‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 10 sur 56 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l’inoculation peut servir a la thérapeutique.

La mauvaise foi et les spéculations du charlatanisme, qui, tous les jours, exploitent la science la plus sacrée à leur profit, ont pu se servir de l’inoculation de la vérole, comme de toute autre voie de succès et de célébrité ; mais, s^’il est des hommes dépravés et à qui rien ne coûte , il en est que l’intérêt seul de cette science fait agir et contre lesquels aucune imputation malveillante ne saurait avoir de portée.

C’est ainsi qu’on s^est servi de l’inoculation dans l’étude de la prophylaxie syphilitique ; dans cette étude que nous ne saurions trop encourager, et qui , n’en doutons pas , doit un jour arriver à la

découverte d’un neutralisant absolu du principe spécial de la vérole; mais ici^ on le sent bien, l’inoculation n’a pas dû et n’a pas pu être employée, comme celle de la vaccine pour prévenir la variole , et on ne s’en est servi que pour prouver l’efficacité de tel ou tel préservatif.

C’est dans ce sens que Luna Calderon’^ a répété ses expériences qui , bien que probantes, furent si mal accueillies à une époque où la recherche d’un préservatif contre des maladies émanées du ciel pour punir le libertinage était peut-être encore regardée comme un sacrilège. Les faits de Luna Calderon, favorables à l’inoculation et à la démonstration des résultats delà prophylaxie, doivent être rapportés ici.

Une Commission nommée par la Société du cercle médical et composée de MM. Capuron , de Mangeon, Gardien et d’Olivera, se réunit dans l’hôpital des Vénériens de la capitale, à ce sujet.

1" EXPÉRIENCE, avec la résolution préalable de permettre l’infection.

Le T novembre 1812, M. le chirurgien en se-

^ Démonstration pratique de la prophylaxie syphilitique, par le docteur Lima Calderon , publiée à Paris en i8i5.

IXOCDLATION DANS LA THERAPEDTtQDE. 171

cond choisit, dans la salle publique de réception, un chancre vénérien bien caractérisé et y trempa une lancette. Je me ratissai avec cet instrument le côté droit extérieur du prépuce sans y faire du sang. Cinq jours après, je me présentai àrhôpital, accompagné des membres de la Commission , et je fis constater un ulcère léger dans le point ratissé et un écoulement de pus entre le prépuce et le gland (gonorrhée externe); la glande de l’aine gauche était un peu gonflée. M. le chirurgien en chef déclara qu’il voulait s’assurer si l’infection était décidément vénérienne et qu’il fallait attendre encore quelques jours avant de me guérir; j’y consentis et j’attendis jusqu’au neuvième ; ce temps écoulé , je me présentai de nouveau; l’ulcère était devenu un chancre bien prononcé. Il y avait aussi à l’entour trois autres petits chancres moins étendus. Tous les assistants déclarèrent l’infection vénérienne parfaitement caractérisée : j’entrepris pour lors de me guérir, et, trente jours après, il ne parut plus rien sur le prépuce.

Le but avait été entièrement atteint.

L’expérience fut constatée par MM. les commissaires et consignée sur le Registre de l’hôpital.

2* EXPÉRIENCE , avec la résolution préalable de me préserver.

Le 1 8 décembre, je me ratissai encore le prépuce avec une lancette trempée dans un chancre vénérien choisi avec la même exactitude et les mêmes circonstances que dans la première expérience. Immédiatement après, j’y appliquai le préservatif. Au bout de cinq jours , je me rendis à rhôpital pour faire constater le résultat; on n’aperçut aucun ulcère ni aucune lésion sur le prépuce.

Le but de me préserver avait été atteint. L’expérience fut constatée, etc.

3« EXPÉRIENCE , avec la résolution préalable de me préserver.

Le 30 septembre, je fis une autre épreuve semblable, avec les mêmes circonstances. Je me présentai le 9 janvier 1813; le prépuce était sain et sans aucune marque d’infection.

Le but de me préserver était rempli.

L’expérience fut constatée, etc.

4® EXPÉRIENCE, avec la résolution préalable de me préserver.

Le jour de ma présentation, 9 janvier, après

avoir fait constater le résultat antérieur, je ratissai un autre endroit du prépuce , avec des circonstances pareilles, et j’y appliquai mon préservatif. Huit jours après, je me présentai de nouveau, sans avoir la moindre marque d’ulcération sur le prépuce.

Le but , etc. i . . . . .

5® EXPÉRIENCE, par incision sanglante.

M’étant rendu devant la Commission, le 1 7 janvier, je me disposai à me faire une incision au lieu de me ratisser; mais, au moment de faire cette incision , je prévis que la blessure pourrait offrir une suppuration trop peu déterminée pour que l’expérience parût décisive ; je pris donc le parti d’annuler cette épreuve et de la varier de la manière suivante , afin d’obtenir un résultat décisif. Je prévins de cette détermination.

6" EXPÉRIENCE par une double incision : Vune simple f sans contagion, Vautre contagieuse.

J’avais pour but, dans cette expérience, de faire voir l’incision contagieuse cicatrisée en même temps que l’incision non contagieuse, en empêchant le développement de rinfeclion dans le point inoculé, moyennant le préservatif.

En effet, le 10 février suivant, je me fis deux incisions ; l’une contagieuse , au côté gauche du

PREMIÈRE IfARTIE. - CHAPITRE IV.

prépuce , avec une lancette trempée dans le virus; l’autre, non contagieuse, au côté droit, avec une lancette propre. Je me ratissai de même jusqu’au sang la partie comprise entre les deux incisions , avec une lancette trempée dans le virus ; j’appliquai mon préservatif aux deux points inoculés.

Jemeprésentai, le17dumêmemois,à rhôpital : les deux points inoculés et le point qui ne l’avait pas été étaient tous les trois également cicatrisés.

Cette double et triple expérience a prouvé que, moyennant le préservatif, la contagion ne s’est point développée dans les points inoculés ; car l’incision contagieuse et la partie ratissée jusqu’au sang ne Se seraient pas cicatrisées en même temps que l’incision simple, si l’infection s’y était développée.

Le but était donc atteint.

L’expérience fut constatée et consignée , etc.

7® EXPÉRIENCE dune double inoculation contagieuse dans deux dijjérents points, avec le but de préserver Vun, moyennant V application du préservatif, et de permettre, dans l’autre, le développement du mal, en ny appliquant pas de préservatif.

Le 17 février, je me ratissai jusqu’au sang le côté gauche du prépuce, avec une lancette trem-

pée dans le virus, et je me fis pareillement une incision contagieuse au côté droit, toujours avec les mêmes circonstances ; j’appliquai le préservatif sur le point ratissé et non sur l’incision. Àu troisième jour, l’endroit ratissé n’offrait aucune lésion, et l’incision offrait un ulcère caractérisé vénérien.

Le but avait été atteint.

L’expérience fut constatée et consignée, etc.

8« EXPÉRIENCE, avec la résolution préalable de me préserver.

Le 24 mars , je pris une lancette qu’on avait trempée dans le virus, et me ratissai le côté gauche du prépuce de la même manière qu’auparavant.

Cinq jours après, je me présentai sans la moindre marque de maladie à l’endroit ratissé. Le but était donc atteint .

L’expérience fut constatée et consignée, etc.

9' EXPÉRIENCE; deux points r a tissés^ avec la résolution préalable d’en préserver l’un et non pas Vautre.

Le 1 2 mai, je mè ratissai de chaque côté du prépuce avec les mêmes circonstances qu’ auparavant. J’appliquai ensuite mon préservatif au

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