III. — Syphilide pustuleuse
Comme la vésicule dont elle ne diffère que bien peu, la pustule procède de la papule. Qu’à la surface du derme néoplasié se fasse jour une exsudation qui, traversant l’étage malpighien, vienbsoulevcr le revêtement corné, et la suppuration pourra se
SYPHILIDE PUSTULEUSE.
produire à bref délai tant par le cheminement des leucocytes que par la fonte purulente, de l’infiltration des papilles et des couches épidermiques; ce travail destructif peut se propager assez profondément dans le derme; voilà pourquoi la pustule ne se répare pas sans laisser une petite cicatrice. La figure 08 nous montre l’infiltration qui a envahi la gaine et la périphérie d’un follicule pileux aboutissant à une abondante production de pus
Fig. 08. Loupe verticale d une papulo-pustule acnéique
et à la destruction du poil; c’est la forme acnéique de la papulopustule.
La syphilide pustuleuse exanthématique peut être considérée comme une modalité de la syphilide papuleuse, déterminée soit par des conditions inhérentes au tempérament, soit par certaines dispositions cutanées générales ou locales. Plusieurs déductions importantes peuvent être tirées de cette proposition :
1° Puisque la poussée peut être rendue pustuleuse sur certains
1 a, papilles infiltrées au voisinage d'un follicule pileux. — poil. —c,c\ pus dans l’intérieur d’un follicule pileux. — tissu dermique normal, —ef, 'infil-
tration des papilles et du chorion, au centre duquel se voit un petit abcès en h (d'après Kaposi).
SYPHILIDES SECONDAIRES.
points de la peau en vertu d’une disposition naturelle ou d’un travail morbide antérieur, l’éruption sera souvent polymorphe L’observation nous apprend en effet que les pustules peuvent coïncider avec la plupart des éruptions précoces, spécialement avec les papules; à une période assez avancée de la maladie il n’est même pas rare de les voir accompagner certaines lésions tardives, ectbymas, gomme, etc.
2° Les individus qui présentent une grande aptitude à faire du pus seront plus exposés à celte forme d’éruption. Cette notion nous permet d’expliquer un fait des plus intéressants en clinique : la coïncidence fréquente des engorgements ganglionnaires volumineux avec la syphilide pustuleuse, phénomène qui n’a rien d’élonnant, étant donné l’organisme prédisposé sur lequel évoluent ces lésions. Nous en conclurons en outre que si le pronostic de cette dermatose, ainsi qu’on l’a reconnu depuis longtemps, est plus sévère que celui de l’érythème et des papules, cela tient encore à cette fâcheuse influence du terrain, et non, comme quelques-uns le prétendent, à l’influence plus nocive de la graine.
3° Enfin, le traitement mercuriel, semble-t-il, ne saurait avoir autant de prise sur la pustule, qui n’estsouvent qu’une manifestation hybride de la vérole et d’une autre souillure générale, que sur le néoplasme papuleux, produit exclusif du virus syphilitique. Sur ce point encore la clinique vient appuyer le raisonnement. Il est d’observation en effet que la guérison des pustules n’est que trèspeu hâtée par l’administration de l’hydrargyre; pour l’acné spécifique, par exemple, qui, lorsqu’elle est abandonnée à sa marche naturelle, ne persiste guère au delà de sept à huit semaines, nous ne croyons pas qu’une intervention thérapeutique, même active, soit de nature à en abréger notablement la durée.
Comme toute humeur purulente sécrétée par une syphilide secondaire, le contenu de la pustule spécifique transporté sur l’homme sain y fait naître un chancre suivi bientôt d’infection générale ( voy . page 522). Comme l’impétigo et l’ecthyma simplex, la pustule syphilitique peut aussi se reproduire à peu près indéfiniment par l’auto-inoculalion. Toutefois l’exsudât fourni par une même série de pustules successivement dérivées les unes des autres paraît perdre son pouvoir d’en engendrer de nouvelles, vers la sixième génération. Notons encore la non-inoculabililé sur les muqueuses du pus recueilli sur un eclhyma cutané (N idal, Tanlurri).
Quand l’hyperplasie spécifique emprisonne les glandes sébacées
SYPHILIDE PUSTULEUSE.
el que leur produit de sécrétion vient soulever l’épiderme sous forme de petite goutte purulente, l’éruption prend le nom d’acné syphilitique 1 : on lui donne celui de folliculite quand le même processus atteint les cryptes pilo-sébacées. Ces lésions sont extrêmement fréquentes sur les parties pileuses; on pourrait presque dire qu’aucun syphilitique n’échappe à l’affection croûteuse de ces régions principalement de la tête, aussi, peut-elle s’y montrer absolument localisée, pendant que les papules ou l’érythème évoluent normalement sur le reste du tégument. On sent au toucher de petites croûlelles éparses, el, si l’on écarte les cheveux, la surface grise du cuir chevelu paraît constellée de taches rouges, humides, revêtues de petiles concrétions grenues. C’est là un phénomène précoce, extrêmement persistant, mais qui n’implique aucun pronostic fâcheux. — 11 n’en est pas de même lorsque le processus se généralise, envahissant par poussées successives, et sou-vent au milieu de phénomènes fébriles intenses, la face puis la poitrine et les membres supérieurs. Les pustules paraissent d’abord sous forme de saillies cuivrées, conoïdes, dont le volume varie de celui d’une tête d’épingle à celui d’une lentille. Bientôt leur élevure se couronne d’un point jaune, l’épiderme se crève à leur sommet, et, se mélangeant au pus, forme une croûte mince, sous laquelle on peut voir une petite ulcération dermique; aussi la cicatrisation ne se fait-elle pas sans laisser une dépression brunâtre qui ne se dépigmente que lentement. Exceptons cependant les boutons dont le pus s’est résorbé sans qu’il y ait eu rupture de l’épiderme.
Lasyphilide acnéique est en général discrète; très-souvent elle affecte une disposition figurée, dessinant des circonférences, des ovales, des huit de chiffre ou des entre-croisements plus ou moins bizarres. Il peut arriver que l’éruption se ramasse eu un petit nombre de placards remarquables parla conlluence des pustules, l’infiltration de leur base hyperhémiée, el la netteté des bords qui les limitent; c’est la forme marginée de l’acné syphilitique chronique, pour la première fois bien décrite par Y. Tanlurri (de
1 L’acné syphilitique sc distinguera de l’acné vulgaire aux signes suivants :
Acné vulgaire aiguë. — Siège sur la face, le dos, les jesses, jamais sur les membres inférieurs. — Néoplasme acuminé avec infiltration peu accusée. — Pas d’induration de sa base. — Suppuration moins rapide, mais plus profonde, furonculiforme. — Pas de tendance du pus à se dessécher. — Sensation constante de picotements et de démangeaisons. — Petites cicatrices plissées, allongées, non pigmentées.
Acné vulgaire indurée. — Même siège que la précédente. — Petites tumeurs coniques, — base assez large et infiltrée avec grande tendance à la suppuration furonculiforme et à la néo-formation du tissu conjonctif dans le derme environnant.
JL'LLILX.
SYPHILLDES SECONDAIRES.
Naples). Nous signalerons encore la forme verruqueu.se , fréquemment observée dans les régions pilifères, à la face, au cou, au pubis, au scrotum, aux grandes lèvres. Elle est caractérisée par le développement, soit agminées, soit éparses, d’élevures lenticulaires, d’un rouge pâle, à base large, à croûtes gris-verdâtre, toujours traversées par un poil et fournissant à la pression un abondant produit sébo-purulenl. La marche de cette éruption est essentiellement chronique.
L'éruption papulo-pustuleuse miliaire a reçu le nom de syphilide impétigineuse L Elle se développe généralement par groupes d’éléments voisins mais non contigus entre lesquels la peau ne tarde pas à rougir en leur formant une auréole diffuse. Au bout de quelques jours, le pus se transforme en croûtes aplaties dont les bords dépassent l’aire des pustules, puis qui se détachent en découvrant’ une cicatrice très-superficielle violacée. Dans la syphilide impétigineuse confluente les pustules agminées se pressent les unes contre les autres; à leur surface paraît une épaisse concrétion d'un jaune verdâtre, recouvrant le derme érodé granuleux. Les plaques sont souvent très-abondantes surtout sur la région crânienne et la face qui sont quelquefois littéralement enveloppées de croûtes ocreuses, convexes, irrégulières. Sous le nez l’impétigo syphilitique revêt exactement les caractères du sycosis. Chez les cachectiques cette lésion prend quelquefois une marche maligne, et s’enfonce par places dans le derme qu'elle entame plus profondément sans jamais se généraliser. L ’ impétigo roclens fréquent chez les femmes blondes, strumeuses, est l’indice d’une vérole grave.
Quand chaque pustule dépassant le volume d'une lentille se développe sur une base infiltrée, on dit qu’il y a ecthyma superficiel. 11 est rare que cette lésion succède d’emblée au chancre, si ce n'est dans le cas de syphilis maligne. Survenant vers la deuxième année, comme éruption de troisième ou quatrième poussée, l’ecthyma constitue presque un stade normal de la vérole, une lésion de transition entre les secondaires et les tertiaires et ne saurait comporter un pronostic sévère. Son lieu d’élection est le tégument des membres inférieurs, où l’appelle la congestion normale
La sypbilide pustuleuse peut être confondue avec la gale et la gale peut la compliquer, ce qui en rend toujours le diagnostic fort épineux; car en admettant que la présence de l’acare ait été démontrée, il faudrait encore déterminer s’il existe une éruption syphilitique et quels en sont les caractères.
Gale. — Éruption presque toujours polymorphe, éléments disparates et de volumes divers; — siège sur les mains, le ventre, les fesses, la verge, les mamelons. — Présence de sillons et d’acarcs. — Presque toujours démangeaisons très-violentes.
SYMPTOMATOLOGIE SPÉCIALE DES SYPH1LIDES.
de ces parties, et où sa coïncidence avec les autres éruptions anatomiquement moins graves peut être fréquemment notée.
§ 5. — SYMPTOMATOLOGIE SPÉCIALE DES SYP1IIL1DES SIÉGEANT SUR LES MUQUEUSES