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CHAPITRE PREMIER

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE § 1. — HISTORIQUE

« 2. Parlez aux enfants d'Israël et dites-leur : l’homme qui est atteint de Y écoulement de semence sera impur.

» 3. Et on jugera qu'il souffre de cet accident, lorsqu’à chaque moment il s’amassera une humeur impure qui s’attachera à sa chair.

» l\. Tous les lits où il dormira et tous les endroits où il se sera assis seront impurs

» 13. Si celui qui souffre cet accident est guéri, il comptera sept jours, après en avoir été délivré, et ayant lavé ses habits et tout son corps dans les eaux vives, il sera pur.

» là. Le huitième jour il prendra deux tourterelles ou deux petites colombes, et, se présentant devant le Seigneur à l’entrée du tabernacle du témoignage, il les donnera au prêtre,

)> 15. Qui en immolera une pour le péché et offrira l’autre en holocauste, et qui priera pour lui devant le Seigneur, afin qu’il soit purifié de cette impureté L »

Il est bien peu d’auteurs qui refusent d’admettre que l’écoulement de semence dont parlait Moïse ne se rapporte à ce que nous appelons aujourd’hui la blennorrhagie ; il serait étrange en effet que l’on exigeât plus d’exactitude dans la description que le grand législateur nous a donnée d’un état morbide qui, aujourd’hui 3600 ans après, nous offre encore tant d'obscurités.

1 Sainte Bible. Lévitique, chap. xm, verset 2 et suiv. Traduction de Lemaistre /le Sacy.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

Pour nous donc qui, dans ces vieilles annales du peuple hébraïque, croyons en trouver les vestiges, l’histoire de la blennorrhagie commence avec celle de l’humanité :

Confondue d'abord avec la spermatorrhée , plus tard attribuée à des ulcérations du canal, puis décrite avec la syphilis, ce n’est qu’à notre époque que ses véritables caractères sont reconnus, et qu’on lui assigne enfin le rang qui lui convient dans la nosologie médicale.

11 ne nous sera pourtant pas difficile de la suivre à travers les siècles, et, sans nous arrêter à tous les documents que nous pourrions rencontrer, de reconstituer son histoire par maints témoignages empruntés aux médecins, aux historiens, aux poètes.

Voici d’abord celui d’Hérodote 1 : « les Scythes en quittant la ville d’Ascalon se comportèrent bien pour la plupart ; mais un petit nombre d’entr’eux restés dans la ville, pillèrent -le temple de Vénus Uranie. Or la Déesse envoya à ceux qui avaient pillé son temple et à leurs descendants la maladie des femmes (SrAtiav vouov), Les Scythes eux-mêmes reconnaissent que telle est l’origine de cette maladie, et ceux qui en sont atteints sont maudits (évapsa;).»

Hippocrate parle d’un « écoulement blanc jaunâtre, qui cause des mordications et des élancements. »

A cette époque on a déjà reconnu l’influence que peut exercer sur la stangurie l’ingestion de certains aliments : la moutarde, le cresson, le raifort. Ce fait est même de notion si vulgaire en Grèce que les poètes comiques en plaisantent sur le théâtre. Dans les Thémosphores d’Aristophane 2, Mnesilochus reproche à Glistène les lenteurs de sa mixtion. « Par Jupiter, répond-elle, malheureuse que je suis, j’ai mangé du cresson hier, je souffre de strangurie. »

Celse 3 parle d’un ulcère qui est la cause d’un écoulement abondant de pituite.

« L’ulcère descend le long des nerfs et il s’en dégage beaucoup de pituite, et une sanie de très-mauvaise odeur. » Pour Galien, pour la plupart des auteurs latins, il n’est toujours question que de la perte de la semence, mais leurs descriptions ne laissent guère de doute sur la véritable nature de cet écoulement.

Les ouvrages des Arabes et des Arabistes sont plus explicites, ils ont connu non-seulement la blennorrhagie mais la plupart de ses

' Hérodote, Clio, liv. I.

* Aristophane. Les Thémosphores, vers 623. 3 Celse, De medicinâ, lib. V.

complications : rétrécissements, fistules urinaires, cystite, orchite, abcès péri-uréthraux.

Haly Abbas 1 parle dans ses theorices d’une maladie qui « survient au méat, se manifeste par une ardeur d'urine avec difficulté grande de miction et écoulement d’une humeur abondante. »

Rhases 2 nous avertit de ses suites « Quand la sanie diminue, si l’écoulement de l’urine devient de plus en plus laborieux, tu sauras qu 'une chair exubérante s'est produite dans le canal. »

Avicenne 3 traite dans un chapitre « des ulcères intérieurs de la verge » suivant l’idée fausse que l’on se fit longtemps de la nature de cette maladie.

• Avenzoar 4 formule une étiologie bien différente. « Cette maladie est causée dans le membre viril, par l’abondance des humeurs.» Mais Albucasis5 se rattache h la théorie des ulcères «qui se produisent par l’action d’une humeur âcre répandue vers la vessie. »

Constantin l’Africain6 conseille comme traitement des injections de lait de femme. Le lait a du reste joué un grand rôle dans la thérapeutique des écoulements uréthraux, et huit siècles plus tard, nous le trouverons encore vivement préconisé par Morgagni.

Gariopontus (de Salerne) 7, dans le troisième livre de sa grande encyclopédie, traite assez longuement de la gonorrhée. Il trace un tableau navrant des effets de cette maladie, qu’il déclare aussi cruelle que honteuse. « Les malades ne peuvent plus retenir leur semence , tant ils sont faibles; leur urine est peu abondante, rougeâtre, et très-âcre ; leur semence, aqueuse et diluée, s’écoule d’elle-méme. »

Nous pourrions apporter encore les témoignages de nombre d’auteurs, parmi lesquels nous citerons : Michaël Scott, Rogerius qui a vu et décrit les aposthèmes des testicules, Lanfranc, Bernardus Gordonius, Jean Ardern, qui préconise le lait d’une femme nourrissant un enfant mâle, Jean de Gadesden, Guy de Chauliac, \alescus de Tarente, Jean de Concoregio, Arcalanus. Ce dernier

1 ltaly, Theorices, lib. IX.

2 Rhases, lib. X, cap. vu.

Avicenne, lib. III, feuil. xx, xxi, xxix.‘

1 Avenzoar, liv. III et IV.

5 Albucasis, Theorice nec non pratic. Tract. XXI, fol. 92.

n Constantin l’Africain, De morbi cogn. et eur,lib. V.

Garioponti vetusti admodum medici ad totum corporis œgritudinès retnediol'urn 7tpa?Ewç, lib: V, 1531, lib. III, page 67.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

auteur a observé la cystite blennorrhagique qui se manifeste, ditil, « per exitum sanguinis, aut saniei, aut utriusgue, cum ponctione et mordicatione.»

« En Angleterre la blennorrhagie était fort répandue, sous le titre d’arsure ( burning , incendium virgœ). Dès 1430 il existait des ordonnances de police pour les maisons de prostitution qui se trouvaient dans le faubourg appelé Southwark et où il était défendu de garder des femmes infectées du mal de I’arsure. André Boord, docteur en médecine et prêtre, nous dit, dans son Compendium sanitatis, que si quelqu’un après avoir contracté l’arsure avec une courtisane a commerce avec une femme saine, il lui communique la même maladie. »

Cependant vers la fin du xve siècle apparaît un mal nouveau' les désordres qu’il produit sont si variés et si multiples, qu’il semble être comme la quintessence de toutes les autres maladies connues ; sa soudaineté, sa violence, sa foudroyante propagation, attirent l’attention de tous. Quoi d’étonnant que, mal connue encore, la blennorrhagie ait été éclipsée pour un temps. On a dit qu’elle était restée inaperçue, oubliée pendant plus d’un demisiècle! C’est là une exagération, contre laquelle il nous serait facile d’apporter les témoignages de Jacques de Béthencourt, d’Alexander Benedictus, de Marcellus Cumanus, du grand Paracelse surtout, et de quelques médecins anglais : Boord, Wood, Fitts Bulleyn, qui surent toujours et la voir et la distinguer. A ces noms nous en joindrons un autre, celui de Rabelais. Il eût été bien difficile que la blennorrhagie échappât à l’esprit d’un aussi profond observateur, à la plume d’un encyclopédiste aussi universel. Aussi bien, dès le deuxième livre de son œuvre gigantesque en est-il fait mention, dans un passage que l’on nous saura gré de reproduire. « Le bon Pantagruel tomba malade et fut ;tant prins de l’estomach qu’il ne povait boire ni manger, et parce qu’un malheur ne vient jamais seul, lui print une pisse chaude qui le tourmenta plus que ne penseriez; mais ses médecins le secoururent très bien et avec force drogues lénitives et diurétiques, le feirent pisser son malheur. » C’est en 1532 que le joyeux maistre Alcofribas écrivait ces lignes devenues populaires dès leur apparition. Ne prouvent-elles pas avec évidence que la blennorrhagie était alors d’usage vulgaire? Fallope faisait donc preuve d’une bien piètre érudition lorsqu’il écrivait en 1560 : « Il n’y a pas quinze ans qu’on a observé la gonorrhée. » Vers 1545, à la vérité, elle reparaît, mentionnée dans les écrits de Fernel et Brassavola; mais ce n’est plus une maladie locale indépendante.

elle a été rattachée à la grande diathèse, elle est devenue un symptôme du mal français.

Cette grande erreur eut une fortune considérable. Elle régna presque sans partage pendant près de deux siècles. Voici par exemple Ambroise Paré 1 qui , parlant de la contagion de la chaudepisse, écrit en son dix-neuvième livre « qu’elle se fait pour avoir habité avec celle qui aurait eu quelque ulcère dans les parties' honteuses , quelque matière procédant de vérole, qui s’insinuant dans les parties génitales, les infecte, et quelquefois tout le corps. »

* Pour Nicolas de Blegny 2, il n’existe qu’un virus dont les effets peuvent différer, « car, par exemple , l’épaississement que les acides vénériens causent dans les substances liquides, et les fermentations dont il est suivi sont ordinairement accompagnées des accidents de la vérole, lorsqu’elles arrivent dans le sang, ou de celles des chaude-pisses, quand elles se font dans la semence. »

Jean-Louis Petit 3 décrit de main de maître les accidents de la blennorrhagie : orchite, rhumatisme, oplthalmie, qui seuls, dit-il, peuvent lorsqu’ils se produisent, empêcher la génération de la maladie et la déclaration de la vérole.

Astruc 4, de son côté, croit que la gonorrhée ne cause jamais la vérole, « pourvu que la semence ou la liqueur séminale infectée « de virus coule abondamment et librement. »

Je ne multiplierai pas davantage ces citations. Aussi bien sommes-nous arrivés à une époque où la doctrine de l'identité des virus commence à être discutée. Morgagni 5 par ses dissections immortelles, lui porta le premier coup, en prouvant que la gonorrhée n’était que rarement liée à des ulcères de la muqueuse uréthrale.

Un chirurgien, célèbre alors, Favre, augmenta encore les doutes en montrant que les suites des gonorrhées ne ressemblaient nullement à celles des chancres vénériens ; mais c’est à l’anglais Balfour 0 (1767), que nous devons la première opinion formelle sur la non identité des virus gonorrhéique et syphilitique. A partir

' Ambroise Paré, Oeuvres, 19° livre traitant de la grosse vérole et des accidents Rui advienne à icelle, chap. xvin, édition Malgaigne. Paris 1840.

s Nicolas de Blegny, L’art de guérir les maladies vénériennes expliqué par les principes de la nature et delà méchanique, in 8, 3° édition. La Haye, 1683.

Jean-Louis Petit, Œuvres chirurgicales. Paris, in 8.

1 Astruc, De morbi venereis. Parisiis, 1740.

" Morgagni, De sedibus et causis morborum.

Balfour, Dissert, de gonorrhœd virulentâ. Edimburgi, 1767

BLENNORRHAGIE URETHRALE.

de cette époque les travaux se succèdent rapidement : Noies, Elles, Dernais, Trotter en Angleterre, Tode et Callisen en Danemark, Clossius, Theden, Wichmann et la plupart des médecins en Allemagne vinrent grossir le nombre des non-i dentistes, qui ne purent cependant s’enorgueillir de compter dans leurs rangs l’illustre Hunter 1 ; du moins fut-il leur adversaire le plus loyal, surtout le plus logique. Convaincu que la méthode de l’inoculation qu’il venait de créer, devait apporter la solution du problème, il s’inocula le pus d’une gonorrhée, malheureusement liée à un chancre intra-uréthral qui lui avait échappé. Il eut un chancre et souffrit consécutivement de tous les phénomènes delà vérole. Or cette expérience-là, produit, il faut en convenir, d’un bien singulier hasard, ne pouvait signifier autre chose qu’ unité de virus.

Cependant le sillon tracé par Balfour entre la syphilis et la gonorrhée, se creusait de plus en plus. L’ouvrage de Bell 2, chirurgien d’Edimbourg, bientôt traduit et publié en France avec de nombreuses additions par Bosquillon, y produisit une vive ^impression. Vint ensuite le traité de Yacca Berlinghieri, puis celui de Swediaurd 3 qui créa le mot blennorrhagie, et prouva le premier la nature non virulente de cette affection en la déterminant sur lui-même au moyen de l’injection d’une solution d’ammoniaque. Enfin en 1812 parut le livre d’Hernandez 4, médecin à Toulon. A l’unique fait de Ilunter, il opposait dix-sept expériences, restées célèbres, d’inoculation gonorrliéique sur les forçats. L’identité perdait son dernier argument.

Cet ouvrage est assurément l’un des plus remarquables qui aient jamais été écrits sur les maladies vénériennes. Par la sûreté de sa méthode, la rigueur de ses déductions, la nécessité avec laquelle il les impose, l’importance du résultat obtenu, Hernandez nous apparaît comme le précurseur direct de Bassereau. Tous deux ont eu le même but : débarrasser la syphilis des maladies avec lesquelles elle était confondue, et qui encombraient son histoire; tous deux l’ont atteint, et l’on peut dire que l’œuvre du second a complété celle de son devancier.

Ricord n’ajouta rien à la doctrine d’Hernandez. Il la rendit

1 John Hanter, on tlie venereal Disease. London, 1786; traduit en français par G. Riclielot.

2 Bell, Traité de la gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne, traduit par Bosquillon, 1802.

3 Swediaurd, Traité complet des maladies vénériennes, 7° édition, 1807.

4 Hernandez, Essai analytique sur la non identité des virus gonorrliéique et syphilitique. Toulon, 1812.

évidente, populaire, par des milliers d’inoculation, par l’heureuse application du spéculum à la pratique, et la démonstration nécroscopique irréfutable de la fréquence du chancre intra-uréthral. Comme Hernandez , comme Swediaur il repousse l'idée de la nature virulente de la blennorrhagie, pour n’y voir qu’une inflammation de la muqueuse uréthrale. Ce dernier point divise encore aujourd’hui ses élèves et ses successeurs.

Fticord fut aidé dans sa tâche par ses nombreux élèves, mais particulièrement par Roquette de Nantes et Diday de Lyon. Dans un ouvrage 1 étincelant de verve et de bon sens, qui restera comme un type achevé de polémique, ce dernier ne craignit pas de porter un défi aux identistes, et de promettre un prix à qui pourrait produire dix observations détaillées de syphilis constitutionnelle due à la blennorrhagie. Mais de toutes ces gonorrhées si infectantes dans les livres, aucune n’a osé se manifester devant un jury accadémique, et M. Diday en est encore à attendre des observations introuvables.

Enfin nous ne saurions omettre de signaler nombre d’ouvrages parus plus récemment. Les leçons cliniques de Cullerier2, les traités de Melchior Robert 3, Langlebert 4, Martin et Belhomme 5 , Voillemier 6; les importants articles publiés par Messieurs Rollet 7 et Alfred Fournier 8 dans les dictionnaires de médecine, les travaux de Bumstead9, (de Philadelphie); Berkeley Hill 10, (de Londres); Reder 11 , Friedberg, (de Vienne); Patamia 12 , (de Naples); Profeta 13 , (de Palerme) ; Gambe-

1 Biday, Exposition critique et pratique des nouvelles doctrines sur la syphilis, Paris, 1858.

5 Cullerier, Des affections blennorrhagiqnes, leçons cliniques, Paris, 186l.

' M. Robert, Nouveau Traité des maladies vénériennes. Paris, '1861.

1 Langlebert, Traité théorique et pratique des maladies vénériennes. Paris, 186-1.

Martin et Bclhommc, Traité théorique et pratique de la syphilis et des maladies vénériennes, 2° édit., Paris, 1875.

Voillemier, Traité des maladies des voies urinaires, lor volume. Paris, 1868.

7 Rollet, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

Fournier, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, 1866, art. Blennorrhagie, t. V.

Bumstead', The pathology and grealment of venereal Diseuse. 3° édition. Philadelphie, 1 87-1.

10 Berkeley, Bill, Syphilis and local contagious Disorders. London, 1868.

" Reder- Palhologia e tlierapia delle malattie veneree, Traduction italienne, Napoli, 1871.

Patamia, Trattato teorico pratico delle malattie veneree. Napoli, 1866.

Profeta, Sopra lalune pretese malattie veneree, Firenzc. 1869, in 8".

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

rini (de Bologne); Turati1 2, (de Milan), sont aujourd’hui devenus classiques et marquent la dernière étape de la question qui nous occupe, en F rance et à l’étranger.

g 2. — ÉTIOLOGIE.

Le processus blennorrhagique peut être la conséquence d’une irritation quelconque de l’urèthre, pourvu qu’elle soit portée à un degré suffisant. De là la grande variété de ses causes; c’est ce dont on peut se convaincre en effet en jetant un regard sur la longue série de celles qu’ont mentionnées les auteurs. Les circonstances les plus diverses, traumatismes, affections spéciales, contagions, maladies tant internes qu’exlernes, s’y trouvent énumérées souvent pêle-mêle, en tous cas sans lien logique. Ce lien qu’il nous paraît utile d’établir ici, c’est Y irritation que nous retrouvons en tant que cause déterminante, au début de toute blennorrhagie. La contagion n’est elle-même qu’un mode d’irritation plus actif, plus certain, grâce aux propriétés plus particulièrement excitantes du liquide qui en est l’agent essentiel. C’est elle qui va nous occuper tout d’abord.

1° Contagion. — La blennorrhagie peut engendrer la blennorrhagie. Sur ce point pas de discussions : expériences, faits cliniques, tout concorde. Elle peut l’engendrer , par contagion immédiate, lorsque le principe offensant passe directement de l’organe malade sur la muqueuse, qu’il y soit porté par un acte physiologique ou expérimental ; médiate,’ quand l’agent est transmis d’un organe à un autre par l’intermédiaire d’un tiers resté sain.

Contagion immédiate. — La contagion succède au simple contact de la matière blennorrhagique avec la muqueuse uréthrale. Nul besoin du reste qu’il soit de longue durée, ni qu’il se produise pendant une période d’excitation vénérienne, ni même pendant l’érection; nui besoin que la muqueuse présente une excoriation, une porte ouverte à l’introduclion d’un principe virulent qui n’existe pas. Les expérimentateurs n’ont rien obtenu de plus en dénudant les parties de leurs téguments, ou en insérant le pus blennorrhagique dans des incisions plus ou moins profondes faites à la muqueuse. Qu’on ne l’oublie donc pas ici, si le mot inoculation a un sens bien défini , en tant que communicalion

1 Gamberini, Tratlato leorico pralico (telle malattie veneree. Milano, 1872.

■ Turati, Selte anni di pratica sifilografica ne I dispensaria per le malattie veneree nell'Istuto di Santa Corona. Milano 1871.

ÉTIOLOGIE.

expérimentale d’une maladie ; relativement au mode suivant lequel se produit ce phénomène, il n’implique rien. Dans le cas qui nous occupe, inoculation veut dire : dépôt de l’agent contagieux sur une muqueuse intacte, qui s’enflamme. Dans un chapitre ultérieur, l’étude de la chancrelle nous mettra en présence d’une deuxième variété d’inoculation possible seulement lorsque les téguments sont entamés, en aboutissant à un travail ulcératif absolument local, bien différent encore de l’ulcère à longue échéance et à retentissement général, que nous pourrons observer à la suite d’une inoculation d’une troisième catégorie que la vérole nous fera connaître.

La contagion de la blennorrhagie est un fait si évident par luimême, les confrontations dont la pratique journalière nous rend témoins sont tellement nombreuses, qu’il semble étonnant au premier abord, qu’une question aussi simple ait appelé l’attention des expérimentateurs. Cependant nous avons à enregistrer les résultats obtenus par nombre d’auteurs, qui ont pratiqué l’inoculation à une époque où l’on cherchait moins à savoir ce qu’était le pus blennorrhagique, que ce qu’il n’était pas. Nous le ferons brièvement, nous bornant à rappeler deux des plus célèbres expériences.

« Deux jeunes gens qui étudiaient en médecine... résolurent de faire les expériences suivantes, dans un temps où aucun d’eux n’avait été affecté de la gonorrhée ni de la vérole... chacun d’eux s’interposa, entre le prépuce et le gland, un plumasseau de charpie imprégnée de la matière de la gonorrhée, et le laissa séjourner sur le même point, pendant l’espace de vingt-quatre heures... chez l’un il survint, sur tout le gland un violent degré d’inflammation portant toutes les apparences de ce qu’on appelle la gonorrhée bâtarde. L’autre ne fut pas si heureux ; l’inflammation extérieure était, en effet légère; mais la matière ayant trouvé accès dans l’urèthre, il fut, le second jour, attaqué d’un degré considérable de gonorrhée, qui dura assez longtemps pour lui causer beaucoup de tourment, et il ne put en être quitte avant l’espace de plus d’une année. »

<i Au mois de mars 1837, écrit Baumès, deux ouvriers charpentiers, se rendaient â la consultation gratuite de l’hospice de la Guillotière. L’un d’eux se plaignait d’une douleur dans le larynx, d une sensation de gène, de pesanteur dans les testicules, de démangeaisons â la peau et d un malaise général, qu’il prétendait exister depuis quatre mois environ, époque où il avait coupé, avec du copahu, une blennhorragie qui durait cependant depuis

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

trente-deux jours. Persuadé que le retour seul de cet écoulement pourrait le guérir de tous ces maux, il me priait de vouloir introduire dans son canal de l’urèthre le pus d’une blennorrhagie, que son camarade qu’il amenait, avait contractée depuis huit jours... Comme il persistait dans son dessein, j’introduisis dans son canal jusqu’à 2 pouces à peu près de profondeur, une sonde cannelée, trempée dans la matière blennorrhagique de son camarade. Je fis cette introduction avec douceur, de manière que la sonde n’irritât pas par le frottement la muqueuse uréthrale. Cinq jours après, les symptômes d’une blennorrhagie commencèrent à se déclarer, elle fut assez intense, et ce ne fut qu’au vingtquatrième jour que je l’arrêtai, etc.

Baumès rapporte encore une série de faits, capables d’éclairer la genèse de la maladie, dans certains cas où elle n’apparaît pas évidente. Certains individus, dit-il, contractent une blennorrhagie du gland ou de l’urèthre, pour avoir mis seulement, sans aucune érection et sans exercer le coït, le bout de leur verge, en contact avec la vulve, les grandes lèvres, la partie supérieure interne des cuisses souillées d’un peu de matière blennorrhagique chez une femme affectée de cette maladie1 ».

Mais une question se pose maintenant; une blennorrhagie quelconque est-elle apte, soüs certaines conditions données, à engendrer une blennorrhagie? La réponse ne saurait être douteuse. Non; assurément, la transmissibilité est soumise à deux conditions essentiellement variables, l’intensité et l’âge de la maladie. 11 est certaines blennorrhagies légères, subaiguës, atoniques, nous nous en expliquerons plus au long ultérieurement, qui n’atteignent jamais une acuité suffisante pour pouvoir se transmettre, d’autre part, la symptomatologie nous apprendra que, vers son déclin, l’écoulement traverse une période où, de purulent il devient muqueux. Nombre de faits ont prouvé qu’alors il n’est plus contagieux.

Contagion médiate. — Déposé accidentellement sur des objets que le hasard ou la nécessité rendent communs à plusieurs individus (vêtements, instruments de chirurgie, siège des fosses d’aisance) le pus blennorrhagique, s’il est porté jusqu’aux organes génitaux, peut devenir, on le comprend, l’agent d’une contamination multiple. C’est là une contagion médiate au moyen d'objets inanimés, assez rare à la vérité, et qui le plus souvent se dérobe à l’observation.

1 Baumès, Précis théorique et pratique sur les maladies vénériennes, vol I, p- 213. Paris, 1840.

ÉTIOLOGIK.

Un autre genre de contagion médiate nous occupera davantage. Nous ne saurions en donner une meilleure idée qu’en reproduisant ici, à propos de la blennorrhagie ce que Ricord'a dit du chancre, dans une observation trop spirituellement contée, pour que nous cherchions à la défigurer en la résumant. « Un jeune et petit ménage avait invité à déjeuner un ami du mari. Le repas était presque terminé, et l’appétit n’était pas satisfait.il est décidé qu’on ajoutera un morceau de fromage au festin. Le mari quitte la table, descend ses quatre étages, et court chez l’épicier voisin, chercher le complément du repas amical. Hélas ! 11 ne revient pas assez vite. Pendant sa courte absence, entre la poire et le fromage, son infidèle moitié, commettait l’adultère avec son perfide ami. Le mari rentre, le repas s’achève, on prend le café et les adjuvants, l’ami se retire, et le brave mari consomme à son tour l’acte conjugal.

» Trois jours après, le mari m’arrive avec un chancre uréthral à symptômes blennorrhoïdes. Il était accompagné de sa femme, et il m’affirme qu’il n’a pas eu de relation avec d’autre femme que la sienne. L’examen le plus attentif des organes génitaux de cette femme ne me permet de rien découvrir de suspect. Ma prescription faite, ces gens s’en vont, me laissant sans explication de celle blennorrhagie virulente du mari. — Mais le lendemain, je vois revenir la femme, pour me demander si je suis bien sûr qu’elle n’est pas malade, je l’examine de nouveau, et de nouveau je lui affirme quelle se porte parfaitement bien. Elle me raconte alors l’histoire que je viens de vous dire; elle ajoute que le délinquant est là et me prie de l’examiner. Je lui trouve un chancre dans la période spécifique, sur la couronne du gland. »

Ainsi, une femme peut donner une maladie dont elle n’est pas atteinte; en s’abandonnant à un homme malade, elle reçoit un principe infectant qu’elle communique à un second , et dont elle n’a été en quelque sorte que l’agent de transmission. C’est à A. Cullerier que nous devons la démonstration expérimentale de ces faits, qui, considérés à priori comme possibles avant cet auteur, sont, depuis ses travaux, définitivement acquis à la science. Comme ces expériences n’ont pas Irai L à la blennorrhagie , c’est à propos des chancres que nous les rapporterons en détail.

Tels sont les différents modes de contagion, en présence desquels nous met le plus fréquemment la pratique, mais nous ne

1 Ricord, Lettres sur la Syphilis, 8' lettre, page 108, 3* édition. Paris 1863,

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

saurions omettre de mentionner un dernier mode de propagation admis autrefois , controuvé aujourd’hui , au moyen de l'absorption digestive , et nous citerons, ne lut-ce qu’à litre de curiosité, l’unique document sur lequel il s’appuie. Un époux trompé, aussi modéré qu’original dans le choix de sa vengeance, résolut de communiquer la chaudepisse à l’amant de sa femme. Il contracta d’abord la maladie, et, confiant dans l’existence des voies obscures de la circulation, recueillit sur lui-même une certaine quantité de mucopus et la mêla à une tasse de lait, qu’il servit perfidement à sa femme. « Celle-ci but à la coupe empoisonnée, et au bout de quelques jours les deux coupables partageaient le sort du mari; mais reste à savoir, ajoute Melchior Robert, si la malheureuse victime ne reçut pas en même temps, de son amant, un breuvage, plus agréable peut-être, mais moins innocent que celui du jaloux '. »

Mais il est une autre muqueuse que, la clinique d’abord , l’expérimentation ensuite, ont montrée sous le rapport de la suppuration, douée de propriétés identiques à celles de l’urèthre, je veux parler de la conjonctive. Le pus de certaines ophllialmies a la propriété de déterminer par son inoculation sur les parties génitales, la purulence de ces parties, comme celui de la chaudepisse porté sur la conjonctive, y détermine à coup sûr la blennophthalmie.Les travaux des syphylographes et des ophtalmologistes concordent sur ce point d’une façon absolue, et leurs expériences ont été trop souvent répétées pour qu’il soit possible d’élever contre elles le moindre doute. Vetch, ayant pris du pus sur l'œil d’un homme affecté d’ophthalmie purulente, et l’ayant appliqué sur l’urèthre d’un autre individu, obtint une gonorrhée caractéristique. Bettinger et Pauli (de Landau), Thiry et Guyomar , ont toujours obtenu le même succès dans leurs tentatives. Contentons-nous d’enregistrer ici, à leur simple point de vue étiologique, ces faits, dont nous devrons nous occuper plus loin.

2° irritation. — Nous en aurions fini avec l’énoncé des causes de la blennorrhagie, si nous nous en tenions aux errements d’une École, qui, s’inspirant du célèbre axiome de Schwanne , « omnis cellula a cellulâ, » a pris pour devise : « Omnis blennorrhagia ablennorrhagiâ. » II est certain, et nous venons de le démontrer, qu’un grand nombre de faits viennent se ranger sous sa loi; mais à quels efforts de raisonnements ne doit-elle pas se livrer pour arriver à les dominer tous! Comme, en général, c’est l’homme qui con-

1 Melchior Robert, Nouveau Traité des maladies vénériennes , page 67 .Paris, 1861.

ÉTIOLOGIE.

tracte l’affection dont il faut justifier l’origine, c’est sur la ténacité en même temps que les difficultés du diagnostic chez les femmes, qu’insistent ces auteurs. «La blennorrhagie vaginale, écrit M. Diday ‘, est aussi tenace et moins douloureuse que chez l’homme ; cette blennorrhagie pourra fort aisément se dissimuler derrière une perte blanche, en apparence bénigne, dont elle ne se distingue que par son origine, que la coupable ignore souvent, mais n’avoue jamais. » Et prenant à parlie la perte blanche, que tant d’auteurs reconnaissent comme capable d’engendrer la blennorrhagie, « c’est par milliers, dit M. Alphonse Guérin 1 2, que l’on compte les jeunes filles qui ont de la leucorrhée au moment où elles se marient. Combien y en a-t-il qui donnent la chaudepisse à leurs maris? Si les' llueurs blanches étaient contagieuses, les hommes seraient forcés de renoncer à se marier dans les grandes villes , où les conditions hygiéniques développent de la leucorrhée chez la plupart des jeunes filles. » En résumé, tenez-vous à plaire à vos clients, ajoute en manière de conclusion M. Diday, plus conciliant en pratique qu’en théorie, acceptez la perte blanche pour argent comptant, laissez cette étiquette honorable garantir les produits d’un commerce dont les fraudes ne sauraient être mises au jour sans péril pour la paix des ménages. »

Selon d’autres observateurs, dont le plus autorisé, Ricord, a vu récemment reproduire et développer son opinion dans le travail remarquable d’un de ses élèves, M. Alfred Fournier, les choses se passeraient bien autrement : pour une blennorrhagie qui résulte delà contagion , il en est trois au moins où elle ne joue aucun rôle. La blennorrhagie ne résulte pas d’une cause unique, elle peut se développer au contact d'une foule d’états morbides : d’une part , le produit d'une sécrétion quelconque, surtout lorsqu’elle est morbide, peut irriter tout organe sain mis en contact avec lui; de l’autre, les causes mécaniques résultant des conditions même du coït, doivent entrer en ligne de compte. Examinons sur quelles preuves s’appuyent ces assertions.

1° Pus vulgaire. — Le pus peut-il déterminer la blennorrhagie? La réponse ne saurait être douteuse. «Il n’est pas rare de voir du pus venant d’un abcès des reins, de la vessie, de la prostate, s’échapper en quantité notable par l’urèthre sans l'enflammer. » Sur deux malades, M. Yoiilemier a, en outre, pratiqué une expérience tout a fait décisive. Il introduisit dans l’urèthre une bougie trem-

1 Dhl«y> Thérapeutique des maladies vénériennes. Paris 1876.

3 Alphonse Guérin, Maladies des organes génitaux de la femme.

lfi

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

pée dans le pus d'un abcès chaud de la cuisse et dans celui d’un abcès ganglionnaire du cou; la bougie resta en place sur chacun des sujets pendant plus de deux heures, sans déterminer ni écoulement ni douleurs.

2° Pus spécifique. — La science compte de nombreuses observations propres à déterminer Y action du pus spécifique sur la muqueuse du canal de l’urèthre. Bell rapporte qu’un jeune homme s'introduisit dans l’urèthre une sonde, dont l’extrémité avait été trempée dans du pus fourni par un chancre. Il ne survint point de gonorrhée, mais, au bout de cinq à six jours, il se développa à l’entrée du canal un chancre enflammé et douloureux. A cette observation fort nette, nous pourrions en ajouter d’autres semblables. Pareils résultats ont été, en outre, observés pour ce qui concerne le pus des deux espèces de chancre. 11 est bien vrai qu’il peut arriver à déterminer l’écoulement d’une matière puriforme, mais c’est là un phénomène lié à l’ulcération du canal, et qui ne rappelle en rien l’abondante sécrétion de la blennorrhagie.

3° Autres produits de sécrétion. — Restent les pertes blanches , Y écoulement lochial, le sang menstruel, relativement auxquels nous ne pouvons apporter d’expérience directe, mais tout porteà croire que, pratiquée comme nous venons de le voir pour le pus, l’inoculation en serait absolument négative.

k° Excès vénériens. — Cependant, si, passés au crible de l’expérience, ces divers produits de sécrétion nous paraissent inoffensifs, quelle est donc la source de ces écoulements nés en dehors de la contagion, et si fréquents, qu’au dire de M. Fournier pour une blennorrhagie résultant de la contagion, il en est trois au moins où celte cause ne joue aucun rôle, et que M. Langlebert nous affirme que sur dix blennorrhagies la confrontation lui eu fait constater près de neuf indépendantes de la contagion proprement dite? C’est ici qu’il convient de faire voir combien l’expérience se tient écartée des conditions très-multiples, très-complexes, au sein desquelles se contracte habituellement la blennorrhagie, et de réduire à leur juste valeur l’importance de ces essais.

Oui, il est bien vrai que le pus, le sang, le liquide lochial ou leucorrhéique déposés sur l’épithélium du canal, sont impuissants à y exciter une blennorrhagie, mais ce qu’ils ne peuvent faire, en l’état de repos et d’anémie des organes, l’érection et cette surexcitation qui accompagne le rapprochement sexuel, surtout quand l’acte est passionnément renouvelé à plusieurs reprises, le rendent facile. C’est ce qu’exprimait avec tant de justesse et d’élégance en 1858 un auteur dont nous combattons aujourd’hui les nouvelles

ÉTIOLOGIE.

opinions de 1875. « Pour peu qu’on soupçonne des pertes blanches, écrivait M. Diday, la modération est imposée. Souvent en effet, le même autel, qui reste intact après un premier sacrifice, s’échauffe, s’embrase par la répétition, et devient un foyer d’incendie. Sans figures, une leucorrhée qui serait restée bénigne après un seul rapprochement , revêt par l'excitation redoublée , des propriétés irritantes , et fournit alors un fluide contagieux. L’homme qui a été l’auteur de cette recrudescence, en devient la première victime. »

Telle est bien en effet, croyons-nous, l’explication des démentis que la pratique donne sans cesse à l’expérience. La présence, si passagère qu’elle soit de la matière blennorrhagique sur la muqueuse, suffit pour assurer la production de cette inflammation, mais il n’en est pas de même pour les autres produits de sécrétion, qui‘ne deviennent offensants qu’à la condition d’un contact de longue durée, aidé lui-même de cet état particulier, de cet embrasement, comme l’appelle M. Diday, que l’éréthisme prolongé et répété fait naître dans les organes. Parmi les causes de l’uréthrite, il faut donc mettre au premier rang l’abus des plaisirs sexuels avec des femmes atteintes de leucorrhée, affection si commune surtout dans les grandes villes. Sans oublier que le sang des règles et l’écoulement lochial peuvent encore, sous la même influence, acquérir la propriété d’engendrer chez l’homme l’uréthrite et la balanoposthite.

Ces considérations sont pleinement confirmées par l’examen comparatif de la fréquence de Vuréthrite dans les deux sexes. Sur 1182 malades du Midi, 683 ont deschaudepisses, selon M. Fournier, et M. Berkeley-Hill1 2 nous apprend que cette proportion est rigoureusement celle que l’on observe à Lock-hospital. Mais vient-on à scruter les registres des hôpitaux destinés aux femmes, le nombre des blennorrhagies ne constitue plus, relativement à celui des catarrhes utérins, qu’une infime minorité. 11 est donc mathématiquement nécessaire que la leucorrhée entre pour une grande part dans l’étiologie de la chaudepisse.

Mais voici revenir l'objection de Guérin tirée de la santé persistante des hommes mariés , en dépit des pertes blanches de leurs femmes. Examinons présentement quelle est sa nature.

1° Et d’abord, cette immunité est lom d'être aussi absolue qu’on le prétend généralement. Un spécialiste dont la compétence en toute question concernant les maladies des femmes est fort appréciée

1 Berkeley Bill, Syphilis and local contagious Uisorders. London, 1868, page

BLENNORRHAGIE'. URÉTHRALE

en Amérique, Fordyce Barker, anoté depuis longtemps une formeparticulière de métrite, au cours de laquelle les sécrétionsutérines perdent leur réaction normale pour devenir acides. L’âcreté de ces liquides est telle que les muqueuses du vagin et de la vulve sont habituellement le siège d’une vive irritation, et quelquefois d’excoriations. Or en nombre de cas, il a pu constater chez les maris de ces malades, dont la fidélité lui était connue,, une blennorrhagie véritable, qu’il lui était absolument impossible de distinguer, sans le secours des commémoratifs, de celle que produit la contagion.

2° Il est incontestable que l’habitude d’un même irritant, toujours au même degré, rend les tissus moins impressionnables. Or c’est là ce qui se passe pour la muqueuse uréthrale. Elle s’acclimate. Et tels hommes qui, au début d’une union contractaient périodiquement des écoulements au contact d’une leucorrhée ou des menstrues, gagnent par une longue habitude l’immunité la plus complète. Il est vrai que cette accoutumance ne les protège que contre leur propre femme, et encore, à la condition que cesrapports ne soient point momentanément interrompus. Que si parfois, en dehors de ces conditions, un mari ou un amant se voient atteints d’une uréthrite en apparence inexplicable, « il y a lieu de soupçonner fortement l’intervention d’un tiers, qui luimême est aux regrets d’être entré en collaboration dans la communauté. » (Langlebert.)

3° Nous avons spécialement insisté plus haut sur l’importance étiologique du traumatisme par excès de coït. Or le mariage ne réalise que bien exceptionnellement cette condition. La possession légale d’une même femme rendant fatalement les rapports moins fréquents , surtout moins passionnés, les organes sont donc moins enclins à l’irritation, a De plus, prévenues des conditions danslesquelles elles peuvent se trouver, et dont elles n’aiment pas à convenir, les femmes sont plus soigneuses et prennent souvent des précautions de toilette, qui n’ont pas toujours lieu dans de nouveaux rapports fréquemment imprévus, et dans lesquels plus d’orgasme, et surtout des répétitions précipitées disposent les parties à l’inflammation 1 ». Assurément il serait désirable de se rendre compte de la modification imprimée aux humeurs par le traumatisme, pour atteindre à ce degré de nocuité, au rouge virulent, suivant l’expression de M. Ricord. Avouons-le, nous manquons d’éclaircisse-

1 Ricord, Noies au Traité des maladies vénériennes de llunter, 3° édition. Paris, 1850, page 73,

ÉTIOLOGIE.

ment à cet égard, et, dire comme M. Ricord que « avec un moin- » dre degré d’excitations les sécrétions sont moins irritantes », ou bien, comme M. Langlebert, que les excès les rendent plus âcres, cela n’est point résoudre la question, mais bien l’éluder.

L’étude du traumatisme en lui-même, nous fournit des renseignements plus intéressants, en nous montrant qu’en dehors même de tout écoulement préexistant, de toute sécrétion physiologique ou morbide irritante, il peut suffire à provoquer la suppuration de la muqueuse. Nous pouvions citer à ce propos plusieurs séries d’observations fort authentiques.

a. Observations de chaudepisses caractérisées survenues chez des sujets exempts d’infection antérieure, à la suite d’excès auprès d’une femme reconnue saine (vierge dans un cas de Langlehert).

b. Les faits assez nombreux aujourd’hui d’uréthrites à la suite du cathétérisme.

c. Ceux non moins exactement constatés de blennorrhagie à la suite de masturbation, de frottements. « J’en ai vu entre autres un exemple, dit Bell, chez un homme qui avait fait un long voyage à cheval avec une culotte de peau, qui l’avait gêné. 11 m’assura qu’il n’avait jamais eu aucun symptôme vénérien, ni aucun écoulement de l’urèthre, et que, depuis plus d’un an, il était tellement accablé de chagrins et d’affaires, qu’il n’avait pas même songé à voir sa femme. »

cl. Enfin les exemples de suppuration du canal par érection prolongée. «Des frottements d’un autre genre, ajoute Bell, à la suite des lignes que nous venons de citer, peuvent être suivis du même effet, à l’égard de ceux qui passent la nuit avec une femme, sans en jouir réellement. » Rappelons à ce propos l’observation publiée par M. Àmédée Latour, dans les Lettres de Ricord.

Un homme de trente ans, médecin, vivant dans la continence depuis plus de six semaines, se trouva fortuitement en présence d’une femme qu’il aimait, pendant une journée entière. Depuis dix heures du matin jusqu’à sept heures du soir faisant de vains efforts pour vaincre la résistance de cette vertueuse femme, il reste dans un état d’excitation non interrompue. Trois jours après, il fut pris d’une blennorrhagie des plus violentes, des plus douloureuses, qui dura quarante jours *. Une autre observation relative à un officier resté seul, durant un long voyage, en compagnie d’une femme qu’il aimait, sans en pouvoir obtenir satisfaction, et consécutivement atteint d’une blennorrhagie, est due à M. Rodet de Lyon.

1 Ricord, Lettres sur lu syphilis, note d’Amédée Latour, page 51.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

Comptons encore comme d’origine traumatique, quoique non mécanique, les écoulements provoqués par l’usage d’agents chimiques irritants , qu’ils soient employés dans un but expérimental, comme le fit Swediaur dans une célèbre expérience, ou dans un but de prévoyance malavisée, comme cela se voit encore si communément. Des onctions de substances narcotiques ou excitantes auraient souvent produit le même effet au dire de Concoregio ', Girtanner. Hernandez 2 rapporte d’après Stoll des faits de blennorrhagie survenus par l’emploi des préparations de plomb dans un phimosis naturel, « ici encore, ajoute-t-il, mômes symtômes, même intensité, même durée, et, pour que le fait soit encore plus décisif, même qualité contagieuse. »

Causes adjuvantes, Est-il besoin d’ajouter, que les violentes fatigues musculaires, l 'orgie qui , indépendamment du stimulus qu’elles impriment aux sécrétions, emportent une partie de la résistance individuelle , les boissons en rendant les urines plus abondantes (bière, vin blanc, alcooliques) la table en les chargeant de produits excrémentiels parfois très-irritants, sont autant de causes adjuvantes qu’il est fréquent de voir réunies. Cette influence de la nourriture était bien connue des anciens auteurs, témoin ces paroles que Rabelais met dans la bouche deXénomane3 faisant le portrait de Quaresmeprenant. « Les aliments desquels il se paist, sont haubers salés, casquets, morions salés, et salades salées, dont quelquefois patitune lourde pissechaude. »

Je sais bien que quelques auteurs prétendent établir entre les étals pathologiques similaires résultant de ces causes, des distinctions nécessaires à leurs théories. A les en croire, les écoulements nés en dehors d’un prétendu virus blennorrhagique, ne sont que de simples uréthrites sans importance, dépourvues des propriétés de la véritable chaudepisse virulente. Mais, sur le terrain de la clinique, nous leur demandons en vain les signes qui doivent nous guider et nous permettre de séparer les vraies des pseudoblennorrhagies, en remontant sans nous égarer, jusqu’à la détermination exacte de leur cause originelle. Si de tels signes ne se peuvent saisir, c’est que leurs distinctions ne sauraient trouver place que dans les théories. Ce n’est pas tout; il arrive, au déclin de la blennorrhagie, une période caractérisée par un écoulement de

1 Bell, Traité de la gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne, traduit par Ed. Bosquillon, page 525. Paris, an X

s Hernandez, Essai analytique sur la non identité des virus gonorréique et syphilitique, page 13G,Toulon, 1812.

“ Rabelais, livre IV, cliap. xxx.

ÉTIOLOGIE.

muco-pus non contagieux. Le virus a donc cessé d’ôtre. Mais alors, que ces auteurs nous expliquent pourquoi, sous l’influence d’un écart de régime, d’une fatigue musculaire exagérée, on peut voir reparaître le pus, le vrai pus blennorrhagique inoculable et contagieux. Le virus qui n’existait plus, s’est-il donc reformé de toutes pièces? Mais dans ce cas que devient le principe immuable de la contagion !

Concluons donc de tous ces faits avec Ricord , Langlebert, Alfred Fournier, Profeta, Berkeley-Hill, Bumstead, etc... qu'une cause irritative quelconque , apte à provoquer l’inflammation d'une muqueuse , peut donner naissance à un écoulement , aussi aigu, aussi persistant, aussi contagieux , aussi blennorrhagique en un mot , que s'il devait son origine à la contagion la plus avérée.

11 nous faut maintenant passer en revue un certain nombre de circonstances se rapportant soit au sujet lui-môme, soit aux conditions hygiéniques qui l’entourent.

(Jn prépuce trop long , en protégeant le gland et te méat, en rend la muqueuse plus délicate, et partant plus accessible aux influences nocives du pus et autres liquides irritants. L'hypospadias qui laisse à nu une partie de la muqueuse du canal, appartenant précisément à la fosse naviculaire, point spécialement propice à la contagion, agit plus puissamment encore dans le môme sens.

Disons ici en passant que la disposition des parties sexuelles de la femme, est loin d’ôtre une condition indifférente à la contamination, c’est ainsi que V étroitesse de la vulve, et de l’anneau vulvaire aide singulièrement à l’action des liquides morbides.

De certaines prédispositions particulières, lymphatisme , scrofule, de certaines diathèses, Y arthritique, Y herpétique, nous dirons peu de choses. Chacun comprend aisément que la muqueuse uréthrale présentera dans ce cas, soit une aptitude plus prononcée à la suppuration, soit une ténuité plus grande de la couche épithéliale, en même temps qu’une exagération parfois considérable de l’élément lymphatique. Ces causes agissent pourtant moins pour déterminer la contagion, que pour en prolonger indéfiniment les effets.

Les auteurs signalent encore l’influence de Yévolution dentaire et la présence de vers intestinaux, comme capables de déterminer une suppuration de l’urèthre. Hunter a cité le fait d’un petit garçon de deux ans, qui fut pris, lors de l’évolution d’une dent, d’un écoulement tellement intense, que l’on suspectait la nourrice. Langlebert1 a observé un fait plus significatif encore, chez

' Langlebert, Traité des maladies vénériennes, p. 22. Paris, 1864.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

une petite fille de huit ans, qui présenta tous les signes d’une inflammation des plus aiguës, avec douleurs vives pendant la miction; une investigation des plus minutieuses ne permit de découvrir aucune autre cause que l’excitation générale produite par une dentition laborieuse.

Le vésicatoire peut aussi devenir, comme Cullerier l’a observé sur un jeune homme, vierge d’affection gonorrhéique antérieure, l’occasion d’une « blennorrhagie avec écoulement jaunâtre , et douleurs très-vives en urinant1».

Mais de toutes les causes prédisposantes, la plus puissante est assurément la préexistence dune ou plusieurs blennorrhagies. L’anatomie pathologique nous donnera la raison de cette idiosyncrasie qui s’accroît avec le nombre des récidives, et finit, chez certains sujets par les multiplier à tel point, que la blennorrhagie y semble installée à l’état permanent.

Il nous reste à mentionner l’influence que certains auteurs attribuent aux climats et aux saisons , Le froid et l’humidité sont considérés comme favorisant singulièrement l’action des causes directes. Étant connu les rapports qui existent entre les fonctions de la peau et celles du système urinaire, pareille assertion n’offre rien que de fort naturel.

C’est pour ne rien omettre que nous mentionnons d’après les traducteurs de Bell, la possibilité des gonorrhées prétendues épidémiques. Henry Bass, chirurgien allemand, observateur très-judicieux, nous a donné l’histoire d’une épidémie de ce genre, qui eut lieu au mois de juin 1730. Il a remarqué qu’elle se manifestait sans qu’ils aient eu de rapports avecaucune femme, chez des sujets sensibles, irritables, accoutumés à mener une vie sédentaire, à vivre d’aliments salés, épicés, vinaigrés, difficiles à digérer, à boire peu, ou dont la boisson consistait en vins forts, ou en bière épaisse, chargée de houblon. Cette épidémie s’est manifestée à la suite de fortes chaleurs, qui avaient dominé depuis la fin de mai jusqu’au milieu de juin, et auxquelles avait succédé une température froide et humide. Les malades se plaignaient de ressentir comme une corde, qui s’étendait tout le long du canal, jusqu’à l’extrémité du gland. Peu de jours après, l’écoulement devenait jaunâtre, et tellement abondant qu’il tachait plusieurs linges. Les urines causaient en passant une chaleur insupportable, et les érections étaient continuelles. Cet écoulement durait quelquefois cinq ou six semaines.

‘ Cullerier, Leçons sur les affections blennorrhagiques, p. 11. Paris, 1861.

NATURE

Comme on le voit, en dehors de la contagion proprement dite, un bien grand nombre, de causes concourent à donner naissance à la chaudepisse, et un praticien qui s’obstinerait à les négliger, s’exposerait à de graves mais surtout fréquentes méprises. Nous ne saurions mieux les résumer, qu’en empruntant ici à M. Ricord sa spirituelle recette pour attraper la chaudepisse. « Voulez-vous attraper la chaudepisse? En voici les moyens: prenez une femme lymphatique, pâle, blonde plutôt que brune, aussi fortement leucorrhéique que vous pourrez la rencontrer; dînez de compagnie, débutez par des huîtres et continuez par des asperges, buvez sec et beaucoup, vins blancs, champagne, café, liqueurs, tout cela est bon; dansez à la suite de votre repas et faites danser votre compagne; échaulfez-vous bien et ingérez force bière dans la soirée; la nuit venue, conduisez-vous vaillamment; deux ou trois rapports ne sont pas de trop, et mieux vaut davantage; au réveil, n’oubliez pas de prendre un bain chaud et prolongé; ne •négligez pas non plus de faire une injection. Le programme rempli consciencieusement, si vous n’avez pas la chaudepisse, c’est qu’un Dieu vous protège ! »

§ 3. — NATURE

Nous avons vu: 1° qu’un grand nombre de blennorrhagies reconnaissent une origine absolument étrangère à la contagion ; 2° que ces blennorrhagies ne présentent, pour le praticien le plus attentif, aucun signe, aucune particularité, lui permettant d’après leurs symptômes objectifs, de remonter jusqu’à leur cause; 3° que la genèse de la blennorrhagie est en quelque sorte à notre merci, puisque, par la réunion accidentelle ou voulue de certaines circonstances, il nous est possible, je dirai môme facile, de la faire naître. Ces caractères sont-ils ■ ceux des affections virulentes ? Non! •cent fois non ! La syphilis, le chancre simple, sont le produit d’un virus. Leur histoire nous offre-t-elle un seul cas qui ne soit justiciable de la contagion? Et lorsqu’au sortir des exagérations et des folies de l’école de Broussais, la nosologie se raffermit sur ses vieilles assises, vit-on pathologistes ou sypbilographes hésiter à reconnaître la spécificité de ces affections ? Cependant il n’en fut pas ainsi pour la blennorrhagie. Telle la doctrine physiologique l’avait faite, telle elle resta pour nombre d’observateurs. L’hypothèse d’un virus était tombée devant les faits, la blennorrhagie n’était plus qu’une affection purement inflammatoire, une suppuration vulgaire.

24 BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

Le pus sécrété par la muqueuse de l'urèthre, jouira de la propriété d exciter sur toute muqueuse analogue une inflammation identique, qui se produira d’autant plus intense, que cette muqueuse sera plus ténue, et son épithélium moins résistant. Voilà pourquoi l’ophthalmie qui peut succéder au moindre contact atteint rapidement au plus haut degré de Pinflammation, tandis que le gland et le prépuce macèrent des semaines entières dans le pus d’un écoulement blennorrhagique sans ressentir les effets de la contagion.

Mais il faut, avons-nous dit, que cette contagion s'exerce sur une muqueuse analogue à celle de V urèthre. Il y a longtemps que l’on avait reconnu en effet que certaines restent rebelles à l’action du pus blennorrhagique ; c’est ainsi que, tandis que la conjonctive, la muqueuse anale s’y montrent particulièrement sensibles, celles des voies lacrymales, de la pituitaire, du rectum n’en sauraient ressentir l’influence. Nous devons à ce sujet quelques données intéressantes aux ingénieuses expériences d’un spécialiste parisien. Ce médecin donnant des soins à une femme atteinte d’une ophtbalmie blennorrhagique, et d’une blennorrhagie vulvo-vaginale, eut la témérité de recueillir avec un pinceau le muco-pus oculaire et d’en recouvrir la muqueuse nasale, et d’un autre côté, comme contreépreuve en fit autant sur la muqueuse anale. Le troisième jour, l’anus inoculé offrait des traces d’inflammation, le sixième la blennorrhagie était évidente, mais la pituitaire était restée saine. Pareille expérience fut tentée pour le rectum. Un tube mousse y fut introduit et, par son conduit un pinceau imprégné de Phumeur anale et de la sécrétion muco-purulente de l’urèthre, mais, comme la pituitaire, la muqueuse anale resta réfractaire à la contagion blennorrhagique.

Il ne restait plus qu’à grouper ces observations, et à les coordonner. L’auteur l’a fait, et un peu hâtivement peut-être, après avoir distribué les muqueuses d’après leur aptitude à contracter la blennorrhagie, a cru pouvoir formuler des déductions, que nous n’acceptons, pour notre compte, qu’après les avoir modifiées delà façon suivante :

1° Les muqueuses accessibles à la blennorrhagie sont tapissées d’un épithélium pavimenteux, ou sont pourvues de papilles, et d’un réseau superficiel sous-épithélial de canalicules lymphatiques;

2° Les muqueuses réfractaires sont revêtues d’un épithélium cylindrique, et possèdent un réseau superficiel vasculaire ;

3° La blennorrhagie est l’inflammation de la couche épithéliale

NATURE

et du système lymphatique superficiel des muqueuses à épithélium pavimenteux.

Ainsi qu’on a pu s’en convaincre dans le courant de ce chapitre, les opinions que nous venons de formuler, sont loin d’être celles de tous les hommes spéciaux, qui se sont occupés de cette question. Nous avons cru devoir nous ranger parmi les non-virulistes. Il nous reste à faire connaître les diverses théories qui partagent les virulistes relativement à la nature de la blennorrhagie.

1° Diday, Rollet, Martin et Belhomme croient à la présence dans le pus de la chaudepisse d’un principe, mal connu, mal défini, mais source exclusive de la contagion, en dehors de laquelle il n’y a pas de blennorrhagie vraie. De là, la distinction des écoulements uréthraux en deux classes : les blcnnorrhagiques, contagieux virulents, ayant peu de tendance à la guérison ; les inflammatoires, d’origine vulgaire, non contagieux et se terminant spontanément ;

2° M. Thiry de Bruxelles divise la blennorrhagie en quatre espèces distinctes sous le rapport des causes, des symptômes, de la nature : la blennorrhagie simple, la blennorrhagie granuleuse, la blennorrhagie avec ulcère primitif vénérien et la blennorrhagie syphilitique entretenue parce vice constitutionnel. Ces deux dernières ne nous occuperont pas ici. La blennorrhagie granuleuse est une affection spéciale, sui generis , et a pour caractère pathognomonique de faire naître sur la muqueuse de l’urèthre, de l’utérus, de l’œil, un tissu néoplasique sans analogue, très-vasculaire, par lequel sont constituées les vraies granulations sécrétant le pus que M. Thiry nomme virus granuleux, a En dehors du virus granuleux, dit en résumé M. Guyomar qui dans sa thèse inaugurale s’est franchement rattaché à celte doctrine, toutes les puissances étiologiques nous semblent aussi incapables d’engendrer une blennorrhagie contagieuse à caractères spécifiques, que d’engendrer la gale sans acarus, l’herpès tonsurant sans le trichophyton, le chancre infectant sans le pus syphilitique. » Ces idées émises il y a vingt ans n’ont pas été confirmées par les recherches ultérieures des spécialistes, même aidés de l’endoscope.

3° En 184à, Donné a signalé dans le pus blennorrhagique la présence de plusieurs parasites animaux et végétaux, tels que le uibrio Lineola, le trichomonas *. Plus récemment, en 1862, M. Jousseaume 1 2 a donné une nouvelle et fort ingénieuse théorie de la

1 Donné, Cours de microscopie. Paris, 1 844-,

1 Jousseaumc,

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

blennorrhagie qu’il croit pouvoir attribuer au développement du Gemtaha. Ce végétal serait constitué par de longs filaments de 0m,010 à 0m,020 qui se multiplieraient avec une rapidité surprenante. Jusqu’à ce que de nouveaux et plus complets travaux aient démontré le rôle spécial de ces parasites, il est sage, croyonsnous, de leur refuser toute spécificité.

De la blennorrhagie chez les animaux. — Fort discutée, il y a quelques années, la question des maladies vénériennes chez les animaux a été l’objet, dans ces derniers temps, d’un mémoire également riche en recherches cliniques et expérimentales, de MM. Ilorand et Peuch (de Lyon).

Voici les conclusions qui ressortent de ce remarquable travail.

a. L’uréthrite spontanée (chez les chiens, sur lesquels ont porté toutes les expériences) est rare, et se présente toujours avec les caractères de l’uréthrite chronique. Sur un très-grand nombre d’animaux observés, trois fois seulement, ces auteurs ont pu constater l’existence d’un écoulement uréthral. Il était peu abondant, et consistait en une goutte ou deux de liquide séro-lactescent paraissant sortir de la partie antérieure du canal. Il coexistait avec une balanite intense.

b. L’uréthrite peut se développer sous l’influence du traumatisme, mais dans ces cas elle offre aussi les caractères de l’uréthrite chronique. Plusieurs cathétérismes pratiqués avec difficulté et efforts, n’ont pu chez un animal, déterminer qu’un suintement léger, qui a disparu au bout de quatre jours.

c. La blennorrhagie de l’homme peut s’inoculer aux chiens, et donner naissance à une uréthrite. Mais cette affectiou ne se présente point avec la série des symptômes que l’on observe chez l’homme. Elle avorte comme une graine semée en un terrain stérile. Le muco-pus blennorrhagique de l’homme peut aussi produire la vaginite chez la chienne, mais l’affection reste toujours insignifiante et comme symptômes, et comme durée.

cl La balanite qui existe normalement chez tous les chiens est susceptible d’augmenter d’intensité sous l’influence de l’inoculation du muco-pus blennorrhagique de l’homme.

■e. La muqueuse oculaire du chien est absolument réfractaire à toute inoculation gonorrhéique.

g A. — SYMPTOMATOLOGIE.

I. Période de préparation. — La blennorrhagie ne se montre as immédiatement après le coït. Son début n’est généralement

SYMPTOMATOLOGIE.

précédé par aucune circonstance particulière. Ce calme se prolonge pendant un temps variable, mais il n’est qu’apparent.

Quelques-uns, partisans de la spécificité de la blennorrhagie ont cru reconnaître dans ce silence du début, l 'incubation d'un virus. Il y a déjà longtemps que Ricord a fait justice de cette assertion. « Jl n’y a pas, écrit-il, ainsi qu’on l’a professé, un temps qui s’écoule entre l’application de la cause et ses premiers effets »... Au sein de l’organe lésé, «l’action commence et arrive à la production des phénomènes par une évolution plus ou moins rapide. Il n’y a pas là plus d’incubation qu’il n’y en a entre l’action d’un refroidissement des pieds et l’apparition d’un coryza. Il s’écoule un certain temps entre ces deux actes. Appelez-vous ce temps l’incubation du coryza? Pourquoi donc se servir d’une expression pareille pour la blennorrhagie? » Bumstead propose pour désigner celte première période le nom de stade de préparation. Nous l’adoptons, parce qu’il exprime tout ce que nous savons, et ne s’appuie sur aucune hypothèse.

La durée de cette période, c’est-à-dire, le temps nécessaire aux phénomènes morbides pour se traduire par des symptômes, est à peu près de deux à trois jours. Celte moyenne nous est fournie non-seulement par l’expérience des malades vénériens mais encore par les inoculations assez nombreuses que nous devons à Bell, Baumès, Guyomar. Elle est rigoureusement exacte dans l’énorme majorité des cas. Toutefois comme rien n’est plus variable que l’état du sujet qui reçoit, si ce n’est peut-être celui du sujet qui communique l’infection, on comprend que dans certaines limites elle soit à la merci de : 1° la réceptivité de l’un ; 2° la nocivité de l'autre.

1° Il est certains individus à urèthre facilement excitable ou excité d’une façon chronique, qui sont toujours à la vçille d’une blennorrhagie. Leur méat est habituellement rouge, s’injecte. Le canal est le siège d’une hypersécrétion plus ou moins abondante; que ces individus fassent un excès ou rencontrent une femme malsaine, ils gagnent une chaudepisse qui se manifeste en moins de quarante-huit heures (Fournier). Voilà la période de préparation limitée ou supprimée. Il en est de même chez ceux qui ont déjà souffert antérieurement d’une ou de plusieurs blennhorragies? Cependant il n’est pas toujours facile de décider, dans ce dernier cas, si l’écoulement n’est pas dû à la recrudescence du catarrhe primitif incomplètement tari. Les affections successives se développent d’autant plus vite, avec d’autant plus de facilité, que la maladie précédente est moins complètement

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éteinte. Nombre de suintements d’importance minime s’installent et se perpétuent, chez des sujets même fort attentifs, à leur insu. Ils peuvent devenir l’occasion de deux sortes d’erreurs. Le pus reparaissant presque immédiatement après un rapprochement sexuel, peut faire croire à une blennorrhagie survenue sans stade préparatoire, et atteignant d’emblée la périodç de la maladie confirmée. Que si l’écoulement se ranime à la suite d’un excès non génésique, le malade qui est porté à en faire retomber la responsabilité sur son dernier coït, lui assigne, parfois trèssincèrement, une origine d’une date beaucoup trop éloignée. Il est certain qu’un assez bon nombre des incubations anormales, soit de quelques heures, soit de plusieurs semaines, même de deux mois et demi sont justiciables de cette interprétation. Inversement cette première période se prolonge le plus ordinairement jusqu’au maximum chez des sujets vierges d’infection antérieure. Il n’est pas rare alors de lui voir atteindre quatre, cinq, et même six jours.

2° Les chaudepisses qui ne sont pas dues à la contagion proprement dite, mais à une irritation excessive de la muqueuse, se manifestent en général assez promptement. Dans un cas parfaitement authentique un étudiant en médecine constatait un flot purulent assez abondant quatre heures après le coït. L’examen au spéculum fait à ce moment-là ne faisait reconnaître chez la femme que les signes de la période menstruelle à son déclin. Ces blennorrhagies sont souvent bénignes. Ce sont ces cas que les virulistes rapportent à des uréthrites simples.

II. Période des prodromes. — En général les phénomènes sensibles du côté du canal n’apparaissent que vers le troisième jour. C’est d’abord « une sorte de chaleur très-faible, absolument sans ' « douleurs. Peu d’heures après ces premiers avertissements, un « picotement est senti dans la fosse naviculaire, instantané, « comme celui que produit une mouche qui se pose (Diday) » puis une démangeaison légère, sorte de chatouillement agréable, qui s’étend quelquefois sur tout le gland, puis une cuisson de plus en plus vive. La verge est peu après tuméfiée, surtout au niveau du gland, qui est dur et douloureux à la pression, il offre en outre une sorte de transparence, principalement auprès de l’orifice de l’urèthre où la muqueuse est tendue, polie et rouge, et rappelle la couleur d’une cerise mûre (Hunter). Cet aspect dépend de ce que le tissu réticulaire est surchargé d’une quantité de sérum extravasé, et de ce que les vaisseaux sont remplis de sang.

SYMPTOMATOLOGIE.

En môme temps le méat paraît rouge, ses lèvres se gonflent, s’agglutinent, ou bien quelquefois se renversent si l’orifice présente une dimension un peu considérable. Vient-on à presser entre les doigts l’extrémité du canal, il en sort un liquide muqueux filant, qui transparent d’abord, devient louche et blanchâtre, en se chargeant de globules de pus dont la quantité augmente rapidement.

La miction n’est pas douloureuse au début, mais bientôt le passage de l’urine amène une vive cuisson, ressentie dans la portion antérieure du canal. A ce moment la lésion est en effet absolument limitée à la fosse naviculaire.

Parfois, mais très-exceptionnellement se montrent des symptômes de voisinage (pesanteur dans la région périnéale, tiraillement dans les bourses, engorgement des ganglions inguinaux) accompagnés de malaises généraux (lassitude, fièvre, frissons) auxquels viennent souvent se joindre les inquiétudes et les angoisses, qui affectent si cruellement le malade qui est atteint de sa première blennorrhagie.

III. Période d’état. — Cette troisième période commence avec le cinquième jour et se termine en général assez régulièrement après une durée de vingt jours. Toutefois ce n’est guère que vers la fin de la deuxième semaine de la maladie, que l’inflammation atteint son degré le plus élevé.

La blennorrhagie vraie se caractérise par des troubles anatomiques : gonflement, rougeur, œdème ; physiologiques : écoulement, dysurie, douleurs, enfin par des troubles généraux.

État des parties. — Le pénis présente tous les caractères d’un organe enflammé. La turgescence du gland est considérable, l’oedème du tissu cellulaire périphérique déjà signalé, s’est étendu au prépuce et à une partie du fourreau. Le gland est rouge, chaud au toucher. Aux environs du méat se présentent souvent de petites excoriations parfois recouvertes de croûtes jaunâtres, (pus desséché). Les parois du canal infiltrées de produits inflammatoires, sont; plus épaisses, et font à la face inférieure du pénis un relief longitudinal. Souvent la palpation y fait reconnaître de petites nodosités dues à la distension, sinon à l’inflammation des glandes si nombreuses que recèle la muqueuse. Dans des cas plus rares, le processus inflammatoire s'est propagé jusqu'à la solide enveloppe des tissus érectiles , et y verse des produits plastiques, dont la présence se révèle par une induration plus ou moins étendue, et l’obstacle qu’ils apportent à la régularité de l’érection.

30 BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

Écoulement. — L’excrétion d’un liquide muco-purulent est le symptôme capital de la blennorrhagie. Des points irrités de la membrane muqueuse, qui lui donnent naissance, il chemine lentement jusqu’au méat, où il est poussé par la contraction insensible des tissus musculaires qui entourent l’urèthre. La couleur et la consistance en varient singulièrement avec les différentes périodes de la maladie. Du mucus incolore, presque pur des premiers jours, au muco-pus phlegmoneux verdâtre de la période confirmée, le liquide passe par toutes les nuances intermédiaires entre l’opalin, le blanc, le jaune et le vert. Cette dernière coloration est due à la présence dans le pus d’une très-petite quantité de sang. Ces changements s’observent particulièrement sur les linges, où, suivant la remarque de Desault, les taches, qui s’y forment, présentent des irrégularités dont il est bon d’être prévenu. Dans le milieu la matière y étant plus épaisse et en plus grande quantité, la couleur y est plus foncée, tandis qu’elle est plus pâle à la circonférence, où s’est répandue la partie la plus aqueuse. Aussi, comme c’est en général la partie médiane qui attire l’attentionr fera-t-on bien de se souvenir qu’elle représente la teinte de l’écoulement, mais exagérée, la matière incolore donnant des taches empesées, l’opaline des blanches, la blanche des jaunes, et la jaune des vertes.

De consistance séreuse au début, le liquide s’épaissit à mesure qu’il prend les caractères du pus et redevient à la fin d’apparence muqueuse, incolore, visqueux, filant, il ne représente plus alors que l’exagération de la sécrétion normale sur une muqueuse irritée.

Douleur. — La douleur est rarement spontanée dans la chaudepisse, le plus souvent elle est liée à l’une des trois causes suivantes, miction, érection, éjaculation; enfin elle peut se propager dans les régions voisines.

La douleur de la miction est particulièrement redoutée du blennorrhagien. Toutes les comparaisons ont été épuisées pour la dépeindre ; celle du fer chaud promené dans l’urèthre, celle des lames de rasoirs entamant ses parois, en donnent peut-être une idée exagérée, mais les plus modérés sont unanimes à trouver la dénomination de chaudepisse pleinement justifiée, dans la période aiguë tout au moins. Elle n’est point bornée à la fosse naviculaire, lieu souvent unique de la lésion, mais se propage à toute la portion pénienne du canal, et quelquefois au delà par un trajet ascendant. La force du jet est diminuée, et la projection rendue irrégulière par le rétrécissement inflammatoire du canal,

SYMPTOMATOLOGIE.

mais souvent aussi par les efforts que fait le malade pour ralentir la miction, et, pour ainsi dire, amortir le choc de l’urine contre les parois.

C’est en effet le passage de l’urine qui détermine cette sensation désagréable. Selon certains auteurs ce serait plutôt au contraire au déplissement plus ou moins brusque de cette membrane qu’il conviendrait de l’attribuer. Le soulagement très-marqué que lui apporte l’usage des boissons délayantes , nous paraît un puissant argument en faveur de la première opinion.

Erection. — La continence forcée et l’état de surexcitation dans lequel se trouve tout l’appareil génital, rendent les érections fréquentes durant le cours de la blennorrhagie. Violentes pendant le jour chez les sujets qui font de longues courses en voiture, c’est surtout la nuit, sous la douce chaleur d’un lit moelleux, au contact des couvertures, et grâce aussi â la distension de la vessie, souvent sous l’influence de rêves lascifs, qu’elles se produisent avec une cruelle persistance. « Lorsque la phlegmasie est trèsvive, elles deviennent presque incessantes pendant le sommeil, elles réveillent les malades dix et vingt fois par nuit. De là des insomnies fatigantes, intolérables, laissant à leur suite un certain état de malaise, d’agacement nerveux, et môme parfois de réaction fébrile. » (Fournier.)

La distension des parois uréthrales ne se fait pas sans une très-vive douleur. Les produits inflammatoires qui infiltrent le tissu spongieux leur ont enlevé toute élasticité ; elles ne peuvent suivre les corps caverneux pendant leur turgescence et forment à leur face inférieure un obstacle rigide. Fixés d’une part à leur origine au squelette, de l’autre à l’extrémité de l’urè- .thre, ceux-ci néanmoins se développent entre ces deux points fixes, mais ne pouvant s’allonger s’incurvent à la manière d’un arc, dont le canal serait la corde. Suivant Milton 1 l’explication de ce phénomène serait tout autre et résiderait dans la contraction spasmodique de la couche musculaire dont Kolliker et Hancock ont démontré la continuité dans toute la longueur du canal. Les vieux auteurs donnaient à cet état le nom significatif de cordée. Nous ne savons pourquoi ce mot n’est plus en usage aujourd’hui que comme adjectif, et croyons faire chose utile au langage en lui restituant sa première qualité de substantif.

La cordée est le symptôme le plus pénible de l’uréthrite. Si dans les cas bénins elle se borne à produire cette incurvation en bas du

• John Milton, On a new luay of treating Gononhea, p. 57. London, 1852.

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gland avec tension du filet, queRicord a appelé gland arqué , les souffrances qu’elle provoque en général sont si terribles, que certains individus n’hésitent pas, pour y mettre fin, à briser d’un énergique coup de poing la résistance du canal préalablement placé sur un plan horizontal. Cette pratique brutale est fort répandue parmi les gens du peuple, qui prétendent ainsi rompre la corde. Dans quelques cas elle peut être suivie d’un soulagement immédiat, mais on ne saurait trop insister sur les fatales conséquences qu’elle entraîne nécessairement. Tôt ou tard, un rétrécissement grave succède â la plaie de l’urèthre. Nombre de malades ont des hémorrhagies abondantes, qui durent parfois plusieurs jours, et qu’on a la plus grande peine à arrêter. D’autres sont pris d’un gonflement œdémanateux des parties, avec arrêt de la miction. «J’ai traité dans mon service, écrit M. Voillemier, un sergent de ville dont la verge avait pris un volume énorme, parce que l’urine s’était infiltrée sous la peau; quelques points de celle-ci étaient gangrenés, et, malgré de grandes incisions, il perdit une grande partie du fourreau de la verge. J’ai fait aussi l’autopsie d’un ouvrier boulanger, qui succomba à une infection purulente pour s’être rompue la corde. »

L 'éjaculation vient souvent ajouter une douleur de plus à celles de la cordée. Elle est accompagnée d’une sensation extrêmement pénible de déchirement intérieur et souvent suivie d’une hémorrhagie. En outre l’émission du sperme n’a pas lieu ou ne s’effectue que lentement et en petite quantité, ce qui tient soit au gonflement de la crête uréthrale, qui fait obstacle à sa sortie, soit à l’état inflammatoire des canaux éjaculateurs. Il y a, pour ainsi dire, constipation séminale. (Langlebert.)

A ces symptômes se joignent divers phénomènes de voisinage, dans les régions scrotale, perinéale et inguinale. Le malade ressent des crampes, des tiraillements, des irradiations douloureuses, qu’il n’est pas rare de voir se propager jusqu’aux lombes.

Quant aux troubles généraux , ils sont heureusement très-exceptionnels. Certains sujets, particulièrement impressionnables, éprouvent pourtant un malaise, avec céphalalgie, inappétence, embarras gastrique, quelquefois même bronchite légère et coryza. Celte réunion de symptômes constituerait aux yeux de certaine école, un état catarrhal , développé sous l’influence de la lésion toute locale de l’urèthre. Nous examinerons plus loin quelle valeur il convient d’attribuer aux prétendues manifestations d’une infection générale, que certains auteurs ont même, dans ces derniers temps, essayé d’établir.

VA R ÉTÉS

IV. Période «le destin. — Après être restés huit à dix jours stationnaires, les divers symptômes que nous venons d’examiner, rétrogradent, et le malade repasse graduellement, mais en sens inverse, par tous les états successifs qui avaient servi d’étape à la première partie de sa maladie. Le gland revient à son volume normal, sa muqueuse se ride et se desquame; la lymphe plastique épanchée rentre dans la circulation et abandonne lentement les parois uréthrales. La matière de l’écoulement a perdu le caractère phlegmoneux, et par sa teinte opaline et sa viscosité se rapproche de plus en plus du mucus normal. Au point de vue du traitement, c’est là un fait d’une grande importance. 11 permet d’affirmer que la chaudepisse est mûre, et devient pour bon nombre de praticiens, le signal d’un changement radical dans la thérapeutique. Arrivé à ce point de décroissance, l’écoulement en effet a moins de tendance à s’arrêter qu’à passer à l’état chronique.

Même disparition graduelle du phénomène douleur. Notons pourtant que les oscillations de l’écoulement et celles de la douleur sont loin d'être toujours parallèles,, cette dernière peut cesser longtemps avant l’écoulement, ou bien au contraire lui survivre comme unique symptôme.

Il est difficile d’apprécier la durée de cette période. Il est certain que c’est la plus irrégulière et la plus tenace. Abandonnée à elle-même, la blennorrhagie dure rarement moins de trois mois (Bumstead); la période dont nous nous occupons, peut être comptée pour deux mois au moins dans cette évaluation. L’intervention est donc formellement indiquée , et il n’est pas rare qu’en très-peu de jours, elle n’ait raison des derniers vestiges de l’inflammation.

g 5. — VARIÉTÉS.

Nous venons d’esquisser le tableau d’une blennorrhagie régulière c’est-à-dire progressant suivant un certain ordre, et arrivant, après un cycle bien défini, au bout de cinq ou six semaines, à une terminaison quelquefois spontanée. Il s’en faut que l’uréthrite se passe toujours avec une pareille simplicité. Aucune maladie ne présente de plus nombreuses variétés, dans la forme, la marche, la localisation des lésions, aucune ne se montre à un égal degré, influencée par mille circonstances dépendant de la constitution du sujette son passé pathologique de 1 ’ hygiène qu’il observe, enfin du traitement.

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I. Variétés suivant la forme. — Aiguë. — La précocité de la douleur et- de l’écoulement, la purulence de bonne heure établie, la période de progrès parcourue tout entière, et remplacée à son terme par une décroissance graduelle, tels sont les traits caractéristiques de la blennorrhagie aiguë. Cette intensité des phénomènes inflammatoires est loin d’être de mauvais augure, elle dénote au contraire une prompte localisation et une marche rapide vers la guérison. C’est, qu’on me permette le mot, une blennorrhagie pressée, qui a hâte d’en finir, et qui, bien secondée par la thérapeutique aura parcouru ses phases à bref délai. 11 n’est pas rare en effet, de les voir céder en moins de vingt jours, et il en est bien peu qui résistent plus d’un mois à une médication bien dirigée,

Subaiguë. — Bien différentes sont les blennorrhagies subaiguës, dont le lent début, la marche uniforme, les symptômes stationnaires du commencement à la fin de la maladie, V allure paresseuse en un mot, contrastent singulièrement avec l’évolution si hâtive de la précédente.

Elles se caractérisent habituellement par un écoulement plutôt catarrhal qu inflammatoire, et occupent une très-grande étendue du canal. On les observe de préférence chez les sujets qui ont eu plusieurs blennorrhagies successives. « Plus on a de blennorrhagies, plus on en contracte de nouvelles qui sont de moins en moins douloureuses, a dit Ricord, mais il a ajouté : et de plus en plus difficiles ci guérir. » Ce dernier point mérite une explication : L’uréthrite aiguë n’atteint jamais à la guérison sans passer par cette période intermédiaire qui caractérise la blennorrhagie subaiguë, il serait donc rationnelle de conclure que cette dernière présente toujours une moindre durée, ce qui n’est vrai que pour quelques cas heureux soumis à une thérapeutique méthodique. Dans nombre d’autres au contraire, la guérison spontanée se fait attendre, la maladie passe à l’état chronique, et c’est en vain alors que l’on a recours aux traitements les plus variés, la thérapeutique n’a plus de prise contre cette maladie, bénigne quant aux symptômes , mais désespérante par son opiniâtreté.

Scro-muqueusc. — Indépendamment de ces deux variétés principales entre lesquelles peuvent être observés nombre d’états intermédiaires, certaines formes nous restent à mentionner qui empruntent une physionomie particulière aux caractères de l’écoulement. Dans certains cas le pus semble faire complètement défaut, ou bien ne se montre que longtemps après le début" de la

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maladie. Les douleurs n’en sont pas moins vives après la miction. Cet état n’est en somme que la prolongation de la première période. Il peut être spontané, mais le plus fréquemment il est sous la dépendance d’un traitement Mtif et mal conduit par les injections. Après avoir conservé le même aspect pendant quelques jours, certaines blennorrhagies revêtent tout d’un coup, et sans provocation, les caractères de l’état aigu, puis suivent les périodes ordinaires dans l’ordre le plus régulier.

Séro-sangninoiente. — La blennorrhagie sanguinolente, comme tout écoulement de sang ayant pour siège les organes génitaux, inspire toujours au patient les plus vives inquiétudes. Qu’elle survienne pendant le cours des périodes inflammatoires par l’excès même de la violence de processus, comme l’hémoptysie qui se déclare au début des pneumonies franches, ou bien à la suite des traumatismes nombreux, physiologiques ou accidentels auxquels un organe malade est toujours exposé, ou bien enfin qu’elle soit le résultat d’un traitement mal dirigé, celte forme essentiellement transitoire ne présente pourtant aucun caractère de gravité. Souvent elle coïncide avec un écoulement de sérosité et caractérise un état franchement aigu. ((L’inflammation du canal est alors très-vive, les difficultés pour uriner sont quelquefois telles, que l’on est obligé de sonder le malade. L’écoulement est abondant. Il fait sur le linge des taches d’un rouge foncé au centre, d’un rouge clair, ou d’un rose tendre à la périphérie. Cet écoulement peut continuer pendant plusieurs jours, avec ces mêmes caractères ; cependant. lorsqu’on soumet le malade à un traitement approprié, cet état n’est pas de longue durée , souvent même on est étonné de voir combien la maladie marche vite ensuite vers la résolution. » (Rollet,)

Sèches. — On a signalé des cas de gonorrhées dans lesquelles l’écoulement fait défaut. Tous les autres symptômes se montrent pourtant, et la maladie succède à un coït impur. On leur a donné le nom fort impropre de blennorrhagies sèches. A la vérité, on peut douter que la sécrétion ait fait défaut pendant le cours entier de la maladie, mais il n’est nullement illogique de concevoir que la muqueuse devienne le siège d’une inflammation analogue à celle de l’érysipèle sur la peau, et que les produits de la sécrétion soient assez peu abondants pour n’être aperçus que grAce à un examen attentif des urines. N’observe-t-on pas des symptômes analogues dans certaines inflammations de la pituitaire? Quoiqu’il en soit, c’est là une forme excessivement rare , et le plus souvent, lorsque l’écoulement tarde à paraître, on devra s’attendre à une détente

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que la diminution des phénomènes inflammatoires ne manquera, pas d’amener.

II. VARIÉTÉS SUIVANT LA MARCHE. — Exagération des périodes. —

Une chaudepisse commence, a-t-on dit, qui sait quand elle finira. Rien en effet de plus variable, et je devrais dire de plus capricieux, que la marche de la blennorrhagie. Et d’abord, chacune des périodes que nous lui avons décrites est susceptible de se prolonger pendant des semaines, des mois, et cela sous des influences minimes, parfois insaisissables. Diday rapporte le fait d’un confrère, qui ne toucha à la troisième période , celle de la maturité de la maladie , qu' après onze mois de souffrances. « Il est vrai, ajoute le spirituel auteur, que dès le septième mois, M. X... parlait sérieusement de se suicider.» Cependant comme on a pu le voir déjà, c’est le plus ordinairement la dernière période qui présente ces désolantes irrégularités, alors que l’inflammation des premiers jours fait place à un état d’atonie générale, qui confine de bien près à la chronicité.

Extension de l’inflammation. — De la fosse naviculaire, foyer primitif du mal, l’inflammation, par une marche ascendante , se porte vers les régions spongieuse, membraneuse et prostatique ; de là, à chaque progrès nouveau, recrudescence de la maladie, et réapparition des symptômes de l’état aigu. Nous ne saurions donner une meilleure idée de ces phénomènes qu’en reproduisant ici l’histoire si connue de la blennorrhagie dont souffrit l’illustre Swediaur, après s’être ' courageusement, dans un but expérimental, pratiqué l’injection d’une solution ammoniacale dans l’urèthre. « Au moment que la liqueur toucha l’intérieur de l’urèthre, j’éprouvai une douleur si insupportable, que je ne pus retenir l’injection au delà d’une seconde. Je résolus de faire une seconde épreuve: elle occasionna la douleur la plus forte que j’ai ressentie de ma vie, cependant je retins l’injection près d’une minute: la douleur devint alors si cruelle que je ne pus la supporter plus longtemps, et je retirai la seringue. .. Je m’étendis sur un lit de repos et j’attendis l’événement avec patience.

« Je n’eus rien de plus pressé le lendemain à mon réveil, que d’examiner la partie, je trouvai une évacuation assez considérable de matière puriforme de même couleur jaune verdâtre que celle des chaudepisses virulentes. L’écoulement continua pendant cinq jours, et la douleur diminuait d’une manière remarquable pendant cet intervalle. Mais ce qui me donna beaucoup d’inquiétude, c'est

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que j'éprouvai les effets cl'une autre inflammation qui s'établissait plus avant dans le canal de l'ur'ethre, à un endroit où je n’avais rien senti auparavant et jusqu’où aucune goutte de l'injection ne pouvait avoir pénétré. Cette nouvelle inflammation s’étendait, à ce qu’il me parut, depuis la place où la première s’était bornée jusqu’à une certaine distance plus avant dans le canal; elle fut suivie d’un écoulement abondant accompagné des mêmes symptômes qu’auparavant, et dura six jours, après lesquels les symptômes furent extrêmement adoucis. Mais quel ne fut pas mon étonnement, lorsque après ce temps je sentis très-distinctement les symptômes d'une nouvelle inflammation , qui paraissait s'étendre depuis les limites de la précédente , vers le verumontanum , jusqu'au col de la vessie, et qui lut accompagnée d’une ardeur d’urine et d’un écoulement aussi abondant que le précédent. Pour le coup je fus sérieusement alarmé. Je voyais que l’inflammation qu’avait d’abord excitée l’ammoniaque, se communiquait très-évidemment d’une partie de l’urèthre à l’autre; ce qui me faisait craindre qu’il ne s’ensuivît enfin une inflammation de toute la surface interne de la vessie, qui pouvait avoir des conséquences dangereuses. Je demeurai dans cet état, entre l’espérance et la crainte, pendant sept à huit jours ; mais j’éprouvai enfin, à ma grande satisfaction, que cette inflammation s’apaisait par degrés, de même que l’évacuation, sans s’étendre au delà de l’urèthre, et je fus entièrement délivré de tous les symptômes de ces trois chaudepisses , comme je puis les appeler avec raison, à la fin de la sixième semaine. » Comme on le voit, au lieu de se propager incessamment de proche en proche, c’est le plus habituellement par saccades que l' inflammation s’avance et prend possession de l’urèthre. 11 semble que, fixée par son intensité même, elle ne peut se déplacer et s’étendre qu’après avoir accompli un Gertain travail d’évolution dans le point qu’elle a d’abord occupé. (Voillemier.)

D’autres fois la maladie débute et progresse en sens inverse : c’est dans les profondeurs de l’urèthre que se manifeste tout d’abord la lésion, c’est de là qu’elle rayonne vers les parties antérieures. Mais cette marche insolite est rare, et doit en général trouver son explication dans une prédisposition locale résultant soit de longs excès vénériens, soit de blennorrhagies antérieures ayant déjà occupé cette région.

Quant à la propagation suivant l’épaisseur dans les couches périuréth raies, c’est là une rare complication, en général tardive mais susceptible de se montrer d’emblée dans les blennorrhagies trèsaiguës. L engorgement des follicules glandulaires, l’induration et

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la perle d’élasticité des tissus spongieux du bulbe, en sont les phénomènes les plus ordinaires.

Rechutes, recrudescences. — 11 n’est pas toujours aisé d’établir une distinction entre la recrudescence et la rechute. Après une cessation de quelques jours (8, 10 et même 30), la maladie reparaît avec une violence variable. La guérison n’était-elle qu’apparente? Il est permis de le supposer. Quoi qu’il en soit, c’est habituellement pour avoir péché contre la prudence et l’hygiène (masturbation, coït, excès de boissons) que le patient subit ce retour du mal, mais il peut aussi survenir chez les sujets les plus attentifs et les plus soigneux, en dehors de toute excitation vénérienne ou alcoolique, et, avouons-le, sans cause connue. Il est rare du reste que les rechutes égalent comme intensité la période inflammatoire du début. Souvent même elles prennent fin spontanément, sauf à se montrer à nouveau peu après, pour disparaître ensuite. Telle est 1 ’ uréthrite dite intermittente , ou chaudepisse à répétition.

Ilf. Influence de l’état général. — L’influence que l’état général du sujet peut exercer sur la marche de la chaudepisse avait fort occupé les auteurs du siècle dernier. Méconnue de nos jours, ou plutôt négligée, alors que le zèle des novateurs s’attachait surtout à tracer les grandes lignes de la nouvelle doctrine sypliiliographique, elle a été particulièrement étudiée récemment, dans une remarquable discussion de la société médico-chirurgicale des hôpitaux. Nous passerons brièvement en revue les principaux faits qui 'se rattachent à cette question.

Constitution. — « On observe, ditHunter, que les symptômes sont souvent violents chez les malades d’une forte constitution , chez qui les actions et la puissance d’action sont également énergiques. Ils ont en effet généralement une grande disposition pour la fièvre inflammatoire. » Les 'blennorrhagies de ces sujets rentrent donc dans la variété des blennorrhagies aiguës, sur lesquelles nous nous sommes déjà expliqué ; inutile donc de répéter avec Hunter « que les symptômes locaux ne s’étendent pas au delà de la distance spécifique, et que la maladie se guérit très-promptement, dans la seconde période, attendu qu’il n’existe aucune disposition propre à la persistance de l’inflammation, a

« Les personnes d’un tempérament phlegmatique, dit Desault, les vieillards, tous ceux qui ne sont pas susceptibles d’une inflammation vraie, sont particulièrement exposés aux gonorrhées chroniques.» L’explication que donne de ce fait, «le chirurgien du grand hospice d’humanité de Paris » mérite d’être rapportée. « L’action

VARIÉTÉS

vitale, trop faible chez eux pour atténuer et dénaturer pour ainsi dire les sucs viciés ne fournit, dans le cours de la maladie, qu’une matière séreuse peu abondante; il ne se fait que peu ou point de dégorgement, et l’écoulement devient plus ou moins opiniâtre. » État diatiiésiquc. — Nous en dirons autant des diathèses : dartre , scrofule, arthritisme. Agissent-elles par la débilitation qu’elles infligent à l’individu? Exercent-elles au contraire une action spéciale? C’est ce qu’il ne serait pas facile de décider. Quoi qu’il en soit, Bell déclare que « la disposition scrofuleuse rend opiniâtre la gonorrhée la plus légère, que l’écoulement résiste à l’effet de tous les remèdes employés. » Yigarous affirme que « si des gonorrhées simples en apparence tombent sur des tempéraments atteints d’un vice goutteux héréditaire ou accidentel , d’un vice psorique rhumatismal ou dartreux, les premières périodes sont sans tumulte, et la maladie opiniâtre. « Comme on le voit, la connaissance de ces faits ne date pas d’hier ainsi que beaucoup d’auteurs sont tentés de le croire. Confirmés par des observations récentes, auxquelles Peter, Pidoux, Fereol ont pris une grande part, éclairés par les succès de jour en jour plus nombreux de la thérapeutique spéciale anlidiathésique, ils ont été placés aujourd’hui au-dessus de toute contestation, mais, il faut bien l’avouer, les observations nous manquent encore pour assigner â chacun d'eux des caractères propres. Qu’il nous suffise de signaler cette lacune’.

Affections fébriles. — C’est encore à Hunier que nous allons emprunter la solution de cette question. « Quelquefois la gonorrhée est si capricieuse, que j’ai vu l’écoulement s’arrêter par une fièvre survenue accidentellement ; la douleur, en urinant, se dissiper, et enfin la gonorrhée se terminer avec la fièvre. J’ai vu chez d’autres personnes, tous les symptômes de la gonorrhée s’arrêter à l’apparition de la fièvre, et revenir après qu’elle avait disparu. Chez quelques-uns la gonorrhée commence doucement ; mais une forte fièvre se mettant de la partie, et continuant plusieurs jours de suite, a augmenté les symptômes, et la fièvre disparaissant, la gonorrhée disparaissait aussi. Quoique la fièvre ne guérisse pas toujours la gonorrhée, cependant comme elle peut quelquefois y parvenir, on ne doit prescrire aucun remède dans cette intention, et pendant que la fièvre dure. »

IV. Influence de l’hyoiène. — Hygiène générale. — Si l’influence de la diète est à ce point bienfaisante, que M. Diday ait observé des guérisons inattendues chez des juifs qui sanctifiaient

Ai)

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

le grand pardon, en revanche, le plus léger écart dans le régime peut apporter des changements manifestes, tant dans la quantité que dans la nature de l’écoulement gonorrhéique. Les exercices violents, l’équitation, la danse, l’abus des liqueurs alcooliques, des aliments fortement épicés, la reprise hâtive ou immodérée des rapports, l 'onanisme surtout, sont autant de causes capables de prolonger la durée de l’écoulement.

Et toutefois, les exceptions ne sont pas rares à opposera des faits aussi logiques et aussi rationnels. Il n’est pas un spécialiste qui n’ait eu l’occasion d’observer des guérisons à la suite de violents excès alcooliques ou vénériens. Pour notre compte nous pourrions en citer un assez grand nombre, surtout parmi les étudiants, auprès desquels cette médication aussi facile qu’agréable jouit d’une certaine popularité. Il n’est pas douteux que la guérison ne s’obtienne dans les cas heureux, grâce à une excitation particulière, qui réveille la tonicité des tissus, et active la circulation au point de déterminer des phénomènes congestifs. On trouverait aisément dans le cadre de la pathologie d’autres exemples des bons effets de cette médication substitutive. Nous devons à M. Langlebert la communication de l’histoire fort comparable d’une stomatite mercurielle ulcéreuse, rebelle à deux ou trois mois d’un traitement méthodique et qui disparut subitement sous l’influence d’un froid intense. Par suite d’un accident de chemin de fer, le malade s’était trouvé forcé de marcher cinq heures durant sous un vent glacial et par une température de — 17°. Il est bon d’ajouter, détail trop souvent oublié des intéressés, qu’en cas d’insuccès, ils s’exposent à une recrudescence, et à des complications bien faites pour leur prouver, de la façon la moins équivoque, que l’arme dont ils se sont servis était â double tranchant.

Hygiène locale. — Traitement. — Je ne ferai que signaler ici l’influence du traitement. Cette question doit en effet nous occuper longuement. Il y a moins de blennorrhagies devenues rebelles par insuffisance que par excès de traitement , et ajoutons : par la mauvaise direction du traitement. Se gorger dès le début de vingt médicaments dits spécifiques, copahu, cubèbe, balsamiques de tout genre, s’inonder le canal d’injection émollientes, astringentes ou caustiques, telle est trop souvent la pratique de certains individus, qui, pressés d’être délivrés d’une uréthrite souvent bénigne, ne craignent pas d’associer les médications les plus opposées.

Que l’écoulement diminue, leur zèle s’accroît avec leurs espérances; mais vienne la période stationnaire, vienne une recrudes-

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

cence, leur canal fatigué reste insensible à l’action des remèdes dont il a été saturé. La suppuration qui est souvent la conséquence directe de cette thérapeutique à outrance se perpétue avec des alternatives d’amélioration passagère et de rechutes incessantes. « Alors, dit Desault, le praticien le plus consommé se trouve souvent en défaut. Que fera-t-il dans cette incertitude? Plutôt que d’agir en aveugle, il s’abstiendra de prescrire aucun médicament et laissera la maladie s' user pour ainsi dire par elle-même , et mourir de vieillesse. »

§ 0. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Les notions exactes que nous possédons aujourd’hui sur la struclure et les fonctions des muqueuses, de la muqueuse uréthrale en particulier, ne sont pas de vieille date. Aussi ne faut-il pas s’étonner si, loin de soupçonner son rôle véritable dans la blennorrhagie, les anciens cherchèrent tour à tour dans les divers organes glandulaires qui lui confinent : testicules, prostate, glandes de Cooper, de Littré, l’élément générateur de la matière morbide.

A la fin du siècle dernier Morgagni découvre les sinus qui portent son nom, et proclame qu’ils sont le lieu d’élection de la maladie. La vérité commençait à se faire jour, mais on ne pouvait croire encore que la muqueuse, si elle n’était entamée, pût donner lieu à un écoulement. Ce ne fut que plus tard, lorsqu’on eût mieux connu jusqu’où pouvait aller la puissance de sécrétion des membranes enflammées, que tomba la doctrine des ulcérations. Enfin p/inrent les observations des llunter, Bell, Swediaur. Le siège spécifique des lésions (méat urinaire , fosse naviculaire) , la nature du produit exsudé furent précisés. C’est de leur époque que datent véritablement nos connaissances anatomopathologiques sur la gonorrhée, que les travaux de llicord , Guérin, Cullerier neveu, Désormeaux, Voillemier paraissent avoir définitivement constituées.

On peut résumer en deux propositions le résultat d’un grand nombre de faits et de nécropsies.

1° Le siège de la blennorrhagie est la muqueuse uréthrale.

2° Les lésions qu’elle présente sont celles de l’inflammation localisée sur ses divers éléments, mais particulièrement sur le réseau lymphatique sous-épithélial.

Et tout d’abord, il n’est pas rare, surtout au début d’une urétrite, de ne rencontrer, post mortem, que des tissus absolument

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sains. Dans les cas ordinaires , les phénomènes pathologiques appréciables se bornent à une rougeur plus ou moins accentuée de la membrane tégumentaire. C’est du méat que partent les lésions, qui envahissent successivement la fosse naviculaire , puis la portion pénienne tout entière, et dans les blennorrhagies livrées à elles-mêmes, le reste du canal, jusqu’à l’orifice vésical. Si bien que, dans une certaine mesure, il est vrai de dire, que la limite postérieure de l’inflammation dénote l’âge. d’une gonorrhée aiguë ordinaire.

A un degré plus avancé de la maladie, la muqueuse présente, quand on l’a débarrassée de la couche de pus qui la recouvre, une teinte louche grisâtre, un dépoli irrégulier ; il est manifeste qu’en ces points, la couche superficielle de l’épithélium a été emportée. Que le processus s’accentue, il s’y formera une réelle dépression ; est-ce là une ulcération ? Non certes, si l’on entend désigner par ce mot une plaie anfractueuse et intéressant profondément les parois du canal. Mais si l’on comprend sous cette dénomination, une excoriation superficielle semblable à celles qu’on trouve sur le prépuce, sur le gland, dans la balanite, il faut bien avouer que nous sommes là en présence d’une ulcération ; ulcération, qui du reste s’arrêtera toujours à ce premier degré, et, à l’état aigu tout au moins, se limitera constamment aux éléments les plus superficiels. „

On trouve encore signalée, dans la plupart des nécropsies, la rougeur des sinus uréthraux, quelquefois gorgés d’une matière puriforme, qui en sort par la pression. Souvent un examen minutieux permettra de constater que les orifices des foramina sont dépouillés de leur épithélium dans l’étendue de quelques millimètres. Enfin un fait à remarquer, c’est que, sous l’influence de l’inflammation l’urèthre est revenu sur lui-même. Dans ses points les plus larges, il n’a que un centimètre et demi, et l’on ne peut le porter à deux centimètres qu’en le tiraillant en travers. Ce phénomène est en grande partie du à la turgescence que ne peut manquer d’amener la lymphile sous-épithéliale, lésion caractéristique de la blennorrhagie.

Nous avons parlé de la propagation de la maladie le long de la surface du canal ; lorsque l’inflammation devient plus ancienne, elle s’étend également à l’épaisseur de la muqueuse, et même parfois aux tissus sous-jacents. Du réseau lymphatique superficiel, elle gagne le réseau profond, c’est-à-dire sous-muqueux, qui est particulièrement serré et abondant à la région spongieuse; de là la résistance plus grande que présentent les tissus de cette région.

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qui s’infiltrent de produits plastiques et perdent leur élasticité. De là, la forme spéciale que prend alors la verge pendant les érections.

Chez les individus qui ont eu plusieurs blennorrhagies, les traces de l’inflammation sont moins apparentes : il y a peu de rougeur, on ne voit plus les orifices des foramina ; c’est à peine si l’on trouve quelque reste des grands sinus. Ce fait s’explique aisément par la reproduction imparfaite des tissus nécrosés, des réseaux lymphatiques, et de l’épithélium qui les recouvre ; puis par l’oblitération des sinus, dont les parois fines eT; membraneuses ont été réunies par une ancienne phlegmasie. Voilà pourquoi la première uréthrite est en général plus aiguë que les autres.

Un autre fait à remarquer chez les récidivistes, est le resserrement manifeste du canal. Les parois infiltrées ont en grande partie perdu leur élasticité. On trouve dans leur épaisseur un liquide louche, et du sang épanché à divers états de régression, les cloisons celluleuses ont subi une hypertrophie réelle.

Lorsque la chronicité s'établit, toutes ces lésions se prononcent de plus en plus, l’épaisseur des tissus est doublée, quelquefois même triplée ou quadruplée par places irrégulières ; la muqueuse est coupée et comme barrée par une plaque scléreuse transversale. Si parfois elle n’occupe qu’un segment du cylindre uréthral, 11 n’est pas rare qu'elle constitue un anneau, une virole complète.

A la surface de la muqueuse, les lésions sont circonscrites au foyer, et le plus souvent localisées à la région prostatique. Des altérations bien diverses peuvent s’y rencontrer : ulcérations, bourgeons charnus, granulations et meme parfois végétations, soit sessiles, soit pédiculées, développées en général sur des points excoriés. Les canaux qui s’abouchent en ce point participent à ces désordres, et parfois présentent une déviation telle, que leurs ouvertures, au lieu d’être dirigées, comme elles le sont naturellement vers le bout de la verge, regardent du côté de la vessie.

Les conséquences de cet état anatomique sont habituellement : le rétrécissement de l’urèthre , et la persistance d’un écoulement .

D'après Ricord, le canal peut même être diminué de longueur par le fait de l'inflammation chronique, de là des troubles graves dans les fonctions de cet organe, et spécialement l’érection qui se fait en arc, et qui est semi-cordée.

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§ 7. — DIAGNOSTIC

Reconnaître l’écoulement, en déterminer le siège, la nature et, dans certains cas, l’origine, tels sont les problèmes que comporte le diagnostic de la blennorrhagie. Feu embarrassants dans les cas ordinaires, les embûches de toute sorte, que l’ignorance ou la dissimulation des intéressés tendent au praticien, les rendent parfois fort épineux.

Siège. — Sous' un phimosis irréductible, une balano-posthite donne lieuà un écoulement purulent, qui simule celui de l’uréthrite. Inversement, si le prépuce, si le gland son atteints de lésions sécrétantes, chancres moux, plaques muqueuses ; derrière cette suppuration obstruant l’orifice du limbre, les signes d’une blennorrhagie courent grand risque de passer inaperçus. Pour ne pas croire à une blennorrhagie qui n'existe pas , dans le premier cas, pour ne pas la méconnaître dans le deuxième, il faut s’aider à la fois et de l’examen local, et des symptômes accusés par le malade ; l’absence ou la présence de la dysurie constitue l’un des éléments les plus importants à déterminer.

Mais l’écoulement du liquide par l’orifice uréthral a été constaté ; qu’on n’oublie pas alors qu’il peut être simplement versé dans le canal et reconnaître son origine dans une altération de la prostate, des vésicules séminales, des glandes de l’urèthre, de la vessie, et même, comme cela a été observé, provenir d’un abcès par congestion de la colonne vertébrale. Il suffit du reste pour les éviter, d’être prévenu de ces causes d’erreur , la plupart de ces états pathologiques n’ayant avec la blennorrhagie, d’autre point de contact que l’issue d’une matière purulente par le méat.

Nature. — Le chancre uréthral simple ou infectant , peut en imposer pour une chaudepisse. Dans la grande majorité des cas, il occupe l’extrémité antérieure du canal, et en écartant les lèvres du méat, soit avec les doigts, soit au moyen d’une pince à anneau, on aperçoit une ulcération. Le diagnostic ne présente pas alors une grande difficulté. L’ulcère est-il situé plus profondément, la palpation fera reconnaître, en un point ordinairement assez voisin de l’orifice externe de l’urèthre, une tuméfaction plus ou moins indurée, limitée et sensible à la pression. Séro-sanguinolente dans le cas de chancre infectant, sanieuse et purulente dans le cas de chancre simple, la matière de l’écoulement est moins abondante que dans le cours d’une blennorrhagie ; de plus les douleurs se montrent bien pendant l’érection, pendant la mic-

DIAGNOSTIC

tion, mais elles sont parfaitement limitées. Ajoutons que les aines sont le siège d’un engorgement soit mono-ganglionnaire inflammatoire, signe de chancre simple, soit indolent polyganglionnaire syphilitique. Enfin la sécrétiou du chancre simple est inoculable au porteur ; c’est là un fait absolument pathognomonique. L’inoculation restera en effet sans résultat pour le pus syphilitique, comme pour celui de la blennorrhagie.

Origine. — Nousavons démontré plus haut que la blennorrhagie n’est qu’une affection inflammatoire, que, quelles que soient les causes qui lui ont donné naissance, elle est toujours une, identique. Nous n essayerons donc pas de distinguer l'uréthrite de la blennorrhagie , l’inflammation transmise par un coït impur, de celle qui résulte d’une irritation physique ou chimique. Nombre d’auteurs ont la prétention de reconnaître d’après leurs caractères les écoulements de cause soit lencorrhéïque, soit menstruelle, soit contagieuse. Mais nous le demandons à M. Rollet, tout l’échafaudage des signes infaillibles ne tombe-t-il pas devant cette simple et judicieuse remarque 1 dont il en fait suivre l’exposé, que beaucoup de vraies blennorrhagies présentent d’emblée ces états sub-inflammatoires et exempts d’incubation, auxquels une théorie inflexible voudrait invariablement rattacher l’uréthrite d’origine non contagieuse.

D’autre part,M. Martin2, [qui est aussi un partisan de lablennorrhagie virulente exclusivement due à la contagion, après avoir énuméré plusieurs caractères (intensité des symptômes inflammatoires, douleurs vives pendant la miction, l’érection, l’éjaculation, abondance de l’écoulement, couleur verdâtre du muco-pus), qu’il donne comme l’apanage exclusif de la blennorrhagie, avoue qu’ils peuvent être aussi symptomatiques de l’uréthrite !

Comme on le voit, ces auteurs, en dépit de leurs théories, sont restés fidèles observateurs; de là les contraditions dans lesquelles ils ont été entraînés. Reconnaissons du1 reste que sur ce terrain de la clinique leurs appréciations sont souvent confirmées, mais non toujours, comme ils le prétendent.

C’est surtout dans leurs rapports avec la médecine légale que ces données acquièrent une importance considérable.

Etant proposé un écoulement, nous venons d’établir qu’on ne saurait sans témérité se prononcer sur son origine. Est-il appelé à formuler une opinion sur les lésions concomitantes d’un viol, l’ex-

1 Rollcl, Traité des maladies vénériennes x page 263. Paris, 1865.

2 Belhomme et Aimé Martin, Traité de la syphilis et des maladies vénériennes, p. 543 . 2e édition, 1875.

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pert devra se souvenir qu’il n’existe pas de signe certain, qui permette de distinguer l’écoulement blennorrliagique de l’inflammation simple de la vulve.

De même un conjoint , qui , par le seul accomplissement de ses devoirs génitaux a contracté une blennorrhagie, ne saurait être en devoir d’accuser l’autre d’adultère, moins encore d’en demander compte à la justice. Cette opinion a été soutenue récemment devant le tribunal de Palerme par le professeur Profeta ‘, dans le cour d’un retentissant procès en séparation. Quelle circonspection ne doit-elle pas inspirer, non-seulement en face de la justice, mais même en présence des questions que la pratique pose quotidiennement !

Bien des gens en effet se montrent curieux de savoir de quelle affection pouvait être atteinte la personne qui les a rendus malades. Bien des maris, en cette occurrence, cherchent à s'assurer la sincérité de celui qu'ils interrogent, en se donnant comme des victimes de quelque amour d’aventure. Si la rigueur scientifique ne faisait un devoir de rester indécis, le sentiment des malheurs que certaines révélations peuvent entraîner, suffirait pour commander la plus extrême réserve.

g R. — PRONOSTIC.

La blennorrhagie n’est pas par elle-même une affection grave: la persistance de l’écoulement, la fréquence des recrudescences et des rechutes, le passage h l’état chronique, que nous étudierons plus loin sous le nom de blennorrhée, et qui constituent ses terminaisons ordinaires les plus fâcheuses, ne sont guère redoutables que par leur longue durée, mais le pronostic peut être de beaucoup aggravé par les complications et par les suites.

Par les complications : Phlébite des corps caverneux, spontanée ou traumatique par la rupture de la corde, comme dans les cas rapportés par MM. Jubiot et Yoillemier.

Prostatite aiguë, aboutissant à la rétention d’urine, à l’infection purulente ou à une fièvre pernicieuse mortelle (cas de Caudmon).

Péritonite consécutive à l'inflammation du testicule chez les cryptorchides.

Ophthalmie purulente, qui peut aller jusqu’à la fonte complète des deux yeux, spermatorrhée, hypochondrie, etc.

1 G. Profeta, Sopra t al une pretese malattie veneree sostenute innami ai tnbunali (/« Palermo. In-8°. Firenze. I8R9.

TRAITEMENT

Par les suites : rétrécissements, abcès périuréthraux, fistules urinaires, etc.

Parmi ces états morbides consécutifs, les auteurs du siècle dernier n’eussent point manqué de compter l’infection générale syphilitique. Ce serait faire injure aux beaux travaux d’Hernandez et de Ricord que de discuter encore aujourd’hui une telle opinion. Aussi bien le nombre des identistes décroît-il de jour en jour. Nous nous bornerons donc à le répéter ici sans autre démonstration : La blennorrhagie na absolument rien de commun avec la vérole.

g 9. — TRAITEMENT.

I. Prophylaxie. — Les causes que nous avons assignées à la blennorrhagie sont si variées, qu’il est bien difficile de se prémunir absolument contre elles. Aussi, qu’on le sache bien, notre intention n’est pas de donner ici les quelques mesures hygiéniques que nous allons proposer, comme des prophylaxiques assurés.

Avant tout, celui qui s’expose doit être prévenu du danger spécial que lui font courir les excès de tous gemmes , préliminaires habituels des coïts de rencontre. Nous avons insisté, nous n’y reviendrons pas, sur les effets irritants que les sécrétions peuvent en ressentir ; mais de plus, il est facile de le comprendre, des libations trop copieuses nuisent à la prudence qui doit présider au choix du sujet, et, lorsqu’elles n’entravent pas complètement les rapports, prolongent leur durée en les rendant d’autant plus dangereux.

C’est en effet une loi que de se hâter, surtout lorsque l’on conçoit des doutes sur sa sécurité. Nicolas Massa l’a dit en son temps « si » quis cum fædâ muliere coïre voluerit, quod fatuum est, ne » moretur in coïtu » et nous le répéterons plus élégamment avec un de nos maîtres « l’amour prudent doit être alerte » ,

Est-ce à dire que le péril sera moindre si l 'acte reste incomplet ? c’est là une erreur. Lancé d’avant en arrière le sperme agit en balayant le canal ; loin de constituer une condition désavantageuse, l’éjaculation n’est donc en réalité, qu’une injection naturelle qui débarrasse la muqueuse des impuretés, que les premiers contacts ont pu y introduire.

Pour ce qui est de la répétition de l'acte, nous n’essayerons pas de fixer une limite numérique. Aussi bien, serions-nous embarrassé d’avoir à prononcer entre les partisans du « non bis in idem » et ceux plus indulgents du « non quater » L’homme en

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effet doit consulter ses forces, mais aussi le degré de confiance qu’il a dans son partenaire. Or, si équivoques que soient les renseignements, dont il faut habituellement qu’il se contente, il pourra parfois soupçonner, surprendre même l’existence de pertes blanches, qui sans lui commander de s’abstenir, lui feront un devoir de la plus grande modération.

La contagion, avons-nous dit, s’opère par le séjour, le simple contact d’un principe irritant sur les parois de l’urèthre. On ne saurait donc avoir recours trop promptement après le coït, aux ablutions les plus complètes et les plus minutieuses. La miction , si l’on a eu soin de conserver quelque peu d’urine dans la vessie, devient alors un précieux adjuvant. Quelques médecins recommandent en outre l’ injection 'préventive ; cette pratique n’est pas neuve. 11 y a plus d’un siècle déjà Warren 1 vantait les vertus de son eau antivénérienne , et Fordyce 2 prétendait annihiler tout virus, grâce à l’injection d’une solution de potasse. Aujourd’hui c’est exclusivement un effet physique, qu’il est rationnel de demander à l’injection faite dans ces circonstances. Aussi le choix du liquide est-il de peu d’importance, et pourra-t-on se servir indifféremment de l’eau pure, du vinaigre de toilette, de l’eau de Cologne, que l’on trouve partout, ou même du vin mélé à l’eau en quantité variable. Quant à l’instrument, M. Diday a proposé une seringue de très-petitvolume, qu’il est facile d’emporter toute chargée, enfermée dans son étui. Nous donnons aujourd’hui la préférence à la poire en caoutchouc, qui joint aux mêmes avantages celui d’un maniement beaucoup plus simple, et d’une solidité parfaite.

Mais toutes ces mesures le cèdent de beaucoup à l’emploi d’une enveloppe de baudruche , qui, recouvrant complètement le pénis, l’isole de tout contact impur. Un médecin anglais Condom a eu la fortune peu enviée d’attacher son nom à cet instrument de préservation. Certes, nous ne faisons nulle difficulté de confesser le dégoût que peut inspirer pareil intermédiaire, mais comment contesterson efficacité? «C’est une cuirasse contrele plaisir, »a dit avec exagération une femme célèbre, « et une toile d’araignée contre le danger, » a-t-elle eut le tort d’ajouter; c’était là une erreur, mais le mot plut, l’esprit l’emporta ; en vain les fabricants redoublèrent de zèle pour en assurer la résistance, l’imperméabi-

1 Warren, Nouvelle méthode également prompte et facile pour guérir la gonorrhée virulente et pour s'en garantir, 42 pp. In-8°. Amsterdam, 1771, et Paris.

* Fordyce, Disserta tio de catarrho. In-8°. Edinburgi, 1758. — Reçus, in Smellie Thesaur. medic. disputationum in Academ a edinensi, etc., 1778, t. II. p. 518.

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lité; le Condom ne s’est jamais complètement relevé de l’arrêt qui l’avait flétri ; la vengeance d’une femme l’a tué.

Il va sans dire que, pour être complète, la prophylaxie ne doit point se borner à diminuer la réceptivité de l’homme, sans se soucier de la nocivité de la femme . Les lotions sinon les injections avec l’eau pure ou vinaigrée, de façon à débarrasser le vagin des mucosités qui le souillent si fréquemment, devraient être le préliminaire obligé de tout rapprochement. Malheureusement, il est bien rare, que, tout entier à son succès, l’homme songe à exiger ces précautions, et de son côté, la femme n’a que trop de tendance à se départir de ces élémentaires devoirs de l’hygiène.

II. Hygiène. — Il est peu de maladies qui ressentent aussi directement les influences du régime que la chaudepisse. Il faut donc suivant l’expression de Paré « que les malades tiennent bonne manière de vivre, et évitent toute chose qui échauffe le sang» 1 . Le mieux serait assurément d’obtenir de leur part un repos complet. Quand ils consentent à garder le lit, la bataille est aux trois quarts gagnée ; mais les obligations sociales, et surtout la nécessité du secret leur en laissent bien rarement la possibilité. Que du moins le chirurgien présente comme absolument indispensable l 'usage du suspensoir ou mieux du caleçon de bain , durant le cours entier de la maladie.

Mais surtout, qu’il interdise de la façon la plus absolue tout rapprochement sexuel. Pour arriver à ce résultat, seront bannies les excitations de tout genre, par les lectures, les spectacles, les conversations. Les conditions du sommeil seront elles-mêmes l’objet d’une certaine surveillance. Le lit ne doit pas être moelleux. Le malade ne se doit point coucher sur le dos. Enfin il évitera de boire avant de se mettre au lit, de crainte que, venant 5 s’accumuler dans la vessie, l’urine ne devienne une cause d’érection.

L 'alimentation, est-il besoin de le dire, devra répudier les mets trop excitants, « trop ragoustés » disait Paré. Nous en dirons autant des boissons alcooliques fermentées. Vin blanc, bière, liqueurs seront donc proscrits du régime du blennorrhagien, que par une sévérité vraiment exagérée, quelques auteurs conseillent même de réduire à la diète lactée ou farineuse.

El cependant, qu’on le sache bien, si rationnels qu’ils soient ces préceptes ne sauraient être indifféremment appliqués à tous

1 Paré, Œuvres complètes, édition Malgaigne. Paris, 1840.

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les malades, sans être préjudiciables dans quelques cas, d’ailleurs assez rares. Certains sont naturellement affaiblis, anémiques ; ce serait une grave erreur que de leur infliger une hygiène déprimante, alors au contraire qu’il faut recourir au fer et au quinquina, pour accroître la tonalité des tissus, et relever l’état général. D’autres, peu nombreux à la vérité chez nous, mais qui, paraît-il, pullulent dans les cliniques de nos confrères Américains et Anglais, ont à ce point l’habitude des alcooliques, qu’ils ne sauraient, sans un affaiblissement réel, en supporter l’abstinence, ne fût-elle que de quelques jours. Aussi leur accordera-t-on, après chaque repas, un petit verre de leur liqueur favorite.

C’est dans la blennorrhagie principalement qu’il est vrai de dire, écrivait Sydenham, que, qui purge bien guérit bien. Quoique cette manière de voir nous semble aujourd’hui exagérée, le praticien ne doit pas négliger d’entretenir la liberté des garderobes.

Quantité de malades s’informent s’ils peuvent continuer Yusage du tabac. Bumstead 1 n’hésite pas à le dénoncer comme nuisible. Cet auteur a consigné des faits incontestables de gonorrhées rendues rebelles par cette seule cause. De son côté, le docteur Shipley 2 a publié des observations fort remarquables de blennorrhagies, qu’à plusieurs reprises, il vit s’interrompre, dès que les mai lades cessaient de fumer, pour reparaître, aussitôt qu’ils revenaient à leurs habitudes. Hâtons-nous de dire que ces remarques sont absolument restées sans écho auprès des spécialistes français.

Je n’insisterais pas sur l’urgence des soins les plus minutieux de propreté , si leur négligence ne pouvait être la cause d’irréparables malheurs. Il suffit en effet d'un peu de pus transporté des organes génitaux sur la conjonctive , pour compromettre à jamais la vision. Tout malade doit, dès le début de son affection, être prévenu de ce danger.

Enfin, et pour éviter d’aggraver la blennorrhagie de complications rhumatismales possibles, le malade se doit prémunir soigneusement contre les brusques variations de la température.

Tel est l’ensemble des précautions qui constituent le fond de l’hygiène du blennorrhagien. La connaissance particulière des habitudes et de la constitution de chacun d’eux servira de guide au praticien pour en modifier les détails soit dans le sens de la sévérité, soit dans celui de l’indulgence, ou pour y introduire tel acte additionnel que son passé pathologique rendrait nécessaire.

' Bumstead, loc. cit., p. 74

* Dr Shipley, Boston med. and surg. journal, nov. 22, 1860.

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