‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 85 sur 262 · LÉSIONS DES ARTICULATIONS, ETC. ÜÜÜ · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES ARTICULATIONS, ETC. ÜÜÜ

comme pris de vertige ; puis jambe et bras du môme côté s’alourdissent progressivement, la bouche se dévie, la prononciation s’embarrasse, et, la sensibilité restant le plus souvent indemne, le syndrôme de l’hémiplégie se trouve bientôt confirmé pour un temps variable. L’effet des spécifiques est très-prompt quand on les administre de bonne heure; mais au delà des deux premiers septénaires, il ne se produit que lentement et tardivement.

Enfin, le syphilitique récemment infecté n’est point à l’abri de la paraplégie, de l 'aphasie, de la méningite ni des myélopathies même les plus graves; toutefois, bien que survenant dès la période secondaire, ces affections, à processus localisé et profondément désorganisateur, présentent le cachet des accidents tertiaires; nous n’aborderons donc leur étude que lorsque nous en serons arrivé à cette phase de la maladie.

Lésions des articulations et des synoviales tendineuses, pseudo-

rhuniatisme syphilitique. — Onsaitque la physiologie a trouvé de nos jours d’intimes rapports entre le système lymphatique et les I membranes séreuses. D’autre part, certains auteurs professent que les cavités articulaires ne sont en réalité que des espaces lymphatiques, comparables aux lacunes des ostéoplastes et aux canalicules vecteurs du plasma. Une telle manière de voir permettrait de considérer encore les arthropathies comme des lésions lymphatiques; mais, si séduisantes qu’elles puissent paraître, ces vues toutes théoriques ne sauraient être acceptées sans réserve. Quoi qu’il en soit, on ne peut mettre en doute l’aptitude de ces organes à ressentir l’influence de la dyscrasie qui nous occupe, et, s’il faut s’étonner d’une chose, c’est de l’oubli dans lequel, pendant notre siècle, ont été laissées des altérations cliniquement incontestables, et qui, d'ailleurs, rentraient dans laclasse parfaitement définie des arthropathies. toxiques, analogues à celles qui résultent de l’empoisonnement par l’alcool, le plomb, le mercure. Cependant elles avaient attiré l’attention des anciens observateurs. Dès 1488, nous les trouvons signalées dans une lettre de Pierre Martyr que nous avons reproduite plus haut (voyez page 400). En 1574, Levinus Lemnius nous apprend que nul vérolé n’en est exempt ; bien plus, il insiste sur ce fait que toutes les douleurs articulaires ne sont pas d’origine syphilitique. « Omnes ficosi articulari morbo laborant; at non omnes podagrici iiiorbi gallici labe affecti sunt. » Mais c’est dans les œuvres de Dalla Croce (1583) que nous trouvons le documenl le plus irrécusable, bien qu’il soit resté jusqu'ici absolument ignoré des auteurs qui nous ont précédé. Il s’agit d’un chapitre intitulé Délit dolori articolari nati ciel male francese et con-

sacré tout entier à l’étude de ce symptôme. « Ces douleurs, y estil dit, tourmentent tantôt la tête tout entière, tantôt un côté seulement, tantôt les articulations; et cela des deux façons, soit avec tuméfaction, soit sans lésion apparente » C’est à A. Richet que revient l'honneur d’avoir le premier, en 1851, dans son célèbre Mémoire sur les tumeurs blanches , rappelé l’attention sur la synovite syphilitique. Les lésions transitoires que la syphilis secondaire peut déterminer sur les articulations ont été plus particulièrement étudiées par Lancereaux (1866) et par Fournier (1868). Enfin, en 1875, quatre thèses parurent à Paris sur le même sujet; ce sont celles de Dauzat, Ingold, Voisin et Vaffier, parmi lesquelles il convient de signaler surtout la dernière, relative aux accidents rhumatoïdes, observés par l’auteur dans la Chine et le Japon.

Dès le début, et souvent même avant l’apparition du chancre, les sujets infectés, un sur dix parmi les hommes, un plus grand nombre parmi les femmes, sont en proie à des douleurs erratiques disséminées sur toutes les articulations, et reconnaissables à ce double caractère d’être plus vives la nuit que le jour et de s’exaspérer par le repos, tandis que l’exercice les apaise. Cette arthralgie sine materia , en apparence du moins, est plus constante encore dans la période secondaire. Elle déhute toujours par une période, de lassitude générale, qui rend les malades incapables du moindre effort. C’est pour eux, surtout au réveil, une insurmontable fatigue que de se peigner, de monter ou de descendre un escalier, ou de se relever étant accroupis ; il leur semble que les jointures sont rouillées; et ce phénomène ne se dissipe partiellement qu’après qu’elles ont été forcées pendant quelque temps ; ajoutons que le repos au lit est plus pénible que la station même. A cette courbature succède bientôt un endolorissement avec sensibilité morbide ô la pression au niveau des poignets, des épaules, des genoux, ou des cous-de-pied. C’est en général vers ce moment que se produit la première éruption cutanée. Sous l’influence de la thérapeutique spéciale, et même spontanément, tous ces phénomènes disparaissent assez vite, non cependant sans laisser parfois quelques craquements au sein des articles.

L’ arthrite ou mieux la polg-arthrite subaiguë peut survenir après huit ou dix jours de prodromes arthralgiques. Elle ne fait presque

1 Voici le texte de ce passage : « Questc doglic crucciano talhora lutta la testa, talhora la meta di essa solamenle, talhora gl’ arlicoli,e iu due manière si fanno; ovvero cioe con qualche tumore aggiunto, ovvero senza tumore. » (Andrea Dalea Crocg, Cirurgia universale e perfella. Vcnclia, MDLXXXIII, lib- V trattalo XII, cap. xi.)

Page 1