAGINITE.

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