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III. Thérapeutique. — À. Exposé des moyens

Remèdes externes. — Applications locales extéj'ieures. — Les applications locales externes peuvent agir, soit par leur température, soit par leurs propriétés astringentes, narcotiques ou révulsives.

Veau pure, aussi froide que possible, constitue, dans le cas où l’inflammation est très-vive, un des plus puissants adjuvants dont nous disposions. C’est M. Milton1 surtout qui a insisté sur ses précieux effets. Il est rare que les souffrances de la miction, la pesanteur si pénible des régions scrotales, les irradiations inguinales et lombaires, en un mot l’endolorissement général de la région, résistent à l’usage de ce moyen aussi efficace qu’usuel. Sous son influence, on voit le prépuce et le gland revenir assez rapidement à leur volume et à leur température normale. Les applications fréquemment renouvelées de linges trempés dans l’eau, ou bien l’immersion plus ou moins prolongée des parties, et mieux encore leur exposition à une douche locale, constituent le manuel peu compliqué de son emploi.

S’inspirant sans doute du remarquable travail que M. Diday publia, il y a quelques années, sur « l’emploi de la glace contre certaines affections de l’appareil testiculaire2», le docteur Gustave Shane 3 de Salem (Ohio) a préconisé récemment le traitement delà blennorrhagie par des applications de glace sur le périnée. Grâceà ce mode de traitement, uni à l’administration à l’intérieur des alcalins, la maladie cède rapidement, du quatrième au dixième jour, si elle est prise au début, sans laisser après elle aucune affection chronique du canal, de la prostate ni de la vessie. M. Shane n’hésite-t-il pas à le placer bien au-dessus de tous les autres moyens classiques spécifiques ou prétendus tels. Aussi il est regrettable que l’emploi de la glace ne se puisse concilier avec les occupations ordinaires de la vie et qu’en exigeant le repos au lit ou tout au moins dans la chambre, son rôle reste fatalement borné à quelques cas fort exceptionnels.

Les topiques astringents tenaient une grande place dans l’ancienne pharmacopée. Ambroise Paré 4 recommandait les onctions avec le caratum galeni refrigerans sur les régions des reins, des lombes du périnée, du scrotum ; Nicolas de Blegny 5 vantait pour le

* Milton, On Gonorrhœa, p. 21.

5 Diday, De l’emploi de la glace contre certaines affections de l'appareil testi culaire (Annales (te Dermatologie, 1M année,).

3 Shane, Medical and surgical Reporter , 1872.

* A. Paré, Œuvres, liv. XIX, chap. xxn, édit. Malgaigne.

5 Blegny, liv. II, chap. VIH, p. 134.

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même usage les topiques actuellement et potentiellement froids. Nous usons volontiers aujourd’hui de la solution fort étendue d’acétate basique de plomb , connue sous le nom d’extrait de Saturne, de façon à associer son action astringente àcelle du froid. Nous ne croyons pas qu’aucun observateur moderne ait eu à se repentir de ces innocentes lotions. Il n’en était pas de même, au siècle dernier où l’on devait faire de singuliers abus des préparations plombiques pour que Quarin1 2 ait pu leur attribuer des accidents graves.

Décoction de feuilles dejusquiame, onguent belladoné, onguent populeum, pommades diverses, opiacées, tel sont les seuls topiques calmants auxquels aient encore recours quelques rares praticiens. Ils sont indiqués spécialement contre les douleurs vives et la tendance à l’éréthisme, mais ces deux symptômes sont bien plus efficacement combattus par les injections sous-cutanées de morphine ou même d’eau pure. M. Scarenzio - a particulièrement fait ressortir l’état d’engourdissement et d’analgésie locale qui succède à cette petite opération lorsqu’on a le soin de la pratiquer loco dolenti, c’est-à-dire en pleine région périnéale. Suivant le conseil de M. Bouloumié 3 au contraire, il serait préférable de choisir la région lombaire afin d’agir plus directement sur le centre spinal.

Ce n’est guère que pour venir à bout de chaudepisses exceptionnellement rebelles et bien rarement encore que les révulsifs trouvent aujourd’hui leur emploi ; le cruel supplice du vésicatoire snr le fourreau, la pratique plus barbare encore de l’emplâtre stibié lombaire ont pourtant rendu quelques services. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point en parlant des écoulements chroniques.

Injections. — Au dire d’Hernandez 4 ce furent les succès obtenus par quelques charlatans aventureux qui dirigèrent au siècle dernier l’attention des médecins anglais sur les injections; cette assertion est inexacte, les injections uréthrales étaient connues et mises en pratique bien avant cette époque. Ambroise Paré donne plusieurs formules de décoctions modificatrices et dessicatives qu’il pres-

1 Quarin. «Vidi ipsemct a balneis pénis in gonorrhcà ubi saturnina magnà copia adrnissebantur , membrurn, sensu omni atque erigendi potentia privatum fuisse, quin dolores etiam inguinum, perinei etartuum accepisse, qui œgrum sèvœ admodùm et complures annos torquerint. »

2 Scarenzio, Neuralgia, spermatica curata eguarita colV inieùone sotlocutanea di cloridrato, di morphina (Giorn. liai, di mal. vener., 1871).

3 Rouloumié.

* Hernandez, Loc. cit., p. 18),

crit d’injecter dedans la verge avec une seringue ; et plus tard Blegny figure à la page 129 du tome II0 de la 3e édition (1683) une petite seringue, que nos fabricants d’instruments ne renieraient pas aujourd’hui.

Les injections ocnstituent, nous n’hésitons pas à le dire, un de nos plus énergiques moyens d’action; néanmoins elles ont été et sont encore l’objet d’attaques violentes. On ne cesse de les présenter comme dangereuses sinon immédiatement, car il faudrait s’appuyer sur desjfaits, du moins pour l’avenir, ce qui se démontre aisément par un sophisme. Tout récemment encore, M. Gosselin les a condamnées dans un réquisitoire sans merci. Malgré toute la déférence que nous devons à une telle autorité, nous croyons devoir les justifier ici de ces accusations.

1° L’injection se faisant d’avant en arrière, a-t-on dit, entraîne le pus et propage la maladie par contagion le long du canal. Une précaution bien simple aura raison de ces dangers chimériques ; il suffira que le malade urine peu avant l’opération.

2° Les complications immédiates de la chaudepisse sont la conséquence ordinaire des injections. C’est là le principal argument de M. Gosselin 1 qui l’appuie de plusieurs faits de cystite et de prostatite suppurée, qu’il a observés sur des malades traités par les injections caustiques. Nous sommes loin de contester que des accidents aient pu succéder à l’administration de liquides trop fortement caustiques, aussi bien ne défendons-nous pas l’abus, tel que systématiquement l’a préconisé Deheney. mais l’usage modéré de çe genre de remède. Les brutalités de Mayor ont marqué une période désastreuse dans la thérapeutique des rétrécissements de l’urèthre; la cause du cathétérisme s’en est-elle trouvée compromise ? Non certes! Il ne saurait dès lors en être autrement pour ce qui regarde les injections caustiques, dont les indications au total se trouvent aujourd’hui singulièrement réduites, et que par surcroît de précautions, le médecin prudent prend toujours le soin de pratiquer lui-même.

Quant aux injections simplement astringentes, que de praticiens leur attribuent encore la plupart des orchites, dont soutirent accidentellement ceux qui y ont recours ! Cependanl jusqu’à présent aucune statistique n’est venue confirmer ces craintes, qui pour tout esprit sévère, attendent encore leurs preuves. Or, si les injections étaient aussi nocives qu’on le prétend, serait-il donc si malaisé d’en ruiner la cause, en mettajit au jour la

' Gosselin, Clinique chirurgicale de l’hôpital de la Charité, t. II. 2e édit., 187G.

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fréquence comparative des orchites observées durant le cours des blennorrhagies soumises à tel ou tel mode de traitement!

3° Mais arrivons à l’objection capitale. Les injections uréthrales, a-t-on dit , sont la cause la plus commune des rétrécissements. Par le surcroît d’inflammation qu’elles excitent au sein de la muqueuse, . elles déterminent un travail latent, qui aboutit à sa transformation lente en tissu fibroïde, non-seulement pendant tout le temps que dure la sécrétion muco-purulente, mais aussi après que cette dernière a tout à fait disparu. Ce résultat serait plus assuré encore, quand il y a, peu après l’injection une légère teinte rosée dans les secrétions, car du moment qu’il y a saignement, il y a plaie, et nécessité d’une réparation, qui se fait au moyen du tissu cicatriciel fibreux ou fibro'ïde. A ces alarmes dictées par la théorie, il n’était pas difficile de répondre. Étudiant les effets que produit sur un urèthre parfaitement sain l’injection d’une légère solution de nitrate d’argent, M. Langleberl1 a montré les lèvres du méat se gonflant tout d’abord, puis peu de temps après laissant échapper un liquide incolore, bientôt remplacé par une secrétion muco-purulente, puis par un suintement muqueux dont la suppression ramène à bref délai l’urèthre dans son état normal. Or, comment admettre que cette action irritante, si éphémère, si légère, si superficielle, puisqu’elle n’intéresse que la membrane épithéliale, èt qu’en vingt-quatre heures elle est épuisée, puisse dix années plus tard engendrer un rétrécissement du canal? Comment pourrait-on raisonnablement supposer que celte irritation d’un jour se continuât à l’état latent pendant un laps de temps si considérable, et, à plus forte raison, attribuer le même effet à de simples injections astringentes , qui n’ont pas même le pouvoir d’irriter sensiblement l’urèthre, même répétées à plusieurs reprises et plusieurs jours de suite!

Cette opinion est du reste celle de la plupart des praticiens, qui se sont voués plus particulièrement à l’étude des rétrécissements de l’urèthre. C’est ainsi que sir Henry Thompson2, qui fait preuve d’une si grande compétence, et s’étaye sur des recherches si consciencieuses dans son chapitre de Y Etiologie des l'étré cissements organiques , fait suivre dans la liste de leurs causes, le mot injection d’un point d’interrogation

1 Langlcbert, Traité des maladies vénériennes, p. 02.

3 H. Thompson, Traité pratique des maladies des voies urinaires, p. 99. Paris,

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significatif. Selon Leroy d’Etioles 1 , ce sont particuliérement les écoulements anciens et invétérés, qui, produisant à la longue des altérations laissent après eux le germe des rétrécissements. En mettant fin promptement à la suppuration, les injections astringentes constituent donc un préservatif, et non une cause de rétrécissement. Telle est bien en effet l’interprétation réelle de ces faits, et c’est à M. Ricord que revient le mérite de l’avoir démontré surabondamment : les rétrécissements sont le fait des gonorrhées longues ou multiples et non des injections employées à les combattre. Les auteurs qui en opinent autrement ont été la victime du fameux sophisme : post hoc ergo propter hoc ; raisonnement hélas ! trop fréqnent, et qui a permis naguère à un auteur américain 2 3 de soutenir que les rétrécissements consécutifs à la chaudepisse n’avaient d’autre origine que l’usage immodéré du thé.

Le principe de l’injection admis, comment faut-il la pratiquer ? La seringue qui, dans le commerce, porte le nom de Ricord, est constituée par un corps de pompe en verre, avec armature et piston métalliques. Elle présente sur les vulgaires petitesseringues, en verre, l’avantage d’une construction plus soignée, gage d’une solidité plus grande et d’un plus long usage. Bumstead lui préfère absolument l’instrument de même forme en caoutchouc vulcanisé. Enfin, suivant d’autres praticiens, une simple poire en caoutchouc terminée par un tube de verre ou mieux d’ivoire remplit trèssuffisamment le même usage. A la condition de fonctionner régulièrement, il est évident que chacun de ces instruments est excellent. La seringue de verre permet au malade qui a l’habitude de se faire des injections, de se rendre un compte exact de la quantité de liquide qu’il va pousser dans son canal; ce petit avantage très-précieux dans la pratique ne doit point être négligé. Enfin on fera bien d’exiger que la canule porte un peu au-dessus de l’orifice un petit renflement destiné à obstruer exactement le méat par simple pression.

On peut à l’exemple de M. Diday diviser les injections en deux catégories : les injections ordinaires ou antéro-uréthrales, les injections profondes au postéro- uréthrales.

Les premières ne dépassent pas la région membraneuse. Arrivées en ce point, elles trouvent l’entrée des parties profondes dé-

1 Leroy d’Étiolles, Des angusties ou rétrécissements de l'urèthre, p. 163. Paris

3 In Bumstead, Loc. cit., p. 75.

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fendues par le muscle de Wilson. Si donc après avoir atteint cette limite on continue à pousser le liquide, celui-ci dilate l’avant du canal et vient ressortir par le méat. Aussi nous semble-t-il que l’on pourrait faire bon marché des précautions destinées à limiter sa progression sans toutefois que nous n’osions les déconseiller absolument.

Les injections profondes nous occuperont ultérieurement, qu’il nous suffise de dire ici que des malades exceptionnellement intelligents parviennent seuls, avec une seringue ordinaire, à faire atteindre au liquide la région prostatique en comprimant le canal régulièrement d’avant en arrière avec la pulpe des index et des médius alternativement déplacés. Pour obtenir un résultat plus certain, il est donc nécessaire de recourir à des instruments spéciaux, sonde à béquille (Diday), seringue de Bumstead, seringue de Guyon.

Dans certains cas, où le mal est limité à la partie antérieure delà région penienne, limitée aussi doit être l’application du remède. On se servira avec avantage de la seringue à jet rétrogade de M. Langlebert h Cet ingénieux instrument trouve particulièrement son emploi dans la pratique de l’abortion. A l’étranger, M. Campbell 1 2 Steward lui a opposé récemment un petit appareil construit d’après un principe tout différent. Dès que la canule a dépassé le méat d’une longueur fixée d’avance, un mécanisme fort simple détermine l’issue d’une éponge cachée dans son intérieur, et préalablement imprégnée de la solution voulue. 11 ne reste plus qu’à lui imprimer un mouvement de rotation sur son axe, pour balayer très-complètement le canal, en même temps que ses parois subissent l’action du liquide médicamenteux.

Nous n’examinerons pas ici quel liquide il convient de choisir, qu’il nous suffise de dire que la thérapeutique locale de l’urèthre peut se proposer trois buts différents, auxquels correspondent trois sortes de liquides, les caustiques, les astringents, et les émollients, et trois substances principales : le nitrate d’argent, le sulfate de zinc et l’eau.

La pratique des injections nécessite quelques précautions. Et d’abord, une certaine douceur est nécessaire ; il est inutile, comme le dit très-bien M. Alfred Fournier, de lancer à toute volée le liquide dans le canal. La chaudepisse à ses débuts n atteint même pas la région moyenne de l’urèthre. Nul besoin que

1 Langlebert. Traité des maladies vénériennes, p. 75, 1861.

s Campbdell Steward, vidaap. Bumstead, p. 68.

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les injections dépassent les limites de l’inflammation. On en bornera donc l'action à l’avant-canal, c’est-à-dire anx cinq, six, sept centimètres antérieurs de l’urèthre. 11 suffit pour cela de comprimer l’urèthre avec le doigt au niveau du point que le liquide ne doit pas franchir.

La durée de son séjour dans l’urèthre présentera naturellement d’assez nombreuses variations. Dans la majorité des cas, elle n’excédera guère deux ou trois minutes. Si l’on a eu soin de se munir d’une seringue à canule renflée, on ne la retirera que ce temps écoulé, en ne relâchant qu’à ce moment-là la compression périnéale.

L’injection faite, le malade fera bien de rester étendu sur un lit, s’il le peut, ou tout au moins de rester quelques instants immobile pour s’opposer plus efficacement au cheminement du liquide.

Ainsi pratiquées, en dépit des méfaits qu’on leur a reprochés, et qui, ordinairement n’ont d’autre cause que l’impéritie ou la brutalité, les injections se montreront le plus souvent efficaces, toujours inoffensives. Aussi necraignons-nous pas de dire, qu’employées avec discernement, elles constituent le plus précieux de nos moyens thérapeutiques.

Des insufflations pulvérulentes. — La facilité avec laquelle certaines poudres inertes ont raison des inflammations superficielles de la peau, devait faire naître l’idée de rechercher, quelle serait leur influence sur la muqueuse uréthrale malade. Nous ne pouvons que signaler ici les essais tentés par Messieurs Mallez, Boulomié, et les nombreux succès qu’ils auraient obtenus dans la cure de l’uréthrite chronique et surtout de la blennorrhée. Ils se sont servis pour l’introduction de ces substances d’un appareil fort simple d’insufflation adapté à une sonde ( appareil de Mallez).

Des expériences ont montré que l’on pouvait aisément, dans toute son étendue, revêtir la muqueuse uréthrale d’une couche pulvérulente. Le sous-nitrate de bismuth forme la base de toutes les préparations employées, et l’on ne peut disconvenir qu’en isolant les unes des autres les parois malades, enflammées, ulcérées, il n’aide puissamment à leur réparation ; mais d’autre part on a parfois observé la formation de concrétions quasi pierreuses, véritable hézoards que les malades ne parvenaient à évacuer qu’au prix de douloureux efforts; dans les cas les plus heureux, lorsque se détachent avec plus ou moins de violence les grains solides intimement collés à la couche épithéliale, la miction détermine une vive douleur, un sentiment de déchirement fort pénible.

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Enfin, il faut le reconnaître, outre qu'il nécessite l’introduction dans l’urèthre d’une sonde de gros calibre, ce procédé exige l’intervention journalière du chirurgien, ce qui sera toujours, nous le craignons, un grand obstacle à sa généralisation.

Des bougies médicamenteuses . — Dès le xvie siècle les chirurgiens qui s’occupaient de la médication topique de l’urèthre, eurent recours aux bougies comme porte-remède. Amatus Lusitanus se servait de baguettes composées de cire blanche et de térébenthine. Ferri employait tour à tour l’alun, le vert de gris, les préparations plombiques mêlées à différents sucs végétaux pour la confection de trois sortes de bougies : celles qui ramollissaient, celles qui détruisaient, et enfin de plus actives destinées à agir contre les affections anciennes. Loyseau guérit Henri IV d’un rétrécissement, au moyen d’un mélange de beurre frais et de poudre de Sabine. Oublié, puis remis en faveur par Hunter et Everard Home, ce mode de traitement a été de nos jours l’objet de nombreux travaux fort intéressants de la part de Jobert de Lamballe, Cullerier, Ricord, Laugier, Vinci de Naples, Martin de Berlin, Henry Thompson, Paillasson, Lorey et Schuster. Tandis que Ricord et Vinci se bornent à recouvrir de la substance active, la surface d’une sonde ordinaire, ou d’en remplir la rainure d’un cathéter, Thompson vante l'usage de bougies faites avec du beurre de cacao et les astringents ordinaires. On les introduit le soir, et on les laisse séjourner pendant la nuit, après avoir fermé le méat avec du sparadrap. Elles fondent aussitôt, et sont éliminées le matin avec les urines.

Schuster leur préfère un mélange de tannin et de glycérine, qu’il ne laisse séjourner dans le canal que huit ou dix minutes.

Les injections solidifiantes du docteur Paillasson consistent en glycérolés de bismuth, de sulfate de zinc, de ratanhia introduits dans un réservoir en plomb qui a exactement la forme de la vessie à couleur des peintres, et dont l'une des extrémités est terminée en canule, tandis que l'autre s’enroule avec un petit treuil. La canule introduite dans le méat, il suffit de tourner une petite vis pour enrouler sur lui le sac, qui se vide, et l’injection va se loger dans le canal. On a reproché à cet instrument fort ingénieux de ne point communiquer à la matière qui doit pénétrer dans [l’urèthre, assez de force pour en écarter les parois; souvent en effet elle s’accumule dans la fosse naviculaire qu’elle distend, et les pressions réitérées le long de l’urèthre ne suffisent pas toujours à faire disparaître cet inconvénient.

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A toutes ces préparations il nous faut joindre un produit nouveau, introduit par M. Reynal dans la thérapeutique, le Porteremède. C’est une bougie courte de 12 à 1 h centimètres de long, du n° 13 ou 15 de la filière Charrière. Elle est composée de glycérine et de gélatine, et suffisamment résistante pour pouvoir être introduite dans l’urèthre, assez molle pour n’y provoquer aucune sensation douloureuse. On la fait pénétrer impunément jusqu’à sa disparution totale, car sa légère adhérence au parois de l’urèthre l’empêche également de progresser vers la vessie et de sortir du canal. Au dire de son inventeur, elle se liquéfierait en une heure ou une heure et demie. Ainsi comprise et modifiée, la bougie cesserait d’être un instrument de chirurgie, pour devenir un médicament. On pourrait, on devrait même en confier l’introduction au malade, sans qu’il y ait à redouter le moindre danger .

Les observations n’ont cependant pas absolument confirmé les espérances que la théorie avait permis de concevoir.

Remèdes internes. — Copahu. — Fort improprement appelé baume, le copahu est le produit de plusieurs plantes du genre copaïfère, de la famille des légumineuses, et particulièrement du Copaïfera officinalis, guyanensis, cordi folia, qui croissent au Brésil et au Mexique.

On l’obtient en incisant tiges et rameaux, d’où s’écoule un liquide transparent, jaunâtre et d’un aspect huileux. Cette substance contient 30 à 35 pour 100 d’une huile essentielle blanche et transparente, isomère avec l’essence de térébenthine, 25 à 30 pour 100 d’une résine acide jaune appelée acide copahuvique, et 2 pour 100 d’une résine visqueuse; le tout soluble dans l’alcool et dans l’éther. Ce prétendu baume n’est donc autre chose qu’une oléorésine.

Pris à de faibles doses 1 gr. à 2 gr. , il active la digestion; à des doses un peu plus fortes, il provoque des nausées, des vomissements, de la diarrhée, mais d’une façon assez irrégulière, donnant aux uns de véritables selles alvines, se bornant chez quelques autres à produire un peu de ramollissement dans les garderobes.

Après son absorption le copahu s’élimine par les reins (essence «t résine), par les voies respiratoires et par la peau (essence principalement). Les urines deviennent mousseuses et ont une odeur caractéristique; examinées en effet au moyen de l’acide nitrique, elles présentent un trouble analogue à celui des précipités albumineux, s’en distinguant pourtant par sa complète^solubilité

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dans l’alcool et dans l’éther, ce, qui permet de le considérer comme constitué par la résine.

Si pourtant la dose est accrue, le copahu peut rendre les urines sanguinolentes et réellement albumineuses, par une action analogue à celle de la térébenthine, c’est-à-dire, en dépouillant les tubuli de leur épithélium. L'élimination de l’essence par les voies respiratoires et la peau est prouvée par l’odeur qu’exhalent l’haleine et la sueur, et à un plus haut degré, par des phénomènes d’irritation du côté des bronches, sensation de sécheresse, chaleur, toux, et du côté de la peau, par une éruption pseudo-morbilleuse, que l’on a trop souvent prise pour un érythème de nature syphilitique.

Cette roséole débute habituellement par des taches rouges, arrondies ou déchiquetées, inégales, ne taisant aucune saillie, disparaissant sous la pression des doigts. Les unes restent petites, isolées, d’autres se groupent au point de donner à la peau une rougeur presque uniforme. Si l’éruption s’opère avec lenteur et d’une manière successive, elle se limite à son début à certains points, qui semblent constituer pour elle des sièges de prédilection : tels sont les poignets, les malléoles, les genoux, les mains, les pieds. Dans d’autres cas, l’exanthème se développe d’une manière brusque et rapide et envahit d’emblée la totalité des téguments; c’est alors surtout qu'on le voit s’accompagner de symptômes fébriles plus ou moins intenses.

Ces taches sont accompagnées de démangeaisons très-modérées au début, mais qui souvent demeurent fort vives, et quelquefois intolérables. En môme temps l’éruption peut subir d'importantes modifications dans son aspect et dans ses caractères. Les éléments qui la composent peuvent devenir saillants et constituer de véritables papules. Ce phénomène s’observe spécialement sur les lieux d’élection, où l’on trouve de longues plaques rouges, terminéesàleur bord par une sorte de bourrelet ondulé et saillant. Souvent aussi la roséole est papuleuse dès son apparition, mais alors même, elle ne présente jamais les caractères objectifs de l’urticaire, auquel on l’a bien à tort comparée.

Plus rarement encore, l’état fluxionnaire des téguments semble se propager aux couches sous-jacentes, et la région entière devient luméfiée et douloureuse.

La durée de celte roséole, disent la plupart des auteurs, est subordonnée à celle de la médication. Cette assertion n’est pas absolument exacte, du moins pour tous les cas. C'est ainsi qu’en 1850 un chirurgien de l’Antiquaille, M. Rodet, continua vainement

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l’usage des eopahiques, pour entretenir et prolonger une éruption qu’il destinait aux épreuves de diagnostic d’un concours. Elle disparut sous ses yeux, en dépit de l’administratien de doses assez considérables de la potion de Chopard. Cette exanthème n’a donc, on le voit, qu’une existence très-éphémère ; toutefois la peau n’est rendue à son état normal qu’après un temps fort variable : 24 à Z»8 heures dans certains cas, 8 et môme 15 jours dans d’autres.

Indépendamment des phénomènes cutanés, l’action du médicament peut encore se manifester par des effets du même ordre du côté des muqueuses. Aux symptômes d’excitation bronchique, rénale et intestinale, dont j’ai parlé déjà, il me reste à ajouter ceux qui s’observent du côté de la conjonctive, des muqueuses buccale et pharyngienne et ne dépassent jamais les bornes d’une congestion légère.

Nous venons de voir que les urines des sujets soumis à l’action du copahu se chargent en assez grande quantité des principes de cette oléorésine, cette propriété est mise à profit depuis près de deux siècles, pour la cure de la chaudepisse. Il n’y a donc là, on le comprend aisément, qu’une action exclusivement locale. Aussi est-il d’observation que le copahu se montre absolument inefficace contre les blennorrhagies qui n’ont pas l’urèthre pour siège. Bien plus M. Ricord et après lui M. Rollet ont pu, chez des sujets gonorrhéiques porteurs de fistules urinaires ou d’hypospadias, voir persister l’écoulement sur la portion du canal que les urines ne parcouraient point, tandis que les régions rétrofistulaires en étaient débarrassées dans les délais normaux.

Mais alors, dira-t-on, que sert-il de faire prendre à l’intérieur cette substance désagréable et nauséeuse? Et, pour l’estomac tout au moins, ne serait-ce point avantage que de renoncer à l’application locale directe? C’est en effet ce qu’ont pensé certains auteurs, mais, soit qu’ils aient employé le copahu avec tous ses éléments, soit qu’ils aient substitué le travail du laboratoire à celui de la digestion, pour la séparation de certains d’entre eux, leurs essais n’ont pas absolument confirmé toutes les présomptions de la Lhéorie. Cependant l’introduction dans la pratique de l’eau distillée de copahu en injection (Langlebert) a marqué un progrès notable, ej, mis à notre disposition un adjuvant, qui sans être héroïque, n’en est pas moins précieux. De son côté M. Gubler a administré le résidu solide de la distillation de l'essence à la dose de à à 8 grammes par jour, n’utilisant ainsi que la résine, qui passe principalement par les urines, dont le prix est minime (2 fr. ou 2 fr. 50 le kilog.)

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et qui présente l’avantage de ne communiquer qu’une faible odeur aux exhalations pulmonaires.

Il se passe évidemment au cours de l’absorption, pour l’isolement du principe actif, des phénomènes que nous ne sommes pas les maîtres de reproduire artificiellement, aussi certains praticiens ont-ils eu l’ingénieuse idée de faire servir les urines d’un individu soumis au copahu, non-seulement sur lui-même, mais aussi sur d’autres sujets ; c’est ainsi qu’administrant ce médicament contre les vaginites blefinorrhagiques, Hardy prescrit aux femmes de se laver à plusieurs reprises le vagin avec leurs urines, etque Roquette guérit un gonorrhéique par les injections de l’urine copahifiée d’un de ses amis.

Velpeau préférait mettre à profit l’absorption parla muqueuse rectale; il suspendait le copahu dans un jaune d’œuf ou dans un mucilage quelconque, à la dose de 15 à 30 grammes, et le donnait en un lavement de très-petit volume, afin qu’il fut gardé assez de temps pour être absorbé.

Si maintenant nous cherchons à préciser en les étudiant dans leurs détails les effets du copahu, nous avouerons tout d’abord qu’il nous est impossible de dire en vertu de quelle modification apportée à la muqueuse, il guérit les écoulements. Il y a là une action sut generis , qui échappe à notre analyse, et que nous serions bien tenté d’appeler spécifique. Il est important de noter qu’elle s’épuise vite. Aussi, bien qu'elle se montre efficace à toutes les phases de la maladie, est-il prudent delà ménager et delà réserver comme ressource de la dernière heure.

Nous avons déjà parlé des hémorrhagies rénales, et des troubles digestifs qui peuvent se produire; si la diarrhée n’est pas une contre-indication, puisque certains auteurs, M. Diday particulièrement, lui attribuent un rôle actif dans la cure de la gonorrhée, il n’en est pas de même de l’hématurie et des douleurs rénales, qui l’accompagnent fréquemment; l’apparition de ces phénomènes devra faire cesser immédiatement l’usage du copahu.

Il est peu de médicaments qui aient eu le privilège d’exercer à l’égal du copahu le zèle acharné de Messieurs les pharmaciens. Aussi quantité de préparations se disputent-elles la confiance du praticien. Nous passerons rapidement en revue les principales.

Basée sur la solubilité du copahu dans l’alcool , signalons d’abord la trop célèbre potion de Chopart , le chef-d’œuvre du mauvais goût, ainsi qu’on l’a fort justement nommée; voici sa formule ;

Copahu \

Alcool rectifié I

Sirop de baume de tolu / de chaque 60 gr.

• Eau de menthe poivrée 1

Eau de fleurs d’oranger /

Alcool nitrique 8

On en donne 2 cuillerées au moins en vingt-quatre heures et 6 au plus.

Si l’on croyait encore devoir recourir à cette mixture, aujourd’hui presque abandonnée, on ferait bien d’user du procédé en trois temps d’un ancien médecin lyonnais: 1° tapisseries voies au moyen d’une couche de sucre noir de réglisse ; 2° avaler en se pinçant le nez; 3° enfin, mâcher à nouveau du sucre noir pour emporter les dernières traces de l’affreux breuvage.

Lagneau trouvait plus commode de donner le copahu liquide à la dose de 20 à 30 gouttes sur un morceau de sucre, dans un verre de lait, de tisane amère, ou dans un peu de vin de Bordeaux, de madère, ou de quina.

On préfère généralement aujourd’hui prescrire le copahuenfermé en des capsules. On a prétendu qu’il était difficile d’en donner une dose un peu élevée sous cette forme, vu l’intolérance de l’estomac pour les enveloppes de gélatine. Cette objection, que . ne confirmaient guère les résultats de la pratique, a été mise a néant par la préparation des capsules de gluten. Quant à marquer une préférence pour les produits de telle ou telle officine, on comprendra que nous ne l’essayions même pas. Toutes les capsules sont également bonnes, à la condition de contenir sons une enveloppe suffisamment mince, le plus de copahu et le moins d’huile de ricin possible. On sait en effet que certains industriels ont une grande tendance à mélanger ces deux substances, ce qui se reconnaît aisément, en recherchant la solubilité dans l’alcool du produit à contrôler. Le copahu seul est soluble.

Pour ce qui regarde les bols confectionnés grâce à l’adjonction de la magnésie, la faible part que nous accordons aux propriétés purgatives du copahu, dans les succès que nous lui devons, nous les fait rejeter catégoriquement de la pratique.

Cubèbe. — Le poivre cubèbe, ou plus simplement cubèbe est le fruit desséché du piper cubeba officinalis, de la famille des pipéracées, arbrisseau sarmenteux et grimpant, originaire de Java, mais cultivé aux Indes et en Amérique. On l’appelle poivre à queue, piper caudatum, parce qu’on le livre dans le commerce muni de son pédicule.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

Quoique le cubèbe ne soit pas une térébenthine, il est rationnel de le ranger parmi les térébenthines, puisqu’il renferme une huile essentielle, qui est isomère avec l’essence de copahu. Indépendamment de cette huile, il contient une résine et un principe âcre appelé cubébin, qui est insipide, incristallisable, peu soluble dans l’eau, dans l’alcool et dans l’éther froid, mais assez soluble dans l’alcool bouillant (Rabuteau).

Quoique le cubèbe semble avoir été connu des médecins arabes, ce n’est qu’au commencement du siècle dernier que son usage se répandit en Angleterre et en France, où Cranford, Barcley et Delpech le préconisèrent les premiers.

La pondre de cubèbe prise à l’intérieur est beaucoup mieux tolérée que le copahu. Aux doses de dix à quinze grammes et même davantage en une fois, elle produit une très-légère sensation de chaleur à l’estomac, et quelquefois une augmentation de l’appétit. De légères coliques, des évacuations alvines, des ardeurs d’urine, et une roséole insignifiante, sont les seuls accidents, assez exceptionnels du reste, qu’il puisse provoquer.

Son action sur la muqueuse génito-urinaire est moins prononcée que celle du copahu. Les urines se chargent cependant de ses principes actifs qui leur communiquent une odeur spéciale. Le docteur Broughton, sur 50 malades traités par le cubèbe, en a vu guéris 10 du deuxième au septième jour; 17 du huitième au quatorzième jour ; 18 du quinzième au vingt et unième jour ; 1 le cinquante-cinquième jour; chez U il n’obtint aucun succès.

Le cubèbe se donne ordinairement par la bouche, quelquefois par le rectum à la dose de 10 à 30 grammes pour vingt- quatre heures. On a également fait l’essai d 'injections avec l'infusion de cubèbe. On l’emploie en poudre, soit suspendu dans l’eau, soit enfermé dans des capsules de gélatine, ou plus simplement dans une hostie.

Mais la thérapeutique a aujourd’hui à sa disposition un extrait liydro-alcoolico-éthérè qui sous une forme commode, renferme tous les éléments du cubèbe. Cet extrait d’une couleur vert olive foncé, a une consistance sirupeuse, épaisse. La saveur en est fraîche et piquante, comme celle de la menthe, et il correspond à dix fois son poids de cubèbe brut. On l’enferme dans des capsules de grénetine, du poids total de 1 gramme ; chaque capsule renferme 70 centigrammes d’extrait, et représente par conséquent 7 grammes de poivre pulvérisé. Messieurs Demarquay et Constantin Paul, ont particulièrement expérimenté le médicament sous cette forme, et se louent hautement de ses bons effets.

TRAITEMENT-

Le mélange sous forme d'opiat du copahu et du cubèbe est encore très-généralement employé dans les hôpitaux de Lyon. Par cette association, le copahu perd une partie de son âcreté, qui le rend irritant pour l’intestin, et le cubèbe n’est pas sans gagner quelque chose de l’activité plus grande du copahu. Voici la formule généralement préférée.

Copahu.'. . . . 40 grammes.

Essence de menthe qq. gouttes.

Poudre de cubèbe q. s. p. opiat.

On en donne 10 à 15 grammes par jour en trois fois, en ayant soin de le faire précéder d’une heure au moins chacun des repas.

Cependant si des phénomènes d’intolérance intestinale venaient à se manifester, l’expérience a prouvé qu’il serait avantageux de faire prendre le remède immédiatement avant les repas principaux.

Essence de santal jaune. — L’essence de santal jaune obtenue par la distillation duSyi'ium myrlifolium et préconisée par Henderson n’est que depuis peu de temps entrée dans le domaine de la thérapeutique, mais a marqué sa place à côté, sinon au-dessus des deux substances dont nous venons de parler.

Etant donnée une blennorrhagie aiguë, le santal jaune (à la dose de 10 à 12 capsules de 0,25) a la propriété de transformer trèsrapidement la nature de l’écoulement qui, de purulent, devient clair et opalin. Mais son action ne va guère au delà quand il a été prescrit dès le début. En 3 ou h jours il fait traverser à la blennorrhagie les périodes aiguës, et l’amène à son déclin, laissant aux injections le soin de la tarir.

Contre la blennorrhagie chronique, son efficacité est peut-être plus marquée encore, mais exige des doses plus fortes (20 à 25 capsules) prolongées pendant un temps beaucoup plus considérable.

Dans le cours de la médication, les urines prennent une odeur sui generis de santal, mais leur quantité reste la même et les malades n’éprouvent que rarement des douleurs dans la région lombaire.

En 1865, dans une note présentée à la Société de chirurgie, et plus récemment (1876) au cours des renseignements qu’il a bien voulu nous transmettre, M. Panas vantait l’innocuité de ce médicament au point de vue des fonctions digestives, sauf une certaine sensation de chaleur épigastrique promptement dissipée au bout d'un quart d’heure à une demi-heure, il aurait vu le santal parfai-

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

tement toléré par des estomacs qui s’étaient révoltés à de petites doses de cubèbe et de copahu. Telle n’est pourtant pas l’opinion de tous les praticiens. Le santal, à la vérité, ne provoque pas la diarrhée, mais il n’en est pas de môme des troubles stomacaux. Son odeur incommode nombre de malades et détermine, chez certains sujets, des renvois, des nausées, des vomissements; beaucoup enfin se plaignent, après son ingestion, d’un sentiment de soif extrêmement vif.

Quoi qu’il en soit, ces phénomènes morbides sont relativement rares, et le santal n’en offre pas moins des avantages incontestables pour les cas malheureusement assez communs où les autres balsamiques ont échoué.

Autres succédanés. — On a fait grand bruit récemment autour de quelques autres succédanés balsamiques.

Le mat ico, Art hante elongata , Piper elongatum, angusti folium est Une plante originaire du Pérou, dont les feuilles ont été employées contre d’assez nombreuses affections. C’est un remède certainement astringent, peut-être styptique, mais ses propriétés antiblennorrhagiques le cèdent beaucoup à celles du cubèbe, du copahu et du santal. On pourra y recourir pour varier la thérapeutique.

Le Gelseminum sempervirens , fort vanté par certains praticiens, a bien produit, entre les mains de M. Bum.stead, de la diplopie et quelques troubles nerveux, mais sans jamais amener la moindre amélioration dans la marche de l’écoulement.

L 'Eucalyptus globulus , découvert en 1792 sur la terre de Van- Diémen (Australie) par La Billardière, acclimaté en France par M. Ramel en 1857, et appliqué à la thérapeutique par M. Gimbert, de Cannes, paraît surtout efficace contre l’état chronique que nous étudierons sous le nom de blennorrhée.

Nous devons encore h M. Henderson la connaissance des heureuses propriétés de Y huile de bois ( Wood-oil) que l’on retire d’un arbre de l’Inde, le Dipterocarpus turbinatus.

Le Haschich, pris à l’intérieur à doses modérées a rendu récemment de grands services dans certains cas de blennorrhagie; M. Lamarre y a habituellement recours durant la troisième période.

Enfin il est certain que bon nombre d’essences peuvent avec plus ou moins d’avantage remplacer ù l’occasion copahu, cubèbe ou santal; M. Fournier cite celle du romarin , sur laquelle il a entrepris une série d’expériences encore inachevées.

TRAITEMENT

Bromure de potassium. — A côté de tous ces médicaments, ce n’est que justice de placer le bromure de potassium , qui, pour n’être pas spécifique, n’en constitue pas moins une très-précieuse ressource. Fort employé depuis longtemps contre les accidents nerveux de la blennorrhagie, il a été récemment proconisé contre la blennorrhagie elle-même. M. Bligh l’administre en môme temps à l’intérieur et topiquement en injection, en ayant soin de le combiner avec les alcalins pour éviter l’action acidifiante qu’il exerce sur les urines. Voici les formules qu’il conseille.

1° Carbonate de potasse 3 grammes.

Bromure de potassium 4à6 décigr.

Teinture de jusquiame 2 grammes.

Eau camphrée 150 —

A prendre, un sixième trois fois par jour, et un autre sixième pendant la nuit si le malade ne dort pas.

2° Bromure de potassium 6 grammes.

Glycérine 10 —

Eau distillée 150 —

Pour une injection toutes les quatre heures.

Les heureux effets de ce traitement se font assez rapidement sentir. Suivant M. Bligli, le bromure jouirait en effet de la propriété de diminuer la sécrétion de la muqueuse. Il agirait de plus et comme diurétique léger, et surtout comme sédatif.

B. Exposé des méthodes. — De la médication caustique. — En 18Zi3, le traitement de la blénnorrhagie fit l’objet d’un mémoire de M. Debeney médecin militaire. S’inspirant de Carmichael (de Dublin), l’auteur s’attaque vigoureusement à la timidité française en matière d’injection. Il l’appelle une grande erreur, et oppose aux prohibitions théoriques les succès de sa pratique, qui, dit-il, « tiennent du prodige » .

D’après lui, l’injection caustique est toujours inoff’ensive, et ne provoque qu’une réaction dont la durée n’excède pas douze ou quinze heures, mais qui a pour effet constant de faire disparaître toute inflammation préexistante.

De vives discussions accueillirent la publication de cette nouvelle doctrine, fort contestée à ses débuts. Aujourd’hui, il est

' Mémoire sur le traitement abortif de la blennorrhagie par l’azotate d’argent â haute dose et sur l’emploi des injections caustiques t\ toutes les périodes de l’uréthrite, par J. Debeney (in Journal de chirurgie de Malgaigne, 1843).

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

facile de mesurer le chemin que M. Debeney a fait faire à la thérapeutique de la blennorrhagie. Il n’est pas un spécialiste qui n’admette le principe de l’abortion, et ceux qui s’adressent à la cautérisation pour combattre les blennorrhagies confirmées sont encore assez nombreux. Chacune de ces manières de faire mérite d'attirer notre attention.

1 0 Abortion. — Au dire de tous les auteurs, l’abortion guérit par une action substitutive, en remplaçant l’inflammation spécifique de la blennorrhagie par une inflammation simple, éphémère, et relativement inoffensive. Si l’on se rappelle l'opinion que nous avons émise sur la nature non spécifique de la blennorrhagie, on conviendra qu’elle ne se concilie guère avec cette hypothèse. Pour nous, la guérison reconnaît un tout autre mécanisme : la suppression de la partie malade. Le nitrate d’argent détruit, désorganise la couche superficielle de la muqueuse, et tue l’inflammation en lui enlevant son aliment.

C'est seulement pendant les deux premières périodes, on le comprend, qu'il est rationnel de tenter l'abortion. La maladie est alors également limitée en surface et en profondeur : c’est le moment où commencent à paraître les picottements, les démangeaisons de mauvais augure. Les récidivistes ne s’y trompent pas ; aussi est-ce généralement sur eux que l'on obtient les plus heureux résultats.

Un lavage de la muqueuse à l’eau pure doit toujours précéder l’injection du liquide caustique, que le chirurgien fera bien de pratiquer lui-même, soit avec la seringue de Langlebert, soit avec l’intrument de Campbdell-Steward. C’est le nitrate d'argent qui fait en général la base des injections caustiques.” La proportion la plus-usitée est au millième, mais on peut sans inconvénient en employer une beaucoup plus concentrée, au centième et même au cinquantième, à laquelle du reste on sera toujours obligé de recourir, lorsqu’une première se sera montrée eflicace.

Mallez propose de substituer au nitrate Vhyposulfite de soude et d’argent en solution au centième, etVenot 1 a vanté pour le même usage le chloroforme pur, qui présenterait, au dire de cet auteur, le grand avantage de ne point provoquer les douleurs, souvent très-vives, qui accompagnent l’action des sels d’argent, mais au contraire un sentiment agréable de réfrigération. Cependant l’expérience ne paraît pas avoir confirmé les vues du médecin de Bordeaux.

1 J, Venot, De l'emploi du chloroforme en injection, comme moyen abortif de la blennorrhagie (in Journal de médecine de Bordeaux, 1851).

TRAITEMENT

L’injection doit être laissée trois minutes en contact avec la muqueuse. Le méat étant le point le plus anciennement malade, on fera bien de terminer l'opération, en appliquant la pulpe du pouce en dehors, par-dessus l'ouverture, comme on l'applique sur le goulot d’une fiole que l’on veut rincer, ou mieux, en coiffant le gland d’un dé à coudre, de façon à permettre au liquide, en le remplissant, d’agir sur tout le pourtour du méat (Diday).

Le malade ressent tout d’abord une douleur assez vive occupant toute la zone génitale; puis paraît un suintement séreux, ou sérosangui noient, qui se change en un écoulement séro-purulent, jaunâtre, semé de pellicules blanches et de détritus noirâtres. La miction est devenue fort douloureuse.

Ces symptômes persistent en général trente-six heures au bout desquelles l’écoulement diminue puis se supprime, laissant à sa suite une légère sécrétion séro-muqueuse, dont la thérapeutique n’a pas en général grand’peine à triompher.

On a beaucoup parlé des accidents que peut entraîner l’injection caustique qui manque son effet : ce sont là des craintes chimériques : les insuccès laissent la maladie à la période d’état , et la blennorrhagie reprend son évolution normale. Si le traitement a été inutile, du moins n’a-t-il pas nui. Quelquefois cependant, l’exagération des phénomènes réactionnels est telle, que le pénis devient pendant plusieurs jours le siège d’une inflammation suraiguë ; mais si vives que soient les douleurs, si prononcée que soit la turgescence, il est rare qu’au bout d’un septénaire, tous ces symptômes ne soient apaisés. Les douleurs de la miction persistent seules assez longtemps.

Quant aux accidents graves : uréthrorrhagies, abcès périurétbraux, prostatite, cystite et même, dans un cas, infiltration urineuse, ils sont tellement exceptionnels, que l'on ne saurait rationnellement les faire entrer en ligne de compte pour l'appréciation de la méthode.

On peut donc hardiment en prévenir le client : l’injection abortive, dont le succès le débarrassera en quatre on cinq jours de sa chaudepisse, ne l’expose, en cas de non réussite, à aucune perte de temps, à aucun danger, mais seulement à un peu de douleur.

2° Cautérisation contre les blennorrhacjies confirmées. — Ce mode de traitement n’est plus employé aujourd’hui que dans des cas assez exceptionnels, lorsque, par exemple, se trouvant dans 1 obligation de faire acte de santé, un malade courageux in-

70 BLENNORRHAGIE URETHRALE.

siste pour être guéri à une époque déterminée, fut-ce au prix de quelque péril, et dût la guérison n’ôtre que passagère.

L’expérience a prouvé qu’il y avait avantage à faire varier la composition du liquide d’après l’intensité de la maladie. Le degré de causticité de l'injection doit être en raison inverse du degré de l'inflammation : s’agit-il d’une chaudepisse très-aiguë, on emploiera d’abord la solution la plus faible au trentième; contre un écoulement de moyenne intensité celles au vingt-cinquième ou au vingtième; enfin l’injection la plus caustique, au quinzième, sera réservée pour les blennorrhagies tout à fait indolentes, et qui ne se manifestent que par un simple écoulement blanc ou jaunâtre.

Lorsque la blennorrhagie a passé la période du début, il est nécessaire de pousser l’injection dans toute l’étendue du canal. Debeney ne prenait nul soin de comprimer le périnée, et paraît-il n’a jamais vu d’accidents survenir par suite du cheminement du caustique. Mais tous les opérateurs n’ont pas été aussi heureux; la pénétration possible du liquide dans le réservoir urinaire si anormale, si exceptionnelle qu’elle soit, n’est plus à démontrer ; la strangurie, l’ischurie et même la mort peuvent en être la conséquence. Il sera donc prudent d’exercer la compression périnéale, mais en la reportant aussi en arrière que possible.

Dans quelques cas rares, une seule tentative suffit pour amener la guérison; d’autres fois, elle ne se montre qu’après un certain nombre d’injections ; plus souvent, après avoir été quelque temps supprimé ou réduit à très-peu de chose, l’écoulement reparaît, beaucoup moins abondant, mais surtout changé quant à sa nature: il est devenu sanguinolent, séro-muqueux, et n’offre plus de prise à l’action du nitrate d’argent. Insister sur les caustiques, ne serait point seulement inutile, mais dangereux ; on cessera une thérapeutique dont on a épuisé l’action pour recourir à un traitement plus méthodique.

Afin d’assurer l’action du traitement expéditif de la gonorrhée, quelques auteurs combinent les spécifiques internes avec les topiques uréthraux. Pour nous, l’effetque l’on peut attendre du copahu à haute dose nous semble à la vérité peu de chose en comparaison de la puissante modification obtenue par les caustiques ; nous reconnaissons cependant qu’en cette circonstance, il peut constituer un adjuvant utile, et le plus souvent inoffensif.

En résumé, l’emploi du caustique en injection pourra toujours être essayé quand la chaudepisse se présentera de bonne heure à l’observation du praticien. L’écoulement est-il franchement éta-

TRAITEMENT

bli et la maladie confirmée, il sera sage de s’en abstenir. Dans tous les cas avant que d’y avoir recours on interrogera la force morale du malade. Il doit savoir en effet qu’il s’expose à des douleurs souvent très-vives , qu’il n est pas rare de voir poussées jusqu’à la défaillance.

De la médication astringente. — Si l’on pouvait, pendantle COUTS d’une urélhrite, dériver l’urine de sa voie naturelle, la réparation de la muqueuse qui ne serait plus entravée sans cesse par le passage de ce liquide irritant, exigerait un temps relativement fort court : la première condition pour guérir un organe étant avant tout son repos physiologique. Cette remarque nous dicte logiquement notre premier précepte : non-seulement le malade s’abstiendra de toute boisson excitante, le médecin doit encore exiger qu'il réduise au minimum la quantité des liquides ingérés. Ce résultat est en général facile à obtenir; la miction étant en effet un acte douloureux, tout malade se sent intéressé à en rendre les occasions moins fréquentes.

Mais une objection se présente naturellement : la sécrétion rénale en se raréfiant, concentre les urines qui se chargent en grande abondance de principes salins fort irritants ; la muqueuse n’aura-t-elle point à en souffrir? Ce fait est indéniable, mais alors même que nous n’y apporterions aucun remède, le dommage qu’il entraîne est à coup sûr largement compensé par l’avantage immense qui résulte de l’inactivité fonctionnelle. Il n’en est pourtant pas ainsi, grâce à un élément de traitement dont nous allons actuellement nous occuper : je veux parler des injections astringentes.

L 'action physiologique et thérapeutique des astringents réside dans la propriété qu’ont certaines substances, de coercer, de coaguler l’albumine, et par extension, les principes albuminoïdes qui existent dans nos humeurs, dans nos tissus. Déposés sur une muqueuse, ils amènent une astriclion fibrillaire, un resserrement, une tonicité qui effacent le diamètre des interstices organiques; expriment d’une façon en quelque sorte mécanique, le sang qui engorge les petits vaisseaux; tarissent les exhalations ; expulsent les épanchements, et produisent, en même temps que la sensation bien connue de froncement, la condensation, la pâleur et le refroidissement de la membrane. Si l’application du topique n’est pas continuée, et qu’il soit permis ainsi au mouvement réactionnel de succéder à celte impression immédiate, des phénomènes contraires à ceux que nous avons décrits ne tarderont pas à se déve-

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lopper. Mais si le contact de la substance astringente est renouvelé assez fréquemment, les bons effets de la déplétion s’accentueront de plus en plus, et la guérison ne tardera pas à se produire.

C’est donc aux astringents que nous aurons recours ; mais entre les plus importants de ces médicaments, l’alun, les sulfates de fer, de zinc, de plomb, le bromure de potassium pour le règne minéral, le tannin, le cachou, le ratanhia, la gomme Kino, les roses rouges ou de Provins, pour le règne végétal, lequel convientil de choisir? Sur ce point, aucune hésitation n’est permise, l’expérience a prouvé que le sulfate de zinc est le modificateur par excellence de l’urèthre enflammé.

Ce précieux agent sera mis en usage, dès que la blennorrhagie aura dépassé la période à laquelle on pourrait encore songer à l’abortion. On prescrira six injections par jour d’une solution qui pourra varier de èO centigr. à 1 gramme de sel sur 200 grammes d’eau. Une dose inférieure à 40 centigrammes serait trop faible, et dépasser 1 gramme serait irriter le canal sans profit. Chaque miction devra être suivie immédiatement d’une injection ; si les douleur sont vives, on ajoutera au liquide un ou deux grammes de laudanum de Sydenham ou de Rousseau, ou mieux encore, 5 à 10 centigrammes de sulfate d’atropine ou de morphine; ces dernières substances étant incolores présentent l’avantage fort apprécié du malade de ne point trahir son état en souillant son linge de taches compromettantes.

L’heureuse action de ce topique, à la fois astringent et sédatif, ne tardera pas à se produire. Au bout de cinq ou six jours, rarement plus, la douleur et la plupart des autres symptômes inflammatoires disparaîtront, et l'écoulement persistera seul, moins épais et moins abondant. Dans quelques cas il suffira de poursuivre l’usage des injections pour compléter la guérison ; mais tel n’est pas leur effet habituel. L’état subaigu auquel a été réduite la sécrétion morbide se modifie en effet assez lentement, mais, en même temps que les injections perdent de leur valeur, le moment arrive où l’intervention des balsamiques se montrera le plus efficace contre cette phase de déclin de la maladie. On prescrira donc les capsules de copahu, le santal, l’opiat, etc... Je ne reviendrai pas sur les effets de ces remèdes, les précautions qu’exige leur emploi, le soin que l’on doit mettre à surveiller l’état des voies digestives, à interroger la tolérance rénale ont été plus haut l’objet d’une élude approfondie.

Lu même temps on continuera l’usage des injections. Il est

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rare qu’un écoulement résiste plus d'une vingtaine de jours un traitement ainsi conduit.

Si parfois il est malaisé de venir à bout des derniers vestiges de l’inflammation, il y a lieu de craindre que le canal, acclimaté, ne ressente moins vivement l'action d’agents auxquels il est habitué. Il faut alors varier la thérapeutique. Les solutions astringentes préconisées comme succédanées du sulfate de zinc sont fort nombreuses, nous en citerons quelques-unes.

L’emploi du tannin a donné lieu à diverses formules. L’eau de roses, le vin rouge sont ses excipients les plus ordinaires à la dose de 1/2 gramme à 1 gramme de sel sur 200 gramm. de liquide. Niemeyer se loue particulièrement des bons eflèts de cette substance et prescrit d’élever rapidement les doses si le succès se fait attendre. D'autres associent au sulfate de zinc le s ous -nitrate de bismuth.

L’alun, la noix de galle, le kino, le ratanhia , ont été vantés aussi ponr le même usage.

L’acétate de plomb , dont nous avons exposé les bons résultats, en application à l'extérieur, rend aussi de grands services vers la lin des blennorrhagies, seul ou associé à d’autres astringents.

Une solution très-populaire parmi les étudiants est celle dite des 3 sulfates : sulfate de fer, de cuivre, de zinc à la dose de 0,50 centigrammes chacun, sur 200 grammes d’eau. Berkeley-IIill préconise à son tour les h sulfates, en joignant aux précédents le sulfate d'alumine. A l’exemple de l’auteur anglais nous conseillerons d’étendre pour les premières fois ces liquides de leur poids d’eau, et de n'arriver que graduellement à la dose maximum notée ci-dessus. De plus ce serait causer une trop vive irritation de la muqueuse, que de faire plus d’une injection par jour. Nous recommandons particulièrement cette solution qui, employée avec ces précautions, a donné sous nos yeux de nombreux succès.

Nous avons donné précédemment la formule des injections au bromure de potassium, et dit tout le parti que l’on en pouvait tirer. Nous n’y reviendrons pas.

Il nous reste à signaler, d’après les travaux de Parona (de Novare) ■ Yhgdrate de chloral, qui a pris rang en Italie parmi les antiblennorrhagiques le plus souvent prescrits. Très-efficace surtout dans les blennorrhagiés douloureuses et celles qui s’accompagnent d’incurvation de la verge, c’est en solution à 1 sur 100 ou bien 1 1/2, que cet auteur conseille de l’employer. Les injections doivent être renouvelées deux ou trois fois par jour.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

Contre certaines blennorrhagies très-douloureuses, nous avons vu successivement mettre en usage le lait, lac muliebre , par les auteurs anciens, et l’huile par Swediaur. Dupuytren avait recours aux injec uons de Uniment oléo-calcaire. On donne aujourd’hui la préférence à l’opium et à ses dérivés.

Les érections seront combattues avant tout par le bromure de potassium à l’intérieur, à la dose de 1 à 2 gramme par jour ; en second lieu par le camphre dont on fera prendre de 0,50 à 2 grammes en une hostie. On associe fort heureusement l’action de ces deux médicaments, en administrant le bromure de camphre, un des composés les plus efficaces que le praticien ait à sa disposition. Dans les mêmes circonstances on obtient également d’excellents résultats de l’opium. On devra réserver pour les cas absolument rebelles les injections sous-cutanées de morphine, mais les applications locales froides et narcotiques ne devront jamais être négligées. Notons enfin que des exercices violents, l’action de porter une chaise à bras tendu par exemple, ont souvent fait cesser les érections. On fera bien d’essayer ce moyen aussi simple que pratique.

De la médication émolliente. — Cetlc médication est, à proprement parler, l’abstention systématique de toute thérapeutique active. Comme nous, les partisans de cette méthode redoutent le passage de l’urine sur la muqueuse enflammée, mais tandis que nous prescrivons d’en diminuer l’abondance en restreignant à à son minimum la quantité des boissons, ils croient plus avantageux de les délayer et dé les rendre ainsi moins irritantes. De là, le précepte d’insister sur les diurétiques (tisane d’orge et chiendent, graine de lin, eau sucrée, orgeat, bicarbonate de soude). Un, deux, voire trois ou quatre litres de ces liquides ne sont point de trop pour une journée. A la vérité les douleurs de la miction deviennent moindres, mais cet acte est renouvelé plus fréquemment. N’est-ce point là fatiguer le canal, irriter le col, et laisser toute latitude au cheminement de l’inflammation?

Aux diurétiques on joint un traitement général et local émollient ' et antiphlogistique (grands bains, émissions sanguines). On prescrit de laisser couler, sinon de faire couler beaucoup et longtemps, la maladie devant, après un certain cycle, arriver à la période répressible, dite période de coclion ou de maturité. Or une chaudepisse est déclarée mûre quand, pris entre le pouce et l’index, le pus file à un centimètre. On attendra donc le bon vouloir du muco-pus, on l’attendra patiemment. L’un des malades de M. Di-

TRAITEMENT

day ne dut-il pas se résigner à l’inaction durant onze mois avant d’arriver à cette période si désirée?

Est-ce à dire que les émollients triomphent toujours des phénomènes inflammatoires ? Le fait est contesté par plus d’un syphilographe. M. Langleberta fait remarquer avec raison que la plupart des substances qui, sur la peau, exercent une action calmante, deviennent irritantes, quand on les applique sur des muqueuses. Les vrais antiphlogistiques de ces membranes, ce sont les astringents. Une halanoposthite s’éternisera si, pour la combattre, on fait usage de corps gras ou de topiques plus ou moins adoucissants, alors qu’on peut la guérir en quelques jours par une solution légèrement caustique d’azotate d’argent; de môme une conjonctivite aiguë redoublera d’intensité sous l’influence des collyres émollients ou mucilagineux, tandis qu’il suffira de quelques instillations astringentes pour en triompher. Quant aux émissions sanguines locales (15 iï 20 sangsues au périnée), le meilleur sédatif, le moyen par excellence pour soulager les malades, au dire de quelques praticiens, si elles nous semblent justifiées dans quelques casbien rares, bien exceptionnels d’inflammation intense des parties profondes du canal ; hors ces cas spéciaux, nous les croyons toujours inutiles, et bien souvent nuisibles. Si l’on veut produire une détente locale, que n’a-t-on recours à la réfrigération de ces parties, aux applications continues déglacé, qui, tout au moins, ne présentent pas le désavantage d’aggraver d’une action thérapeutique débilitante l’état d’anémie qui est une des conséquences habituelles de la gonorrhée.

Lorsque les symptômes inflammatoires se sont calmés, le traitement antiphlogistique doit être atténué, on cesse l’emploi des bains, et l’on fait usage de boissons moins délayantes que celles de la période aiguë (eau de goudron édulocrée avec sirop de Tolu, tisane de bourgeons de sapins, d’uva ursi.. .) Puis vient la période de déclin. C’est alors seulement que les moyens suppressifs sont mis en œuvre. Le sulfate de zinc en injection, les balsamiques à l’intérieur sont appelés à tarir enfin ce flux qui, dilué, étendu, adouci, coule alors plus abondamment que jamais. Certes, nous ne contestons pas qu’ils n’y réusissent, nous convenons volontiers que leur administration est suivie d’un prompt succès : c’est là précisément ce qui nous empêche d’admettre l’expectation. Car en présence des heureux résultats de notre thérapeutique hâtive, il serait étrange que l’on vînt encore parler d’une période d’opportunité hors de laquelle tout remède actif est inefficace ou dangereux.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE

Pourquoi donc temporiser ? Dès les premiers jours d’une gonorrhée traitée d’emblée par les astringents, la douleur a disparu, et l’écoulement est considérablement réduit; la guérison définitive n’est plus qu’une question de temps, et tout au mioins le malade l’attendra-t-il en un état fort supportable. Suit-il au contraire les errements des méthodistes: il subira cette sordide sécrétion qui l’entrave dans ses occupations journalières, l’oblige à des soins incessants bien faits pour inspirer le dégoût, et ce n’est qu’après plusieurs septénaires de cette sonffrance qu’il lui sera donné de voir le terme de ses maux. N’est-ce pas lui faire payer un peu cher sa guérison ?

Telles sont les raisons sur lesquelles nous nous appuyons pour préférer, dans la majorité des cas*tout au moins, le traitement par Jes astringents à la méthode antiphlogistique.

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