‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 73 sur 262 · DE L’INCUBATION · texte numérisé non relu

DE L’INCUBATION

Accident inocule.

Maximum.

Minimum.

Moyenne.

Chancre primitif

Accidents secondaires (plaques

39 jours.

15 jours.

24 jours.

muqueuses)

Accidents secondaires ( syphi—

lidc pustuleuse)

Sang

Ainsi, le premier accident de la syphilis inoculée paraît en moyenne après une incubation de 26 jours.

Bien que cet accident n’ait pas été qualifié de chancre par tous les expérimentateurs, il est facile de retrouver, dans les détails mêmes des descriptions qu’ils nous ont laissées, les caractères essentiels de cette lésion. On peut donc dire que, dans tous les cas, sans aucune exception, le chancre a été la première manifestation de la vérole.

Le début du chancre syphilitique d’inoculation est marqué paT l’apparition d’une petite tache rouge, au centre de laquelle paraît bientôt une papule d’un rouge brun, cuivreux. Dès son origine se révèle ainsi le caractère néoplasique de la lésion, bien différente, disons-lc immédiatement, du chancre simple, qui, nous l’avons vu (page 347), débute d’emblée par une pustule, c’est-à-dire par une destruction de tissu.

La papule devient à son centre le siège d’une desquamation sèche d’abord, et enfin humide; l’excoriation qui en est la conséquence aboutit fatalement à une ulcération. A ce moment, le chancre est tout entier constitué; l’ulcération pourra s’agrandir, la base résistante qui en forme le fond acquérir un développement considérable; ce sont là des circonstances accessoires et qui n’ajoutent rien d’essentiel à ces deux caractères fondamentaux du chancre syphilitique : la néoplasie et l’ulcération; et, en vérité, la période de progrès et d'état ne nous offre que l’exagération de celle du début. La papule est devenue un noyau que sa dureté et sa forme tuberculeuse, noueuse au dire des uns, condylomateusc pour les autres, font comparer à une pièce de monnaie, et même dans un cas à un œuf de pigeon. L’ulcération est en général peu profonde et descend, en pente douce, des bords à la partie la plus déprimée; le fond est d’abord grisâtre, et plus lard d’une couleur

SYMPTOMATOLOGIE.

rouge sombre. Enfin la sécrétion, bien que peu abondante, donne souvent lieu à la Formation de croûtes. La période de déclin et de réparation a généralement présenté une durée assez considérable; constamment elle s’est prolongée jusqu’à l’apparition de la première poussée éruptive (1 mois dans un cas), pour aboutir à une cicatrice, non pas déprimée comme à la suite du chancre mou, mais indurée et quelquefois exubérante.

Dans la grande majorité des cas les ganglions correspondant à la région occupée par le chancre se sont engorgés, mais cette adénopathie restée indolente n’a jamais abouti à la suppuration. L’époque à laquelle elle fut constatée avarié. Dans trois cas son apparition a coïncidé avec celle du chancre; une fois elle s’est fait attendre jusqu’au 44e jour. La moyenne calculée sur tous les résultats est de 11 jours après le début de l’ulcération.

Dl: CHANCRE SYPHILITIQUE CONSÉCUTIF a LA CONTAGION. — I. Période d’incubation. — Il n’est plus d’auteur aujourd’hui qui nie la réalité de la période d’incubation; toutefois les estimations varient quant à sa durée. Voici sur ce point les moyennes fournies par quelques syphiligraphes :

Diclay (1857)

Clerc (Documents publiés en 18GÜ, mais

recueillis antérieurement) de

Chabalier (1803) de

Léon Le Fort (Documents publiés en 1808,

mais recueillis en 1800)

Rollet (Recherches antérieures à 1805)..

Alfred Fournier (Recherches antérieures

Sigmund (Documents recueillis de 1800

à 180-1) de

Mauriac (Documents recueillis de 1871 à 1875) ...

11 jours.

14 jours à 10 jours

Comme on le voit, les variations sont considérables; mais un fait auquel on ne pouvait guère s’attendre, c’est que la moyenne la moins élevée porte la date la plus ancienne, tandis que la plus considérable est aussi la plus récente, les intermédiaires suivant ; une gradation à peu près régulière. Comment interpréter une telle | progression? Assurément on ne saurait contester l’exactitude des ! recherches publiées par les observateurs consciencieux dont les noms précèdent. Force nous est donc de reconnaître ou qu’ils ! ont été victimes de séries étrangement discordantes, ou bien que la durée de l’incubation, qui, en 20 ans, s’est élevée de là à 40 jours,

r,52 DU CHANCRE SYPHILITIQUE OU SYPHILIS PRIMITIVE.

s’accroît de jour en jour. Nous pencherions vers celte alternative, qui nous semble singulièrement concorder avec les deux faits suivants : d’une part la gravité décroissante de la vérole, de l’autre la bénignité relative des chancres à longue incubation. Mais ce n’est là qu’une hypothèse justiciable peut-être de l’avenir, et ce n’est qu’avec la plus extrême réserve que nous la formulons.

Diday rapporte un fait dans lequel l’incubation ne dura que 2à heures; Le Fort l’a vue trois fois ne point dépasser 72 heures. Viennent ensuite, parmi les moyennes' minima, 5, 6, ’ 7 jours. Quelques auteurs ont contesté l’authenticité de ces cas, fort rares d’ailleurs. — Fournier, qui a particulièrement appelé l’attention sur les longues incubations, a cité comme maximum un fait oh elle avait duré 70 jours. Simonel et Le Fort l’ont vue trois fois persister pendant 90 jours.

Page 1