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CHAPITRE XXVI

BLENNORRHAGIE UTERINE § 1. — ÉTIOLOGIE.

Le col utérin et la moitié inférieure du canal cervical présentent un revêtement pourvu de cellules pavimenleuses avec papilles et réseau lymphatique superficiel. Ce sont les seuls points de Pu férus où la blennorrhagie que nous avons qualifiée de lymphitc sous-épithéliale soit susceptible de se développer.

200 BLENN0R1UIAG1E UTÉRINE.

La blennorrhagie du col peut être liée à la vaginite, ou l’atteindre secondairement après avoir traversé de bas en haut le conduit vulvo-vaginal ; mais llollet a montré que très-fréquemment aussi elle survenait d’emblée par inoculation directe1. Il est incontestable, en effet, que chez la plupart des femmes le col pendant le coït subit le contact de l’organe mâle 2 et reçoit les premières atteintes du pus contagieux.

Beaucoup d’autres causes sont encore susceptibles de déterminer, en dehors de la blennorrhagie proprement dite, le catarrhe aigu du col. Nous ne reviendrons pas à ce sujet sur ce que nous avons déjà dit, notamment en ce qui concerne l’étiologie de la vaginite granuleuse.

Les lésions blennorrhagiques du col utérin ont une grande analogie avec celles du vagin. Au début, congestion, rougeur, teinte cerise, violacée ou vineuse ; papilles turgescentes, aspect velvétique.

Surviennent ensuite des ulcérations, plus marquées en général sur la lèvre postérieure, et que l’on voit même pénétrer entre les lèvres dans le canal cervical. Leur contenu irrégulièrement arrondi rappelle assez bien l’aspect géographique que nous avons signalé sur la muqueuse du gland pendant la balanite. Leur fond est comme villeux. Une couche de pus plus ou moins épaisse recouvre tous ces tissus; en l’abstergeant on s’aperçoit quelquefois

1 « Qu'on imagine un écoulement modéré, une goutte uréthrale contagieuse, quand et où risque-t-elle le plus de s’inoculer? N’est-ce pas surtout quand l’urèthre est soumis à une sorte d’étreinte, qui en exprime les sécrétions tant pathologiques que normales? N’est-ce pas au col de l’utérus faisant office d’une véritable cible pour les sécrétions? G’cst l’humeur pathologique qui arrive la première au col. Elle peut descendre dans le vagin et s’écouler au dehors par la vulve; mais alors elle est à l’état de dilution et de mélange inofïensif. Nous n’hésitons pas à le dire, dùl-on nous accuser de paradoxe, c'est le col de l’utérus qui est l’organe génital de la femme le plus exposé à la contagion blennorrhagique par sa situation : s’il n’est pas plus souvent affecté, il le doit à l’état de la muqueuse cervicale, qui est naturellement résistante, et qui ne se prête à la contagion qu’à la faveur d’altérations accidentelles et préparatoires. » (J. Roliet, Des maladies vénériennes et syphilitiques de l’utérus, in Annales de dermalologie et de syphiliographie, t. I, p. 102.)

2 Le docteur Migon (attaché au bureau des mœurs de Paris), à l’obligeance duquel nous sommes heureux de rendre hommage, nous a montré sur un bon nombre de prostituées une déformation caractéristique du col, produite par le traumatisme résultant de l’abus du coït. La lèvre postérieure est très-développée en arrière, où elle déborde la portion cervicale, comme un chapiteau le fût d’une colonne. 11 est manifeste qu’elle a été refoulée ainsi par le choc du pénis*

S\ MPTOMATOLOGIË. 291

qu’elle s’est concrétée de manière à présenter en certains points l’apparence d’une pseudo-membrane.

Quand les follicules mucipares, si nombreux en cette région, participent à l’inflammation, le col se couvre de granulations (fig. 33, 34) du volume moyen d’un grain de millet, quelquefois plus considérable, pouvant aller jusqu’à celui d’un pois (Fleetwood Churchill).

Fig. 33 et 34. — Granulations folliculaires du col (d’après Becquerel).

Après avoir parcouru les phases d’une inflammation plus ou moins aiguë, il peut arriver qu’elles s’affaissent et se résolvent, mais le plus souvent la glande distendue par les produits de sécrétion se rompt et détermine une petite perte de substance à bords arrondis. Quand plusieurs de ces glandes sont contiguës ou voisines, on voit se former une ulcération d’une étendue variable suivant le nombre des follicules qui y prennent part,

V écoulement purulent est en général très-accentué; quand les lésions, ce qui est fréquent, envahissent le canal cervical, l’orifice du col est occupé par un bouchon muqueux dont la consistance rappelle assez bien celte (d’après Becquerel),

du blanc d’œuf. L’abondance de ce

produit visqueux, qui ne se mêle jamais que très-imparfaitement aux liquides purulents sécrétés par le vagin, suffît à faire soupçonner la propagation du processus jusque dans l’intérieur du col.

La blennorrhagie du col n’occasionne aucune douleur vive. Ce fait est en parfait accord avec ce que nous savons de l’insensibilité du col. Cependant elle peut devenir le point de départ de ces troubles qui accompagnent si fréquemment les affections utérines, douleurs de reins, disposition ù la fatigue, névralgies réflexes di-

BLENNORRHAGIE UTÉRINE

verses, mouvement fébrile, irrégularités dans la menstruation, etc.

La durée de la blennorrhagie utérine dépend essentiellement de la thérapeutique. Bien traitée, elle peut disparaître rapidement en moins de 20 ou 30 jours \ laissée à elle-même, elle peut, if est vrai, guérir spontanément, mais elle présente la plus grande tendance à revêtir la forme chronique.

A 1 état chronique on ne constate pas d’autres lésions que de la rougeur et des ulcérations avec ou sans folliculites. Très-fréquente à cause du peu d’apparence des symptômes et de la difficulté du traitement, récidivant facilement sous l’influence des excitations génésiques, si souvent accrues par la mélrite, elle constituerait, suivant Rollet, la véritable goutte militaire de la femme, encore plus indolente et plus latente, plus larvée que celle de l’homme.

Complication. — Soupçonnées par Hunter et Beaumès, signalées par Ricord, Tilt, West, Acton, Langston, Parker, Tyler, Smith, les complications profondes de la blennorrhagie chez la femme ne sont réellement connues que depuis les remarquables travaux de Bernutz et Goupil, et de leur élève Chauvel; signalons aussi l’excellent mémoire de M. de Méric (de Londres), complété par les observations intéressantes de M. Taylor.

C’est par une affection complexe, la pelvi-péritonite, que se traduit le retentissement de la blennorrhagie sur le corps de l’utérus et ses annexes péritonéales. Telle que l’a décrite Ricord, l’ovarite isolée ne s’observe donc presque jamais. Les rares autopsies que l’on a pu faire ont en effet constamment démontré la continuité des lésions, du col de l’Utérus à l’ovaire. Dans un cas, Bernutz et Goupil trouvèrent à droite de petits abcès sur les parois des trompes, et à gauche une collection purulente intra-péritonéale qui n’était peut-être elle-même que le résultat du passage dans le péritoine du pus contenu dans la trompe. Dans d’autres cas, la muqueuse qui tapisse le fond de l’utérus était arborisée et connue tomenteuse. Presque toujours le péritoine présentait les signes d’une phlegmasie très-prononcée, des adhérences soit entre la vessie et l’utérus, soit entre les ligaments larges et les intestins du voisinage.

L 'époque d'apparition de la pelvi-péritonite blennorrhagique est variable. Suivant la plupart des auteurs, elle se montrerait comme l’orchite quand l’écoulement est déjà ancien et quasi-chronique, c’est-à-dire vers les derniers jours du premier mois. Cependant tel n’est pas le résultat auquel est arrivé M. de Méric, qui a vu l’affection se développer au plus fort des phénomènes inflammatoires déterminés par la vaginite.

SYMPTOMATOLOGIE.

Quant à sa fréquence , elle serait vraiment considérable. Sur 93 malades gonorrhéiques observées à Lourcine, Bernutz n’a pas compté moins de 28 pelvi-péritonites.soit une sur trois. Telle serait aussi la proportion de la pelvi-péri Loni te blennorrhagique relativement à la même affection d’origine vulgaire (28 sur 99).

L’inflammation localisée' du péritoine constitue en fait la protopathie du tableau symptomatique que nous avons à tracer; aussi la douleur est-elle notée dans toutes les observations, tantôt limitée à l’une des fosses iliaques, tantôt étendue à toute la zone inférieure de l’abdomen ; elle est d’abord sourde, sans que la malade la puisse bien définir, et persiste quelques jours dans cet état. A ce moment la malade peut encore se lever et rester debout une partie de la journée; mais la souffrance augmente de jour en jour, et devient bientôt extrêmement aiguë, s’accompagnant d’élancements fort pénibles, de douleurs de reins et s’exaspérant par les secousses ou les pressions les plus légères. Dans quelques cas, après avoir duré quelques jours, les accidents passent subitement au côté opposé, rappelant l’épididymite à bascule.

Le toucher vaginal, toujours fort douloureux, permet de constater une tuméfaction tout autour du col utérin au niveau du culde-sac. Le doigt perçoit en outre une sensation de chaleur élevée et des battements artériels (Nonat). Si l’on cherche à faire basculer l’utérus, on parvient à lui imprimer quelques mouvements de latéralité et d’avant en arrière, qui permettent d’établir que l’utérus est réellement indépendant de la tumeur : on trouve du reste une sorte de sillon qui la sépare de l’utérus. Jamais elle n’a été vue entourant le col de tous côtés. Habituellement un des culs-de-sac, l’antérieur, est en partie sinon complètement libre. Elle offre au toucher une sorte d’élasticité analogue à celle qu’on rencontre dans le phlegmon à son début.

Les symptômes généraux sont toujours très-marqués : frisson initial, fièvre, nausées, quelquefois vomissements.

La pelvi-périlonite aboutit le plus souvent à la résolution graduelle; cette heureuse terminaison est bien souvent entravée par la congestion physiologique menstruelle, la reprise trop hâtive des rapports ou d’un travail fatigant. Aussi les tissus gardent-ils longtemps des traces de l’inflammation et souffrent-ils souvent de recrudescences ou de rechutes, qui conduisent à la chronicité. Les adhérences réciproques des organes, altérés dans leur forme et leur situation, l’oblitération des conduits tubaires et la stérilité qui peut en être la conséquence, laquelle, au dire deMercier, serait extrêmement fréquente chez les prostituées, sont les principaux

BLENNORRHAGIE UTÉRINE

caractères de cette affection passée à l’état chronique. Mentionnons encore deux autres modes de terminaison : abcès ou kystes purulents susceptibles de s’ouvrir dans l’utérus, le vagin, le rectum, ou, ce qui est plus grave, dans le péritoine.

Suites. — D’après Sigmund, Martin, Macdonal et Noggerath, la blennorrhagie de la portion vaginale de l’utérus, même dénuée

des complications que nous venons de décrire, est une cause fréquente de stérilité. Dans un grand nombre de cas la tuméfaction des lèvres du col (fig. 36), et l’atrésie qui en est parfois la conséquence, son oblitération par un bouchon muqueux, ont pu être reconnues par un examen attentif, et leur traitement heureusement conduit a rendu la

Pic. 30. — Atrésie inilainmatoire fécondation possible, du col (d’après Becquerel). , . .

Noggerath va plus loin et considère les blennorrhées du col comme la source des plus graves accidents puerpéraux; quoique plusieurs faits appuient cette

assertion, peut-être serait-il prématuré d’y accorder une entière créance.

Enfin il n’est pas rare que la muqueuse enflammée devienne le siège de petites tumeurs produites par la distension des glandes qu’elle contient. On voit alors se former de petits kystes du volume d’un pois ou d’une cerise, pleins de mucus à leur intérieur, que M. Hugnier a

l’a;. 37. — Follicules enflammés de la cavité désignés sous le nom de

du col utérin. , , , , „ „ . . .

kystes utero- folliculaires.

Quelquefois ils font une saillie plus grande et finissent par se pédi-

culiser; ils forment alors de véritables polypes qui viennent faire

saillie entre lesdèvres du col è la façon d’un battant de cloche.

DIAGNOSTIC

g 3. — DIAGNOSTIC.

La blennorrhagie du col n’est pas toujours facile â distinguer des diverses affections susceptibles de déterminer des ulcérations sur les lèvres de cet organe : chancre simple, chancre infectant, syphilides secondaires, ulcères d iphthéri tiques.

Chancres. — Siège variable, rarement central; n’ont aucune relation avec la grossesse ou les excitations physiologiques; ne donnent lieu à aucun écoulement, à aucune douleur, ni à aucun symptôme objectif appréciable. Pas de trouble menstruel. Modification spontanée assez rapide. Dans le cas de chancre simple, inoculation positive.

Roséole syphilitique. — Taches rouges comme dans la première période du catarrhe cervical, mais cependant bien différentes; au lieu d’être arrondies, serpigineuses, elles présentent en général la forme d’un triangle dont tous les côtés sont concaves, figurant assez bien une étoile à trois branches. Pas d’écoulement, pas de douleurs. Coïncidence d’autres syphilides sur la peau ou les muqueuses.

Papule muqueuse. — Légère saillie opaline, d’un blanc nacré, ou d’une teinte gris perle, situation le plus souvent excentrique, antécédents de vérole.

Syphilides ulcéreuses. — Forme rare. Ulcération plus profonde, contour plus franchement arrondi, fond de l’ulcération irrégulier, gris jaunâtre. Antécédents de vérole.

Herpès du col. — Érosions ayant débuté par de petites vésicules â bords polyédriques ou microcycliques, fond recouvert d’une petite concrétion jaunâtre, affection très-éphémère. Coïncidence constante de vésicules sur la vulve. Renseignements sur poussées antérieures.

Diphthérie. — Affection très-rare, ne marchant qu’avec une certaine lenteur. Caractérisée par de petites plaques d’un blanc mat, plus ou moins franc, lisses, luisantes, de formes variées, mal circonscrites, très-adhérentes â la surface ulcérée sur laquelle elles sont implantées, se détachant au bout de quinze jours environ.

g 4. — TRAITEMENT.

Tous les topiques, dont nous avons vanté l’efficacité dans le chapitre précédent, peuvent et doivent être mis en œuvre contre la blennorrhagie du col, avec les mêmes moyens que ceux que nous avons décrits. Nous n’y reviendrons pas, le traitement de la vaginite impliquant à peu près fatalement celui désaffections du col.

La pelvi-péritonite doit être combattue énergiquement. Beau-

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coup de praticiens ne croiraient pas pouvoir se dispenser, en cette occurrence, d’appliquer 15 ou 20 sangsues sur l’abdomen. Les observations de DeMéric ont pourtant prouvé què la guérison n’élait nullement hâtée par cette pratique. Nous croyons donc que l’on fera bien de s’en abstenir; comme effet antiphlogistique on obtiendra bien davantage en maintenant des applications glacées, en pratiquant de larges onctions mercurielles loco dolenti.

Dès qu’on le pourra, on ne manquera pas de recourir aux suppositoires vaginaux à la glycérine , dont nous avons vanté l’effet décongestionnant. Le pouvoir osmotique de la glycérine, fort ingénieusement mis en évidence par Chéron1, ne saurait manquer de produire, surtout dans les dernières périodes de l’affection, les meilleurs effets contre l’engorgement des tissus. Enfin l’état général, qui doit toujours être l’objet d’une attention particulière, bénéficiera le plus souvent de l’administration des toniques et des ferrugineux. Ajoutons que l’on devra s’opposer à la marche et aux fatigues prématurées et surtout interdire absolument toute excitation sexuelle. Ce n’est qu’au prix de ces efforts que les rechutes pourront être évitées.

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1 « Mise en contact avec les tissus, la glycérine leur emprunte une notable quantité d’eau, 1° parce qu’elle est très-avide de ce liquidé; 2° parce qu’en vertu de ses propriétés osmotiques elle attire vers elle, à travers les membranes, les liquides d’une densité inférieure à la sienne.

a, mise en présence du sérum du sang, dans un vase divisé en deux pallies pai une membrane animale, la glycérine a démontré immédiatement et avec avidité son pouvoir osmotique.

h, un morceau de viande de bœuf, mis en contact avec ce liquide, a notablement perdu de son poids dans l’espace de quelques minutes.

c, des tampons imbibés de glycérine étant appliqués dans le vagin, en coûtai t avec le col utérin, il a été possible de recueillir en peu de temps, sur des tampons de charpie pesés avant et après, des quantités de liquide plus de deux fois supérieures à la quantité de glycérine employée. » Piquet, Compte rendu du service de M. le docteur Chéron. Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, p. 02.1, 18/4.

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