SUR LA MARCHE DES
SYPiii liijes. — C’est un fait reconnu que toute maladie cutanée peut
SYMPTOMATOLOGIE^GÉNÉRALE. 691
s’effacer sous l'influence d’un état morbide général. Ce phénomène est particulièrement remarquable dans le cours des affections parasitaires; voit-on survenir une pyrexie chez un galeux ou un phthiriasique, toute production animale ou végétale semble frappée à mort. Mais ce n’est là qu’un résultat temporaire; car, lorsque le malade vient à entrer en convalescence, celle-ci n’est réellement franche que lorsque la dermatose reparaît. Nous allons montrer que les syphilides ne font point exception à celte loi bien établie pour la première fois par Devergie. Pour ce qui a trait à notre sujet, il faut arriver jusqu’à ces dernières années, où furent publiées les thèses inaugurales de Jourjon (1870) et de Garrigue (1872), pour trouver une étude méthodique de cette question; car je ne puis accorder la moindre importance aux rares allusions que l’on rencontre ça et là dans les auteurs spéciaux. Plenck, par exemple, écrit que toute complication fébrile de la syphilis est fatale : Si febris inflammatoria , biliosa vel pu trida venereum prehendat , tune ille rarà evadit. Swediaur émet une opinion presque aussi alarmante et, par conséquent, également erronée. Citons, toutefois, dans notre siècle, Alibert, Sabatier (thèse de Paris, 1831) et Rayer qui ont vu juste sur ce point, mais sans y insister suffisamment.
La science possède un assez bon nombre d’observations propres à faire ressortir l’influence des phlegmasies des organes thoraciques. 11 nous parait intéressant de leur emprunter quelques faits caractéristiques. Dans un cas, il s’agit d’une jeune fille atteinte d’une syphilide papulo-squameuse rebelle au traitement mercuriel, et tourmentée par de violents maux de tête. Une pleurésie se déclare; au cinquième jour de la maladie aiguë l’éruption s’arrête dans son développement, les papules s’affaissent, se décolorent, deviennent le siège d’une désquamation abondante, et la céphalalgie disparaît. — Dans un autre cas, une pneumonie survenant, on voit se détacher les croûtes d’une syphilide grave, et les masses noueuses du tubercule spécifique se changer en quelques légères saillies en voie de rapide affaissement. Beaucoup d’observateurs s’en tiennent là; les malades sont notés, guéris • et perdus de vue; mais il n’en est généralement pas ainsi, les exemples suivants en font foi. Une femme de quarante ans entre à Saint-Louis pour une syphilide ulcéreuse récidivée. Le lendemain de son admission à l’hospice, elle est prise d’un rhumatisme articulaire aigu pour lequel on administre le sulfate de quinine à l’exclusion des antisyphilitiques. Au bout de sept jours la cicatrisation des points ulcérés était à peu près complète;
SYPHILIDES SECONDAIRES.
mais à peine sortie de l’hôpital cette femme dut y rentrer pour une récidive des accidents spécifiques.
En continuant cette revue des difi'érentes maladies susceptibles de troubler le cours des syphilides, nous n’aurons garde d’omettre le refroidissement et la réaction fébrile qu’il peut entraîner. Un malade porte une syphilide squameuse et des papules piales à l’anus; à la suite d’un bain pris un peu trop froid par un temps humide, il ressent un frisson et éprouve un violent accès de fièvre. La syphilide disparaît presque immédiatement; il est vrai que six jours après il y eut un engorgement généralisé des ganglions avec suppuration en deux points, si bien que Baumes, auquel nous empruntons cette observation, crut devoir prescrire des bains de vapeur dans le but de rappeler l’éruption, résultat qui ne se fit pas attendre et procura la résolution très -rapide des tumeurs lymphatiques. Le même auteur fut consulté par un homme qui, souffrant de douleurs ostéoscopes, avait eu recours à la sudation et s’était trouvé, peu après, couvert d’une éruption papuleuse. Or il arriva que, sous l’influence d’un refroidissement qu’il éprouva un jour de pluie, ce malade vit disparaître les symptômes cutanés en moins de vingt-quatre heures.
Nous citerons encore certaines maladies cutanées. Diday traitait vainement par le mercure un jeune homme atteint de plaques muqueuses linguales et d’une syphilide squameuse palmaire. Survint une éruption généralisée de furoncles, qui se produisit à sept ou huit reprises, chaque fois avec fièvre, et fit disparaître sans récidive toute trace d’accident syphilitique. — En ce qui concerne la variole et la varioloide, la clinique nous offre de nombreux documents. Citons d’abord une observation de Garrigue où il est dit que l’on voyait les pustules se remplir, et les anciens boutons (il s’agissait d’une syphilide tuberculeuse) se dessécher et tomber, laissant une petite place rouge, si bien qu’au bout de très-peu de temps les pustules restèrent seules. Dans un travail de Gore {The Lancet , 1858), nous trouvons encore les curieux détails suivants : « Au fur et à mesure que l’éruption varioleuse s’établissait, il était curieux de voir le psoriasis syphilitique rétrocéder, comme s’il laissait la place à son formidable rival. Mais, lorsque la peau eût élé complètement débarrassée des traces de la variole, et que le malade eût repris ses forces, des papules syphilitiques reparurent d’abord sur la face, puis sur le reste du corps, et l’œil gauche fut frappé d’iritis. » Il y a plus, on a vu l’irritation circonscrite, entretenue par une syphilide préexistante, devenir une cause d’appel pour la localisation des éléments
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.
varioliques; cetle particularité est bien évidente dans l’observation VII de Jourjon. Ce fut sur la paume de la main droite, siège déjà ancien d’une sorte d’eczéma spécifique, que l’on rencontra le plus grand nombre de pustules. Elles se présentèrent sous l’aspect de vésicules contenant un liquide opaque purulent et non ombiliquées. Au dixième jour de l’éruption, on ne voyait plus en ce point que des taches circulaires ou elliptiques, ayant une couleur brunâtre rappelant un peu celle du tabac. Le fond de la peau offrait une couleur d’un rose violacé, bien moins marquée qu’avant la complication aiguë. — L’action curative de la vaccine n’a pas été moins nettement constatée; elle apparaît même si évidente dans la généralité des cas, que certains médecins ont basé sur l’inoculation de ce virus une méthode 1 pour la « cure radicale de la syphilis », et disent en avoir obtenu d’assez bons résultats. Il est impossible de ne point rappeler, à ce propos, que les partisans de la syphilisation curative, dont la pratique, consistait à faire développer un nombre considérable de chancrelles chez un sujet en puissance de vérole, s’appuyaient en réalité sur un fait bien observé ; l’amélioration des syphilides, grâce à l’apparition concomitante d’un processus ulcératif servant de dérivation; car nul ne soutient plus aujourd’hui que les résultats de cet étrange traitement aient jamais dépendu de son action spécifique, surtout depuis les expériences de Cullerier, qui ont mis en relief l’action tout aussi efficace des vésicatoit'es 2.
Nous serons bref sur l 'érysipèle dont le rôle salutaire, dans bon nombre d’états -pathologiques, n’avait point échappé aux anciens auteurs. Erysipela solvit asthmam , epilepsiam, colicam , maximè convulsivam, écrivait Kleinius en 1753; mais il reste muet quant à ses effets sur les dermatoses. Plus près de nous, Cazenave et Baumès abordent enfin ce sujet, et Rayer fait remarquer avec justesse que l’influence de l’érysipèle peut s’exercer à distance sur des parties qu’il ne touche pas. Mais c’est à G. Mauriac que nous devons le plus important travail sur ce point. Par un grand nombre d’observations très-soigneusement analysées, cet auteur a nettement établi que, dans les cas de syphilis où les accidents
1 Sur celte méthode inventée par Papoff (de Moscou) en 1858, consultez Kreyzer : Die vaccination ah Heilmiltel gegen Syphilis (Medic. centr. Zeitung, 1860, t. XXIX, page 49). — Jeltzinski, Cure radicale de la syphilis par la vaccination (Revue médicale, 1861). — A. Guérin, Maladies des organes génitaux de la femme Leçon XI, page 197. Paris, 186-4.
1 Parisot, Etude sur un nouveau traitement de la syphilis, expérimenté d V hôpital du Midi (thèse de Paris, 1858, n° 117).
SYPHILIDES SECONDAIRES.
cutanés et muqueux ne sont pas entachés de malignité, cette complication doit être considérée comme un événement favorable. Sous la double influence de la réaction fébrile et de la phlogose locale, les syphilides se résolvent et se réparent avec une grande rapidité, quelle que soit leur distance du foyer de l’inflammation. Il faut vraisemblablement distinguer dans ces phénomènes deux modes d’action correspondant aux deux processus dont l’association constitue l’érysipèle fébrile vrai : l’un local, substitutif, et l’autre général qui rétablit, dans les conditions d’un fonctionnement régulier, la plasticité organique viciée par la maladie constitutionnelle. Malheureusement, ce dernier résultat n’est pas durable; après l’érysipèle, comme après la variole, comme après la pneumonie, les poussées reparaissent à leur heure, et l’on peut dire que rien n’est changé dans la marche de la vérole.
Bassereau a noté dans une de ses observations un fait remarquable à l’appui de l’influence parfois salutaire des maladies inflammatoires. 11 s’agit d’un chancreux qui, au moment où l’érythème syphilitique se manifestait, fut atteint d’un double phlegmon du cou. Il y eut rétrocession rapide de l’exanthème syphilitique et dessiccation du chancre dès les premiers jours de la fièvre phlcgmoneuse; le malade ne fit point de traitement mercuriel, et, deux ans après les premiers accidents, aucun symptôme syphilitique nouveau ne s’était encore montré.
g 3. — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES GÉNÉRALES.
Le microscope nous apprend que les lésions syphilitiques secondaires, si diverses qu’elles puissent paraître, n’offrent entre elles aucune différence notable, du moins en ce qui concerne leur structure : ce n’est que par le volume et par les altérations ultérieures dont elles deviennent accidentellement le siège qu’elles varient.
Trois phénomènes constituent la caractéristique très-simple de ces lésions, ce sont les suivants :
I. L infiltration du derme et de la couche muqueuse de l'épiderme par de petites cellules. — Ces cellules, qui offrent à peu près l’aspect des éléments embryonnaires que l’on rencontre dans les bourgeons charnus, s’entassent à la périphérie des vaisseaux, entre les trabécules du chorion et finissent par envahir à tel point les papilles et l’étage malpighien, que toute limite disparaît entre ces deux couches de la peau.
II. La destruction fatale de ces cellules qui sont incapables d'organisation. — Au bout d’un temps variable, l’infiltrat subit une dé-