CONTRACTURE MUSCULAIRE
mettent aussi l’écho de ses lésions; de là une grande incertitude dans l’interprétation des symptômes qui caractérisent les myopathies, lorsque l’anatomie pathologique n’en révèle pas clairement l’origine immédiale. Itien de plus obscur notamment que la pathogénie de la contracture qui va nous occuper, et que nous étudierons isolément dans ce paragraphe spécial, parce que nous ne connaissons aucun autre accident qui lui soit comparable, et que, scientifiquement, nous ne savons où localiser l’altération organique dont elle relève.
11 est certain qu’Ulric de Hutlen (1539) faisait allusion à la contracture musculaire quand il écrivait la phrase suivante : « Contrahuntur et nervi nec nunquam distenduntur et laxifiunt. » Toutefois, ce n’est guère que dans noire siècle que ce phénomène a été observé avec quelque attention; dès 1830, Philippe Boyer en rapporte deux exemples dans son Traité pratique de lu Syphilis; en 1842, Ricord le décrit sous le nom de rétraction musculaire syphilitique. Tel est aussi le titre d’un mémoire très-complet de Notla, en 1830. Nous signalerons encore un travail d’Angelo Mazzuchelli (Milan, 1803); l’article Syphilis musculaire du Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, dû à I. Strnus, et enfin l’étude magistrale que C. Mauriac a consacrée à T affection syphilitique du biceps dans ses leçons cliniques de 1870.
Mauriac rapporte l’histoire d’un malade qui, fout à coup, étant à sa table de travail et écrivant, fut pris d’une sorte de jetée mvosalgique sur le bras gauche. Ce membre devint le siège de douleurs irradiantes le parcourant dans toute son étendue, surtout vives pendant la nuit. Durant ces accès, il était difficile et même impossible d’étendre et de fléchir complètement l’avant-bras sur le bras; tous ces symptômes furent, du reste, de peu de durée. A un degré plus accentué, nous les retrouvons chez un syphilitique vu par A. Tizzoni (1852), lequel fut atteint brusquement de contractions spasmodiques dans les muscles fléchisseurs de l’avantbras et les gaslrocnémiens, puis guérit au bout de quelques jours par l’iodure de potassium. Les faits de ce genre, qui ne se présentent du reste que rarement, nous montrent la forme la plus simple, et, il faut bien le dire, la plus contestable, des phénomènes pathologiques qui constituent la rétraction musculaire syphilitique.
Dans les cas ordinaires, cette affection offre les caractères suivants : progressivement, sans épanchement articulaire, sans lésion apparente des muscles ni des tendons, quelquefois môme sans algie, le malade voit diminuer l’amplitude des mouvements qui
s’exécutent autour de la trochlée humérale. Attiré par une force continue, l’avant-bras se fléchit de plus en plus, d’abord a angle obtus, puis, au bout de quelques jours, à angle aigu. L’extension devient impossible; le malade ne peut pas davantage exagérer le mouvement de flexion; l’ankylose musculaire est complète. Tout effort dans un sens ou dans un autre provoque un tiraillement fort pénible, et même, en dehors de ces excitations, le sujet ressent parfois dans les masses musculaires intéressées des élancements, des crampes, ou de petites secousses soit localisées soit irradiées. Au palper, le biceps offre un volume, une consistance et une tension exagérés, et paraît plus sensible, particulièrement sur les bords et vers sa partie inférieure; il en est de même du triceps. Mais ce qui frappe le plus, c’est la rigidité du tendon qui figure dans le pli du coude une corde dure inflexible, sans présenter du reste aucune autre trace de lésion. Au prix d’une assez vive douleur, il est possible de ramener le membre dans l’extension ; abandonné à lui-même, il revient sans secousse, lentement, graduellement, entrois ou quatre minutes, à la position qu’il occupait. L’état physiologique du muscle est difficile à préciser; pas ou presque pas de bourrelet sous l’influence du pincement, pas de contraction ni de sensation spéciale par l’application des courants ; du côLé sain, le nœud bicipital se produit normalement et la sensibilité aux agents électriques est restée intacte.
La durée de cet accident dépend avant tout de la thérapeutique qui lui est opposée, aucune autre lésion n’étant plus rapidement justiciable des spécifiques. Non traitée, la contracture disparaît parfois spontanément; là guérison définitive est souvent, dans ce cas, précédée d’amélioration intermittente. Mais, alors même que la position vicieuse aurait persisté depuis plusieurs mois et même plusieurs années, l’observation prouve que les mercuriaux n’ont rien perdu de leur puissance pour restituer au membre l’intégrité de ses mouvements.
Dans la description que nous venons de faire, nous n’avons envisagé que l’affection syphilitique du biceps, sur lequel les effets du virus se localisent avec prédilection; mais d’autres muscles peuvent être lésés. La sensibilité anormale et l’induration des tendons qui limitent le creux poplité survient assez fréquemment pour dénoter la vulnérabilité spéciale des fléchisseurs de la jambe; dans un cas publié récemment, le genou avait été plié à angle droit par une rétraction du biceps. Nous signalerons également le resserrement des mâchoires , le torticolis, le lombago avec incurvation du tronc et le strabisme comme des conséquences nettement constatées