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CHAPITRE

DU CHANCRE SYPHILITIQUE OU SYPHILIS PRIMITIVE g 1. — HISTORIQUE.

C’est, Villon qui, le premier, a employé le mot Chancre 1 (xive siècle), dans une célèbre ballade de son Grand Testament. Voici les vers bien connus auxquels nous faisons allusion :

Eh sublimé dangereux à toucher,...

En sang qu’on met en poylettes sécher,...

En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx

Où nourrices essangent leurs drappeaulx...

En petits bains de filles amoureuses,...

Soient frittes ces langues envieuses !

Toutefois les premiers syphiligraphes reconnurent et distinguèrent le chancre syphilitique, mais nulle part, dans leurs écrits, nous

1 Chancre, du latin cancer, du grec xavxptvoç, synonymie latine des mots chancre syphilitique, ulcus, ul. cum duritie, cum callositate, cum durilie callosa, ul. élévation, caries gallica, car. callosa, durities, callosités, callosa cicatrix, pustula indurata, pustula cum duritie, tumores præduri, nervus post cariem, venerola vulgaris : Française, chancre syphilitique, induré, infectant, huntérien, initial, primitif, constitutionnel, ulcère initial, calleux, avec duretés, avec callosités, à base indurée, à base calleuse, induration primitive, sclérose primitive, syphilôme primitif, vrai chancre; Italienne, cancro, granchio, grancio, canchero, ulcero sifûitico gallico, induralo, calloso, duro,infettante, specifico, primitivo, hunier iano, pseudoindur ato, ulcéra cupuliforme, papulosa, isolata, a plejadi multiple, erosione ulcerosa, ulceriforme, induranone primitiva, indurimento pergamenaceo ; Anglaise, ulcer, chancre, hard ch., indurated, syphilitic, infecting, hunlerian, non suppurating, callous ulcer, primarg, primitive syphilis, superficial ulc., érosion, indolent ulcer with hard base, elevaled dèsquamating papule ; Allemande, Sclianker, harten Sch., indurirten Sch., Hunier Sclien Scli., specifische Induration, Hanter' sclie Induration, Schanker-Sklerose, Sklerose; Espagnole, chancro sifilitico.

ne le voyons désigné sous ce nom. Ulcus cum duritie, pustulœ cum callositate, pustulœ induratœ, durities aliqua , telles sont les dénominations qui lui sont appliquées à la fin du xve siècle et au commencement du xvi° par Torella, Yigo, Meynard, Ferri, Lobera, Brassavole, Fallope, Botal, etc. Car il est remarquable que, dès cette époque, le phénomène de l’induration avait frappé tous les observateurs; plus tard, quand se fit la confusion entre les deux espèces de chancres, ce caractère resta toujours pour Paré, Blegny, Jean-Louis Petit, etc., un précieux indice de la contamination. L’interprétation seule changea; au lieu de dire comme leurs prédécesseurs, comme les dualistes d’aujourd’hui : ce chancre est induré parce qu’il est né d’une contagion syphilitique, ils dirent : ce chancre sera suivi de syphilis parce que chez ce sujet il s’est accompagné d’induration. « Le chancre, si bien qu’il soit traité, cause presque toujours la vérole, écrivait Jean-Louis Petit, surtout s'il durcit , » et, plus près de nous, Boyer, qui distinguait les chancres en bénins et malins, classait parmi les derniers « ceux qui sont profonds, durs et calleux. »

Hunter et Babington, son annotateur, fixèrent davantage encore l’attention sur la nécessité de ce phénomène, si bien que, pour l’école de Ricord, le mot de chancre induré devint bientôt l’équivalent de chancre syphilitique. La découverte de la dualité sembla confirmer d’abord cette notion; mais les progrès du diagnostic vinrent bientôt démontrer son inexactitude ; on reconnut que l’induration manquait dans beaucoup de chancres suivis de vérole, et force fut de renoncer à faire de ce symptôme le signe pathognomonique de l’infection. Tout au moins la dénomination de chancre infectant, qui fut proposée ensuite, devait-elle sembler inattaquable ! Nous verrons bientôt que c’était là une nouvelle erreur.

Ricord et ses élèves ne reconnaissaient au chancre qu’un caractère absolument local, tant que sa base restait souple; venait-elle à s’indurer, c’est de ce néoplasme que le venin allait se répandre dans l’économie; la détruire devenait dès lors le but logique de la thérapeutique. Ainsi que nous l’avons dit, cette opinion n’était point nouvelle; Torella nous apprend que de son temps elle avait cours dans le vulgaire. « On vit alors, dit cet auteur, des hommes vils animés par l’amour du gain, appliquer leurs lèvres sur des chancres dans quelque endroit qu ils fussent situés, et se vanter d’emporter ainsi tout le venin par des succions réitérées. D’autres se contentaient d’appliquer, à plusieurs reprises, le croupion plumé et écorché d’un coq ou d’un pigeon vivant, ou d’une grenouille coupée par le milieu suivant

ÉTIOLOGIE.

sa longueur. 11 s’est môme trouvé des gens, qui n’ont pas rougi de chercher à sacrifier d’autres individus à leur propre sûreté, et de s’unir, dès qu’ils s’apercevaient qu’ils étaient infectés, à quelque personne saine dans l’idée qu’elle emporterait tout le virus. » L’observation ne devait pas tarder à apprendre que loin d’en être la cause, ce chancre est l’effet de l’infection; du jour où il paraît, le sujet est réfractaire à toute nouvelle inoculation, et cette immunité est une preuve irréfragable que la souillure est générale. C’est à Baærensprung surtout que nous devons cette précieuse notion; aussi rejetons-nous également et le nom de chancre induré , et celui de chancre infectant ; l’ulcère dont nous allons nous occuper ne saurait être mieux désigné que par l’expression générique de chancre syphilitique .

g 2. — ÉTIOLOGIE.

De la contagion et des circonstances qui la font naître. —

L’accident connu sous le nom de chancre syphilitique se produit quand le principe contagieux de la syphilis a été porté au contact d’une solution de continuité tégumentaire. Il serait inutile de revenir ici sur les conditions naturelles ou accidentelles qui préparent les tissus à la contamination, ni de répéter quelles réserves doit inspirer à un esprit sévère la théorie émise par Ricord sur la prétendue contagion retardée. Ces considérations ont trouvé place dans un chapitre précédent (Voyez pages 306 et s.). Nous ne reviendrons pas non plus sur la contagion médiate dont l’expérimentation et la pratique ont mis l’existence hors de doute, en ce qui concerne la blennorrhagie et la chancrelle, et qui joue peut-être encore un rôle plus considérable dans la transmission de la vérole.

Le principe contagieux n’est point seulement sécrété par l’ulcère primitif. La généralisation, chez un syphilitique, des accidents contagieux multiplie singulièrement les chances d’infection ; et il n’est point inutile de passer en revue les différentes occasions qui peuvent y donner lieu.

C’est au pourtour des orifices naturels que se concentrent le plus ordinairement les lésions contagieuses, en deux foyers principaux : la région ano-génitale et la bouche ; mais elles peuvent siéger sur un point quelconque de l’enveloppe mucoso-cutanée. Rien plus, le sang lui-même est souillé par la présence du principe nocif. Ajoutons que la durée de ces accidents est indéterminée, que le plus souvent ils sont peu apparents, ne s’accompagnent d’aucune douleur, si bien qu’ils peuvent échapper tant au médecin

qu’au malade, et l'on aura une idée du nombre et de la variété des circonstances qui peuvent servir à la propagation de la syphilis.

Dans l'immense majorité des cas, la syphilis acquise naît d’une origine vénérienne. Il convient donc de mentionner en première ligne le coït, le baiser et les attouchements. On me pardonnera de ne point m’appesantir sur l’énumération des nombreuses manières dont ces actes s'entr’aident, se compliquent, se fusionnent. Coït normal, coïts bucco-génital, génito-anal, linguo-anal, etc., la lubricité a des ressources d’une infinie variété. Mais quels que soient le siège et le mode des contacts naturels, et bien qu’on ait voulu faire jouer un certain rôle à la congestion physiologique dans les phénomènes de l’absorption, quel que soit l’état d’orgasme ou de repos des parties, la contamination s’exercera toutes les fois que se rencontreront réunies les deux conditions locales suivantes : d’une part la nocivité, c’est-à-dire la sécrétion ou le dépôt antérieur du principe spécifique; de l’autre la réceptivité liée à la présence d’un foramen contagiosum, extemporané ou préexistant. L’importance de ce dernier point, qui n’a pas toujours été accepté sans conteste comme il l’est aujourd’hui, nous est bien démontréepar certains faits de contagion surprenants en apparence, mais dont il n’est point difficile de trouver l’explication. Je veux parler de ces cas assez fréquents, dans lesquels, après avoir subi de la part du même individu et pendant la même nuit des rapports normaux et des rapports anormaux, à prœposterâ vénéré par exemple, une femme présente un chancre à l’anus, sans que rien de suspect paraisse aux organes génitaux. Qu’est-ce à dire, sinon que, dans les voies naturelles, les parois sesont écartées, distendues et ont cédé sans se rompre en aucun point, tandis que la muqueuse ano-rectale plus résistante s’est déchirée et a ouvert ainsi une porte à l’agent contagieux. Quant aux solutions de continuité antérieures au coït et susceptibles de livrer passage à la vérole, nous n’en pourrions citer de meilleur exemple que le cas de ce malade de Laillier qui, soumis au traitement de la gale le •matin, gagna le soir dix-neuf chancres syphilitiques du pénis et des bourses, juste autant que la frotte lui avait, quelques heures avant, ouvert de sillons sur ces organes.

Notons ici que, pour que la transmission se produise, il n’est point nécessaire qu’il y ait accolement direct et immédiat de la partie malade avec le point lésé. Le pus trouve en effet dans les liquides physiologiques un véhicule qui l’étale et multiplie ainsi singulièrement les contacts nocifs; et c’est le plus souvent par cet intermédiaire que la communication s’établit entre la lésion sécré-

tante et la surface d’absorption. Le baiser, cause la plus ordinaire des chancres du voile du palais, des amygdales, du pharynx, nous en est une preuve frappante. Dans le baiser, en effet, il y a toujours un léger degré de succion, accompagné d’inspiration et de déglutition, suffisant pour expliquer la présence du corpus contagiosum dans une région qui, même pendant les rapprochements les plus passionnés, est absolument à l’abri des contacts immédiats.

Les attouchements donnent en général le chancre digital par contagion directe, et par contagion indirecte peuvent l’inoculer en un point quelconque du corps ; peut-être est-ce par un mécanisme semblable qu’il faut expliquer les accidents primitifs des paupières, dont, pour beaucoup, la cause est restée inconnue, et un assez bon nombre de chancres extra-génitaux. Un fait curieux nous a été communiqué par M. Fournier : il s’agit d’un jeune homme qui fut atteint d’un chancre syphilitique sur la face antérieure de la cuisse, et désespérait d’en trouver la cause, quand il se rappela certaine danseuse de vertu suspecte, que, quelques jours avant, il avait eu l’imprudence d’asseoir sur ses genoux, dans un costume évidemment fort léger.

En dehors de toute excitation vénérienne, les contacts accidentels créent des occasions d’infection qu’il convient de rapprocher de celles que nous venons de citer. Le toucher est une des plus fréquentes; bien des médecins ont payé de leur santé et même de leur vie leur défaut de précaution; nous en dirons autant des sages-femmes. Il est toutefois bon d’ajouter qu’en fait de syphilis ces dernières en ont au moins autant donné que reçu. Est-il besoin de rappeler le mal de Sainte-Euphémie, qui n’eut d’autre cause qu’une pustule survenue au doigt index d’une accoucheuse, et l’épidémie de Limoges dont le docteur Bardinet s’est fait récemment l’historiographe?— D’autre part, combien de personnes ne contractentelles pas lasyphilis par les caresses les plus innocentes ? Musitanus rapporte que plusieurs religieuses d’un couvent, à Sorrente, prirent la vérole en baisant un enfant qui était nourri par une femme gâtée, et nous avous vu nous-même plus d’une grand ’mère victime de sa tendresse pour son petit-enfant. — Ce n’est point non plus chose rare que de voir les enfants s’infecter auprès de leurs parents lorsque la misère rassemble dans le même lit plusieurs membres de la famille. Dans sa très-intéressante thèse sur la syphilisinfantile (Paris, 1876), Violet a rapporté un cas de ce genre présentant les plus grands rapports avec celui que nous avons cité (page 270) à propos de la contagion blennorrhagique. Il a trait

à une petite fille de six ans, qui fut conduite à l’Antiquaille pour une syphilis qu’elle avait contractée auprès de son père, en se blottissant contre lui pour se garantir du froid. De semblables faits étaient bien connus des auteurs anciens, ainsi que le prouvent les lignes suivantes de Sydenham : « Prop^galur venerea hæc lues, si infantes nudi cum inquinalis in eodem lecto dormiant, quod non semel observavïinfantibusa genitoribus, quibus cum dormiebant, infectis contegisse. »

On a longtemps admis et quelques auteurs admettent encore, à tort selon nous, que le fœtus peut, au passage, pendant V accouchement, se souiller au contact des lésions syphilitiques dont les parties génitales de sa mère sont le siège. Cette opinion, qu’aucun fait ne confirme, semblait du moins justifiée par le raisonnement, quand Profeta et Yiolet vinrent lui retirer môme cet appui. Ce dernier observateur rapporta deux faits, où, bien que les conditions les plus favorables se fussent trouvées réunies pour sa production, l’infection n’eut point lieu. Dans l’un d’eux môme, convaincu par avance du peu de dangers que courait l’enfant, il n’avait pas craint de prolonger l’accouchement en s’abstenant d’administrer l’ergot de seigle. Abordant ensuite la théorie, il montra que l’enduit gras qui recouvre le fœtus, aussi bien que les liquides qui le baignent, sont des agents suffisants et toujours efficaces de protection, et que, pour que la mère pût transmettre ainsi son mal, il faudrait supposer chez l’enfant des traumatismes cutanés, qui n’existent jamais. Cette manière de voir est aujourd’hui très-généralement acceptée.

\j allaitement est trop souvent une cause de syphilis, soit pour la nourrice, soit pour le petit être qui lui est confié. Bien que ce fait ait été reconnu dès le xve siècle (nous dirions même dès lexin0, si chacun acceptait l’interprétation de Corradi sur la chronique de Donato Yelluti rapportée plus haut, page Zi63) et confirmé par la plupart des syphiligraphes, Hunter et Ricord, qui ne croyaient point à la contagion des accidents secondaires, le nièrent obstinément. En établissant la transmissibilité de la vérole au moyen de ces accidents, et par l’intermédiaire d’un chancre primitif, Langlebert (1856) et Rollet (1859) ont éclairé d’une vive lumière cette importante question, sur laquelle les monographies de Pellizzari (1861), Depaul (1865), Ricordi (1865), Diday (185û), Profeta (1865), Balducci (1866), Dron (1870) et Taylor (1875) nous ont fixés définitivement. Yoici ce que l’expérience a établi a ce sujet.

1° Un nouveau-né, atteint d’une syphilis héréditaire ou acquise (vaccination, baisers), peut en inoculer la sécrétion au niveau du

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sein, sur une crevasse du mamelon, qui devient le siège d’un chancre. Cette contamination peut aussi s’effectuer sur les lèvres, les joues, la muqueuse buccale parles baisers ; ou sur le cou, lorsque, le portant dans ses bras, la nourrice laisse retomber en arrière la tète de l’enfant. Le même résultat se produit encore, lorsque ce dernier, atteint d’accidents du côté des fesses, contagionne la région de l’avant-bras ou la main sur laquelle il est habituellement assis ( contagion directe ). — Un enfant sain, passant en peu de temps d’une nourrice qui porte des accidents mammaires à une nourrice saine, peut transporter le principe contagieux sur le mamelon de la seconde, et lui communiquer la syphilis, sans en être lésé lui-même si son épithélium est intact ( contagion médiate ).

2° Inversement, une femme syphilitique peut infecter son nourrisson, et, l’on peut presque dire, l’infectera sûrement, si elle est atteinte d’accidents contagieux soit sur le sein soit sur la muqueuse buccale. C’est alors par un chancre de l’une des lèvres que débute la vérole acquise du nouveau-né. Il peut arriver qu’une nourrice contaminée par un sujet qu’elle a allaité temporairement se croie saine, et se charge d’un autre enfant, avant que se soit montré l’accident initial, pendant la période d’incubation chancreuse, dont elle n’a pas conscience. L’ulcération indurée paraissant chez celle-ci pendant l’allaitement du nouvel enfant (Dron), on pourrait être tenté d’en rendre ce dernier responsable, mais il est bien rare qu’il échappe lui-même à l’infection, et ne porte bientôt sur ses lèvres, comme preuve de son innocence, un chancre qui se montre de 15 à 25 jours après celui de sa nourrice, le temps d’une incubation ordinaire. Or il suffit, et disons-le en passant, c’est là une précieuse donnée pour le médecin légiste, il suffit toujours de comparer la date d’apparition de deux chancres, dont l’un reconnaît l’autre pour origine, pour établir leur filiation (contagion directe ). — Enfin il n’est pas rare qu’une nourrice prête le sein à la fois à plus d’un enfant. L’un d’eux présente-t-il des manifestations à sécrétion contagieuse, les autres peuvent recueillir sur leurs lèvres le contagium dont les mamelons ont été imprégnés et s’infecter médiatement, sans que la nourrice devienne fatalement syphilitique (contagion médiate ).

Tels sont les modes très-nets, suivant lesquels se transmet la syphilis entre nourrice et nouveau-né. Maintenant, quelles conséquences peuvent surgir d’un fait aussi simple en apparence, c’est ce qu’il est facile d’imaginer; les contagions successives qui si souvent ont fait d’une syphilis contractée de la sorte le centre d’une épidémie (Nérac, Casorezzo, Uboldo, Marcallo) s’exercent

aux dépens de ceux qui entourent les premières victimes, le mari de la nourrice, puis les enfants, les serviteurs que la vie en commun expose à des chances journalières d’infection, et enfin les personnes si nombreuses qui sacrifient à l’usage, fort imprudent quelquefois, d’embrasser les enfants.

Un point curieux, c’est que, alors môme qu’elle ne présente et n’a présenté aucun symptôme d’infection, la mère d’un enfant héréditairement frappé de syphilis est absolument réfractaire à toute contagion de cette nature. 11 est sans exemple qu’un syphilitique de naissance ait déterminé l’apparition d’un chancre sur le sein maternel. Celle remarque faite pour la première fois par Colles, en 18UU, a été l’objet des plus intéressantes recherches de la part deDiday. Étudiant avec soin les observations qui semblaient constituer des exceptions à cette règle, Diday démontra l’origine acquise de la vérole chez tous les enfants ayant contagionné leur mère, et établit ainsi sur des bases inébranlables ce qu’il est permis d’appeler aujourd’hui la loi de Colles. Tironsen immédiatement une conséquence, sur laquelle nous reviendrons plus tard : toutes les fois qu’elle est en état de le faire, le médecin doit s'efforcer d’imposer à la mère l’allaitement du nouveau-né syphilitique.

Récemment le docteur Profeta a émis l’opinion suivante : un enfant reconnu sain, né d’une mère syphilitique, est, du moins pendant ses premières années, absolument réfractaire à toute infection syphilitique. Les faits qui la confirment ne nous semblent pas encore absolument décisifs.

La vaccination tient une large place dans l’étiologie de la syphilis acquise et par conséquent du chancre syphilitique. Au commencement de ce siècle, un auteur anglais, Moseley (1807), avait observé qu’à la suite de cette opération survenaient parfois des éruptions générales, qu’il désignait sous le nom de gale vaccinale (cow-pox itch). Ce fut Monteggia (181à) qui, le premier, pénétra la relation de ces accidents avec la vérole. Un peu plus tard (1823), Omodei écrivit que le sang mêlé au vaccin recueilli sur un syphilitique était seul l’agent de la contagion. Toutefois ces travaux paraissaient à peu près oubliés quand, vers 1850, une série de faits d’une gravité exceptionnelle vint réveiller l’attention publique. A Berlin, les tribunaux condamnaient à deux mois de prison et à une amende de 50 thalers un vétérinaire convaincu d’avoir, par celle opération, transmis la syphilis à dix-neuf individus. Le virus avait été fourni par un enfant dont la bonne santé ne paraissait pas douteuse le 1 h février 1852, jour de la vaccination, mais qui, le 21,

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présentait la roséole spécifique la plus évidente. La même année le procès Ilubner, où l’on put voir le cercle des victimes agrandi par la contamination successive de plusieurs personnes appartenant à l’entourage des nouveau-nés (nourrices, domestiques), se termina par une condamnation à six semaines de prison. A Rivalta, petit village italien de 2000 âmes, deux séances de revaccination eurent lieu en juin 1861, à dix jours d’intervalle; quelque temps après la première, trente-huit enfants montraient des symptômes manifestes de syphilis; dans la seconde, l’un de ces trente-huit transmettait la maladie à sept personnes. Tous ces faits et bien d’autres dont l’Angleterre, la France et l’Amérique furent le théâtre, préoccupèrent vivement l’opinion publique. C’est de l’Antiquaille que devait venir la solution des difficiles problèmes qui s’y rattachaient. Les travaux de Rollet et de son élève Viennois nous l’ont donnée si complète que les interminables discussions dont retentirent depuis la presse et les tribunes académiques n’y ont à peu près rien ajouté.

Un fait remarquable, c’est que, dans la plupart de ces endémies, les manifestations ne paraissaient ni les mêmes ni à la même époque chez tous les sujets ultérieurement reconnus malades. Les uns offraient à courte échéance des éruptions caractéristiques cu- (anées et muqueuses, d’autres voyaient le mal débuter plus tardivement par une lésion limitée aux points mêmes de l’inoculation, les accidents généraux ne venant que quatre ou cinq semaines après. Enfin, circonstance non moins embarrassante, plusieurs sujets étant inoculés avec un liquide de même provenance, l’opération transmettait aux uns la vaccine ou la syphilis isolément, aux autres à la fois syphilis et vaccine. Ajoutons que, dans quelques circonstances, rares il est vrai, le vaccinifère fut trouvé sain.

Avec une logique merveilleuse, Viennois sut débrouiller ce chaos. Il montra que, lorsque la syphilis se transmet par la vaccination, c’est par l’intermédiaire d’un chancre, lésion exclusivement locale, en apparence du moins, qui se développe au lieu même de la piqûre, et, comme toujours, après une incubation de quinze à vingt-cinq jours; et que, par conséquent, les accidents parus d’emblée quelques jours après l’inoculation ne pouvaient nullement être regardés comme sa conséquence directe. Il resta cependant acquis à la clinique que la modification imprimée à l’organisme par la vaccine suffisait à précipiter la venue des manifestations éruptives chez les sujets en puissance de syphilis. Restait à déterminer quel était l’agent de la contagion. Or, on ne pouvait incriminer le liquide même des vésico-pustules puisque, chez

certains individus, la vaccine suivait régulièrement son cours. Viennois dénonça le sang, dont les expériencesrécenles de Pellizzari ne permettaient plus de mettre en doute la puissance nocive. Que se passe-t-il en effet dans bon nombre de cas de vaccination? Au début de la séance la lancette ne se charge que de sérum clair et transparent, mais le liquide est-il peu abondant, si les sujets à vacciner se présentent en grand nombre, l’opérateur s’efforce d’épuiser les pustules, ou revient à des pustules déjà épuisées, fait saigner leur fond et recueille presque fatalement d’abord du virus vaccin mêlé à une quantité plus ou moins considérable de sang, finalement du sang pur. Cette variété des liquides inoculés rend compte des résultats les plus contradictoires en apparence. Quant aux observations dans lesquelles la source du vaccin fut trouvée pure de toute souillure syphilitique, on se les expliquera suffisamment si l’on réfléchit qu’en passant de bras à bras, la lancette peut se contaminer au contact du sang d’un sujet syphilitique et multiplier les infections en transportant cet agent contagieux nonseulement clans les pustules du vaccinifère, mais dans les plaies d’inoculation des autres vaccinés. Comme on le voit, rien dans cette interprétation n’est laissé à l’hypothèse et, jusque dans leurs moindres détails, les faits viennent se ranger sous ces lois si simples, si naturellement déduites. Dans beaucoup d’observations, en effet, nous pouvons lire que du sang vint colorer le liquide inoculé. C’est ainsi que Lecocj (de Cherbourg) qui, en 1859, transmit la syphilis à deux marins, avait remarqué que, lorsqu’il s’était agi de ces deux malades, les derniers d’une assez nombreuse série, l’instrument, à bout de liquide vaccinal, avait ramené un peu de sang. De même, pour l’épidémie de Rivalta, l’enquête a formellement établi qu’une traînée rouge avait été vue sur la lancette de l’opérateur (Pachiotti).

Indépendamment des auteurs qui soutiennent encore, Giuseppe Profeta en tête, que l’humeur vaccinale est elle-même contagieuse chez les sujets syphilitiques, d’autres ont avancé récemment que le sang n’est point le seul véhicule de l’agent nocif dans la pustule vaccinale. Les lamelles épidermiques (Bakeswell, Taylor), les leucocytes (Carter), la lymphe (Simonnet), partageraient avec ce liquide la propriété de transmettre la contagion. Il serait prématuré de se prononcer encore sur une telle manière de voir, qui n’offre rien du reste que de fort rationnel.

On s’est demandé si le sang d’un individu ayant reçu la double inoculation vaccino-syphilitique était déjà nocif au moment où se développent les pustules vaccinales, c’est-à-dire vers le septième

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jour, par conséquent avant l’apparition du chancre syphilitique. Le fait est douteux. L’épidémie de Rivalta nous offre cependant un fait qui nous semble militer en faveur de l’affirmative. Après avoir servi le 12 juin à vacciner dix-sept enfants dont sept furent infectés, Louise Manzone vit des ulcères indurés se développer sur la place de ses pustules; le 2 août tout son tégument se couvrit d’une éruption érythémateuse. Toutefois Rollet pense que dans ce cas la contagion fut produite par le transport direct du pus syphilitique déposé dans la piqûre sept ou huit jours avant.

Résumons-nous : La syphilis par vaccination peut provenir de deux sources, le vaccinifère et le vacciné; je dirais même trois, si l’usage de délayer le vaccin avec leur propre salive, n’était pas aujourd’hui justement abandonné des médecins vaccinateurs. La contagion s’exerce par l’intermédiaire du sang, peut-être des lamelles épithéliales et des globules blancs, et peut atleindre, soit le vaccinifère, soit les vaccinés.

Il n’est pas d’exemple plus frappant des dangers de la transmission médiate que celui qui nous est offert par la syphilis des verriers. On sait que le verre est soufflé au moyen d’un long tube que trois personnes, un enfant le gamin , un jeune homme le grand garçon , et un troisième plus âgé Y ouvrier, se transmettent de bouche en bouche. L’embouchure une fois souillée par l’un d’eux, et elle l’est d’autant plus facilement que cette opération détermine sur la muqueuse bucco-labiale qu’elle irrite l’apparition d’accidents graves et rebelles, les deux autres sont presque fatalement contaminés, car il est bien rare que ce tube, qui parfois présente des rugosités et qui d’ailleurs est toujours animé d’un mouvement de rotation assez rapide, laisse intactes, sans érosions ni déchirures, les lèvres des ouvriers souffleurs. Les verreries sont donc des foyers extrêmement actifs de la contagion syphilitique. Chose étonnante, ces faits n’avaient point fixé l’attention jusqu’à l’année 1858, époque à laquelle, observant un chancre labial, Rollet sut en reconnaître l’origine professionnelle. Diday et Viennois ne tardèrent pas à faire de celle question une étude complète, et montrèrent que, sortant de l’usine, la syphilis se répandait rapidement du père contaminé à la mère, puis aux enfants, enfin de famille à famille, au point de constituer de véritables endémies locales, tandis que Chassagny (de Lyon) s’efforçait de faire adopter ses ingénieux appareils prophylactiques, i Comme on le voit, c’est aux chirurgiens lyonnais, placés au voisinage des grandes verreries de la Loire, que revient l’honneur

d’avoir jeté le cri d’alarme, aussi bien que présenté la solution dans celte importante question d’hygiène publique.

La communauté des instruments de chirurgie entre les mains de médecins peu soigneux est une cause plus rare, il est vrai, mais non bien moins constatée de contagion; dans les hôpitaux de vénériennes, les victimes du spéculum seraient innombrables si l’on n’employait les plus minutieuses précautions; encore n’oserions-nous pas affirmer que certains chancres qui surviennent pendant le séjour des malades à l’hôpital, et sans cause connue, soient tous absolument étrangers à ce mode de contamination. Mais c’est à la pratique de l’otologie que se rapportent les méfaits les plus nombreux. Un spécialiste parisien s’est rendu tristement célèbre en communiquant la syphilis à plus de soixante individus par le cathétérisme de la trompe d' Eustache. Un chancre syphilitique siégeant au pharynx marqua le début du mal chez ces malheureux qui, pour la plupart, furent très-gravement frappés. Édouard Fournié, Gubler, Yigla, Alfred Fournier, Lortet, Gosselin, Hillairet ont les premiers porté ces faits à la connaissance publique en 186d. Dix ans après nous pûmes nous-même retrouver plusieurs de ces malades dans les hôpitaux spéciaux de Paris, particulièrement dans les salles de Laillier, à Saint-Louis. Leurs observations ont été publiées dans nos Recherches statistiques sur la syphilis tertiaire. — Signalons encore les lancettes , les ventouses qui peuvent, en passant d'un syphilitique à un individu sain, transmettre la vérole par l’inoculation du sang ; telle fut la cause de l’épidémie de Brunn, en Moravie. (Voy. p. A86.) — Une opération très-fréquente au siècle dernier, la transplantation des dents, passe aussi pour avoir servi, dans une mesure qu’il est difficile de préciser, à la propagation de la vérole.

Plusieurs faits bien constatés (Ricord, Taylor), en parfait accord du reste avec le raisonnement, établissent la possibilité de la contagion par la circoncision , telle que les Juifs la pratiquent. On sait èn effet que, dans le but d’arrêter l’hémorrhagie, le rit hébraïque prescrit de sucer le pénis après la section du prépuce. Rien d’étonnant dès lors, si l’opérateur est atteint de lésions contagieuses sur les lèvres, qu’il les transmette à l’opéré. Il en serait de même si, après une première péritomie faite sur un sujet vérolé, le rabbin passait à une seconde, sans se laver soigneusement. Ajoutons que, dans ce dernier cas, il pourrait lui-même devenir victime de cette pratique justement décriée aujourd’hui.

Enfin, sans entrer dans des détails à l’absence desquels

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chaque lecteur saura suppléer, je me borne à mentionner rapidement :

Les vêtements. — Chemises, pantalons, robes, chaussures, et plus particulièrement les vêtements qui sont en rapport direct avec la peau.

Les draps. — Leur influence avait été nettement reconnue par Nicolas Massa, Iborstius, Swediaur. Nous avons observé à l’Antiquaille un cas de chancre de la nuque, qu’il nous a semblé rationnel de rapporter à une affection de ce genre.

Les récipients , les aliments. — Gruner a signalé, en 1783, la communauté du calice chez les protestants; Rollet a soigné une jeune femme qui s’était infectée en goûtant les ragoûts de sa cuisinière avec la même cuiller que cette dernière. Le fait est fréquent pour les nourrices qui ont la coutume d’introduire dans leur bouche la cuillerée de potage destinée à l’enfant, avant de la lui présenter. Les verres font tous les jours de nouvelles victimes. Il n’est pas jusqu’aux bouteilles qui n’aient été incriminées (Ollivier), fait qui paraîtra fort admissible si l’on réfléchit que les tonneliers, qui ont l’habitude de mâcher les bouchons, peuvent fort bien les imprégner de liquide contagieux. Enfin Hardy a cité un fait de contagion par l’intermédiaire d’une dragée.

Le tabac, les pipes. — Il est peu de causes non vénériennes qui entrent plus fréquemment en ligne de compte que la pipe. Ambrosoli a récemment insisté sur les dangers auxquels s’exposent les ramasseurs de bouts de cigares. Enfin Violet pense que les petites guillotines qui servent à en exciser l’extrémité peuvent, au contact d’un bout préalablement mâché, s’imprégner de la substance contagieuse et la déposer sur un cigare suivant. Ces circonstances sont d’autant plus dangereuses que nul ne s’en défie.

Les parasites. — Diday a le premier appelé l’attention sur la transmission de la syphilis au moyen des parasites. En 1871, Profeta a publié une observation fort probante, ayant trait à un jeune homme chez lequel les recherches les plus minutieuses ne permirent pas de découvrir d’autre agent d’infection qu’un acarus. Le chancre initial siégeait sous un espace interdigital de la main droite.

Du principe contagieux et de ses sources. — NOUS avons dit

i (page Û56) que la contagion s’exerce au moyen des produits exsudés à la surface des lésions ou par le sang. C’est à l’expérimentation I que nous allons emprunter la preuve de cette proposition. On a | sans doute quelque droit de s’étonner que des médecins se soient ; crus autorisés à user d’un tel procédé pour élucider une question

de doctrine. En effet, ce n’est jamais chose insignifiante que de communiquer la syphilis à un sujet qui en est indemne; et, si l’on comprend à la rigueur les raisons qui peuvent légitimer une inoculation pratiquée sur un cachectique, voué aune mort inévitable, on ne peut que blâmer ceux qui n’ont pas craint de compromettre l’avenir d’individus sains, de jeunes gens, d’enfants. Si ces hommes étaient à ce point jaloux de porter la lumière sur les problèmes de la contagion syphilitique, que ne se prenaient-ils eux-mêmes comme sujets de leurs expériences? Que leur but ait été louable, nul ne le conteste ; on ne saurait pourtant s’empêcher de distinguer entre les Hunter, les Lindmann,les Galligo, les Bargioni, qui ont été les premières et les seules victimes de leurs propres inoculations, et ces amis trop zélés de la science, qui font si bon marché de la santé d’autrui.

1 Le chancre syphilitique peut dériver du chancre syphilitique .

Ce fait nous est prouvé d’abord par V inoculation. Dans les onze cas suivants, inoculée à des sujets sains, la sécrétion de l’ulcère primitif a donné lieu, après un certain temps d’incubation, à un ulcère de même nature, suivi bientôt lui-même, après une deuxième période d’incubation, des manifestations générales caractéristiques de la vérole. Nous n’entrerons pas dans le détail de toutes ces expériences, sur lesquelles nous aurons à revenir (voy. plus loin Symptomatologie). Qu’il nous suffise d’en présenter le résumé dans le tableau suivant :

. Temps écoulé- entre

NOMS DES ISOCULATEl'RS. l'inoculation el l'apparition

du chancre.

1 Rineckcr (1852) 21 jours

2 Rollet (1856) 18

3 Anonyme (1856)

4 Gibert (1856). 25 (environ).

5 Ilébra et Rosner 22

6 Raercnsprung (1859) 27

7 Belhomme (1859) 35

8 Lindwurm (1861) 15

9 et 9 Lindwurm (1861 ), deux inoculations sur le même malade, à deux

jours d’intervalle 19 cl 24...

Il et 12 Ruche (1862) deux inoculations sur le même malade à 22 jours d’intervalle 39 et 17 ... .

Temps écoulé entre l'apparition du chancre et celle des accidents consécutifs.

Moyennes

Nous trouvons une autre preuve de ce fait dans le résultat des confrontations. Bassereau a montré le premier (1852) que si l’on confronte tous les sujets atteints de chancres etensuile d’accidents

ÉTIOLOGIE.

constitutionnels avec ceux qui leur ont communiqué la contagion, ou avec ceux auxquels ils l’ont transmise, on trouve que tous ces sujets sans exception ont été atteints de chancres et d’accidents constitutionnels. Le môme observateur a pu sept fois déterminer rigoureusement par un examen direct, non-seulement la nature, mais la forme de l’accident contagionnant dans des cas de chancres syphilitiques; sept fois il a vu l’ulcère primitif succéder à l’ulcère primitif. Deux ans plus tard, Clerc apportait un nouveau contingent de faits on ne peut plus probants. Mais c’est à Alfred Fournier (1857) que nous devons sur ce point les documents les plus nombreux et les plus exacts. Tant par la réunion et la comparaison des couples contaminés, que par l’observation de plusieurs séries d’individus ayant contracté le môme accident, à la môme époque, auprès des mêmes femmes, cet auteur a pu réunir soixante-douze observations démontrant le pouvoir prolifique du chancre dur. Ces résultats sont encore confirmés par la pratique qui nous rend souventtémoin de confrontations spontanées, quand la maîtresse et l’amant viennent demander des conseils au même médecin. On ne saurait donc émettre le moindre doute sur la transmissibilité dans sa forme propre du chancre syphilitique.

2° Le chancre syphilitique peut dériver des divers accidents cutanés ou muqueux qui constituent les poussées éruptives de la vérole.

Rapportons d’abord sur ce point l’indiscutable verdict de l’moculation. Quatorze observations établissent le pouvoir contagieux de la plaque muqueuse; nous disons contagieux et non transmissible, parce que cet accident ne se communique pas dans sa forme, mais par l’intermédiaire du chancre primitif.

Temps écoulé entre

Temps écoulé entre l'apparition

XOMS UES IXOCl'LITEl'RS.

l'inoculation et l’apparition

du chancre et celle

du chancre.

des accidents consécutifs.

1 Wallace (1835)

23 jours

47 jours

2 et 3 — — deux inoculations

deux jours d’intervalle

5 Hébra et Rosner

6 Waller (1850)

7 Lindmann (1851)

8 Anonyme (1856)

'J Gibert (1859)

Il Galligo (1859)

12 Guyenot

13 Baerensprung (1859)

13 Auzias-Turenne (1859)

14 Lindwurm (18G0)

Moyennes

Dans le dernier cas, celui de Lindwurm, la sécrétion contagieuse fut empruntée à un ulcère amygdalien constitué probablement par une plaque muqueuse ulcérée.

Les syphil ides pustuleuses, manifestations qui dénotent en général une période plus avancée de la maladie, ont fourni quatre inoculations, toutes positives :

Temps écoulé entre

Temps écoulé entre l'apparition

NOUS UES lïOCüLATBUItS.

l'inoculation cl l'apparition

du chancre cl celle

du cliancrc.

des accidents consécutifs.

1 Wallace (1835)

37 jours

3 Vidal (1849)

4 Rinecker (1852)

Moyennes

L'expérience de Rinecker fut pratiquée avec du pus emprunté à une syphilide pustuleuse congénitale.

Ainsi qu’on le voit, déjà en 1835 Wallace avait péremptoirement démontré la présence du contagium syphilitique dans le produit de sécrétion des plaques muqueuses et des pustules; il s’en faut cependant que la clinique ait dès cette époque fait son profit d’une vérité si chèrement payée ! A la suite de celle de Hunter, l’école du Midi avait nié le pouvoir contagieux de tout ce qui n’était pas le chancre primitif, parce que les accidents consécutifs de la vérole ne sont point inoculables au porteur. Un fait observé par Langlebert en 185à fut le trait de lumière qui lui permit de s’élever contre cette erreur1 en annonçant, non-seulement que ces accidents pouvaient transmettre la syphilis, mais encore et surtout que cette syphilis avait pour point de départ constant, invariable, un chancre induré. Le 13 février 1856, cet important résultat était communiqué à la

1 On nous saura gré de résumer ici une observation aussi importante. « Yrers le milieu de l’année 1853, une jeune femme vint me consulter pour une syphilis constitutionnelle : elle avait des plaques opalines et des ulcérations légères sur les amygdales. En juin 1854, je trouvai, sur ses grandes lèvres, trois plaques muqûeuses de la dimension d’une pièce de 50 centimes. — La malade m’ayant demandé si elle pouvait communiquer sa maladie : « Non, lui répondis-je, vos boutons n’étant que. des accidents secondaires ne sont pas contagieux. » — Trois semaines après cette dernière consultation, un jeune homme entrait dans mon cabinet et me montrait sur le feuillet interne du prépuce un chancre infectant caractéristique, et me rappelant les assurances données par moi à la malade précitée, m’accusait d’être la cause de son mal, car il jurait n’avoir vu d’autres femmes depuis plus de trois mois. Un tel fait n’a pas besoin de commentaires ; il force la conviction. » (Langlebert, Du chancre produit par ta contagion des accidents secondaires de la syphilis, page 47, Paris, 1801.)

ÉTIOLOGIE.

Société médicale du Panthéon ; deux ans plus tard, en 1858, Langlebert en fit l’objet d’une publication, où sont exposés avec détail les premiers faits qui soient venus confirmer la loi qu’il avait hardiment posée. En 1859, Roi let fit paraître dans les Archives générales de médecine un très-remarquable mémoire où la question est traitée avec les développements les plus complets, et la môme conclusion appuyée sur un inébranlable faisceau de preuves cliniques. Dirigée avec passion parRicord, l’opposition qui accueillit ces premiers travaux rallia un grand nombre des élèves du Midi, et la tribune académique retentit des luttes les plus acharnées.

Ces adversaires durent céder cependant, vaincus par le nombre toujours croissant des faits dont la pratique les rendait témoins. Alfred Fournier, dont il faut toujours rappeler les travaux quand il s’agit de la contagion syphilitique, se déclara franchement pour la contagion des accidents consécutifs qu’il étaya d’un nouveau tribut d’observations et de confrontations-, enfin lticord lui-même se rendit à l’évidence (31 mai 1859). Je n’ai pas à répéter ici de quelle vive lumière cette doctrine éclaira l’étiologie du chancre syphilitique. Il suffit pour s’en rendre compte de jeter les yeux sur les premières pages de ce chapitre.

3° Les manifestations ultimes de la syphilis ne peuvent , ni par r inoculation, ni par la contagion , transmettre la syphilis.

En 1865, Tanturri (de Naples) a donné la démonstration de ce fait en inoculant vainement à une femme saine le produit d’une énorme gomme sous-cutanée développée chez une cachectique. Même résultat a été obtenu par Profeta en 1871 avec la sécrétion d un tubercule syphilitique. Ajoutons que nul fait clinique n’est venu déceler le pouvoir contagieux de ces accidents. Ces résultats, confirmés d’ailleurs par les expériences de Didav sur l’inoculation du sang des syphilitiques arrivés à la dernière période, ne laissent pas que d’embarrasser la théorie; aussi, en raison surtout de 1 absence de faits assez nombreux et assez variés, la prudence exige-t-elle qu’on ne se hâte point de généraliser.

5 0 Le sang des sujets syphilitiques est susceptible' de transmettre la syphilis, mais seulement pendant la phase des poussées éruptives ; il ne l'est plus pendant celle des productions gommeuses .

Nous avons déjà fait connaître le cas d’un vaccinifère de Rivalta qui put fournir la matière propre à pratiquer une inoculation syphilitique positive, avant l’apparition de son chancre, au dixiéme jour de l’incubation. Nous serions fort tenté d’y voir une preuve de la viciation hâtive et de la contagiosité du sang, avant même que la manifestation spécifique spéciale ait averti le sujet

qu’il est sous le coup de l’infection; mais Rollet fait remarquer que la lancette a pu rencontrer dans les pustules de cet enfant le produit nocif qui avait été déposé lors de sa vaccination et donner lieu ainsi à une contagion médiate; nous ne saurions donc conclure sur ce point. Nous ne sommes pas plus avancé sur l’état du sang pendant la durée de l’ulcère primitif, aucune expérience ne nous renseignant à cet égard; mais les faits sont précis en ce qui touche la première période des accidents consécutifs. En dépit des dénégations de Ricord qui n’avait pas craint de s’écrier un jour : « Si l’on admet que le sang des syphilitiques peut donner la vérole, nous reculons jusqu’au quinzième siècle », en dépit des inoculations négatives de Lalagade (d'Albi); les expériences suivantes ne sauraient laisser aucun doute.

Temps écoulé eulrc

Temps écoulé entre l'apparition

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