CONTRACTURE MUSCULAIRE
d’une jetée syphilitique sur les temporaux et les masséters, les sterno-mastoïdiens, les sacro- lombaires et les oculo-moteurs. Enfin, s’il fallait en croire Bouisson et Bavasse, ce serait encore à ces strictures musculaires qu’il conviendrait d’attribuer certains rétrécissements du rectum , de l’ œsophage et de la trachée , ainsi que l 'asthme, phénomène peu expliqué jusqu’ici, dont nous avons eu déjà l’occasion de parler. Cette opinion n’offre rien que de trèsrationnel. Il est de toute évidence en effet que les fibres des sphincters, celles des intercostaux, du diaphragme et du muscle cardiaque, sont passibles du processus propre à la contracture, mais l’observation directe faisant défaut, le doute nous est imposé.
Nous ferons remarquer d’ailleurs que ces angusties surviennent, en règle très-générale, à un âge assez avancé de la vérole, ce qui n’est point le fait de l’aiïection que nous venons d’étudier. C’est chose remarquable en effet que le peu de régularité que présente la contracture dans son époque d' apparition. Beaucoup de malades n’en sont atteints que tardivement, au bout de plusieurs années de syphilis; chez un plus grand nombre, elle survient à l’époque secondo-tertiaire ou de transition, de deux à trois ans après le chancre. Enfin, Mauriac a prouvé qu’il fallait aussi la compter parmi les conséquences précoces de l’infection; dans la plupart des cas rapportés par cet observateur, elle se montra en effet contemporaine des premières poussées; c’est ce qui nous a déterminé à en faire l’histoire dans ce chapitre, bien que, en apparence du moins, cet accident offre peu de rapports avec ceux qui y ont déjà trouvé place. Au reste, nous avouerons encore en terminant l’ignorance absolue dans laquelle nous nous trouvons relativement à sa pathogénie. S’agirait-il en effet d’une lésion directement produite par le virus sur la substance musculaire? Nous ne savons que penser de-sa non-généralisation; pourquoi le poison syphilitique, qui vraisemblablement alors agirait à la façon des substances qui déterminent la coagulation de l’inogène, s’attaquerait-il particulièrement au biceps? Préfère-t-on se rattacher à l’idée d’une lésion primitivement nerveuse? La môme objection persistera tant qu’on n’aura pas démontré l’existence d’une lésion nerveuse ou spinale circonscrite. Suivant une théorie plus rationnelle, la contracture devrait être considérée comme une des manifestations du rhumatisme syphilitique favorisé ou non par les antécédents arthritiques. Je signalerai encore l’opinion de quelques auteurs pour lesquels l’irritation chronique des tendons jouerait le principal rôle; cette interprétation, évidemment trop exclusive, contient peut-être une partie de la vérité. On sait en effet que le retrait du biceps est bien
souvent consécutif à l’hydropisie de la bourse séreuse de son tendon. Les malades accusent alors une vive douleur à la saignée. N’est-il point logique de. supposer dans ce cas que, par action Téflexe, cette lésion peut retentir sur les fibres musculaires et causer leur contracture pathologique, de même que nous verrons les syphilides anales et péri-anales amener, par l’irritation qu’elles déterminent, le spasme des sphincters et la fissure consécutive? Avouons d’ailleurs que certains auteurs contestent encore la spécificité de cet accident. Alléguant sa rareté, l’époque variable de sa venue, et son isolement dans le cadre de la vérole, ils préfèrent y voir une simple coïncidence, c’est-à-dire une de ces lésions du rhumatisme, sur lesquelles, disent-ils, l’action du mercure et des iodiques n’est plus à démontrer.
Influence de l’état général syphilitique sur les maladies inter • currentes. — Maladies non traumatiques. — 11 est incontestable que les maladies internes doivent ressentir l’influence de l’intoxication générale causée par la syphilis'; mais les documents nous font presque complètement défaut sur ce point. Aussi ne saurionsnous avoir la prétention de résoudre ce difficile problème; notre but est surtout d’en affirmer logiquement l’existence et de le signaler à l’attention des observateurs.
Dans un cas de Garrigue, une femme de cinquante-six ans, atteinte de syphilide pustuleuse, contracte une pneumonie. Bien traité, l’état aigu disparaît promptement; mais survient un gonflement diffus de la région cervicale et la malade est emportée par un œdème de la glotte. Avec l’auteur de cette observation, il nous semble rationnel de mettre cette dernière complication sur le compte de la syphilis qui jette le trouble dans les phénomènes de la nutrition et prédispose aux inflammations de mauvaise nature. — Dans un ordre de lésions quelque peu différent, nous trouvons un fait digne d’être rapproché de celui-ci. Il s’agit d’un jeune homme en puissance de vérole, chez lequel se développe un abcès spontané du dos. Sur cet organisme vicié et voisin de la cachexie, la collection liquide prit des proportions effrayantes; nous lisons, en effet, qu’elle s’étendait de la partie postérieure du cou au bas de la région dorso-lombaire. En même temps, des eschares se formaient au niveau des trochanters et des ischions, autre signe de la vitalité amoindrie; et des engorgements ganglionnaires rendaient manifeste 1 adénie spécifique. Dans de telles conditions, il reste évident que la guérison de l’abcès devait rencontrer les plus grandes difficultés; elle fut obtenue cependant, grâce à une énergique médication. Après