INFLUENCE DE L’ÉTAT GÉNÉRAL SYPHILITIQUE
été produite pendant une période où la syphilis était latente, l’excitation partie de la plaie peut être assez violente pour déterminer, soit une jetée locale , soit même une poussée générale de syphilide. Ces différents cas seront étudiés dans le cours du chapitre suivant.
e. Il conviendrait d’examiner, maintenant, si l’infection ne favorise pas le développement de certaines complications des plaies. C’est là une question fort importante, bien qu’absolument négligée jusqu’ici, et que l’on ne saurait trop signaler à l’attention des cliniciens. Ce que nous pouvons affirmer, en nous basant sur un assez bon nombre de faits, c’est que, chez les syphilitiques en puissance d’accidents, à cause sans doute de l’anémie dont ils sont frappés, l’hémostase rencontre parfois les plus grandes difficultés; une minime opération peut devenir l’origine d'hémorrhagies extrêmement graves. Aussi est-il sage de leur refuser toute intervention qui ne présente pas un réel caractère d’urgence. En ce qui concerne la pyohémie, il n’est pas moins vraisemblable qu’un organisme vicié par la syphilis n’y soit spécialement exposé. De cette prédisposition, un exemple fort remarquable a été rapporté récemment par L. Michel (. Marseille médical, 1872, p. 23). Il s’agit d’un jeune homme qui succomba, peu après le chancre, à une affection non diagnostiquée et chez lequel, post mortem, on trouva du pus dans tous les organes.
Influence de la syphilis sur les fractures. — Un homme se fait une fracture; la lésion est simple, sans esquilles, sans déchirement de la peau; on applique un appareil et les choses semblent aller au mieux jusqu’au jour où, le bandage étant enlevé, on s’aperçoit qu’il n’y a pas trace de cal. L’immobilité est maintenue et plusieurs mois se passent sans qu’il y ait amélioration ; nombre de malades renoncent au traitement et restent infirmes. Mais, que le chirurgien, songeant à s’enquérir de l’état général, vienne à reconnaître des traces de syphilis et administre les mercuriaux, les fragments ne tardent pas à se réunir. Tel est le type de toutes les observations propres à démontrer l’iniluence de la syphilis sur la nonconsolidation des os fracturés, du moins pendanlla période secondaire qui seule nous occupe. S’agit-il ici, comme le croit Bérenger- Féraud, de lésions spéciales susceptibles d'entraver le processus normal de l’ossification en déterminant ce qu’il appelle la pseudarthrose ostéophytiquel Tel n’est pas notre avis; n’est-il pas, en effet, plus rationnel d'attribuer ce résultat ù la cachexie temporaire que nous avons décrite sous le nom d’état syphilitique et qui, nous l’avons vu, portant dès le principe son influence sur tous les organes,
frappe avec une intensité particulière les annexes du système lymphatique, telles que la moelle osseuse et la couche profonde du périoste? Au reste, il ne faudrait pas croire qu’une telle complication fût la règle même chez les individus que le virus a le plus sévèrement éprouvés. Nombreux sont, au contraire, les cas dans lesquels nous voyons la lésion osseuse produite èn terrain syphilitique évoluer avec sa régularité ordinaire. Au cours d’une vérole grave un homme, traité par Fournier, se cassa la jambe, et le tibia vint s’implanter dans le sol; la guérison n’en survint pas moins en temps voulu. Dans une circonstance analogue, Cazenave vit les bords de la plaie, qui conduisait à l’os dénudé, s’ulcérer et prendre l’aspect syphilitique; mais il a bien soin de noter que la solution de continuité du squelette se répara sans autre complication spéciale. De ces faits et de bien d’autres rapportés par Lagneau, Noms, Gurlt, Ollier, etc., nous sommes en droit de conclure que : 1° dans l’immense majorité des cas, la syphilis n’apporte aucun obstacle à la formation du cal ; 2° quand, dans le cours d’une infection particulièrement grave, le processus de réparation se trouve enrayé, c’est par le traitement antisyphilitique qu’on doit chercher et qu’on obtiendra toujours la guérison.
Enfin A. Dron a prouvé que, lorsqu’elle sévit sur un individu autrefois atteint de fracture, on peut redouter que la syphilis, n’amène, dès la période secondaire, une désorganisation du cal. L’unique fait sur lequel est basée cette conclusion est trop intéressant pour que nous n’en fassions pas connaître les principales circonstances. Il s’agit d’un jeune homme de vingt-six ans dont le radius avait été fracturé par une balle en 1870. Quatre ans plus tard, il venait se faire traiter à l’Antiquaille pour une syphilide polymorphe récente. Peu après son entrée, sans traumatisme, sans cause externe appréciable, le cal devint douloureux, se tuméfia et \ se ramollit; si bien que le malade ne pouvait plus soutenir son I avant-bras. Ce ne fut qu’un mois après, sous l’influence du trai- j tement iodo-liydrargyrique , que la cicatrice osseuse reprit sa I consistance normale.
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