CHAPITRE
LYMFHITE SIMPLE, ADÉNITE SIMPLE g 1. — ÉTIOLOGIE.
Quand, à la suite d’un chancre simple, survient un bubon qui n’arrive pas à suppuration, ou dont le pus ne présente pas le caractère d’auto-inoculabililé propre au virus chancrelleux, on donne à cette affection le nom d 'adénite simple ou sympathique. Le chancre, qui est à la fois une lésion inflammatoire et spécifique, n’agit ici qu’en vertu de son caractère de plaie suppurante sans que la virulence des produits entre en jeu. Nous avons vu précédemment que le pus chancrelleux était composé d’une partie vraiment active, vraiment spécifique, les globules, et d’un véhicule, apanage de toute sécrétion inflammatoire, le sérum. Que les globules prennent une part directe à la formation du bubon chancreux, le fait n’est pas confestable; nous avons démontré qu’ils s’introduisaient dans les lymphatiques après effraction de leurs parois. Cela étant, ils ne sauraient entrer pour aucune part dans l’étiologie de l’adénite simple. Cqfte dernière dépendra donc exclusivement de l’action du sérum ; ajoutons que le sérum étant liquide, pénètre directement dans les lymphatiques par absorption, sans érosion préalable et concluons que si le bubon chancreux est habituellement imputable au traumatisme qui ouvre au virus la voie des vaisseaux absorbants, cette condition n’est nullement indispensable à la production de l’adénite inflammatoire. De là une première déduction dontl’importance prophylaxique est manifeste, je veux parler de la possibilité de rendre plus rare et même d’anhihiler les causes déterminantes du bubon virulent, tandis que nous restons, aujourd’hui tout au moins, désarmés en face de la lympho-adénite sympathique.
Je ne répéterai pas ici ce que j’ai dit dans le chapitre précédent (Foy. page à29 et à30) sur la fréquence absolue et relative de l’adénite par absorption. Quant à la réalité du bubon d’emblée sympathique, appuyée sur les données indiscutables de la physiologie, nous l’admettons sans restriction. Un liquide phlogistique étant placé sur les téguments délicats des organes génitaux, il est hors de doute que l’endosmose peut le jeter dans les capillaires lymphatiques sous-épithéliaux et qu’une lympho-adénite en peut être la conséquence. C’est là une hypothèse sans doute, mais est-
LYMP1HTE SIMPLE , ADÉNITE SIMPLE.
il possible d’arriver à la certitude sur un point de clinique aussi délicat? Beaucoup d’auteurs préfèrent croire que l’adénrLe simple, quand elle n’est pas liée à la présence de chancres, ne reconnaît d’autre cause que le traumatisme, et s’efforcent de découvrir dans lesanamnestiquesdes violences ou des fatigues. La chose est facile, quand on s’adresse à une catégorie de malades, pour lesquels le coït est le plus obligatoire des antécédents, ruais sans vouloir nier la production possible d’intumescences ganglionnaires à la suite d’efforts exagérés, il nous sera bien permis de repousser la généralisation d’une telle étiologie. Peut-être d’ailleurs serait-il plus conforme à la vérité d’accorder à ces deux ordres de causes une égale part des adénites prétendues spontanées. Il serait à souhaiter que des recherches précises nous éclairassent sur ce point.
fj 2. — SYMPTOMATOLOGIE.
L’inflammation simple des vaisseaux lymphatiques ne diffère pas de l’affection que nous avons décrite précédemment, à propos de la blennorrhagie ; nous nous contenterons de renvoyer à cette partie de notre ouvrage ( Voy . page 183).
Quant h l’adénite, il nous restera peu de chose à ajouter, lorsque nous aurons montré en quoi elle s’éloigne de celle qui a fait l’objet du chapitre précédent.
Or, ces divergences peuvent se résumer d’un mot ■: l’adénite simple représente au point de vue clinique une forme atténuée de l’adénite virulente. Début mal caractérisé, par un sentiment de gêne ou de pesanteur dans le pli de l’aine; apparition d’une petite tumeur, mobile d’abord, adhérente par la suite; marche lente, souvent de très-longue durée, au point qu’il est parfois difficile d’apprécier s’il y a progrès ou limitation du mal ; presque pas de douleurs. Plusieurs ganglions peuvent être pris, la tumeur indolente de l’aine peut alors devenir considérable. La peau est rarement altérée, sinon dans la dernière période. Bien que le bubon soit exempt des signes extérieurs de l’inflammation, il n’est pas toujours apyrétique; le malade éprouve alors de petits frissons et souffre quelquefois d’accès fébriles franchement intermittents. Mais ce qui frappe particulièrement dans ce cas, c’est l’influence que semble ressentir l’état général. 11 est très-fréquent d’observer de la débilitation avec embarras gastrique, pâleur, rachialgie et fréquence du pouls. Notons ici en passant que cet état de malaise général, dépendant sans doute d’une atteinte plus ou
PRONOSTIC
moins profonde portée aux phénomènes intimes de la nutrition, n’est point chose rare dans le cours des lésions du système lymphatique.
11 existe une forme particulière de bubon qui consiste surtout dans une périadénite. De son début je ne dirai rien, sinon qu’il est parfaitement assimilable à celui de l’adénite vraie. Le processus inflammatoire, tantôt lent, tantôt doué d’une certaine acuité, propage la suppuration interstitielle au sein du tissu connectif périglandulaire. Secondairement les ganglions sont atteints; à ce moment il peut se faire que la saillie formée par la collection purulente semble diminuée et cela pour deux raisons, d’abord parce que le foyer s’est agrandi en s’étendant dans les couches profondes, puis parce que l’absorption et la dégénérescence graisseuse ont réellement fait disparaître une partie de son contenu.
Vient-on ci pratiquer une incision, les glandes tantôt ramollies, tantôt très-dures, toujours en proie à une hyperplasie considérable, paraissent parfois isolées au milieu de la cavité purulente, ou reliées seulement par quelques tractus, reste de vaisseaux émergents et afférents. Quoi qu’on en ait dit, une telle masse purulente peut fort bien par son cheminement menacer les régions profondes. Langenbeek et Gamberini l’ont vue plusieurs fois gagner l’articulation coxo-fémorale et déterminer une arthrite dont la mort a été la conséquence. Par l’orifice de l’incision on voit proéminer des bourgeons de mauvaise nature, décolorés et comme œdémateux ; on dit généralement alors que le bubon présente la complication slrumeuse ; c’est là une expression inexacte, car il n’est pas vrai que les scrofuleux seuls soient susceptibles de présenter de tels phénomènes, et tout au moins sans signification précise. Aussi lui préférons-nous de beaucoup la dénomination d’ hyperplasie amorphe ganglionnaire appliquée par Gamberini à cet état, que le premier il a bien décrit. Sauf le phagédénisme, le bubon sympathique est exposé aux mêmes complications que le bubon chancreux (Voy . le chapitre précédent).
g 3. — DIAGNOSTIC.
Ainsi que nous l’avons dit, il est souvent difficile de distinguer l’adénite simple du chancre ganglionnaire. Essayons cependant d’en présenter le diagnostic.
S’il faut en croire Hairion, le bubon sympathique surviendrait presque toujours avant le treizième jour. Or, l’on sait que l’adénite
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chancreuse sc montre à quelque époque que ce soit de la chancrelle.
Les phénomènes inflammatoires sont aussi bien plus accusés dans ce dernier cas, douleurs vives, gênes des mouvements, purulence hâtive; de bonne heure la peau est altérée et rougit, s’amincit, puis s’ulcère. Dans le cas de bubon sympathique, les premiers symptômes sont mal déterminés, la douleur est sourde et profonde, la suppuration vient tard, la tumeur se ramollit lentement du sommet à la base, encore ce dernier point reste-t-il en général engorgé et résistant.
Le bubon chancreux crève brusquement, car son enveloppe extérieure est usée par l’ulcération et cède sur une large étendue ; l’évacuation est suivie d’un affaissement immédiat; l’adénite simple s’ouvre par le point le plus saillant de la tumeur, et se vide progressivement.
Le pus qui s’écoule du bubon spécifique est sanieux, toujours mélangé de sangpl’adénite sympathique ne donne généralement issue qu’à du pus phlegmoneux de bonne nature.
Les phénomènes consécutifs sont plus tranchés encore ; le processus ulcératif, inséparable de l’adénite virulente, marque de son empreinte et son fond et ses bords, quelquefois même envahit la peau, pousse des fusées chancreuses à la périphérie. La plaie d’ouverture prend en un mot l’aspect et tous les caractères du chancre simple. Il en est bien autrement des phénomènes qui marquent le décours du bubon inflammatoire. Il est bien rare en efl'et que l’ouverture s’agrandisse, et les décollements sont exceptionnels; le fond bourgeonne, les parois s’adossent et la cavité se comble en peu de temps s’il n’y a pas de complication.
Enfin, dans les cas où l’inflammation ganglionnaire se termine par la résolution, il n’y a même pas lieu de poser la question de diagnostic, puisque dans le bubon virulent la suppuration est fatale, inévitable.
Il est beaucoup plus difficile de distinguer les deux variétés d’adé nite, lorsque la complication strumeuse a transformé leurs caractères propres. Cependant on pourra souvent saisir quelque indice dans la forme des bords, leur couleur rouge sombre si l’adénite est chancreuse, violacée si elle est simple, ainsi que dans l’extension de l’ulcère à la face cutanée, ou la présence de chancres d’inoculation accidentelle.
g. 4. — PRONOSTIC.
L’adénite inflammatoire, quand elle est simple, est une lésion essentiellement bénigne; quinze ou vingt jours suffisent à sa guérison, et la cicatrice qui en résulte est régulière. Mais il n’en est pas de môme quand la périadénite est considérable, et surtout lorsque le processus hyperplasique vient mettre obstacle aux progrès de la réparation. Que de malades ne voit-on pas séjourner de longs mois dans les services spéciaux, épuiser en vain toute la série des spécifiques locaux ou généraux, sans arriver à obtenir le soulagement de ce mal passé à l’état chronique? Dans l’aine se voit une masse mal limitée, dure au palper, profondément enchâssée dans les tissus. La peau qui la recouvre, découpée par les fistules, a pris une teinte violet foncé; sa surface est lisse, luisante, et paraît comme distendue par l’infiltrat hyperplasique. C’est là une véritable scrofule locale ; je dis locale, parce que cette adénite fongueuse est souvent la première et la seule manifestation de ce vice supposé. Cette lésion, comme on le voit, est loin d’être bénigne, mais elle le paraîtra bien moins encore si l’on songe que la péritonite en peut être la conséquence. État chronique de longue durée, tel est donc, en ce qui concerne l’adénite simple, le plus fâcheux élément du pronostic, que ne vient assombrir ni la crainte du phagédénisme, ni, dans la majorité des cas, celle de la gangrène.
g 5. — TRAITEMENT.
Les considérations dans lesquelles je suis entré à propos du traitement de l’adénite chancreuse me permettront d’être bref. J’insisterai particulièrement ici sur les procédés que l’hypothèse d une chancrellc ganglionnaire devrait faire rejeter : les ponctions multiples (Vidal, de Cassis), la cautérisation ponctuée (Raynaud, de Toulon) et l 'exérèse (Dernarquay).
Le procédé de Vidal consiste à plonger profondément le bistouri dans l’intérieur du ganglion au niveau du point le plus fluctuant. Si le foyer purulent est plus vaste et plus superficiel, si la peau est plus ou moins décollée, on doit pratiquer plusieurs ponctions; mais au lieu de les faire sur le point le plus fluctuant il est avantageux de les éloigner du centre de la tumeur et des endroits où la peau est amincie. Au lieu d’être directes, les ponctions seront obliques, sous-cutanées, et ne devront arriver au pus que par un
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LYMPHITE ET ADÉNITE SIMPLES.
chemin détourné. En résumé, c’est près delà circonférence de la tumeur que l’on enfonce le bistouri en le dirigeant vers son centre.
Si l’on a soin de ne pas comprimer la tumeur, elle se vide peu à peu, et l’espace laissé par le pus qui sort est comblé à mesure par le retrait des parois du foyer. S’il faut en croire Vidal, celte méthode présenterait les avantages suivants : d’une application facile et rapide, elle serait moins douloureuse que les autres, et produirait des guérisons plus promptes sans laisser aucune difformité.
LeDrRaynaudaproposéde substituer au bistouri un petit cautère en forme de roseau rougi à blanc , moyen fort efficace sans doute, mais beaucoup trop doulouleux pour être susceptible d’application dans les cas simples. Au reste, nous redouterions, en nous en servant, qu’il laissât des traces trop apparentes.
Quant à l’extirpation, c’est là une ressource ultime, et nous comprenons fort bien qu’on n’y ait recours qu’en présence de ces adénites fongueuses interminables. Les faits tirés de l'a pratique de Demarquay, publiés par Marcano, sont d’ailleurs on ne peut plus encourageants. On commence par pratiquer au milieu de la tumeur une incision de la peau parallèle cà la direction du pli inguinal. Deux jours après, on introduit des flèches de Canquoin au-dessous de chaque ganglion et dans son intérieur. Après une ou deux applications, les nodosités ganglionnaires se détachent, il ne reste plus qu’une plaie très-apte à la cicatrisation. Il est à remarquer que la peau n’est point touchée par le caustique, la cicatrice n’est donc nullement difforme.
Enfin, nous signalerons comme pouvant être très-avantageusement appliqués à la cure de l’adénite fongueuse deux procédés sur lesquels il serait prématuré de se prononcer encore aujourd'hui,
I e raclage et l’évidement sous-cutané.
Le raclage , vanté aujourd’hui par Wolkmann, Hébra, Aubert, mais pratiqué de longue date par Diday, consiste à curer les tissus morbides au moyen d’une petite cuiller d’acier à bords tranchants.
L ’ évidement (Delore) comprend deux temps. Dans le premier, une piqûre est faite au centre de la tumeur, que l’on fragmente aussi finement que possibleavcc un ténotome.On la presse ensuite fortement entre lès doigts, et on l’exprime par l’ouverture. Si la fragmentation n’a pas été complète, on introduit une curette coupante qui divise le tissu morbide comme le ténotome, et qui permet en outre l’extraction des fragments trop volumineux pour être éliminés par l’expression. Si la petitesse de l’orifice est un obstacle
ÉTIOLOGIE.
•évident au succès de l’extraction, l’on l’agrandit et on emploie une •curette plus grosse.
(Pour la bibliographie, voij/ez celle du chapitre précédent.)