CHAPITRE IV
[SYPHILIDES SECONDAIRES
§ 1. — ÉTIOLOGIE.
De la simple rougeur aux ulcérations phagédéniques les plus profondes, les syphilides comprennent tous les accidents éruptifs cutanés ou mucoso-cutanés, développés sous l’influence du contagium spécifique.
Six semaines environ après l’apparition d'un chancre, le tégument se couvre de taches rouges disséminées, plus ou moins saillantes, offrant les plus grands rapports avec les dermatoses qui accompagnent certaines fièvres éruptives. Cet accident dont la durée est éphémère, cette première poussée est l’affirmation la plus commune etla plus caractéristique du virus. 11 peut arriver qu’une vérole faible borne ses effets à ce symptôme à peine ébauché. A la rigueur on peut même concevoir que l’influence de l’agent morbide sur la peau soit assez peu prononcée pour ne point aboutir à une lésion appréciable, sans que, pour cela, on soit en droit de rien préjuger de trop absolu sur les suites plus éloignées de la maladie. Mais l’observation ne confirme guère cette donnée théorique, et, bien qu’il ne soit pas impossible de l’appuyer de quelques exemples tout clinicien rigoureux doit considérer les syphilides comme la confirmation nécessaire du diagnostic qu’il a porté sur le chancre, et la forme roséoleuse, la plus bénigne de ces manifestations, comme le minimum des conséquences qu’entraîne après lui tout ulcère primitif doublé d’un syphilome.
1 Voyez à ce propos une observation fort intéressante rapportée par L. Messana (île Racalmuto) dans le Giornale italiano dette malallie veneree, t. I, p. 230, année 1868.
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Dans le cours des véroles de gravité moyenne , il faut s’attendre à des poussées ultérieures. Ces éruptions surviennent de six mois à un an ou deux ans après l’infection, intéressent plus profondément la peau, et disparaissent par résolution, après une durée de dix mois en moyenne, en laissant une cicatrice déprimée. On leur a donné le nom de syphilides intermédiaires.
Viennent enfin les syphilides dites tardives qui, se montrant au bout de plusieurs années, marquent habituellement la dernière phase d’une infection relativement peu grave. A une époque plus rapprochée du début, elles permettent d’affirmer que le malade est sous le coup d’une vérole forte. Enfin leur apparition hâtive, très-voisine ou contemporaine du chancre, n’est malheureusement point un fait rare; l’étonnante rapidité avec laquelle se succèdent les accidents permet de dire qu’il s’agit dans ce cas d’une vérole maligne précoce, ou même encore d’une vérole galopante. Par leur localisation plus circonscrite, par leur tendance à l’ulcération, les syphilides tardives se séparent nettement des deux autres catégories. Aussi, croyons-nous devoir les ranger parmi les accidents tertiaires, et par conséquent distraire leur description du présent chapitre, nous bornant à étudier ici les poussées qui se répandent sur le tégument à la façon des exanthèmes et auxquelles on a donné les noms de syphilides précoces, résolutives, exanthématiques.
Ainsi que nous l’avons vu, la présence du virus dans l’économie est la seule cause efficiente des syphilides; mais l’observation nous apprend que certaines circonstances se rapportant soit à l’état général, soit à l’état local, peuvent favoriser leur production et appeler leur développement sur certains points. Examinons quelle valeur il convient de reconnaître à ces causes occasionnelles et comment s’exerce leur influence.
Causes générales.— Le contagium syphilitique une fois absorbe fait partie intégrante de l’économie, et subit fatalement, à des degrés divers, le contre-coup de toute secousse physiologique ou morbide; de là un certain nombre de causes susceptibles de le faire passer de l’état latent in posse, à l’état de manifestation in actu , ou inversement d’en faire disparaître les accidents; nous ne nous occuperons ici que des premières. Parmi les événements physiologiques, dont l’influence n’est pas douteuse, il convient de citer l’établissement de la puberté , et, chez la femme, la grossesse, le travail de l'accouchement, la réapparition des règles après la lactation, la ménopause; enfin les émotions morales. — L’ alcoolisme et l 'absinthisme doivent être notés, vu leur fréquence, au premier
ÉTIOLOGIE.
rang des conditions pathogéniques ab ingestis. S’agit-il d’un excès passager, on peut voir survenir une éruption au bout de très-peu de temps, alors que le virus sommeillait depuis plusieurs mois ou même plusieurs années. L’habitude alcoolique agil dans le même sens, d’une façon continue, et multiplie indéfiniment les poussées. Nous citerons, à cet égard, l'exemple d’un mari et de sa femme qui avaient contracté à peu près cà la même époque une syphilis en apparence d’égale intensité. Bien qu’elle fût d’un tempérament lymphatique, la femme se débarrassa promptement des accidents ; chez le mari, au contraire, commerçant, obligé de voyager pour ses affaires, et absorbant en grande quantité des liqueurs de toutes sortes, le mal se perpétua sous formes de poussées successives etrebelles (Diday). Rien de plus facile à comprendre du reste, puisque l’alcool jouit d’une double action, à l’intérieur sur les centres nerveux et circulatoires, et au dehors sur la peau, qui, s’il faut en croire des travaux récents, serait une des voies principales de son élimination. — Vient ensuite l’absorption de certaines substances, et en particulier des sulfureux. D’innombrables travaux, parmi lesquels nous nous bornerons à citer ceux de Guilland (d’Aix) et de Lambron, ont mis hors de doute l’efficacité des eaux sulfureuses pour exaspérer les manifestations éruptives, ou les faire naître, lorsque la souillure de l’organisme persiste à l’état de syphilis larvée. Et ce fait est si généralement admis, que bon nombre de médecins sont dans l’usage de prescrire, comme pierre de touche, une saison thermale aux malades qui veulent savoir où ils en sont de leur vérole, et prétendent s’assurer ainsi, approximativement cela va sans dire, de l’imminence plus ou moins grande des poussées. Le soufre accélère le pouls, augmente la chaleur animale, active les fonctions des poumons et des reins, et de plus arrive à la peau sous forme de sulfure ou plus probablement d’hyposulfite alcalin; son influence repose donc tout entière sur une action excitante. — Enfin on a pu observer la réapparition d’accidents syphilitiques consécutivement à l’ingestion du remède Leroy , fait qui n’a point lieu de nous surprendre, étant donnée la perturbation générale causée par ce puissant drastique (Cazenave).
Pour démontrer quel peut être l’effet d’un impulsus morbide dans la production de ces lésions, je rappellerai d’abord ce que nous avons précédemment démontré, que chez un individu en puissance de syphilis, la vaccination peut activer l’évolution de la maladie et déterminer la venue des poussées; c’est ainsi que s’expliquent les faits, si obscurs autrefois, où des symptômes
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constitutionnels ont suivi de peu de jours, sans l’intermédiaire du chancre, l’inoculation du virus jennérien(voyez page 511). Voilà donc établi, par un nombre imposant d’observations, le rôle considérable que peut jouer à un moment donné la vaccine. — Celui de variole n’est pas moins intéressant à étudier. Il est constant, en effet, que chez un sujet infecté, les pustules peuvent, vers leur décours, se transformer in situ en lésion spécifique (Bamberger, Stôhr). Chez une syphilitique, citée par le premier de ces auteurs, la petite vérole évolua d’abord normalement; mais quand arriva la période de dessiccation et de desquamation, certaines pustules du front, du cou, de la nuque et des aines revêtirent des caractères insolites. Sur leur base élargie et aplatie se développa une végétation irrégulière, humide d’abord, entourée d’un liséré de suppuration qui ensuite se dessécha, et ces efflorescences constituèrent bientôt de larges plaques muqueuses humides. En même temps parurent des engorgements ganglionnaires; ajoutons que ces accidents, comme dans tous les autres cas qui ont été publiés, cédèrent en très-peu de temps au traitement mercuriel. En 1873, j’ai observé à la Consultation de l’Antiquaille un curieux fait qui doit, je le crois, rentrer dans la catégorie de ceux que nous examinons ici. Un homme d’une quarantaine d’années fut atteint de variole, et chaque pustule, à l’époque de la desquamation, se changea en une papule lenticulaire d’un rouge violacé. Malheureusement je ne vis ce malade que fort peu de temps, et ne pus recueillir des renseignements indispensables pour un jugement définitif. — Nous mentionnerons encore parmi les causes déterminantes d-es poussées les accès de fièvre intermittente qui impriment une si puissante modification aux fonctions de la peau, et le refroidissement qui agit sans doute dans le même sens. Là se borne tout ce que nous savons sur l’influence des maladies aiguës internes, relativement à la pathogénie des syphilides. Il est hors de doute cependant que la question est autrement complexe et nécessite de nouvelles observations. On ne saurait donc trop appeler l’attention du clinicien sur ce sujet aussi intéressant qu’inexploré.
Causes locales. — Dès 1843 Cazenave écrivait que les eiuptions vénériennes, bien qu’elles soient sous la dépendance directe de l’infection, se révèlent le plus souvent par suite d’uo trouble non spécifique survenu dans l’économie ; et il citait trente-sept observations à l’appui de cette manière de voir. Dans nos Recherches statistiques sur l’étiologie de la syphilis tertiaire nous avons nousmôme insisté sur ce point délicat d’étiologie; mais c’est Verneuil
ÉTIOLOGIE.
et son élève, H. Petit, qui nous ont fait connaître, avec le plus de détails, le rôle du traumatisme dans la localisation des manifestations éruptives.
Certains malades, après avoir présenté les symptômes de la syphylide roséoleuse, môme la plus légère, conservent une singulière susceptibilité de la peau. Après une douche île vapeur ou une immersion plus ou moins prolongée dans une eau simple ou additionnée de substances médicamenteuses, des marbrures se dessinent etsemblent momentanément faire renaître les anciennes lésions, ce qu'un malade exprimait en disant que les bains sulfureux lui faisaient faire un examen de conscience. Il n’est môme pas très-rare qu’une congestion aussi éphémère donne lieu à une véritable poussée de récidive; à plus forte raison comprendra-t-on qu’une saison thermale manque rarement de produire cet effet. L’excitation dont la peau devient alors le siège doit être comptée parmi les causes locales, bien qu’elle soit généralisée à toute la surface du corps, attendu que c’est à titre d’irritant topique qu’elle produit son action.
S’agit-il d’une congestion limitée à une portion restreinte du tégument, son influence apparaît plus nettement encore. Pour une cause quelconque un syphilitique a fait usage d’un vésicatoire ; il peut se faire qu’un groupe de syphilides se développe sur la cicatrice; mais, ce qui ne manquera jamais, s’il survient à la môme époque ou peu après une poussée générale, c’est la confluence des éléments sur le point dont la nutrition a été perturbée et qui, vu la rougeur persistante dont il est le siège, offre un plus large accès au sang contaminé et, pour ainsi dire, une capacité virulente plus considérable. Ce phénomène se produira également à la suite de toute autre lésion laissant après elle une aptitude morbide, et créant ce que les anciens appelaient, non sans raison, un lieu de moindre résistance, locus minoris resistentiœ. Sur ce point les faits abondent : chez les fumeurs, l’irritation continuelle de la muqueuse buccale entretient ou fait sans cesse renaître les plaques des lèvres, de la langue et de la gorge. Voici maintenant quelques exemples de syphilide localisée provoquée de toute pièce par une violence extérieure. — Une malade du service de Bazin, atteinte de roséole, voit survenir un groupe de pustules ecthymateuses au voisinage de deux écorchures qu’elle s’est faites à la jambe. —Chez un chancreux guéri depuis six mois, Cazenave voit une légère plaie du dos du nez s’entourer d’une zone de tubercules. — Le même auteur observe un accident de même nature à la suite d’une brûlure par l’acide sulfurique. — Enfin nous devons à Petit l’histoire
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tort curieuse d’un vieillard de quatre-vingt-huit ans chez lequel une luxation de l’épaule réveilla une syphilis restée latente pendant soixante-sept ans, et qui s’affirma par la formation de plaques de rupia sur la région deltoïdienne. Comme on le voit, dans la plupart de ces cas, il s’agit d’éruptions graves : c’est qu’en effet, ainsi que nous l’avons déjà dit, les syphilides ont d’autant plus de tendance à désorganiser profondément la peau qu’elles en recouvrent une moindre étendue ; or, dans les cas qui viennent de nous occuper, nous n’avons fait mention que d’accidents strictement localisés.
Deux autres séries de faits, beaucoup plus rares, il est vrai, nous montrent que le retentissement d’un processus absolument local peut se faire sentira distance, ou môme se propager au point de produire une éruption générale. — L’observation suivante due à Merkel est un exemple frappant de syphilide exanthématique survenue dans ces conditions. Elle a trait à un homme de vingttrois ans, manifestement syphilitique, qui guérissait assez difficilement d’une plaie du bras, produite par une arme à feu, lorsqu’il fut atteint subitement d’un érythème syphilitique de tout le corps, à l’exception du bras blessé. L’auteur suppose que ce membre a été exempt de manifestations spécifiques par suite de l’oblitération des lymphatiques ou de leur compression par les tissus indurés avoisinants.
g 2. — SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.
Caractères cliniques des syphilides secondaires. — Les affections cutanées de cause interne constitutionnelle ont été réparties en quatre groupes, suivant qu’elles sont sous la dépendance de l’arthritisme, de la scrofide, de la dartre ou de la \érole. Reliés par une môme origine, les différents genres englobés dans chacun de ces groupes présentent un ensemble de caractères communs constituant en quelque sorte leur signalement, et grâce auquel il est possible et même facile de remonter par leur simple examen jusqu'à la notion de leur étiologie. Nous allons passer en revue les caractères cliniques des syphilides secondaires.
Évolution générale. — Nous avons précédemment insisté sur le caractère aphlegmasique de l’ulcère primitif; la lenteur du processus, la forme essentiellement chronique de la lésion sont également un des traits particuliers des syphilides. Quelquefois, il est vrai, leur éclosion est accompagnée d’une élévation de tempéra-
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.
rature plus ou moins prononcée ; mais c’est là un fait rare, et d’ailleurs la fièvre, dans ces cas, nous semble bien plutôt dépendre de l’intoxication générale que de l’éruption concomitante. Quoi qu’il en soit, l’efflorescence ne s’établit que peu à peu; même par les manifestations précoces qui affectent le plus de rapport avec les exanthèmes, la surface du corps n’est souvent envahie dans toute son étendue qu’au bout de plusieurs jours. L’éruption une fois établie offre une période d’étal indéterminée, qui peut durer plusieurs mois et dépasse généralement six semaines; cette évolution à froid sépare nettement la syphilis tégumentaire des fièvres éruptives. Nous retrouvons la même lenteur dans sa disparition, qu’interrompent fréquemment des recrudescences. La syphilis procède en effet par poussées, et, chose remarquable, il est rare que ces différentes poussées se composent anatomiquement des mêmes élémenls. L’observation a montré que, superficielles et disséminées, incoordonnées, au début de la période secondaire, les syphilides, dans une phase plus avancée, intéressent une plus grande épaisseur de la peau, en même temps qu’elles deviennent plus discrètes et presque régulièrement figurées; l’éruption gagne en profondeur ce qu’elle perd en surface. Et, comme dans une syphilis normale, régulière, les poussées viennent à leur heure, chacune plus sévère que celle qui l’a précédée, il en résulte que la connaissance des conditions qui ont présidé à leur développement dénote, pour des yeux exercés, l’âge de l’infection. Il en résulte également que, dans le cas de poussées subinlrantes, les productions morbides qui recouvrent la surface cutanée sont dissemblables, d’où le polymorphisme de l’éruption. Il y a plus, et, comme il ne s’agit en somme que d’un degré plus ou moins avancé dans le développement de la môme lésion, celte variété peut encore être le fait d’une seule poussée, et se produire d’emblée, favorisée par les conditions anatomiques diverses des régions ou secondairement par suite de la transformation des éléments primordiaux et du passage graduel d’une % forme à une autre. Ce caractère ne se rencontrant guère .en dehors de la maladie dont nous nous occupons, le polymorphisme doit être considéré comme un signe fort important pour faire distinguer les syphilides des dermatoses non spécifiques. Mais il en est un plus précieux encore, je veux parler de la curabilité des premières par le mercure. Si chronique que soit leur marche, la terminaison habituelle de ces accidents est la guérison, et la guérison définitive à l’abri des récidives, au bout d’un temps relativement assez court; ce résultat peut être singu-
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lièrement hâlé par l’action des mercuriaux, grâce auxquels pâlissent et s’effacent en peu de jours les éruptions les plu* invétérées. Est-il besoin d’insister sur la marche toute différente des affections arthritiques ou dartreuses? Que de persévérance ne faut-il pas pour amener, même sous l’influence des spécifiques les plus vantés, la disparition d’un psoriasis! Et, ce résultat obtenu, ne saiton pas que le malade n’est que blanchi et que, sa vie se prolongeât-elle pendant quarante ou cinquante ans, il restera toujours sous le coup de l’implacable dermatose dont les récidives toujours identiques atteignent parfois un nombre si prodigieux !
Caractères objectifs. — C’est autour des orifices naturels qu’il faut chercher les syphilides; les ailes du nez, les commissures labiales, la région péri-anale sont les points où, peut-être à cause du frottement dont ils sont le siège, l’éruption semble appelée de préférence. Sur la tête, on examinera ensuite le front, les parties pileuses, le rebord du cuir chevelu; sur le tronc, le devant de la poitrine et les hypochondres, les parties saillantes irritées par la pression des vêtements; sur les membres, le côté correspondant à la flexion, la face antérieure des avant-bras, la paume des mains, la plante des pieds. Quand nous aurons rappelé que le psoriasis, qui représente le type des affections cutanées non syphilitiques, se localise très-généralement sur les membres du côté de l’extension, on comprendra quelle importance il convient d’accorder'à cette question de siège; nous insisterons moins sur la disposition symétrique des lésions, parce qu’elle se rencontre également dans la plupart des dermatoses de cause interne, pour cette bonne raison que les parties similaires sont habituellement soumises à des conditions identiques d’innervation et de circulation.
La forme ronde est autrement caractéristique. Ce phénomène s’explique par la disposition anatomique des vaisseaux cutanés; lorsqu’on les injecte, la matière colorante apparaît d’abord en un point, puis tout autour se répand uniformément en formant un îlot circulaire ; la syphilis étant caractérisée par une altération du sang, il est naturel que la fluxion sanguine passe par les mêmes étapes que l’injection; telle est sans doute la raison du contour circulaire offert par chaque élément morbide. Mais il y a plus, lorsque ces éléments se groupent entre eux, les figures auxquelles ils donnent lieu tiennent presque 'toujours de la circonférence, d’où les noms de polycyclique ou hémicyclique, qui leur ont été a ppliqués.
Nous arrivons â l’élude de la coloration dans les syphilides, laquelle a de tous temps été considérée comme leur signe propre le
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE
moins discutable. Il est assez difficile de la définir, car elle est en somme assez peu constante. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la teinte syphilitique, tour à tour assimilée à celle de la chair du jambon par Faliope et à celle du cuivre rouge par Swediaur, varie entre le jaune-rouge et le violet. Il est à remarquer que les sypbilides précoces offrent un ton plus clair, plus animé; pour les papules, par exemple, la comparaison avec un sou neuf, est certainement des plus heureuses. S’agit-il des éléments circonscrits qui attestent plus tardivement la persistance de la vérole, la chair du porc avec son rouge foncé, donne une idée fort exacte de la note sombre et presque triste que met la lésion en un point limité du tégument. Au reste, il faut encore tenir compte des différences individuelles qui rendront la teinte syphilitique plus vive et plus tranchée chez les sujets sanguins, terne et comme violacée chez les vieillards à peau sèche et flétrie, grise et brunâtre, mais distincte des tissus environnants chez les bilieux, livide et quasi bleuâtre chez les cachectiques. On a beaucoup discuté sur la cause réelle de celte coloration, qui ne saurait être attribuée uniquement à la congestion des capillaires, attendu que, par la pression, on ne peut arriver à la faire complètement disparaître. C’est le résultat d’une sécrétion viciée de l’appareil chromatogène, ont avancé quelques auteurs; d’autres y ont vu une néoformation vasculaire ou une coagulation du sang dans les vaisseaux, avec ou sans épanchement de la matière colorante entre les faisceaux du lissu conjonctif. Au microscope, on constate que ce phénomène tient surtout au mode de distribution de la matière pigmentaire normale. Lorsque les granulations en sont disséminées dans un grand nombre de cellules, la peau offre une teinte cuivrée légère; au contraire, si la teinte est très-foncée, cela provient de ce que des amas considérables de pigment sont condensés dans une seule couche, et cette couche est ordinairement celle des cellules cylindriques du réseau de Malpighi.
Après avoir insisté sur la couleur, nous signalerons tout le parti que le diagnostic peut quelquefois tirer de l'odeur. Certains syphiligraphes affirment qu’aulour de tout syphilitique, quelle que soit la nature de ses accidents, on peut sentir une émanation spéciale, dénotant la présence du virus; nous ne nierons certes pas qu’une grande observation aidée d’un flair délicat ne puisse conduire à une pareille acuité olfactive ; mais c’est là une exception; par contre, ce qui n’échappe à aucun clinicien tant soit peu expérimenté, c’est la fétidité sui generis qu’exhalent ces accidents chez les personnes assez peu soigneuses pour les laisser
SYPHIL1DES SECONDAIRES.
se macérer au contact de la sueur et de leurs propres sécrétions (papules humides de l’espace interdigital des orteils, de la rainure interfessière, du scrotum, de la vulve, du pli génito-crural, de l’aisselle). Il n’est pas besoin de beaucoup d’habitude en pareil cas, pour arriver au diagnostic lesyeux fermés.
En ce qui concerne la physionomie de chaque lésion, nous mentionnerons la minceur, la sécheresse et le peu d’étendue des squames ; elles ne recouvrent jamais toute la papule, autour de laquelle on les voit former une collerette blanchâtre, liséré épidermique de Biett. Les croûtes sont rares pendant la période secondaire; car il n’y a pas de croûte sans entamure des téguments, et les processus destructifs ne s’observent généralement qu’à une phase plus avancée de la maladie. Leur couleur foncée que l’on a comparée à celle du bronze florentin, leur forme pyramidale, leur surface granuleuse ou végétante, leur apparence stratifiée serviront à faire distinguer ces concrétions de celles qui recouvrent les pertes de substance dues à la scrofule ou à telle autre cause vulgaire. Quant aux ulcères , nous nous bornerons à signaler leurs bords arrondis en arcades, et leur tendance à la réparation. — Il y aurait beaucoup à dire sur les traces que les sypbilides laissent après elles sur le tégument. Les plus superficielles passent du rouge au gris et persistent parfois plusieurs mois à l’état de taches bistrées ; mais plus souvent encore elles disparaissent complètement en quelques jours. La place des lésions plus profondes reste plus ou moins longtemps marquée par un piqueté brunâtre avec de petites dépressions semblables à celles de la peau de l’orange. Lorsqu’il y a eu perte de substance, la cicatrice est en général lisse et franchement cuivreuse dans toute son étendue; avec le temps elle se décolore du centre à la périphérie et finalement tranche par sa blancheur sur le reste des téguments.
Caractères subjectifs. — L absence de douleur et de démangeaison est un signe fort important, presque caractéristique des éruptions syphilitiques. 11 ne s’agit point là, comme on pourrait le supposer, de troubles dans les appareils chargés de transmettre ou de percevoir les sensations, et ce phénomène n’est nullement comparable au défaut de prurit que l’on observe chez les femmes atteintes à la fois de gale ou d’ictère et d’analgésie secondaire. Dans le cas qui nous occupe, la lésion par elle-même est primitivement aprurigineuse et indolente. Aussi n est-il pas rare que certains sujets, même des médecins, nient avoir jamais eu de boutons ni de taches syphilitiques, et le nient de bonne foi, alors que roséole et papules se sont montrées dans les délais normaux, ou même
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s’étalent encore sur les téguments. Cette absence de douleur et de démangeaison semble tenir à l’extrême lenteur, avec laquelle l’éruption se développe; il est à remarquer en effet qu’il n’en est pas de même lorsque l’exanthème offre une marche aiguë. Sont également le siège de sensations prurigineuses, quand les soins hygiéniques font défaut, les dermatoses spécifiques développées sur les sujets lymphatiques, à peau fine et particulièrement susceptible, et celles qui siègent sur des points constamment irrités par des tiraillements (commissure des lèvres), des pressions (pli de la ceinture), ou le contact des sécrétions cutanées. On ne doit pas oublier, du reste, que certaines professions exposent particulièrement au prurit. Chez les ouvriers qui travaillent au milieu des poussières, chez les cardeurs de laine, les palefreniers, les tamiseurs de graines, ce symptôme se produira naturellement pendant le cours des dermatoses, mais sans dépendre de l’action syphilitique. Suivant quelques auteurs, l’abus des mercuriaux pourrait aussi mettre en jeu la sensibilité de la peau. — Mais, en dehors de ces circonstances, et sans cause appréciable, on voit quelquefois des malades atteints de syphilide se plaindre d’intolérables démangeaisons et se déchirer la peau par d’incessants grattages. 11 s’agit en général de sujets à tempérament débile, âgés de plus de quarante ans, ayant contracté la vérole depuis quelques années, supporté de nombreux accidents cutanés et soumis d’ailleurs à des conditions hygiéniques défavorables. Il y a lieu de penser que la complication prurigineuse doit son origine à l’irritation prolongée des éléments constitutifs du derme. Quoi qu’il en soit, le caractère le plus remarquable de ce symptôme, c’est sa résistance au mercure, à l’iodure de potassium et aux arsenicaux administrés séparément, tandis qu’on peut être certain de le faire disparaître au moyen de la liqueur de Denowan, où ces trois puissants spécifiques sont réunis. C’est du moins ce qu’affirme de la façon la plus formelle le professeur Gamberini, un des rares auteurs qui aient abordé cette question.
d. Autres accidents de meme nature. — Telle éruption de caractère équivoque, lorsqu’on la- considère isolément, apparaîtra clairement syphilitique, si le diagnostic peut s’appuyer sur la production antérieure ou simultanée d’accidents reconnus tels. Aussi ne devra-t-on jamais négliger l’examen complet de pareils malades. De quelle importance n’esl-il pas, en effet, de découvrir soit la trace d’un chancre accompagné de ses pléiades , soit des adénites disséminées rétro-auriculaires, épitrochléennes, cervicales; ou quelque manifestation bucco-pharyngienne, rougeur,
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SYPIIIL1DES SECONDAIRES.
ulcérations du voile du palais, tuméfaction des amygdales; ou vingt autres lésions non moins caractéristiques, telles que : affection pustuleuse du cuir chevelu, alopécie, ostéite, hyperostose, céphalalgie, etc.?... Sans exagérer, on peut dire que l’absence ou la présence des plaques muqueuses labiales ou pré-lonsillaires, qui se rencontrent avec une fréquence extraordinaire durant le cours de la seconde période, constitue, dans l’immense majorité des cas, le plus précieux point de repère pour le diagnostic.
e . Époque d’apparition. — C’est de quarante à cinquante jours après le début du chancre que paraît la première poussée syphilitique. On peut considérer le chiffre moyen de six semaines comme une des données les plus constantes de la syphiligraphie ; car cette seconde incubation offre autant de régularité que la première, celle du chancre en offre peu. Assurément on peut observer quelques exceptions, mais elles sont rares. Ces variations sont certainement liées dans beaucoup de cas à la nature du produit contagionnant; si nous nous en référons aux résultats expérimentaux (voy. plus haut pages 51(3, 517, 518, 520), nous voyons par exemple qu après l’inoculation du sang, les éruptions ultérieures ont suivi de quarante-quatre jours le début de l’ulcère primitif, tandis qu’il leur en a fallu quatre-vingt-deux après celle des accidents secondaires pustuleux. — Nous savons d’autre part (voy. page 632) que l’hydrargyre, administré pendant la période chancreuse, a la propriété, de retarder les poussées constitutionnelles; ce retard, qui n’est le plus souvent que de quelques jours, peut aller jusqu’à plusieurs mois. D’une façon générale, il faut être prévenu que les éruptions très-précoces, qui se produisent dans les premières semaines du chancre, quelquefois même paraissant en même temps, sont habituellement graves; c’est ce que l’on observe dans la syphilis maligne dont les manifestations subintrantes se précipitent et s’accumulent dès les premiers mois de l’infection. — Pour ce qui est de l’époque à laquelle se montre chacune des syphil ides en particulier, nous ne saurions mieux faire que de reproduire le tableau suivant emprunté à Bassereau :
Époque la plus précoce. Lu plus tardive. Moyenne.
Syphilide érythémateuse... . 20e jour. 12° mois.... de 30 à 60 jours.
— • papuleuse
de 20 à 90 —
— - papuleuse humide.
de 30 à 60 —
— vésiculeuse
— pustuleuse
4 ans . . . .
de 60 à 90 —
Influence des maladies