INFLUENCE DE L’ÉTAT GÉNÉRAL SYPHILITIQUE
tenons-nous à établir nettement que les développements qui vont suivre ne sont applicables qu’à la seconde phase de la vérole.
a. Nous formerons une première catégorie avec les cas dans lesquels l’évolution des lésions traumatiques se passe comme à l’état normal. C’est à l’heureuse influence du traitement, ou à l’apaisement spontané de la maladie, qu’est dû ce résultat. Disons aussi que nous l’avons vu se produire en pleine période de manifestation, mais alors que, l’éruption étant terminée, toute l’activité du virus avait été momentanément épuisée avant que le traumatisme ait pu lui fournir l’occasion de se porter vers un point faible. En pareil cas, nous le répétons, les plaies du syphilitique se réparent aussi promptement que les plaies ordinaires, et à coup sûr plus facilement que chez les individus atteints de la diathèse scrofuleuse. C’est là un fait d’observation journalière, à la suite de l’application des sangsues ou de l’ablation des amygdales. De même on pourrait citer d’assez nombreux cas de blessures par arme à feu, dont la syphilis n’a nullement entravé la guérison. Thoman dit avoir amputé un soldat dont les deux pieds avaient gelé après la bataille de Groswardein. Le cas était tel, que ce malheureux ne pouvait marcher que sur les mains et sur les genoux. Dans le cours de l’opération, on découvrit qu’il était atteint d’une syphilis cutanée avec des traces de chancres guéris et plusieurs ulcérations du pénis. Or, malgré cette complication, les plaies résultant de l’amputation suivirent une marche satisfaisante et guérirent par première intention.
b. Une seconde catégorie est relative aux cas assez fréquents dans lesquels la surface de la lésion, soit immédiatement, soit à une période déjà avancée de son évolution, prend les caractères d’un ulcère spécifique. Ce résultat se produit chez les sujets atteints de syphilis forte ou non traitée, ou insuffisamment neutralisée par l’hydrargyre. On doit redouter également qu’une plaie grave, à suppuration de longue durée, ne subisse tardivement cette complication. Parmi les faits très-nombreux sur lesquels s’appuient ces conclusions, les uns ont trait à des malades ayant encore des manifestations spécifiques au moment de la blessure ; dans les autres, il ne s’agit que d’une vérole latente réveillée par le traumatisme. Dans tous, la solution de continuité s’est montrée réfractaire à la cicatrisation spontanée, mais s’est promptement réparée sous l’influence du traitement général antisyphilitique. Je ne citerai que quelques exemples. Une jeune fille, traitée par Ambrosoli pour une syphilide papuleuse continente, se fait une blessure à l’extrémité de l’index droit; la petite plaie
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se recouvre de fausses membranes et le périoste de la première phalange subit un commencement d'exfoliation. On désarticule la phalangette, mais la plaie nouvelle s'entoure de bords saillants et son fond prend une couleur rouge caractéristique. Tous les moyens ordinaires ayant échoué, on soumet la malade à l’iodure de potassium, et, peu de jours après, elle sortait guérie. Le même auteur a vu survenir un ulcère à la suite d’une piqûre de cousin chez un individu atteint de plaques muqueuses. Pareil processus a été observé sur des érosions consécutives à des coups d’ongles, à des morsures ou des solutions de continuité plus considérables, telles que kélotomie, trachéotomie, etc. Dans ce dernier cas, relaté par Tboman, on peut remarquer d’une façon très-nette l’influence du traumatisme répété; la plaie n’offrait un mauvais aspect que dans une partie fort limitée, ce qui tenait à ce que l’appareil, par suite des mouvements incessants de l’opéré, était déjeté vers le bas de l’incision qu’il irritait par ses frottements.
c. Il peut arriver que la solution de continuité produite chez un syphilitique reste en l’état, également incapable de s’ulcérer spécifiquement ou de se réparer. Ce phénomène intéresse au plus haut point la pratique chirurgicale, et en particulier l’autoplastie, dont la réussite n’est possible que lorsque la réunion immédiate succède à l’affrontement des parties cruentées. Des observations très-concluantes ont été réunies par Henri Petit. Toutes les fois que le bistouri a été porté sur un malade peu éloigné de l'infection ou à peine traité; toutes les fois, en un mot, que, relativement à l’époque des accidents spécifiques, l’opération a pu être considérée comme précoce, elle a abouti à un échec. Dans tous les cas, au contraire, où le chirurgien a retardé son intervention jusqu’à ce que le traitement mercuriel ait produit un apaisement durable snr le cours de la syphilis, on a pu compter sur des suites heureuses ou du moins normales. Verneuil fixe à six mois le délai nécessaire après la cessation de tout accident.
cl. Enfin l’on peut voir survenir, non plus seulement au niveau de la plaie, mais encore dans son voisinage, une éruption caractéristique, pour laquelle le traumatisme a été une cause d’appel. Ce phénomène s’observe le plus souvent à l’époque où s’épanouissent les accidents cutanés. Les lésions s’accumulent autour du point lésé qui sert, pour ainsi dire, de soupape au virus; la plaie prend elle-même le cachet spécifique. C’est dans ce cas que 1 on peut dire, suivant l’expression pittoresque de Ricord, mais contraiiement à son avis, que le vénérien est une outre virulente et qu il suffit de le piquer pour en faire sortir du pus. La blessure a-l-cllc