INFLUENCE DE L'ÉTAT GÉNÉRAL SYPHILITIQUE
l’inutile emploi du drainage, le foyer fui ouvert du haut en bas; ses parois furent cautérisées au fer rouge et l’cnorme perle de substance, modifiée quotidiennement par l’iode el le perchlorure de fer, se combla enfin. Le professeur Di Lorenzo \ auquel nous empruntons ce fait, y reconnaît l’influence exercée par la syphilis sur un abcès d’origine vulgaire. Peut-être faudrait-il se demander s’il ne s’agirait pas plutôt ici d’une lésion liée à la cachexie spécifique dont le malade paraissait atteint; quoi qu’il en soit, cette histoire clinique est assez remarquable pour qu’il nous ait paru intéressant de la reproduire.
La vérole, a dit Ricord, est un branle-bas pour l’économie, et excite tous les germes organiques, ouvre la porte à toutes les susceptibilités morbides. A cette loi générale il est juste de mentionner une exception, relative au diabète , dont le symptôme principal, la glycosurie, cesse pendant toute la durée des manifestations syphilitiques, pour reparaître dès que le traitement en a triomphé (Lécorché, Fournier, Seegen); mais, en ce qui touche les maladies constitutionnelles , rien n’est plus exact que cette proposition. Il serait long d’énumérer toutes les manifestations strumeuses que fait naître l’infection, lorsqu’elle se trouve aux prises avec la scrofule; engorgements lymphatiques, lésions articulaires et osseuses, ulcérations atoniques des muqueuses et de la peau peuvent surgir soudain, alors que leur cause dialhésique sommeillait depuis de nombreuses années. Chez les sujets prédisposés à la tuberculose , il est avéré que la syphilis, en vertu sans doute de son influence dépressive, active le développement des lésions et précipite l’issue fatale. La dartre est également favorisée par la présence du virus. Beaucoup de sujets ne deviennent herpétiques qu’après avoir présenté un chancre primitif, et ce n’est point chose rare que de voir des psoriasis, des eczémas naître ou reparaître à l’occasion d’une poussée syphilitique. Bazin vamême plus loinet déclareque les parasites végétaux croissent et se multiplient avec une plus grande rapidité sur un terrain syphilitique ; mais cette opinion est vivement contestée par les dermatologistes allemands, en particulier par Hébra.
Le professeur Gamberini s'est demandé si l’influence syphilitique ne se traduisait pas d’une façon particulière sur les dermatoses préexistantes. De ses recherches il résulterait que, lorsque
cette influence se produit, c’est pour infliger aux lésions cutanées
1 Di Lorenzo, Cura et guarigiom di un grande ascesso sponlanëo con piaghe e leucocitosi per sifilide costituziomle. — Bologna, 1865.
vulgaires une série de modifications qui les rapprochent du type syphilitique. Les éléments augmentent d’étendue, prennent une coloration cuivrée et des bords plus arrondis. A ce moment, la thérapeutique n’a que faire de leur opposer les spécifiques antidarlreux : bains minéraux ou maritimes, pommades excitantes ou autres se montrent radicalement inefficaces et même nuisibles; tandis que les antisyphilitiques peuvent amener une prompte guérison. Il n’est môme pas très-rare qu’un malade atteint depuis plus ou moins longtemps d’une dermatose rebelle à tout traitement en guérisse lorsque, s’étant infecté et ayant vu sa maladie cutanée se transformer, il se soumet à l’usage des mercuriaux.
Maladies traumatiques. — En 1849, Jobert insista, dans son Traité de chirurgie 'plastique , sur la nécessité de faire suivre un traitement spécifique aux vérolés avant d’entreprendre sur eux une opération. Ce n’était point là une question nouvelle. Dès 1550, Amatus Lusitanus administrait le gaïac dans les mêmes circonstances, et, plus tard, chirurgiens et syphiligraphes n’avaient point manqué de signaler quels obstacles peut rencontrer l’intervention chirurgicale chez les sujets infectés. Qu’il me suffise de citer, parmi ceux que préoccupa cette question, Saviard, Astruc, LaFaye, Ledran, J.-L. Petit, Fournier Pescay, auquel nous devons l’article Étiologie du dictionnaire en GO volumes; et enfin, plus près de nous, Cazenave et les auteurs du Compendium. Cependant, peu après le travail de Jobert, une discussion, qui s’éleva à l’Académie de médecine à propos d’une note de Huguier, fournit à Ricord, d’accord sur ce point avec Lagneau et Lucien Boyer, l’occasion de s’inscrire en faux contre cette opinion à peu près universelle. Ce fut Yerpeuil qui eut le mérite de substituer, aux affirmations stériles, l’étude consciencieuse des faits cliniques. Bientôt suivi dans cette voie par Guillemin (1803), Ambrosoli (1863), Zeissl (1865), Thoman (1865), Merkel (1871), et Berger 1875), ce chirurgien inspira, en outre, la thèse remarquable de Henry Petit (1875), travail très-complet auquel nous emprunterons beaucoup, et dont nous ne saurions trop recommander la lecture.
La syphilis est une, nous l’avons dit à plusieurs reprises ; mais aucune maladie n’offre plus de diversité dans ses manifestations, dans le dommage qu’elle fait subir aux individus. Suivant les périodes de son développement, suivant le terrain qui l’a reçue, son influence se fera sentir grave ou bénigne, durable ou éphémère. De là l’impossibilité d’enfermer en une formule unique les rapports de la syphilis avec le traumatisme; de la aussi, par conséquent, l’inexactitude forcée des solutions absolues. Aussi