‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 83 sur 262 · DE L’ÉTAT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L’ÉTAT GÉNÉRAL

vues ; plus récemment, PasqualePirocchi a émis l’idée qu’il s’agissait d’une perversion de la nutrition nerveuse née sous l'influence delà vérole. Pour nous, au risque d’accroître le nombre des hypothèses, il nous paraît logique d’attribuer ce désordre à la lésion des organes que l’anatomie pathologique nous a montrés le plus fréquemment en rapport avec les troubles de pigmentation de la peau, les capsules surrénales et peut-être le corps thyroïde. L’engorgement de ces glandes vasculaires doit se produire, se produit fatalement de par la syphilis en môme temps que celui de la rate. Peut-être cette hyperchromie en est-elle l’indice. On m’objectera son irrégularité, sa localisation habituelle; mais la maladie d’Addison ne commence-t-elle pas par des taches irrégulières sur la région du cou? Si le mal ne se généralise que rarement, ne serait-ce pas que la fonction de l’organe n’est que peu compromise par cette congestion de peu de durée; ce serait aussi pour cette raison que les troubles généraux pourraient manquer. Je n’insisterai pas davantage sur celte manière de voir, à laquelle, je le reconnais, toute confirmation nécroscopique fait défaut. — Pour terminer l’histoire de cette dermatose, il me suffira d’ajouter qu’elle peut étendre ses aréoles ocreuses sur les flancs, la poitrine ou les membres, et que son action se manifeste non-seulement sur la peau mais encore sur les poils. La grossesse l’exagère parfois à tel point, qu’elle revêt une teinte bronzée comme l’aréole du mamelon. La résorption de la matière pigmentaire ne se fait que trèslentement. Celte affection résiste en général à toute espèce de traitement, si ce n’est peut-être aux arsenicaux. Pour ce qui est de son diagnostic, elle ne pourrait guère être confondue qu’avec le pityriasis versicolor ; encore la présence des furfurs du microsporon à la surface de cette dernière lésion suffira-t-elle toujours à la faire reconnaître.

Système osseux. — On trouvera sans doute étonnant que nous décrivions à cette place les lésions qui vont nous occuper. Mais on ne saurait contester aujourd’hui que les os ne jouent un rôle important dans les phénomènes de l’hématopoïèse. Les cellules médullaires si parfaitement semblables aux globules blancs du sang sont, h n’en pas douter, des cellules lymphatiques. Au reste la présence au sein de ces éléments de granulations jaunes ou brunes, détritus probables d’hémoglobine, permet de penser que les globules rouges subissent dans la moelle un processus destructif absolument comparable à celui qui se passe dans la pulpe splénique. Dès lors pourquoi séparerions-nous les lésions médullaires de celles qui peuvent atteindre le parenchyme de la rate ?

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GAO

Que ceux du reste qui seraient tentés de nous reprocher le rôle prépondérant que nous accordons à l’élément lymphatique ou mieux lymphoïde jusque dans les maladies superficielles de l’os veuillent bien se souvenir que, môme chez les sujets arrivés au terme de leur croissance, la face interne du périoste est doublée d’une mince couche de cellules médullaires formant avec celles de la moelle un tout continu, de telle sorte que l’os peut être considéré comme baigné dans celte substance. Ces données physiologiques, que tous les auteurs spéciaux ont eu le tort de négliger jusqu’ici, vont nous rendre singulièrement intelligibles les lésions précoces du squelette. Quoi de plus rationnel, en effet, que d’attribuer le soulèvement du périoste à la tuméfaction de la couche médullaire qui le tapisse, et qui, fatalement, comme la rate, comme les amygdales ou tout organe lymphoïde, subit l'influence du virus? Et ces douleurs dont l’os devient le siège vers la même époque ne dénotent-elles pas qu’un semblable phénomène, se passant •au sein de la moelle, met en jeu la sensibilité de cet organe, si vive, on le sait, à l'état pathologique?

Un des caractères qui frappe le plus dans les descriptions que les vieux syphiligraphes nous ont laissées de la vérole, c’est l’intensité des algies. De nos jours la maladie a subi un amendement considérable, et les douleurs osseuses ou ostéocopes (de oa rêov os, et xoTTTctv brise r), dont nous abordons l’étude, sont vraisemblablement bien peu de chose en comparaison des épouvantables tortures qui accablèrent les premiers vérolés; « illis nulla quies aderat», dit Fracastor en parlant de ces malheureux dont il décrit les cruelles nuits d’insomnie et dont il montre les membres secoués parla souffrance, «insomnes nocles convulsaque membra». Bien de mieux constaté, en effet, rien de plus universellement reconnu que l’exaspération nocturne du symptôme douleur dans la syphilis; rien aussi, disons-le, de plus inexpliqué jusqu’ici1. Notons cepen-

On ne liraBpas sans intérêt les théories émises à ce sujet par les anciens auteurs: “ Les douleurs vexent plus les malades la nuict que le iour : ce qui advient pour ce qu cslans tenus chaudement, icelle chaleur esmeut l’humeur : ioint que le virus vérolique s’attache le plus souvent à l’humeur pituiteux, lequel la nuict a son mouvement : partant il s’csleve et distend le périoste et autres parties nerveuses, qui est cause avec l’acrimonie du virus, faire de grandes douleurs. Qu’il soitvray, les pauvres véroléz au matin, après avoir crié toute la nuict, commencent à se reposer : parce que ledit humeur pituiteux commence à s’abbâisscr, et quitter place au sang, qui a sa domination au matin. On peut icy adiouster autre raison, c’est que le malade ne trouvant occasion de parler la nuict, à aucuns, et voir choses diverses, son esprit est attentif du tout à sa douleur. » (Ambroise Paré, liv. XVI, chap. iv, édition Malgaigne. Paris, 1810, t. Il, p. 532.)

dont un fait intéressant: chez les malades qui par profession travaillent la nuit, c’est pendant le jour, lorsqu’ils se couchent, probablement sous l’influence de la chaleur du lit, que la crise douloureuse se produit.

Dans certains cas, la lésion osseuse ne s’accuse extérieurement par aucun phénomène objectif. V ostéalgie siège plus spécialement alors sur les portions superficielles du squelette, épicondyle, épitrochlée, apophyse styloïde du radius, tête du cubitus, condyles fémoraux, tubérosités tibiales, malléoles, épine de l’omoplate, au niveau des insertions tendineuses, où l’épaisseur du tissu fibreux met obstacle au soulèvement des couches péri-osseuses.

Mais plus souvent on observe les symptômes d’une vérilablepériostite. Ce phénomène est habituellement précoce et peut même se produire vers la fin de la période primitive, avant l’apparition des accidents cutanés. Les malades se plaignent de douleurs sur différents points du squelette. Les os du crâne, surtout le frontal, les côtes, le sternum, le tibia, présentent une série de petites tumeurs aplaties de la largeur d’une pièce de cinquante centimes à un franc, légèrement empâtées à leur périphérie, très-résistantes à leur centre, et qui offrent â peu près l’aspect d’une tumeur inflammatoire. Les phénomènes douloureux qu’elles déterminent sont à la fois locaux et irradiés, en raison de leurs rapports avec les branches nerveuses du voisinage. Il peut arriver que la palpation, les éveillant pour la première fois, décèle au malade une lésion restée jusqu’alors spontanément indolente; par la pression la souffrance devient intolérable. Le frontal est de beaucoup le siège le plus fréquent des périostites épicrâniennes ; aussi la plupart des malades ne peuvent-ils supporter le contact du chapeau. Au thorax, c’est principalement vers la partie moyenne des côtes qu’il faut chercher cette lésion .et vers le tiers inférieur du sternum (sternalgic, xyphalgie) ; sur ce dernier os on la rencontre avec une telle fréquence qu’il faut accorder la plus grande importance à la recherche de la sensibilité sternale dans le diagnostic de la syphilis. Notons enfin que ces foyers douloureux fixés aux parois de la poitrine doivent entrer pour une certaine part dans les causes de la dyspnée (asthme syphilitique) que l’on observe fréquemment à cette période de la vérole. Abandonnée à elle-même la périostite secondaire disparaît habituellement par résolution au bout de quatre à six semaines. Les cas assez rares dans lesquels le processus aboutit à la suppuration et â la nécrobiose seront étudiés dans le chapitre que nous consacrerons â la syphilis maligne précoce.-

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La périostose se distingue de la lésion que nous venons de décrire par son évolution essentiellement apblegmasique et surtout par la consistance osseuse du néoplasme sous périostique; elle est aussi moins fréquente. Elle survient sous la seule influence du virus, généralement sans cause provocatrice, mais elle peut être appelée dans un point par une irritation aiguë ou chronique, un traumatisme, etc. Tel fut le cas d’une malade qui, pendant la durée de l’accident initial, fut atteinte de périostose pariétale à la suite d’un coup violent sur la tête. Au reste l’apparition de cet accident est généralement hâtive, du quinzième au cent vingtième jour après le début du chancre environ ; on dit même l’avoir observée dès le cinquième jour. Ses variétés de siège nous sont bien indiquées par le tableau suivant que j’emprunte à la thèse de Popescu (Paris, 1873, n° 181).

Frontal 27,9 pour 100

Tibia 10,3

Côtes 13,9

Pariétal • 9,3

Cubitus, radius, clavicule, maxillaire inférieur,

sternum, chacun 4,6

Temporal, premier métatarsien, péroné, occipital. 2,3

Ces tumeurs osseuses sont le siège de sensations pénibles pendant la nuit, et par la pression. Quand elles bombent sur le crâne, les malades sont obligés de renoncer à l’usage du peigne qui excite de véritables souffrances. Se développent-elles sur les membres, la douleur est surtout contusive « de façon, disait A. Paré, que les malades disent qu’il leur semble avoir esté battus de bastons ». Rien de plus caractéristique que ces nodosités, souvent à peine grosses comme un pois, qui hérissent les parties saillantes du squelette. On ne manquera jamais de les rechercher sur la crête du tibia, où elles sont â la fois le plus fréquentes et le plus accessibles et où elles constituent un précieux jalon pour le diagnostic de la syphilis latente. Les périostoses ne persistent jamais lorsqu’elles sont soumises au traitement spécifique ; dans le cas contraire elles peuvent durer indéfiniment. Cette lésion est par ellemême absolument dénuée de gravité; mais il est permis de se demander si certains troubles du myélencéphale ne tiennent pas â la production d’hypérostoses sur la table interne de la voûte du crâne ou sur les parois du canal rachidien. L’observation VI de Popescu, dans laquelle nous voyons des spasmes limités au membre supérieur droit et plus tard des attaques d'épilepsie coïncider

avec le développement de semblables tumeurs, nous paraît à cet égard on ne peut plus digne d’attention. Bien que les preuves tirées de l’anatomie pathologique, les seules valables en pareille question, nous fassent défaut, nous sommes convaincus, pour notre part, que beaucoup de céphalées ne reconnaissent pas d’autres causes.

Lésions du foie. — L 'ictère qui accompagne les éruptions syphilitiques précoces a été décrit pour la première fois en 1853 par Gubler, et plus lard par Luton (1850), A. Foville (1858) et L. Lacombe (1874). Les caractères suivants dominent son histoire clinique : son début coïncide toujours avec celui d’une éruption généralisée et s’annonce invariablement par un embarras gastrique; sa durée est éphémère, et enfin le traitement mercuriel est aussi dépourvu d’influence à son égard que les purgatifs se montrent efficaces. Comme on le voit, cet accident, qui du reste est rare, diffère de l’ictère simple vulgaire. Loin de l’attribuer à quelque altération spécifique du parenchyme décelant une première tentative de la syphilis sur le foie, ou à l’hypertrophie des ganglions rétro-péritonéaux comprimant les conduits biliaires, nous voyons ici un catarrhe de la muqueuse digestive propagé au canal cholédoque, et quelquefois même une simple jaunisse émotive liée à la terreur qu’inspire la vérole; la lésion intestinale reconnaîtrait elle-même pour origine les troubles généraux qui marquent l’invasion des poussées éruptives et affectent, selon les sujets, tel ou tel appareil de moindre résistance.

Au début donc, embarras gastrique, malaise, courbature, céphalalgie, fièvre légère, inappétence, amertume de la bouche, langue chargée, constipation ou diarrhée pendant trois à six jours. La jaunisse paraît ensuite avec une intensité variable; dans un cas, elle était tellement prononcée, que la salive elle-même était teintée de jaune. Assez souvent (quatre fois sur onze), le foie présente une légère augmentation de volume et sa pression est douloureuse. Tous ces symptômes disparaissent au bout de quinze jours à un mois, avant l’éruption cutanée concomitante qui, de son côté, parcourt ses phases sans en paraître influencée.

A côté de cet accident passager, à évolution spontanée toujours favorable, nous signalerons la coïncidence relativement fréquente de l’ atrophie parenchymateuse aiguë avec le début de la syphilis. Lebert [Virchow' s Archiv, 1855) a compté sept cas de ce genre sur soixante-trois cas d’ictère malin ; plusieurs autres ont été publiés par Verdet [Thèse de Paris, 1851), Féréol [Société anatomique , 1858), Andrew et Hilton Fagge [Transact ions of pat hological Society,

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t. XVII el XVIII), Fournier et Charcot ( Thèse de Lacombe, Paris, 1874). Là encore la nature des lésions est évidemment dénuée de spécificité. La syphilis agit dans Fétiologie de ce processus comme agirait toute condition apportant un trouble grave à la nutrition; elle n’en est point la cause, elle en est l’occasion, au même titre que les mauvaises conditions hygiéniques, la grossesse, le typhus, l’impaludisme ou les chagrins prolongés. Dans les autopsies qui ont pu être faites, le foie a été trouvé diminué de volume et de poids, marbré par places de taches jaune, orange et rouge, couleur chair de saucisses. A l’examen microscopique toute trace de cellules hépatiques avait généralement disparu.

Troubles «le la fonction urinaire. — Les lésions renales de la vérole commençante nous sont à peu près inconnues. Plusieurs auteurs, il est vrai, ont constaté que les urines des syphilitiques n’offraient pas toujours leur composition normale, maisnous ignorons s’il faut rapporter ce symptôme à une détermination morbide, spécifique, sur les reins, ou bien à l’influence directe de la toxémie syphilitique.

La proportion des phosphates et des chlorures paraît n’éprouver aucune variation.

Pour ce qui est de l 'urée, les recherches de Stefanoff (Pétersbourg, 1875) nous ont appris qu’il y a toujours, au moment où paraissent les accidents, une augmentation considérable de son excrétion, assez rapidement justiciable du traitement mercuriel.

V albuminurie , signalée pour la première fois par Perroud (1807), est beaucoup plus rare et se montre généralement à une période plus avancée de la maladie, de quatre à six mois après son début. Chez un homme de soixante-dix ans, soigné par Gailleton, celte complication fut sans doute favorisée par la dégénérescence sénile des reins. Une jeune fille, vue par le même praticien, avait, au début des accidents secondaires, contracté un refroidissement qui peut, dans une certaine mesure, expliquer l’albuminurie dont elle fut atteinte. Enfin, dans plusieurs observations, il est dit que les malades avaient usé d’un traitement mercuriel prolongé. Or on sait que l’accident qui nous occupe peut se produire à la suite d’une absorption exagérée d’hydrargyre ; on l’observe notamment dans le cours de la péritonite, lorsque l’onguent napolitain a été porté au contact des petites plaies qui succèdent à l’application des sangsues. Ces considérations réduisent singulièrement le nombre, déjà si petit, des faits vraiment démonstratifs.

Il n’est guère permis de contester aujourd’hui l’existence d’une glycosurie syphilitique précoce, essentielle, c’est-à-dire indépen-

danlc des lésions nerveuses qui, une période avancée de l'infection, peuvent amener secondairement le sucre dans les urines. Les faits sur lesquels s’appuie notre opinion sont assez peu connus pour que nous en relations brièvement les principaux. Dans une observation, il s’agit d’un homme de vingt-huit ans chez lequel l’abondance et la fréquence des mictions, la poly dipsic et l’impuissance témoignaient d’un diabète des mieux caractérisés. Les urines contenaient une très-grande portion de glvcose. Dub (de Prague), auquel nous empruntons ce fait, aperçoit des taches exanthématiques, une ulcération buccale, des adénites multiples et retrouve la cicatrice d’un chancre; il administre le mercure et fait disparaître en six semaines tous les accidents. L’iodure de potassium eut un égal succès chez une jeune fille de vingt ans qui, à côté des divers symptômes de la vérole (ulcération de la gorge, croûte dans les cheveux, psoriasis, paralysie faciale), souffrait d’un diabète sucré assez avancé (Dub); de même encore chez un homme de quarante-cinq ans vu par Seegen. Nous citerons enfin un quatrième fait dont les détails sont consignés dans un intéressant travail de Servantie (Thèse de Paris, 1876, n° 200, p. 32). Chez un homme de trente ans manifestement syphilitique (plaques muqueuses anales, alopécie, etc.) qui se présenta à l’Hôtel-Dieu dans le service Moissenet, en janvier 1875, pour un diabète intense (86 grammes de sucre sur 10 litres d’urine), l’iodure de potassium détermina très-rapidement une guérison à peu près complète de tous ces accidents. Dans tous ces faits, comme on le voit, la syphilide et le diabète éprouvent les mêmes variations sous l’influence des spécifiques. Il est donc absolument rationnel de considérer l’infection générale comme responsable du désordre des fonctions urinaires ; nous verrons du reste que la simple coïncidence de ces deux maladies se traduit par des symptômes bien différents.

Troubles des fonctions utérines. — Les accidents que nous allons étudier sont la conséquence de l’atteinte portée à la constitution du sang parle virus et présentent une grande analogie avec ceux que l’on observe chez les anémiques et chez les femmes soumises à l’action lente de certaines substances toxiques.

Je signalerai d’abord la leucorrhée et la névralgie utérine , avec ses symptômes habituels, douleurs continues exacerbantes, fixes ou irradiées, très-vives au moment des règles exaspérées par la marche et le toucher. Sans être très-répandus* les troubles de la menstruation sont assez fréquents. Ils ne font jamais défaut dans la forme grave de la syphilis. Il s’agit surtout ici de retard et même

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