I. — Syphilide érythémateuse ou Roséole
La syphilide érythémateuse se caractérise par l’apparition de petites taches rouges plus ou moins saillantes b
* La syphilide érythémateuse inaugure, dans l’immense majorité des cas, la période des poussées; cependant, au dire de IŸuss, on pourrait constamment observer avant son début de petits éléments éphémères marquant un stade intermédiaire entre le chancre et les syphilides. Je me borne à reproduire ici la description de cet auteur : « Nos salles sont mal éclairées en hiver. Pour faire la visite du matin, il faut toujours une lumière. En examinant, la bougie à la main, un malade qui était en train de devenir syphilitique, j’aperçus sur sa région abdominale des saillies que je n'avais pas vues au grand jour, et qui se détachaient trèsbien sous les rayons obliques de mon flambeau. Ces petites collines présentaient une teinte légèrement brunâtre. Ce phénomène excita mon attention. J’observai quelques jours après, elles avaient disparu à la région abdominale, pour s emparer du sternum et de la clavicule; là elles firent leur plongeon, je ne les revis plus... Nous avons vu ces taches remplacées par des pustules, des furoncles qui
syphilide Erythémateuse.
Au microscope (fig. 56), cette altération paraît surtout consister en une infiltration de la paroi des vaisseaux dermiques par des cellules semblables à des leucocytes proéminant, soit en dehors
Fig. 56. — Coupe verticale d’une papille au niveau d’une tache de roséole' (grosse de 80Ü diamètres) .
sous l’adventice, soit en dedans du côté de la lumière qui est diminuée dans les rameaux des papilles; au contraire, il paraît y
ont poussé sur la région hypogastrique pêle-mêle; quelquefois l’éruption se prononce comme une vraie roséole... Dans tous les cas elle est très-éphémère : vous la voyez le matin, le soir elle peut avoir disparu. (Dumas, thèse de Strasbourg, 1866, n° 938, p. 22.)
Ou conviendra qu’il n’est pas facile, d’après une description aussi sommaire, de se faire une idée bien nette d’une telle manifestation; ajoutons d’ailleurs que la constatation de ce phénomène venait avec trop d’opportunité confirmer les théories de Kuss pour n’être point suspecte. Pour mon compte, je n’ai jamais vu cette dermatose précoce. Je noterai cependant qu’un interne distingué des hôpitaux de Lyon, M. Charles La Saigne, m’a dit avoir observé à plusieurs reprises dans le service de son maître, M. Horand, une éruption de petites taches bleues précédant la roséole. Cette importante découverte, si elle se confirme, aurait sans doute plus d’un rapport avec les faits signalés par le syphiligraphe de Strasbourg.
1 a, couche muqueuse de l'épiderme; — b, corpuscule de tissu conjonctif; — en c, c', c", infiltration de corpuscules arrondis, volumineux, très-réfringents qui, par de minces aspérités, adhèrent à une sorte de capsule les entourant de tous côtés (d’après Kaposi).
SYPHILIDES SECONDAIRES.
avoir dilatation dans les capillaires. En môme temps, les corpuscules du tissu conjonctif qui forme la papille s’hypertrophient et prolifèrent. Volumineux, arrondis, très-rêfringents, d’un gris argenté, on peut les voir écarter les traînées fibreuses du chorion, et s’entourer d’une capsule à laquelle ils adhèrent de tous côtés par des dentelures.
La syphilide érythémateuse , ou roséole !, est la plus commune et la plus bénigne des dermatoses spécifiques. On distingue les variétés maculeuse, papuleuse et circinée.
Roséole maculeuse. ■ — Très-précoce, cette éruption paraît vers le quarante-cinquième jour après le début du chancre, et se continue par poussées successives pendant un septénaire environ. Elle consiste en taches non saillantes d’une couleur rose fleur de pêcher, à bords irréguliers, déchiquetés, de la grandeur d’une pièce de 20 à 50 centimes, disparaissant complètement par la pression. L’éruption-commence par les flancs, la poitrine, le dos, puis les membres, la face antérieure des avant-bras, la face supérointerne des cuisses, et n’envahit le visage que rarement, sauf au niveau du front et de la racine des cheveux. Dans un cas je l’ai vue siéger à peu près exclusivement sur le côté gauche du corps. La durée est indéterminée, très-courte quand le mercure intervient, longue de plusieurs semaines et souvent de plusieurs mois dans le cas contraire. Les taches les plus tardivement parues sont les premières à s’effacer après une desquamation inaperçue, mais qui sur la paume des mains, vu l’épaisseur des téguments, détermine çà et là un. fendillement très-limité avec formation de petites écailles blanchâtres. Dans certains cas, les follicules pileux participent au processus et forment à la surface des taches de très-petites saillies qui deviennent surtout appa-
1 La roséole syphilitique pourrait être confondue avec la rougeole, la roséole simple et l'érythème résineux. On les distinguera grâce aux signes suivants :
Rougeole. — Rare chez l’adulte, ne survenant jamais sans avoir été précédée de prodromes fébriles, et s’accompagnant de catarrhes spéciaux des muqueuses (conjonctivite, coryza, bronchite). — Éruption assez régulièrement généralisée ; — évolution rapide.
Roséole. — Affection fébrile; fréquemment état gastrique, éruption prurigineuse très-éphémère de taches franchement roses, souvent limitées à 1 abdomen. Intégrité des ganglions.
Erythème résineux. — Survient habituellement pendant le cours de la blennorrhagie traitée parles balsamiques; — éruption d’un rouge vineux, très-confluente, surtout au niveau des jointures, du côté de l’extension. Prurit très-intense, cuisson, picotements douloureux, apaisement rapide et spontané des accidents. Quelquefois apparition de vésicules ou de bulbes pemphygoïdes (voyez plus haut, page 60).
SYPHILIDE ÉRYTHÉMATEUSE. 699
rentes à l’époque de la résolution ( roséole piquetée ou granulée).
La roséole raaculeuse peut reparaître à plusieurs reprises pendant la première année qui suit sa guérison, et généralement aux mêmes points qu’à son début, sous l’influence de toute circonstance susceptible de faire affluer le sang dans les réseaux du corps muqueux, excès d’alcool, mais surtout d’absinthe, bain chaud, sudation exagérée, etc.
Le môme phénomène se produisant sous l’influence du froid paraît plus difficile à expliquer. Rien de plus simple, cependant, si l’on admet que les parois vasculaires intéressées par le processus roséolique ne reviennent que lentement à leur état normal. Dans ce cas, en effet, l’astringence exercée par le froid sur les parties restées saines du tégument aura pour conséquence de chasser le sang qu’elles contiennent dans celles où siégeait l’éruplion,et là, les tuniques encore affaiblies des vaisseaux ne pouvant s’opposer à cet afflux exagéré, la rougeur des points autrefois lésés s’accroîtra proportionnellement à la pâleur des parties voisines.
Tardivement, on peut observer une syphilide maculeuse ou roséole de retour , qui quelquefois môme coïncide avec les accidents tertiaires. Plus discrets, plus larges, moins rosés, les éléments qui le composent sont considérés par quelques auteurs comme d’origine mercurielle, ou tout au moins comme modifiés par le mercure.
Roséole papuleuse ou ortiée. — On distingue sous ce nom l’éruption caractérisée par des taches semblables aux précédentes, mais faisant une légère saillie d’apparence boursouflée rappelant un peu l’urticaire. Ce n’est là, en réalité, que l’exagération de la forme maculeuse, un degré intermédiaire entre la macule et la papule. Aussi coïncide-t-elle fréquemment avec l’une et l’autre.
Roséole circinée. — Celle-ci doit être distinguée nettement des deux premières variétés, à cause de son époque d’apparition qui est toujours tardioe (tin de la première année, deuxième et troisième année). Elle est constituée par des taches non saillantes, arrondies, les unes pleines, les autres annulaires, semi-annulaires, elliptiques ou en croissant, dont le diamètre, réserve faite pour certains cas fort rares où il a pu atteindre 7 à 8 centimètres, n’excède pas habituellement celui d’une pièce de deux ou de cinq francs. Cet érythème qui, selon quelques auteurs, serait un indice de traitement mercuriel antérieur, présente une grande tendance aux récidives.
Nous signalerons enfin X érythème scarlatiniforme, éruption rare
/uu SYPHILIDES SECONDAIRES.
et peu connue encore, d’aspect très-bizarre, sorte de marbrure, formée par de longues taches très-confluentes, d’un rouge intense. Nous en avons observé un cas dans le service de P. Horteloup à l’hôpital du Midi.