‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 2 sur 56 · VIRUS SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

VIRUS SYPHILITIQUE

« S’il est un genre de maladie où la cause semble être liée à l’effet d’une manière évidente, c’est sans contredit la vénérienne » et c’est cette liaison constante et régulière que prouve surtout l’inoculation.

Depuis Alexander Bened ictus, médecin de Vé-

^ retit-Ra3el , préface à la ti’adnction de Nisbet.

6 PRFJIIÈRR PARTIE. — CHAPITRE PREMIER, i

rone, qui, le premier, admit comme principe contagieux une teinture 'vénérienne produite dans les organes génitaux de la femme par l’altération des humeurs qu’ils exhalent, et qui, reconnue par Fernel , reçut le nom de lues 'venerea , poison, virus vénérien, le plus grand nombre des sypbilographes est resté convaincu de l’existence d’une cause spéciale, d’un principe délétère particulier.

Cependant cette cause , si facile à saisir dans sa source et si régulière à suivre dans ses effets , méconnue des anciens avant la terrible maladie épidémique du XV*’ siècle, a trouvé, dans ces derniers temps , quelques incrédules de bonne foi el beaucoup plus de mécréants intéressés.

Mon intention n’est point, ici, de passer en revue toutes les raisons et tous les arguments qui ont été donnés en faveur ou contre l’admission du virus vénérien J mais, comme l’inoculation a été tour à tour invoquée par les partis opposés, mon but doit être d’en démontrer la valeur définitive, èt> dans ce sens , pour ne rien omettre de cette importante question, voyons ce qu’en ont dit lés auteurs contraires à la doctrine du virus.

Bru, dont les antagonistes du virus ont cité les expériences , et qui était tellement sous l’influence d’idées^ d’une étrange théorie , qu’on a droit de se demander s’il avait bien vu les faits

INOCrLATIOX DU VIBUS SYPHILITIQUE.

qu’il rapporte, et à qui, dans tous les cas, on peut dire avec assurance qu’il n’avait pas su apprécier les circonstances dans lesquelles il avait expérimenté , s’exprime ainsi * :

(( Le virus s’inocule-t-il avec son action vénérienne ou seulement avec une disposition? Le pus des chancres , de la gonorrhée , des bubons est-il contagieux et peut-il servir à inoculer la vérole?...»

« Pour procéder avec ordre et clarté à cet important examen, il faut 1° prouver que ce qu’on entend par virus vénérien ne s’inocule point ; qu’il n’y a que le mode qui s’inocule , et que le viriis ou pus n’est que la conséquence de la neutralisation du mode; 2° que le mode ne s’inocule qu’en vèrtu d’une sorte d’électrisation, après qu’il a manifesté son action par le contact immédiat de la partie saine avec la partie affectée, ce qui nous porte à examiner le mécanisme de l’acte vénérien ; 3° que le mode vénérien peut exister dans un état de fixité; que, dans cet état, il ne s’inocule pas, et qu’il faut qu’il passe dans un état d’expansibilité ; 4° enfin que le mode communicatif de la vérole n’est autre chose quelle feu

^ Méthode nouvelle de traiter les maladies vénériennes par les gâteaux toniques mercuriels; par Bru. Tome 1 , chap. IIÎ, p. 45, Paris , 1789.

s PREMIÈRK PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.

électrique altéré, ou quelque autre matière analogue passée sous une forme d’expansion. »

« Le virus vénérien, selon l’acception reçue, est un délétère qui se trouve combiné avec le pus :

« Il est communément, dit Hunter, sous forme de pus, ou uni avec le pus, ou avec quelque sécrétion de ce genre. »

« Nous sommes bien éloigné^ d’admettre cette façon de définir le virus vénérien; nous croyons, au contraire, que ce qu’on entend par virus ne contient point le délétère que nous nommerons mode vénérien ^ , et nous osons nous flatter de prouver cette vérité. J’ai inoculé avec une lancette, sur le gland et dans l’intérieur du prépuce, du pus provenant des chancres de toutes les qualités et de tous les âges, et la maladie n’a pas eu lieu . »

(( Le même procédé a été pratiqué avec la matière de la gonorrhée sans plus de succès. J’ai employé celui des bubons dans le moment de leur ouverture et toujours inutilement »

«Enfin j’ai porté profondément dans le canal

• ^ Il faut entendre par mode ce qii’ou a voulu exprimer par levain , par germe, par vix’us et par vice 5 le mot ?node indique la cause qui fait que telle chose prend toile natiii'e et telle forme , quoiqu’e.le ait elle-même une nature et une forme differentes ; l’une est l’action et l’autre la conséquence.

Ici cfléctivemcnt l’inoculation ne devait rien produire.

IXOCüLATION DC VIRUS SYPHILITIQUE.

de r urètre du pus provenant de ces trois symptômes, rien n’a paru. J’ai formé des ulcères par les vésicatoires sur le gland et sur le prépuce , et après leur dégorgement j’y ai appliqué du coton imbibé de pus provenant de toutes sortes d’accidents vénériens; j’ai répété mes expériences sur différentes parties du corps ; j’en ai placé dans le vagin de quelques chiennes, sous le prépuce de plusieurs chiens, et tout cela sans aucun effet. D’après cela, j’ai conclu que le pus qui provient de divers accidents vénériens n’était point le virus ; qu’il n’y était pas même uni, et que , nécessairement , ce pus ne pouvait être qu’une conséquence de sa neutralisation. »

(( Cette preuve est sans réplique; il ne s’agit que de l’établir d’une manière notoire, et c’est ce qu’on va faire dans cette section. Mais, avant d’exposer les faits qui y sont relatifs, il se présente une question que nous devons résoudre, afin de ne pas laisser de lacune. Elle consiste à savoir ce que c’est que le mode vénérien, dont les suppurations qu’il excite ne sont qu’une conséquence; car, dans cette supposition, qui se trouve manifestement démontrée, on ne peut pas soupçonner que ce mode s’inocule avec l’action vénérienne. Dans cette hypothèse, non seulement il devrait la manifester à l’instant de l’inoculation, ou du moins très peu de temps après, et la ma-

nifester toujours dans l’endroit même où il aurait été inoculé, puisqu’il est corrosif, ce qui n’arrive que dans le cas des chancres ; encore cette supposition n’est pas exacte , d’autant qu’il n’y a qu’un petit point des parties qui ont été en contact qui s’ulcère ; ce qui prouve que c’est moins l’effet d’une action immédiate que d’une action subséquente. Dans l’inoculation de la petite-vérole , on voit cet effet de l’action immédiate d’une manière sensible ; car l’endroit de l’insertion s’enflamme bientôt, après que le pus y a été déposé. Les effets du virus sont bien plus évidents dans ce lieu que partout ailleurs; car la petitevérole est souvent guérie, que les plaies de l’inoculation sont encore dans un état de suppuration, et sont toujours un foyer d’infection, puisque le pus pris dans ces plaies un mois après le dessèchement des pustules a donné la maladie. Dans l’inoculation du mode vénérien, il n’y a que le chancre qu’on puisse soupçonner avoir été le point de contact pour le virus; car, assurément, la gonorrhée, dont le siège est ordinairement très avant dans le canal, est hors de cette possibilité, ainsi que le bubon lorsqu’il existe seul. »

(( Une autre preuve que le mode vénérien n’est point inoculé avec l’action vénérienne résulte d’une circonstance très familière, et que bien du monde connaît. Un homme a eu commerce avec une

femme infectée; mais il n’éprouve encore aucun effet de l’infection. Il approche, dans cet état, une femme saine à laquelle il ne communique aucun mal ; cependant l’action s’établit chez lui^ la maladie se déclare sous peu de jours, et quelquefois le jour même. 11 paraîtrait, d’après cela, que la maladie vénérienne ne peut être communiquée qu’aprés que le mode a acquis son action; car, une fois que les symptômes se sont manifestés, il a la vertu communicative; mais, d’un autre côté, le produit de ces symptômes n’est point contagieux. On a beau inoculer du pus de toutes les espèces par tous les procédés possibles, l’infection n’a pas lieu. Ge pus n’est donc pas une condition de la vertu contagieuse du mode, il n’en peut être que la conséquence et un signe de son action ; il faut donc nécessairement chercher ailleurs cette vertu. Ainsi le mode vénérien ne pouvant être inoculé par le contact immédiat dans l’acte du coït avant qu’il n’ait manifesté son action, qui n’a lieu qu’après un temps plus ou moins long , on doit conclure de cela , 1 “ que le mode vénérien n’est point inoculé avec l’action vénérienne, mais seulement avec la disposition; 2’ que cette action est le résultat de sa combinaison avec une substance sur laquelle il a quelque pouvoir; 3° que cette substance telle qu’on la suppose doit être d’une nature à mettre le

phlogistique en action, puisque l’inflammation est la première chose qu’elle produit ; 4" que, pour conserver sa vertu contagieuse, elle ne doit être ni soumise au contact de l’air, ni disséminée dans des excrétions purulentes ; 5° enfin, que, ne s’inoculant avec la disposition vénérienne que dans la circonstance du contact immédiat, où il y a chaleur et frottement, et après qu’il a manifesté son action, on ne peut soupçonner autre chose, sinon que, le mode vénérien est le fluide électrique ou tout autre mode du feu élémentaire, altéré et passé sous une forme d'expansion, m

Après Bru , je crois devoir citer textuellement ce que dit Caron du virus vénérien et de son mode de contagion '

« Si l’on peut dire avec raison que l’imprégnation des femelles est une vraie contagion, une sorte de virulence nerveuse , on peut dire également que l’origine et la contagion du virus vénérien sont une espèce de conception, et non le résultat d’une simple intersusception ou absorption d’un liquide virulent. Ce qui a pu induire en erreur et faire confondre le pus vénérien avec le virus, quoiqu’il n’en fût que la conséquence, a été de voir le principe contagieux se communi-

^Nonvclle doctrinedes maladies vc'nerleniics; par J.-D.-F. Caron. Paris, î8u. ...

IXOCÜLATIOS DU VmCS SYPHILITIQUE, 13

quer pendant la sécrétion purulente qu’il établit. Trompé, d’ailleurs, par le mode d’inoculation de la matière varioleuse et par l’analogie qu’on a cru exister entre elle et la matière vénérienne ; trompé, en outre, par la marche et les progrès de la syphilis dans l’économie, il a été facile de regarder le pus vénérien comme le virus, de le faire contracter par une simple absorption et de le voir charrier par la circulation générale. Cette manière de voir paraît si vraie et si naturelle , elle s’est tant accréditée par le temps et l’habitude, que nous sentons toute la surprise que doit causer une opinion contraire. Disons plus, elle à pour elle une si grande prévention, que l’on s’étonne sans se convaincre, en prouvant à soimême, par des expériences nombreuses et faciles, que l’inoculation de la matière vénérienne reste sans effet. »

U Si l’on considère cependant que, même dans les lésions mécaniques, il ne se passe rien de purement physique ou chimique dans l’économie animale I si l’on réfléchit qu’il est impossible de concevoir aucune action morbide sans un trouble précurseur dans les forces vitales, on est bientôt convaincu que le virus vénérien n’est pas un corps, et qu’il ne peut s’inoculer comme tel; mais qu’il doit être regardé comme un procédé animal, dépendant d’un mouvement, d'une mo-

14 PllEMlÊRE PARUE. — CUAIMUIE PREMIER.

dification imprimés aux propriétés de l’organisme. En effet, c’est la susceptibilité naturelle du principe vivant, c’est la sympathie des systèmes capillaire et nerveux qui le développent : aussi sa cause première n’est-elle pas plus connue que celle des autres actions vitales. Tout ce qu’on peut comprendre des contagions se réduit à savoir que les principes virulents doivent avoir des propriétés -communes avec les corps qui les contractent; Or , sans pouvoir expliquer la nature du virus vénérien , ou plutôt le principe de sa conception dans l’économie , nous poserons» comme une vérité incontestable, qu’elle n’a lieu que par une irritation spéciale, une sensation particulière de l’esprit d’animation , puisqu’il faut du frottement, de là chaleur ou une certaine disposition vitale dans les parties propres à cette contagion; puisque enfin la sécrétion vénérienne n’ayant rien de contagieux et d’irritant par elle-même , elle n’est pas même capable de la développer. »

« Vainement, en avouant le résultat des inoculations du pus vénérien , se récrie-t-on, dans un excellent ouvrage moderne, contre les conséquences qui s’en déduisent naturellement : il faut les rétorquer ou en tirer de plus justes ; car toutes singulières et paradoxales qu’elles paraissent.

ISOCÜLATXOX DU VIHÜS SïPHILlTlQÜE. 15

on doit les admettre si la raison les approuve et si l’expérience les confirme. »

« Mais, dit-on, c’est seulement pendant l’incitation voluptueuse de l’acte vénérien que le virus peut s’inoculer matériellement avec le pus. Or , qu’on juge s’il est possible de concevoir l’absorption d’un liquide purulent dans le moment où la fluxion et l’exhalation inhéientes à l’orgasmé vénérien s’opposent absolument à cette fonction. En outre, comment le pus vénérien, qui n’a au-^ cime qualité virulente ^ peut-il irriter les surfaces intègres qu’il touche lors même qu’elles sont eXLcitées par le coït, à moiiiS que cette matière ne soit elle-même rendue plus énergique ou plus contagieuse par l’irritation des parties qui l’ont sécrétée? Car, en supposant que le principe actif ou virulent réside dans le pus avant la copulation , il est démontré que cette mixtion latente lui ôte alors sa vertu contagieuse, et que, si le mode vénérien peut être conçu pendant le coït , c’est par un nouvel acte de l’organisme qui le reproduit. En effet, la matière syphilitique étant hors du domaine de la vie ou de la sensibilité , comment pourrait-elle alors acquérir de nouvelles propriétés? D’ailleurs, en lui àecordant quelque qualité irritante pendant le coït, en supposant même qu’elle puisse concourir à la contagion du principe vénérien, ce ne pourrait être que d’une ma-

nière secondaire et instantanée, et à la faveur d’une cause bien plus puissante, n

« Ce n’est donc pas un virus qui s’inocule dans la contagion vénérienne ; mais, c’est un vice occulte qui se développe en nous, c’est la nature^ c’est la vie qui établit la constitution syphilitique, et non le pus qui en est la conséquence. En un mot, il en est des principes matériels des maladies contagieuses comme de celui de la vie ; ce sont des êtres abstraits qui se confondent; ils ne peuvent être conçus ni étudiés comme des corps, et l’idée de leur existence n’a de réalité qu’ autant qu’elle est liée à celle des effets dont ils sont regardés comme les causes. » . ; . î .

« L’infection vénérienne n’a d’abord qu’une action locale qui s’étend successivement à certaines parties ; • mais elle est toujours subordonnée aux forces de la nature ou subjuguée par les organes essentiels à la vie, puisque le cœur, l’estomac, le^ cerveau, les poumons, etc., n’en ressentent jamais aucun effet, Si les organes générateurs du virus vénérien , si la peaü , les ganglions lymphatiques extérieurs et surtout les organes des sens le reçoivent des premiers, c’est parce que tous ces organes sympathisent ensemble spécialement, parce que tout le système dermoïde se comporte d’une manière plus ou moins analogue dans

INOCLLATiOX DU VIRUS SYPHILITIQUE. 17

toutes les sensations extérieures; parce qu’enfin tout le système capillaire cutané partage les irritations vénériennes^ ainsi que nous Tavons vu plus haut. Or, le’ mode vénérien étant une fois conçu par l’économie, il faut, si son action a lieu, quelle s’établisse à la peau, au nez, à la bouche, aux yeux, aux oreilles, au pharynx, etc., puisque, outre la disposition naturelle de ces organes à le contracter, le contact des vêtements , de l’air, de la lumière, enfin toutes les irritations extérieures ne peuvent qu’en favoriser le développement. » . . . . .

«Une irritation forte et répétée peut bien altérer la sensibilité naturelle de la peau et produire quelque maladie dans les parties irritées, mais elle ne détermine jamais la sensation voluptueuse que procurent les organes génitaux et ceux qui leur sont analogues. Ainsi , les sensations délicieuses du coït, de la pédérastie, de l’allaitement, du frottement des lèvres et des paupières qui agissent et extasient le principe sensitif avec tant de charmes et d’énergie, sont aussi les seules voies de contagion. Quelque grande que soit la volupté des baisers et des succions aux yeux , à la bouche et aux mamelons , on peut même croire que ces organes, qui contractent si facilement la disposition vénérienne lorsque son action est bien déve-

CIÎAm'ilü PKliJHlUl.

18 1*U!ÎM1ÈUÜ i'AUTlîi:. -

loppée, ne pourraient peut-être jamais ia faire naître entre eux seuls ou la concevoir primitivement. Aussi l’observation apprend-elle que la maladie syphilitique est plus ou moins équivoque, dénaturée et dangereuse, suivant que l’acte qui lui a donné naissance s’éloigne du coït, sa vé^ ritable origine. »

« D’après ces données, il nous paraît facile d’accorder les faits, en apparence contradictoires^ que présente l’infection syphilitique des nouveaunés, desnourrices etdés nourrissons. On voit qu’on a eu raison d’avancer, d’aprqs des expériences très exactes, que )e virus vénérien n’était pas contenu matériellement dans la semence , le lait et la salive, mais qu’on a eu tort d’en conclure que Y aura vitalvs des deux premières humeurs , et surtout du sperme altéré par le je ne sais quoi qui constitue le principe syphilitique, ne pouvait uffecter le fœtus etle nourrisson, quoique la disposition vénérienne , affaiblie ou comprimée dans son action par les forces vitales du père et de la nourrice , ne présentât sur ces derniers aucun indice de son existence. Sans doute , il ne faudrait pas conelure, des inoculations expérimentales qui ont été faites, que la matière des gonorrhées récentes et des chancres primitifs , inoeulée dans des circonstances particulières et sous certaines conditions vitales, fût toujours innocente; mais

ISUCCLATiON DU VIRUS SYPiilLlTiQUE. 19

OU peut assurer qu’elle n’inoculera jamais le mode syphilitique qu’elle ne contient pas. En effet, si, en irritant seulement la peau, on peut déterminer son affection consécutive, comment la matière purulence d’un phlegmon ou d’un chancre primitif, insérée sur un endroit irrité, n’y produirait-elle pas une action morbide particulière? Mais de quelle espèce sera-t-elle? une affection purement locale,, relative à la nature, à l’énergie du fluide inoculé et à celle de l’irritation. »

11 est bien évident, d’après ce qu’on vient de lire, que Bru n’a présenté ses expériences que pour soutenir une théorie à laquelle les résultats positifs de l’inoculation étaient contraires, et de deux choses l’une, comme le prouveront bientôt mes recherches; ou Bru n’a pas su expérimenter, ou il a été de mauvaise foi. J’aime mieux croire à la première de ces suppositions, en tenant compte du petit nombre d’expériencea que Bru a faites, et cela encore à de longs intervalles.

Quant à Caron, ses raisonnements vagues et sans fondements ne méritent pas une réfutation sérieuse, et la manière dont il s’exprime sur les résultats de rinoculation prouve que non seulement il ne l’a jamais pratiquée, mais qu’il n’a même pas su la juger.

Laissons maintenant parler M. Jourdan contre l’inoculation, argument terrible et gênant pour

Fécole à laquelle cet habile écrivain se rattache;

Cf On prétend, dit-il, que le virus vénérien appartient exclusivement à l’espèce humaine. Cette assertion repose principalement sur quelques expériences, d’après lesquelles Hunter etTurnbull ont conclu que les chiens, les lapins ni les ânes ne sont pas susceptibles d’être atteints de la vérole par Y inoculation. Mais si le virus syphilitique ne peut être inoculé aux animaux, il n’est pas susceptible de l’être toujours aux hommes euxmêmes. D’ailleurs on observe très fréquemment de véritables maux vénériens chez les brutes. Les chiens et les chiennes offrent souvent des traces non équivoques d’ injlammation de la membrane muqueuse génito-urinaire, qui sont suivies de gonorrhée, de chancres, de phimosis, de paraphù thosis et de gonflement des bourses, etc. »

Après avoir cité les expériences négatives, M. Jourdan ajoute’^' que, de son côté, M. Evans assure avoir inutilement, et à plusieurs reprises, essayé l’inoculation de la gonorrhée sur lui-même, et l’inutilité de ces tentatives, qui ont échoué aussi entre les mains d'autres expérimentateurs, est fort remarquable en ce qu’elle démontre que l’efficacité du pus vérolique, sous ce rapport, est bien inférieure à celle de V ammoniaque.

Traité complet des maladies vénériennes. “1 vol, in-S», Paris ,

« Cependant, dit M. Jourdan, quelque positives que soient ces assertions étayées de faits nombreux, d’autres expériences établissent que l’insertion du pus gonorrlioïque ou xîbancreiix peut déterminer des ulcérations suivies du gonflement des glandes lymphatiques voisines. Mais il y a contradiction, à cet égard, entre les auteurs. Le fait serait fort rare suivant Hunter, qui assure avoir souvent appliqué du pus vénérien sur des ulcères, et n’être parvenu qu’une seule fois à provoquer une inflammation vénérienne ; il est très commun, au contraire, et à peu près constant, d’après M. Cullerier neveu, qui, ayant fait des expériences sur plusieurs sujets, et les ayant répétées plusieurs fois sur le même, a vu toujours se développer, dans l’endroit de l’insertion du pus syphilitique pratiquée avec la lancette sur le pénis, soit par piqûre, soit }iar érosion, des ulcères en tout semblables à ceux qui avaient fourni la matière. Le même écrivain rapporte que trois élèves de l’hôpital des Vénériens ont eu , à la suite d’expériences semblables, un ulcère qui a duré fort longtemps, et qui a été accompagné de l’engorgement des glandes axillaires ; que les accidents ont cédé, chez eux, aux moyens antiphlogistiques; enfin qu’un quatrième, qui fit le même essai, quelque temps après, n’éprouva aucune irritation locale. »

CIIAPITnE PREMIER .

22 première partie. —

Mais que les exemples d’accidents survenus après ces sortes d’inoculation soient i“ares pu communs, peu importe J ils ne suffisent pas pour démontrer l’existence d’un virus, puisqu’on voit fréquemment des résultats semblables, et même plus graves, dépendre d’une simple piqûre, point de doctrine sur lequel les observations de M. Ëhaw viehnént dé répandre beaucoup de lumière. Il s en faut d’ailleurs de beaucoup que la possibilité ou du moins la facilité à' inoculer la vérole soit admise par tous ceux même qui croient au virus. M. Lagneau doute qu’on inoculé la maladie en introduisant une bougie couverte de pus gouorrhoïque dans l’urètre, et pense que le flux, quand il s’établit, ne tient qu’à l’irritation mécanique exercée par la bougie sur les parois du canal. C’est aussi l’opinion deM. Çullèrier oncle^,, qui s’exprime de la manière suivante au sujet de rinociilation en général : « Nous croyons pouvoir assurer que le fluide qui sert dç véhicule au virus doit être doué d’un degré de chaleur d’unè espèce de vie^, qui conserx’^e au virus la force de s’attacher au nouveau corps auquel il a été transmis. » Il eut été .plus exact de dire qu’il faut que les parties exposées à la contagion

Dictionnaire des Sciences médicales, tome r, Paris, i8ai , Cidlcrier et Bard,

INOCÜLATIOX Dü VIRÜS SYPHII.ITIQÜE. 23

se trouvent dans certaines conditions pour la recevoir. .

Lorsqu’on lit avec attention les pages qui précédent , il reste évident que les arguments de M. Jourdan tombent devant le raisonnement et l’expérience. En effet, l’expérience prouve, comme l’ont avancé Hunter et Turnbull, que les animaux dont iis ont parlé ne sont point susceptibles de contracter la vérole, propre à l’homme, par voie d’inoculation, ce qui ne les empêche pas d’avoir des inflammations des muqueuses et des ulcérations des organes génitaux; toute inflammation et toute ulcération de ces parties ne devant pas, de nécessité, être de nature syphilitique, pas plus chez les brutes que chez l’homme, même après le coït, ainsi que le raisonnement et l’expérience le prouvent incontestablement. Quant à l’insuccès de l’inoculation de la vérole sur l’homme lui-même, prouvé par les expériences de Bru, on sait déjà à quoi s’en tenir, et celles que j’ai faites ne laisseraient aucun doute pas plus sur ce point que sur celles d’Évans qüi, bien régulières et bien pratiquées, ont dû nécessairement amener les conséquences indiquées, sans rien ôter à la valeur de l’inoculation du pus des chancres, comme nous le verrons plus tard. Pour ce qui regarde les réfutations des résiiltats positifs ol^tenus par M. Cullerier neveu , les doutes de

24 PnEMlÊRE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

M. Lagiieau et l’opinion de feii Michel Cullerier, ainsi que les pensées qui suivent, et auxcpielles M. Jourdan aurait dû ajouter la note du traité des difFérentes espèces de gonorrhées par Hecker on jugera de leur valeur quand on connaîtra V ensemble de mes recherches.

Mais , fidèle a la marche que j’ai adoptée , et afin de connaître toutes les pièces du procès,' voyons si M. Pûchond des Brus , cet athlète de la soi-disant nouvelle doctrine, a été plus heureux dans ses commentaires et dans ses réfutations des faits relatifs à l’inoculation. Laissons-le parler^^ :

«Il faut conclure, dit-il, que la contagion des

^ «On pourra 'révoquer en cloute les expériences de Harrison, citéès-par Swédiaur , ou celles que nous avons rapportées d’après Bell , lorsqu’on connaîtra celles qui ont été tentées dernièreihent d an sJ l’hôpital des Vénériens de Paris, par MM. Bertin, Cnllerier et Gilbert, qui ont essayé, à diverses reprises, d’inoculer par la lancette le virus de la gonorrhée et çelui des chancres , et qui m’ont tous assuré n’avoir jamais pu produire aucun symptôme , d’oi'i il faut conclure que ces maladies ne se communiquent que par le coït. » ‘

Traité des différentes espèces de gonorrhées , par Auguste^Frédéric Hccke'r, traduit de l’allemand , par À.-J.-L. Jourdan , avec des notes de P. P. Alÿon , page‘ aô5 , Paris , i8ia.

I.es memês hommes ont, plus tard, obtenu des résultats contraires, ce qui prouve que d’abord ils avaient mal expérimenté.

De la Non existence du virus vénérien , par L.-F.-R.-A. Ricliond des Brus du Puy ( Haute-Boire ) , tome j , page 7C , Paris ,

IN'OCDLATION Dü VIRCS SYPHIUTIQCE. 25.

maux vénériens ne prouve pas qu’ils tiennent à un virus spécifique. »

^ « Voyons maintenant si le développement d’ulcères et d’engorgements ganglionnaires, après l’inoculation du pus vénérien, peut prouver l’existence de cet être. »

« Les résultats de ces inoculations sont bien loin d’être aussi confirmatifs de la théorie syphilitique que le pensent ses défenseurs. Dans beaucoup de cas, l’insertion, sous la peau, du pus vénérien ne détermine aucun effet; et dans ceux où quelques phénomènes inflammatoires sont développés localement ou vers les ganglions éloignés, on peut très bien s’expliquer le phénomène, sans recourir à l’admission d’un être chimérique... »

« Hunter, que je considère comme l’auteur qui a eu les idées les plus saines sur les ntaladies qui nous occupent, et dans l’ouvrage duquel on voit souvent briller la vérité à travers un grand nombre d’erreurs communes à son siècle, s’est occupé de diverses expériences relatives à l’inoculation du pus syphilitique dont je vais faire connaître les résultats. »

(( 4°. Il prit du pus qui s’écoulait des ulcères qu’avait sur le corps un malade de l’hôpital Saint-Georges, atteint de syphilis. 11 pratiqua, sur la peau du dos qui était douce et intacte, trois petites incisions assez profondes pour en

26 PREHIIF.nE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

faire sortir du sang, dans lesquelles il introduisit de la matière purulente. Il en fit ensuite une quatrième avec une lancette propre. Toutes les plaies se consolidèrent sans qu’aucune d’elles ait reparu depuis. Il répéta plusieurs fois cette expérience, et obtint toujours le même résultat. »

(( 2°. Sur un homme qui avait, sur diverses parties du corps, des pustules vénériennes, il inocula, dans les parties de la peau qui en étaient exemptes, de la matière d’un chancre d’uné autre personne , dé même que de celle qui découlait de ses propres Liicères. Les plaies qui étaiént imprégnées de la matière du chancre devinrent des chancres bien caractérisés, tandis que les autres se consolidèrent. Huhter dit avoir fait plusieurs fois la même expérience , et avoir vu toujours les choses se passer de même... w

(( Ges faits pourraient amener à conclure, je pense, que l’infection générale des humeurs, qu’on prétend exister quand il se manifeste quelqu’un des signes de ce qu’on appelle vérole confirmée, est chimérique^ puisque le pus, extrait de pustules vénériennes et d’ulcères constitutionnels , ne se trouva pas chargé du virus et ne produisit point l’effet qui aurait dû être remarqué s’il eût été virulent, et puisque, s’il elle eût existé, une nouvelle infection n’aurait pas pu être opérée à l’aide du pus d’une personne étrangère, l’é-

INOCÜLATIOX nu VIRUS SYPHIUTIQUE. 27

conomie en étant , pour ainsi dire, saturée. »

« 3“. Du dernier faiton pourrait encore, à mon avis, conclure que la propriété contagieuse ne tient pas à l’essence spécifique du pus, mais , le plus souvent, à l’acuité plus ou moins grande de la phlegmasie qui le forme. C’est ainsi que des gonorrhées qui sont contagieuses dans leur première période cessent de l’être quand elles deviennent chroniques ; que l’humeur nasale qui s’écoule pendant les premiers jours d’un coryza violent excorie les lèvres, tandis que, vers les derniers, elle perd cette propriété ; que les leucorrhées nouvelles, ou repassées à l’état d’acuité, ' produisent souvent des uréthrites chez les hommes qui s’exposent au contact des mucosités excrétées, tandis que, dans leur état de chronicité, elles sont ordinairement innocentés. M

t( S’il n’en était point ainsi, il serait difficile de se rendre compte dé rexpériencé dé Hunter ; car il est bien clair que le pus fourni par des pustules vénériennes devrait être plus yirülent que celui qui découle d’un chancre, puisque celles-ci sont l’expression d’une infection générale, tandis que le chancre n’en est que le germe non fécondé encore. »

(( On m’objectera peut-être que le virus extrait d’un individu ne peut pas avoir d’action sur luimême , vu que , comme je le dis moi-même , les

28 PREMIÈnE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

parties en sont sursaturées , tandis qu’un nouveau virus venant à être déposé, l’économie, qui n’y est pas accoutumée, peut en recevoir une action morbifique. Mais il n’est pas vrai, d’abord, que le pus fourni par une personne autre que celle qui en est inoculée contienne pour celle-ci un virus nouveau inaccoutumé. Le virus , en effet, est un être toujours le même, que l’intérêt de la théorie que j’attaque doit faire considérer comme identique chez les divers individus ; autrement ses effets devraient être fort différents, et l’on assure qu’ils sont les mêmes. En second lieu, l’habitude de l’économie au virus qu’on suppose est un rêve de l’irnagination , que dissipe l’observation journalière. En effet , quel est le praticien qui n’a pas eu l’occasion de remarquer le développement de nouveaux accidents déterminés par une véritable inoculation de leur propre pus , chez des malades profondément atteints des maux appelés syphilitiques ? J’ai observé ce phénomène fort souvent chez un nommé Perrez, que je traitais d’ulcères et de bubons , à l’aide des mercuriaux : un ulcère du gland acquit beaucoup d’étendue pendant le cours d’une forte salivation. La cuisse fut touchée par le pus qui en découlait dans un endroit où il existait un bubon ouvert à son extrémité. Il en résulta un ulcère qui acquit le volume d’ùne pièce de cinq

francs et présenta des bords durs, inégaux, la surface grisâtre, la forme arrondie. Chez un autre soldat je vis un ulcère parfaitement semblable, produit sur la cuisse par le mucus blennorrhagique. Tous les jours, je voyais dans mes salles, à Strasbourg, des gonorrhées produire des ulcères, des bubons, des végétations, etc., bien qu’elles pussent être considérées elles-mêmes comme consécutives à une injection générale... »

U En outre, si l’on persistait à considérer le virus comme différent chez les divers individus , je pourrais mettre en opposition avec l’opinion que je viens d’attaquer celle de Hunter, qui prétend que deux actions ne peuvent jamais avoir lieu sur la même constitution, ni sur la même partie, dans un même temps, et que c’est pour cette raison que certaines personnes peuvent résister à certaines affections miasmatiques ou contagieuses. »

(( Mais revenons aux expériences. Une personne fut inoculée, à l’hôpital Saint-Georges, avec de la matière prise sur un ulcère vraiment vénérien, qui se trouvait sur une amygdale de même qu’avec celle d’une gonorrhée. Cette dernière produisit un chancre', l’autre ne fit rien. Il est bien remarquable que le pus émané d’un ulcère consécutif, et, par conséquent, très vénérien, n dût rien produit, tandis que les mucosités fournies par une uréthrite, maladie à laquelle les praticiens

30 PllliMlÈUli; PARTI lî. - CUAPITRE l’REJIlEU,

refusent généralement la nature sy}}hilitique, determinèrent un chancre. »

« Ou Hunter se trompa en croyant bien vénérien rulcére de l’amygdale, et alors le diagnostic ne serait pas facile, comme on s’efforce de le faire croire, ou il l’était véritablement, et alors le pus qui en découlait n’était pas virulent. Orr doit avoir peu de confiance dans los exemples rapportés par les auteurs d’inoculations de la syphilis, au moyen de plumes imprégnées de salive, de vase, d’objets de pansement. »

a Quant à la gonorrhée, conclura- t-on qu’elle était vénérienne, parce qu’elle a produit un chancre? Cela ne serait pas fort raisoimable, puisqu’il est bien constaté que clés phénomènes absolument semblables sont produits par les gonorrhées occasionnées par des causes autres que le coït, a

« Bru, qui, parsuitedes expériencesjiombreuses qu’il a faites, a été conduit, comme Hunter, à considérer l’infection générale de réconomie comme une hypothèse déraisonnable démontrée fausse par rexpérienee et le raisonnement, me fournit le fait suivant : »

« Deux matelots, pour esquiver le service pénible qu’ils étaient obligés de faire, et pour se préserver d’un voyage qui devait être prochain, se mirent sur le gland des cantharides, et don-

nèrent lieu à un développement d’accidents qu’on dut prendre pour vénériens. Lorsque le mal qui en était résulté fut, en partie, dissipé, et qu’il ne restait qu’une légère ulcération , ils tentèrent de s’inoculer le mal de leurs camarades. Ils prirent du pus de plusieurs d’entre eux, l’appliquèrent sur leurs ulcères et attendirent vainement le résultat qu’ils se promettaient : malgré leurs tentatives répétées, ils guérirent. «

« Dans beaucoup d’autres cas, le médecin tâcha d’inoculer le pus des ulcères de la verge ou des bubons abcédés, et il ne put jamais obtenir des effets vénériens. Il tenta aussi des essais sur les chiens. Sur plusieurs d’entre eux, il pratiqua des excoriations avec les mouches cantharides, et il appliqua ensuite dessus du pus vénérien ; il n’obtint pas de résultats. Il est facile de concevoir pourquoi : ce n’est pas parce que le virus syphilitique est propre à l’homme, comme on le dit, mais bien parce que les cantharides avaient déterminé une irritation assez vive pour qu’un nouvel irritant fût sans action’^; elles avaient opéré tout l’effet que celui-ci aurait pu produire. »

^ Le de'faut de re'suîtats, dans ce cas, prouve seuièment que, X30irf que le virus vénérien agisse , il faut des eoùditions de tissu , ètrex^ périence m’a prouvé que les surfaces de vésicatoires en particulier araient bt^coup de peine à s’inoculer. En effet, j’emploie tous les jcursles vésicatoires sur des bubons virulents, riiéme après leur où-

(( M. Dubled, chirurgien interne à l’hôpital des Vénériens, fit part, le 11 mars 1824, à la section de chirurgie de l’Académie royale de médecine, d’une expérience qu’il a tentée sur lui-même, le 27 février’^. « Etant allé, dit-il, à l’hôpital des M Vénériens, je priai MM. Hulin et Cazoviel, in- » tei’nes dans cet hôpital, de pratiquer sur moi » l’inoculation syphilitique. Nous nous rendîmes » dans la première salle des malades, et M. Hu- » tin, ayant recueilli sur la pointe d’une lancette )) du pus provenant de la surface d’un chancre » du gland, ainsi que de la matière purulente » fournie par le canal de l’urètre, pratiqua, sur le » milieu de la surface dorsale de mon avant-bras )) gauche, l’opération de l’inoculation. Ayant re- » tiré la lancette en même temps qu’il maintenait )) le pouce appliqué sur la piqûre, il resta dans )) cette position pendant quelques minutes; puis )) nous appliquâmes sur la piqûre une compresse » trempée dans l’eau fraîche, et on la maintint » par quelques tours de bande. La douleur, assez

vei-tm-e, et alors qu’ils foui’nissent le pus spe'cifique ; et tandis qué celui-ci peut s’inoculer à la lancette sur tout autre point de la peau, la surface du vésicatoire, qui en est souvent baignée, ne s’infecte pas : je n’ai eu que deux ou trois exceptions à celte règle générale.

* Expérience de M. Dubled. Extrait des Annales de la médecine physiologique, n*’ d’avril, 1824.

IXOCt'LAïlOX Dü VIRUS SYPHILITIQUE.

» vive dans le moment de la piqûre, alla toujours » en diminuant, et, au second jour, cette der- » niére était parfaitement cicatrisée. «

. « Plusieurs fois j’ai pratiqué des piqûres sur les cuisses et le bas-ventre d’individus placés dans mon service, avec des lancetles chargées de pus fourni par les chancres les plus graves, et, hors un seul cas, dans lequel il y eut une légère phlogose, je n’ohtins jamais de résultats. »

(( M. Bertin n’a pas pu produire une seule fois la syphilis à l’aide des inoculations qu’il tenta sur plusieurs individus. »

« Probablement, comme l’observeM. Dupau, en réponse à l’observation de M. Dubled, que si les inoculations étaient faites sur le prépuce ou le gland d’un individu qui serait en érection, l’infection serait plus facile ; car, dans ce cas, l’engorgement des vaisseaux capillaires, qui entre dans la composition des corps caverneux, détermine un accroissement de chaleur et de sensibilité qui rend l’absorption plus facile, et l’excitabilité de la partie plus exquise. Mais les accidents qui pourraient naître d’une inoculation faite dans ces circonstances ne seraient pas, pour cela, vénériens. »

«Je crois donc, d’accord en cela avec M. Dubled, que le pus vénérien peut devenir la cause d’une inflammation ulcérative ; mais que , dans le cas

où celle-ci se développe, elle constitue un phénomène purement local, qui, comme les autres inflammations, peut déterminer, soit par sympathie , soit par continuité de tissu , des altérations diverses dans les organes voisins ou éloignés. »

« En opposition avec les expériencesquej’ai rapportées , on citera , sans doute , le résultat qu’obtinrent trois jeunes médecins des inoculations qu’ils tentèrent sur eux , et qui a été promptement proclamé par les journaux de médecine : tous trois , dit-on , se piquèrent au bras avec une lancette chargée du pus syphilitique. Chez l’im, il se manifesta un engorgement des glandes de l’aisselle, qui, traité par les seuls antiphlogistiques, passa à l’état de suppuration et entraîna un délabrement considérable de l’aisselle. Chez le second, la piqûre s’en flamma et s’ulcéra; un chancre, présentant tous les caractères vénériens, se manir festa et étendit ses ravages. Mais admirez un peu jusqu’où peut aller le désir de trouver du merveilleux ; on a prétendu que ce jeune homme, après avoir consulté un professeur de l’École de médecine qui lui dit que l’ulcère éidSivénérien et qu’il fallait employer le mercure , rentra à l’hôpital et s’ouvrit l’artère crurale’^ ! »

^ Le fait est vrai, c’était un de mes amis.

ISOGULATION DO ViBOS SI'DHILITIQOE^ 35

ToutenaGcordaritàMéRichondletributd’éloges qu’il mérite pour les services qu’il a rendus à la science , est-il possible d’admettre un seul de ses arguments, contre les résultats si positifs del’inoculation et dotit lui-même fournit les preuves? je ne le pense pas,* car, si je l’ai bien compris, sés principales objections se réduisent aux propositions suivantes :

'1°, Les résultats de l’inoculation sont négatifs ou incertains j

2». Les symptômes secondaires de la vérole, plus virulents que les primitifs , devraient s’inoculer seuls, et le contraire a lieu.

3°. S’il y avait des véroles constitutionnelles , des infections générales, les individus saturés du principe vénérien ne devraient pas être susceptibles d’une nouvelle infection, et cependant il en est autrement, d’après les expériences de Hunter.

4°. La propriété contagieuse des sécrétions vénériennes ne tient pas à l’essence du pus , mais au degré d’inflammation de la partie qui lé fournit.

5°. Le pus de la gonorrhée, que beaucoup d’auteurs regardent comme une affection simple, ne devrait pas s’inoculer, et, dans l’expérience de Hunter, le contraire eut lieu.

Mais, sans s’abuser, M. Richond peut-il soutenir des propositions semblables, et ne peut-on

36 mEMlÈRE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

pas lui répondre, comme il s’en convaincra bientôt, \° que l’incertitude dans les résultats de l’inoculation ne tient qu’au défaut de précision dans les expériences ;

2°. Qu’il n’est pas besoin, pour qu’ils soient dus à une cause spéciale , que les symptômes secondaires s’inoculent comme les primitifs , et qu’ils soient plus virulents que ces derniers ;

3». Que la possibilité d’inoculer de nouveaux symptômes primitifs, comme lui-même l’a observé , n’empêche pas une infection générale d’avoir eu lieu et d’exister encore , une infection n’en prévenant pas une autre;

Que jamais, avec du pus d’une gonorrhée, d’une leucorrhée, d’un coryza simple, on ne produira des chancres, bien qu’il puisse donner lieu à des irritations, des excoriations même; .

5°. Que, quand le pus d’une gonorrhée produit un chancre par l’inoculation, c’est qu’il y a autre chose qu’une gonorrhée ;

6“. Enfin, que ses expériences l’ont trompé, que celles de Berlin ont été, de nécessité, mal faites, et que M. Dubled m’a, depuis , dit qu’il avait complètement changé d’opinion ?

M. Devergie^, dont la doctrine physiologique

^ clinique de la maladie syphilitique, par M. X. Ücvcrgic , Paris j 1826.

invoque , à bien des titres mérités , l’important témoignage et l’autorité, n’ajoutant rien aux contradictions précédentes , n’exigera pas de réfutation à part. Il se demande, toutefois, si les expériences prouvent en faveur de l’inoculation , et dit qu’elle a été tentée depuis longtemps^et à de nombreuses reprises, mais sans qu’elle ait jamais produit des résultats décisifs dont ses adversaires puissent se prévaloir. Dans beaucoup de cas, d’apréslui elle n’a été suivie d’aucun effet, soit qu’onl’eût pratiquée avec le pus d’accidents primitifs, soit que la matière des affections secondaires eût été employée. Quelquefois , cependant , il en est résulté des symptômes locaux dans les glandes voisines ou éloignées. Voici ce qu’ont produit, d’après M. Devergie, les expériences de quelques praticiens * :

M. Percy , qui a tenté aussi les inoculations syphilitiques , lui disait avoir échoué très-souvent , surtout avec le pus des bubons, tandis qu’il croyait avoir réussi avec la matière des chancres et de la blennorrhagie.

Je me suis livré moi-même, ajoute-t-il, à des expériences de cette nature, elles ne m’ont conduit à rien de satisfaisant.

«Chargé, danslacampagne d’Allemagne (années 4807-1808), du service d’un grand nombre de

* Voir les cspériences tlc^Fîunler, de Bni, etc.

38 PREMlfenE PARTfE. — CHAPITRE PREMIER.

malades a! teints de la syphilis, j’ai répété ces expériences successivement avec la matière provenant des écoulements de Turètre, des ulcères du gland, des bubons, des ulcères chroniques j j’ai presque toujours échoué dans mes tentatives,* le pus seul des chancres de la verge a donné lieu, chez deux individus, à des ulcérations de nature bénigne, qui n’ont nécessité pour leur guérison que de simples soins de propreté. ». . . .

Toutefois, laissons parler, à son tour, M. ])esruelles , dans l’ouvrage qu’il vient de publier sur les maladies vénériennes et dans le sens de la nouvelle doctrine :

« Les auteurs, dit-il, ne pouvant déterminer « priori les caractères particuliers et distinctifs des ulcères, ont recours à des moyens qui sont incertains et ne sauraient les guider dans le diagnostic; ainsi ils affirment qu’une lésion aux organes génitaux ou ailleurs est vénérienne lorsqu’elle est accompagnée d’une autre lésion , lorsqu’elle est dérivée du coït, ou d’une circonstance propre à leur faire soupçonner l’origine de ces maux; si ces investigations ne les éclairent pas assez , ils inoculent le pus des ulcères. « On ne saurait, disent

Traite praliqiic des maladies véuiTÎennps , par lî.-M. -J. Des-

MM. Cullerier et Ratier, proposer un moyen de diagnostic plus vicieux que rinoculatioii du |pus recueilli à la surface des ulcères, ainsi qu’on n’a pas craint, dans ces derniers temps, de le préconiser. Que résulte-t-il, en effet, de cette pratique ? Le malade a un ou deux ulcères de plus j les chances d’infection générale augmentent à proportion, de sorte qu’on a donné la syphilis constitutionnelle à un homme qui ne l’aurait pas eue peut-être. Il est vrai que les partisans de cette opération expérimentale n’y regardent pas de si prés, et qu’ils comptent qu’il n’en coûte pas plus pour guérir une syphilis double qu’une simple au moyen du traitement mercuriel. D’ailleurs, l’ulcère résultant de l’inoculation ne saurait offrir de caractères plus significatifs à ceux qui n’ont pas su les reconnaître sur rulcère qui s’est développé d’abord j et si l’inoculation vient à ne pas réussir, par une circonstance dépendante de la négligence ou de l’inadvertance de l’opérateur, la maladie sera donc par là déclarée complètement étrangère à la syphilis , et le malade, à qui on aura ainsi délivré une patente nette, s’en ira tranquille donner une affection fâcheuse à ceux qui auront quelques rapports avec lui ? Voilà pourtant à quelle fâcheuse extrémité conduit une opinion fausse dont on n’a pas prévu les suites. »

« Depuis onze ans que nous étudions, d’une manière expérimental^, les maladies vénériennes au Val-de-Grâce, nous n’avons jamais pu nous résoudre à inoculer aucune des lésions syphilitiques.»

«Notre position, du moins, nous le pensons ainsi, ne nous permet pas de faire courir des chances incertaines aux soldats de l’armée qui sont confiés à nos soins, et d’ailleurs nous avions, sur ce point de doctrine, des idées semblables à celles que viennent d’émettre MM. Cullerier etRatier; au contraire, M. Ricord, chirurgien de l’hôpital des Vénériens, a sans doute de bonnes raisons pour ne pas partager nos craintes et nos scrupules.

« Au reste, nous ne prétendons pas blâmer M. Ricord ; nous profiterons des expériences qu’il tente avec tant de persévérance et de continuité pour éclairer cette grave et intéressante question , et s’il parvient aux résultats qu’il se promet , on devra lui savoir gré du zèle qu’il met à les obtenir. Voici les principaux résultats auxquels il est déjà arrivé ; nous les rapportons tels que nous les avons entendu énoncer par M. Ricord lui-même :

» Le chancre, pendant sa période d’ulcération, s’inocule toujours,*

» Le bubon d’absorption suppuré s’inocule toujours.

I>OCCLATION DU VIBCS SYPHILITIQUE. 41

» La pustule d’inoeulation peut être reproduite par son pus à l’infini;

» Le pus de l’urétrite non ulcéré ne s’inocule jamais. »

Cf II résulte de là que la forme ulcérative, mais à l’état aigu, est seule susceptible de s’inoculer. Nous attendrons, pour juger la valeur des expériences de M. Piicord, qu’il ait complété toutes celles qu’il se propose de faire, et qu’il ait fait paraître le mémoire qui les renfermera. >>

« De ce qui vient d’être dit, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :

» Il n’y a, à proprement parler, qu’une seule espèce de maladie vénérienne primitive, c’est l’irritation d’une surface sensible , qui a été touchée par la cause contagieuse. Les autres maladies,telles que les ulcères, les adénites, les orchites, les végétations, ne sont que désaffections dont le développement est secondaire à la forme érythémateuse qui est primitive; la manifestation plus ou moins apparente de celle-ci précède toujours toutes les autres formes. Cellesdanslesquelles sont rangées lesmaladies consécutives dépendent aussi de la forme érythémateuse. Quelle que soit l’espèce de maladie vénérienne, on ne peut lui assigner des caractères tellement tranchés qu’il ne reste , dans l’esprit de l’ohservateur, aucune incertitude sur la nature di-la cause. L’inoculation ne vient pas répandre

im jour assez pur sur le diagnostic pour dissiper complètement toutes les obscurités dont il est environné. »

Ici , comme on le voit, M. Desruelles ne nie pas les résultats de l’inoculation ; mais il est bien remarquable, dans la doctrine qu’il professe, de le voir exprimer ses doutes sur les chances incer-~ tailles qu’elle pourrait faire courir aux malades confiés à ses soins ! Quant à l’opinion sur l’inconvenance des expériences, et que M. Desruelles partage, je ne saurais la laisser passer sans réfutation.

■Que des hommes comme M. Desruelles, contrairement aux idées qu’ils professent sur la nature des maladies vénériennes, n’aient pas cru pouvoir faire des recherches expérimentales, c’est possible, et s’ils les blâmaient même, c’est une opinion qu’on devrait respecter; mais que ceux qui les ont pratiquées et qui n’ont pas craint de le faire d’un individu malade à un individu sain en aient parlé comme on vient de le voir, c’est chose difficile à comprendre , surtout quand les mêmes personnes, depuis l’article cité, ont de nouveau pratiqué des inoculations !

A cette occasion , qu’il me soit permis , tout en reconnaissant, plus que personne, le mérite des travaux démon savant collègue M. Cullerier, de

n'OCTLATIOX DU VIRt'S SYPHILITIQÜE. 43

citer i’ârticle Diagnostic d’üne thèse d’nn de mes éièves

Diagnostic. — « Dans la première partie de notre travail, nous avons indiqué combien les moyens ordinaires de diagnostic étaient insuffisants. Le siège ne peut rien prouver, les parties génitales étant sujettes à des ulcérations ou à des lésions mécaniques qu’on ne saurait, avec la meilleure volonté, rapporter au chancre, qui, du reste, se retrouve, avec ses caractères irrécusables , sur tout autre point du tissu cutané ou muqueux. La forme n’offre rien de plus précis; nous avons vu qu’elle peut varier suivant le siège ou telle complication étrangère à la maladie. La marche que quelques auteurs ont voulu prendre comme le meilleur moyen de diagnostic nous paraît bien insuffisante à ^et égard : d’abord on ne peut le plus souvent en voir qu’une partie, et, sur cent cas choisis au hasard , à peine deux fois se trouvera-t-elle régulière, influencée qu’elle sera par les idiosyncrasies et les accidents qui peuvent la voiler; l’état plus ou moins douloureux, plus ou moins inflammatoire , varie d’une extrémité à l’autre , quelquefois dans des circonstances inappréciables. Le

* Considérations sur le chancre, par M. le docteur Doussaint de Gand, i 4 mars i837, Paris, thèse no C8.

traitement ne saurait être invoqué; car, ainsi que nous l’avons dit, des ulcères, des plaies devenues atoniques, ou offrant telle indication par suite de mauvais traitement, réclament, dans tous ses détails , cette thérapeutique qu’on avait voulu regarder comme probative. Enfin citons, ici les auteurs de l’article Sjphilîs, dans le Dictionnaire en 15 vol., qui, après avoir combattu tous les moyens de diagnostic du chancre, même en partie celui qu’ils reconnaissent le meilleur, sont forcés de se contenter d’écrire ces mots :

« Nous sommes dans l’erreur, ou le diagnostic du chancre, envisagé sous le point de vue où ih vient d’être présenté, gagne quelque chose en certitude et en utilité. Sans doute c’est une chose; pénible de voir la science non seulement peu avancée, mais encore encombrée d’erreurs; mais ne vaut-il pasmieuxs’arrêteretrevenir surses pas que de suivre la route battue et facile en appa-, rence, qui ne mène à rien de positif, ou d’en ouvrir une au hasard et sans savoir où elle aboutira ? a « Rapportons encore les paroles remarquables; de M. Blandin, dans son excellent article sur les ulcères en général, dans \e. Dictionnaire en 15 vol. : « Les caractères communs des ulcères syphilitiques ne sont pas tout à fait tranchés, comme le pensent quelques personnes ; des ulcères qui dépendent d’une cause différente ont souvent

INOCULAT lOX DU VIRUS SYPHILITIQUE. 45

avec eux la plus grande analogie. Cependant, en général, les ulcères syphilitiques sont ronds, leurs bords sont violacés, durs, élevés et taillés à pic; leur surface est enfoncée et grisâtre ; la suppuration qu’ils fournissent est sanieuse et peu abondante. Les circonstances commémoratives, la position des ulcères dans les lieux où ils se manifestent ordinairement, aident beaucoup le diagnostic ; mais, on doit en convenir, dans certains cas où les malades ont intérêt à farder la vérité, il peut régner une obscurité désolante sur la nature de l'a maladie. »

P « A ces deux témoignages importants, qui résument à peu près ou apprécient à leur juste valeur les moyens de diagnostic proposés, nous ajouterons , comme les adoptant , les propositions formulées par M. Ricord. « Pour les chancres, les signes univoques, incontestables , pathognomoniques, sont la production de certains accidents d’infection générale qui n’arrivent qu’avec cet antécédent, et surtout les résultats de l’inoculation à la période de progrès, résultats constants et réguliers. »

« Après avoir suivi longtemps la clinique de M. Ricord, et avoir vu répéter toutes ses expériences, nous nous sommes rangé a son opinion; car il nous a paru rationnel de considérer comme chancre le symptôme primitif existant seul chez un malade, et qui, dans le cas où il était suivi de

symptômes secondaires, offrait ceux que tous les praticiens éclairés reconnaissent d’une seule voix comme appartenant à la vérole, et, d’un autre côté, à une époque donnée de son existence, offrait le caractère régulier de l’inoculation. En effet, contre ce critère, que nous considérons comme de la dernière importance, puisque le premier moyen de M. Ricord ne peut servir que dans certains cas , et souvent après coup, quels sont les arguments que l’on a opposés ? »

« MM. Cullerier et Ratier paraissent les avoir résumés dans l’article SjphiliSf du Dictionnaire en15vol.^^»

Cependant cetteespèce de diatribe, cette accusation qui entacherait d’infamie, disons le mot, quiconque oserait la mériter , nous laisserons MM. Cullerier etRatier la réfuter eux- mêmes, par leur article inoculation du môme ouvrage.

A la première phrase , dans laquelle il est dit que l’inoculation est, sans contredit , le moyen de diagnostic le plus vicieux , opposons ces quelques lignes, prises de l’article cité des mêmes auteurs : « Le pus des ulcères primitifs, pris à quelque époque que çe soit de leur, existence, mais principalement lorsqu’ils ne sont pas trèsanciens, et que le produit delà sécrétion morbide

* Voir la page SS , alTicle déjà cité par M. Desruelles.

n’a pas été altéré par le contact de l’air ou de quelque substance capable d’agir chimiquement sur lui , et porté sous l’épiderme ou sous l’épithélium au moyen d’une lancette, ou seulement appliqué sur une surface cutanée ou muqueuse , privée de la merabranule protectrice , détermine, au lieu même de l’insertion, une inflammation de nature et de forme particulières , et qui nous paraît caractéristique. »

Le reproche au vicieux du diagnostic par l’inoculation ne saurait tenir contre une réponse aussi catégorique , puisque toujours , d’apres MM. Cullerier et Ratier, le chancre doit, à toutes les époques, donner lieu, par l’inoculation de son pus, à une inflammation de nature et de forme caractéristiques ; cela est précis.

« Le malade a un ou deux ulcères de plus; les chances d’infection générale augmentent à proportion, de sorte qu’on a donné la syphilis constitutionnelle à un homme qui ne l’aurait pas eue peut-être, n

Le fait est grave; mais MM. Cullerier et Ralier répondent pour nous tranquilliser, quelques pages plus loin (article Syphilis) :

« Nous ne craignons pas de dire que les accidents postérieurs au chancre accusent la négligence du malade en même temps que l’impéritie du médecin, qui n’a pas su le diriger convena-

48 PREMlÈaE PARTiE. - CHAPHRE PREMIR.

blement, et qui, imbu des opinions de V école ^ a négligé l’affection locale qu’il avait sous les yeux pour remédier à des maux en perspective fort éloignés, et qu’il pouvait facilement prévenir. Toutes les fois que les malades nous ont consultés à une époque assez voisine de l’invasion, nous avons pu , lorsqu’ils ont été dociles , terminer la maladie dans son siège primitif, et les garantir d’accidents ultérieurs. »

Quant à Xdi syphilis double, dont il est parlé, nous avouerons que nous avons eu de la peine à la comprendre, et que c’est une espèce que nous n’avons trouvée décrite nulle part, pas même dans les classifications de MM. Cullerier etRatier. Dans tous les cas, les accidents primitifs étant, comme on vient de le voir, d’après ces Messieurs, sous la dépendance des médecins, on pourrait la prévenir à volonté; enfin les difficultés seraient résolues, si, comme ils le pensent, l’inoculation donnait lieu aux mêmes résultats chez les animaux que chez les hommes, car, en expérimentant ainsi, il ne pourrait y avoir de blâme ; mais, malheureusement, l’expérience a prouvé que leur assertion était complètement fausse.

« D’ailleurs, l’ulcère résultant de l’inoculation ne saurait offrir de caractères plus significatifs à ceux qui n’ont pas su les reconnaître sur l’ulcère qui s’est développé d’abord, n

. La réponse se trouve dans l’article Inoculation, dans lequel on lit , comme nous l’avons cité, que le pus du chancre inoculé détermine , au lieu même de l’insertion , une inflammation de nature et de forme particulières, qui paraît caractéristique. Puis, une page plus loin, après avoir dit que les divers pus vénériens ne donnent rien à l’inoculation qui puisse être caractéristique, sauf le chancre ou ulcère primitif, MM. Cullerier et Ratier ajoutent :

« En disant que le pus produit par diverses surfaces malades peut être impunément inoculé, nous ne prétendons pas nier qu’il en produit assez souvent même quelques lésions ; mais nous disons qu’il agit alors à la manière des substances âcres et irritantes, tandis que nous entendons par inoculation la production après une inoculation d’un phénomène morbide , constant dans sa forme et régulier dans sa marche et dans sa durée f et fournissant un pus susceptible j à son tour , d'être inoculé, n

Donc, l’inoculation distinguera le chancre de tout ulcère syphilitique secondaire ou autre. »

Quant à la dernière objection basée sur le cas où l’inoculation n’aurait pas réussi par l’inadvertance de l’opérateur, à part la simplicité de la pratique qui ne saurait guère admettre de telles conjonctures, les passages dans lesquels MM. Cul-

lerier et Ratier constatent combien le pus chancreux a de tendance à s’inoculer, pour peu que les conditions soient favorables, nous, ont paru si nombreux , que nous n’avons pas cru devoir les rapporter.

Enfin, pour la question relative au malade qui^ recevant une patente nette, ira, tranquille, donner une affection fâcheuse à ceux qui auront quelques rapports avec lui , en véritë quel est le médecin qui oserait permettre oü Conseiller le coït à un malade affecté d’ulcère dès parties génitales, quand bien même on serait assuré que la maladie n’est pas syphilitique? Ne serait-cè pas l’exposer dans les conditions les plus favorables à l’infection , ou, tout au moins, en raison de l’irritation produite, se jeter au travers de toutes les règles posées avec tant de soins par les auteurs des articles du Dictionnaire pour la guérison de l’ulcère le plus simple?

Après ces citations de MM. Cullerier et Ratier, qui nous ont paru offrir des arguments victorieux contre les principes qu’^ils ont émis, résumons tous ces arguments, en ajoutant quelques observations particulières d’après ce que nous avons vu.

Comment est-il permis à MM. Cullerier et Ratier de traiter rinoculation de moyen de diagnostic le plus vicieux, puisqu’ils posent comme règle

Ix\OCüLATION DU VinUS SYPHILITIQUE. 51

certaine, invariable, que dé tous les pus fournis par des ulcérations réputées vénériennes, mênié celui que sécrète l’accident le plus caractéristi-^ que de la Vérole, la papule muqueuse^ aucun ne produit, par son introduction au dessous de l’épiderme ou de l’épithélium, rïtiflamiîiatiôn de formé et de nature caractéristiqLies, tandis qUe le chancre oii Tulcère primitif possédé seul ce privilège? Eéfin, lorsque nous voyous, d’après le passage que nous avons cité j MM. Culleriër et Piatier déelarèr rinoèulation moyen dé diagnostic nécessairéïüenl vrai ^ pour distinguér ainsi , par l’esSai de son piis , l’ülcère résultant de rinoculation du chancre, de la lésion que |mit, en certains cas , produire tout autre pus par le même mode d’exploration , ce qu’ils regardent comme moyén de diagnostic et qu’ils Invoquent pour lé chancre inôeuié à la lancette au moyen du pus d’un ulcère primitif > partant inoeulahle, n’est-il pas nécessairement prohatif pour ce dernier, d’après les plus rigoureuses éonséquences ? Ainsi j suivant les adversairês dé rinoculation, n’est-on pas forcé d’admèttre qué chaque fois que le piis d’un îdcérè donnerà lieu à certains symptoffiés eeiistants dans leur forme , leur déVéloppemént , et ofl'rant éertaiues conditions Caractéristiqués , rulcère dmit on a inoculé le pus était un chancre, et, par suite, que le caractère nécessaire sans

lequel un ulcère ne saurait être nomnié chancre est de fournir un pus inoculable dans les conditions données? «

A l’incertitude des résultats obtenus par l’inoculation et à celle des conséquences qu’on en peut tirer, je répondrai que des expériences mal faites ou mal appréciées ne sauraient conduire à rien, et que si ces auteurs ont été mus par l’intérêt de la science, quand ils ont expérimenté, le même intérêt et celui de l’humanité m’ont engagé à vérifier leurs travaux, à y ajouter des résultats, et à relever de graves erreurs.

Pour la majorité des bons esprits, que l’anathème lancé par l’école dite physiologique ne saurait atteindre, il reste prouvé par l’étude de la contagion ordinaire, et, comme je l’ai dit, par les rapports réguliers et constants de cause à effet , que les maladies syphilitiques sont dues à un agent spécial , à un principe délétère qui ne constitue pas plus une entité , que le principe particulier de la rage, le venin de la vipère, la cause spécifique de la variole, etc., etc. Il restera encore évident que ceux qui iront à la recherche de cette cause, qui en prouveront l’existence, qui en détermineront les effets, en cherchant à la neutraliser dans son principe ou dans ses consécjuences , mériteront^ il me semble, quelques encouragements, et ren-

verront à des antagonistes peu réservés les reproches de paresse , à' ignorance et A' empirisme , qui me semblent mieux appliqués aux fauteurs d’une doctrine qu’on a cru devoir ainsi résumer^ :

« La médecine physiologique doit se borner , dans la syphilis , à étudier les formes et les degrés de V irritation dans les différentes qîarties du corps, et à noter les modifications qu’elle peut leur opposer. » (Broussais.)

Bien convaincu^ que là n’étaient pas les colonnes d’Hercule, et que j’avais une autre mission à remplir, encouragé que j’étais par les noms les plus recommandables et les autorités les plus puissantes, je jne suis livré aux recherches dont je vais iriain tenant donner les résultats.

Le virus vénérien, a-t-on dit, est un être chimérique et insaisissable j les effets qu’on impute à cette cause imaginaire ne tiennent qu’à la nature du siège, à la vitalité particulière des parties malades, aux différents degrés de l’inflammation et aux réactions sympathiques qui peuvent en être la conséquence. •

J’ai donc dû m’attacher à matérialiser cette cause, à côercer cet être prétendu imaginaire,

Dcsruellcs, Tiiiiié pratiq-.ie des maladies vénériennes. Va.vh ,

5i PREJfîPRK PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.

à lui assigner des caractères distinctifs et d’esjîèce qui ne permissent plus, à moins de mauvaise foi ôü d’ignorance^ de la méconnaître, et de prouver que le siège, là vitalité et les fonctions de l’organe malade n’avaient sur elle que des influences secondaires j et qu’eufm elle n’était pas la conséquence fortuite du plus ou moins d’inflammation.

Et d’abord j lorsqu’il s’agit d’étudier un corps et de le distinguer de ceux avec lesquels on pourrait lé confondre, faut-il qii’il en diffère en tous points ? En physique, en chimie^ en histoire naiurelle^ les caractères d’ordre, de genre, d’espèces sont-ils en tout dissemblables? Un seul ne suffitil pas souvent pour établir les différènces? Dans nos substances médicinales, par exemple > est-il toujours facile de saisir la condition matérielle qui donne à tel médicament une propriété que ne possède pas tel autre avec lequel il a pourtant beaucoup d’analogie? et cette propriété, pour n’êlre pas saislssable et matérielle, ou séparée de la substance qui la possède, constitue-t-elle une entité ? Non sans doute , et tout le monde est> je cfoisj d’accord sürces points. Or, c’est par Une propriété particulière d’une sécrétion morbide distincte qu’oii prouve l’existence incontestable du virus vénérien, et c’est ainsi que le pus fourni par certainc'S altérations] syphilitiques a la pro-

priété régulière et constante de reproduire un pus semblable à lui-même, par suite d’une altération identique à celle qui l’avait d’abord sécrété. On peut, par ce caractère essentiel, distin^.* guer entre elles différentes sécrétions animales physiologiques ou morbides, avec la même précision qu’on distingue des substances chimiques j en effet, par l’inoculation du venin de la vipère, de la bave du chien enragé, du pus de la variole, du vaccin, de la syphilis, on aura des effets spécifiques qui ne laisseront aucun doute sur la différence et la spécialité des causes qui les ont produits.

Le pus syphilitique, étudié donc sous tous ses rapports, pourra présenter des globules plus ou moins semblable? aux autres pus; il pourra, selon les localités, se combiner à d’autres liquides de sécrétions normales ou morbides, au mucus en particulier, sous forme de muco-pus; selon les localités et ses mélanges, rester alcalin ou devenir acide, renfermer des animalcules accidentels ou en être complètement privé; mais, avant tout, comme caractère distinctif et d’espèce, il pourra s’inoculer et produire des résultats caractéristiques.

Or , avant de passer à l’étude de ces résultats, nous croyons devoir donner l’analyse complète d’un travail récemment publié.

M. Donné, auquel nous nous plaisons à rendre justice , cherchant un moyen diagnostic différentiel entre les diverses sécrétions vénériennes , a cru devoir étudier le mucus fourni par les organes génitaux de l’uu et de l’autre sexe, soit à l’état sain , soit à l’état malade, puis le mucus mêlé en diverses proportions au pus provenant d’altérations simples ou de causes spécifiques, enfin le pus fourni par les ulcères syphilitiques pour chacun de ces produits ; il a trouvé des constitutions organiques, des propriétés chimiques , une faculté créatrice d’animalcules, résultats qui, toujours d’après lui, constants dans leur diversité, offrent un mode certain de diagnostic différentiel. Examinons l’un après l’autre les faits avancés par M. Donné.

PREMIÈRE SECTION. — Exmien du pus delà blennorrhagie urètrale, ou du pus fourni par V inflammation de

V urètre chez les hommes et chez les femmes.

Le pus de Turétre de l’homme et de celui de la femme n’offre pas de différence dans la blennorrhagie ; ses globules ne diffèrent en rien de ceux du pus en général, il est alcalin, et jamais, dans cette sécrétion morbide , M. Donné n’a pu constater la présence d’aucune espèce d’animalcules ; ces caractères, sans doute, sont intéres-

sants A noter , mais nous avouerons qu’il nous a été difficile d’en tirer quelque utilité pour éclaircir la question que M. Donné prétend résoudre; car, à part le défaut résultant d’une analyse incomplète, puisqu’elle ne s’arrête que sur le pus en général- que peut fournir l’urètre, sans rien dire des sécrétions accidentelles, ou dé localité, et du pus enfin , qui peut lui-même varier dans son apparence et les principes qu’il entraîne, selon le degré de la maladie, et son siège principal , en quoi sommes-nous, en définitive, plus instruits sur la cause? La blennorrhagie est-elle vénérienne ou bien produite par une cause physique ou chimique ? Est-elle syphilitique primitive ou secondaire ? Dépend-elle d’une réaction spéciale ou sympathique ? A cet égard , le microscope n’a rien dévoilé aux yeux de M. Donné; aussi avonsnous été surpris que la première section de M. Donné, qui comprend au plus une page et demie , n’indiquât pas qu’il s’agissait seulement de l’étude d’un cas de mélange du pus à l’hypersécrétion muqueuse de l’urètre ; car, en vérité, nous le répétons, il serait difficile de trouver là autre chose qu’un examen superficiel d’üne nainime partie de la question pour quiconque connaît les divers degrés des affections urétrales de l’hypersécrétion jusqu’aux désorganisations profondes dont ce canal peut être le siège, et surtout,

58 PREMièaE PARTIE. — CHAPITRE PREMIEP..

ainsi que nous l’avons indiqué l’influence variable d’une cause spécifique, générale ou locale; enfin )es sécrétions accidentelles et morbides, qui, bien qu’arrivant d’un foyer plus ou moins éloigné, ont pu simuler la blennorrhagie. Quanta la question de nouveauté, si M. Donné ajait moins passé sous silence les travaux des anciens, il nous aurait dit que déjà, depuis longtemps, la blennorrhagie avait été déclarée âcre , salée , alcaline.

DEUXIÈME SECTION. — - Exameïi du pus des chancres et des buhms syphilitiques.

Pour le chancre, la chimie n’a pu constater que l’état alcalin du pus qu’il fournit ; mais le microscope a montré à M. Donné des globules alté-^ ï^s dans leur forme ; quelques uns étaient comme dissous dans le liquide au milieu duquel parais^ sent nager leurs débris , et , enfin , le point culminant de la découverte , l’existence constante dans le pus des chancres d’un grand nombre d’animalcules ayant la forme du Dibrio lineola décrit par Muller. M. Donné dit ici qu’il n’avait pas, d’abord , attaché d’importance à ces vibrions qui sont si communs et qui se multiplient avec tant de rapidité dans les matières animales en putréfaction et dans une foule d’infusions.

M. Donné dit avoir vainement cherché le vi-

lïOCüLATION DD VlîlüS SYPOfLlTrODE. 59

brion dans les divers pus autres que celui des chancres du gland et de la vulve | de là , pressé de donner de l’importance à sa découverte , il se de-? mande : Les animalcules en question sont - ils caractéristiques du virus syphilitique , ou , du moins*, jouent-ils un rôle dans la transmission des affections vénériennes ? Mais, bientôt arrêté sans doute par la réflexion qu’il serait trop absolu d’é^ tablir que les chancres du gland et de la vulve ont seuls le privilège d’être syphilitiques, afin de sauver au moins quelque chose, il intercède en faveur des vibrions qui, s’ils ne sont pas les agents de l’infection syphilitique, réclament, comme nécessaire à leur existence, l’élément vé?^ nérien. Ici encore, stins doute, une nouvelle réflexion ayant fait comprendre à M. Donné que sa proposition tombait, si l’élément vénérien ne fournit le vibrion , d’une manière indépen?dante de la localité , il se décide à réclamer, au moins, rintérêt que l’animalcule peut inspirer sous le rapport de son histoire naturelle , nous renvoyant sans doute aux travaux de Muller.

Le pus des ulcères syphilitiques , situé aiU leurs que sur le gland et à la viilve, n’a jamais offert d’animalcules à M. Donné j toutefois , il en a trouvé une multitude dans le pus provenant d’un ulcère de la jambe, chez une femme affectée de la maladie vénérienne ; cet ulcère, d’un fond

livide, offrait tous les caractères de la pourriture d’hôpital ; il s’en écoulait une matière très fétide. Ce fait nous paraît important à noter; car, d’un côté, puisque le pus syphilitique est nécessaire au vibrion, comment se développe-t-il ailleurs que dans un chancre primitif? et si le principe est assez intense pour produire l’aniiiialcule dans une plaie de la jambe, comment les ulcères dépendant des mêmes principes, et qui siègent sur d’autres parties du corps, sont-ils dépourvus dû privilège de cette création animale, c[ui ne saurait être diie à la fétidité du pus , a la pourriture d’hôpital , sans réduire à bien peu de valeur la nouvelle règle de diagnostic ?\

Nous dirons, en passant, que nous retrouvons dans ce passage, comme dans bien d’autres de ce Mémoire, un défaut de précision qui peut être une source d’erreurs , à moins de commentaires ; car, en fait de syphilographie, on ne saurait confondre la signification du mot syphilitique avec celui de vénérien; et pourtant, à moins de contradiction grave, ces deux expressions sont ici de même valeur.

Le pus du bubon de l’aine, chez les vénériens affectés de chancres, n’a jamais offert de vibrion, à quelque période que ce fût de leur suppuration; il se compose de globules semblables a ceux du pus ordinaire.

En vérité, à moins que le travail de M. Donné sur le pus du bubon ne soit purenient que le résultat de l’induction théorique , nous trouvons difficile de comprendre comment le microscope a pu donner un tel résultat. Négligeant , comme M. Donné, de parler de l’action directe du chancre sur les bubons, au moins il nous sera permis de demander comment il se fait, puisque le bubon , de l’aveu des syphilographes les plus expérimentés et par suite de la preuve irrécusable de l’inoculation , n’est , en plusieurs cas ,• qu’un ulcère chancreux offrant, bien souvent, tous les caractères huntériens, comment il se fait, dis-je, que le pus du chancre , en général , sans distinction de siège, diffère du pus ordinaire par la forme moins nette de ses globules et par l’espèce de poussière intersticielle que M. Donné a dessinée avec tant de soin , et , d’un autre côté , que nous trouvions ici l’assertion positive du contraire, à moins que M. Donné ne tranche la question contradictoirement, et, de son autorité, ne déclare que le bubop n’est jamais chancreux.

Les vibrions se trouvent donc seulement dans les chancres du gland et de la vulve ; mais voici qu’ils se rencontrent fréquemment dans les cas de balanites. M. Donné ne se dissimule pas combien ce fait serait dangereux pour la doctrine;

62 PREÎIlÈftE PAUÏIE,. - CIIAPIXKE PREMIER.

aussi tranche-t-il la question contradictoirement à M. Cüllerier.

M. Cullerier déclare, en effet, que, qjour lui, jamais la balanite n’est vénérienne j il dit aussi que le diagnostic de cette affection est facile. M. Donné croit pouvoir affirmer le contraire contre l’expérience des auteurs spéciaux.

M. Donné affirme que les vibrions sê trouvent constamment dans les chancres du gland et de la vulve, à moins que la cautérisation oii unejnjeçtionne soientvenues les faire disparaître : cela noos paraît bien difficile à comprendre. S’ils sont dus au principe syphilitique, une seule cautérisation , une injection peuvent-elles détruire le virus , le priver ainsi de la faculté créatrice ou occasionnelle, puisqu’il peut rester, dans ces cas, encore inoculable.

M. Donné se demande si rexistence des vibrions ne tient pas au lieu où se fait la suppuration plutôt qU’à la nature dU pus. Après avoir examiné la matière sébacée que sécrètent les follicules situés à la base du gland et le pus d’une balanite artificielle, il n’a pas trouvé de vibrions j donc, ils sont dus à rêlément syphilitique; mais alors, comme nous l’avons indiqué, à moins que M. Donné n’établisse que les chancres du gland et de la vulve soient seuls virulents.

pourquoi l’élément syphilitique est-il impuissant pour produire ailleurs les animalcules?

Jusqu’ici nous avons cru, en suivant M. Donné pas à pas, que les chancres du gland et de la vulve pouvaient seuls fournir le vibrion; mais, comme l’inoculation est un fait malheureusement incontestable, M. Donnée qui blâme Cette pratique, pour tout ce qui pourrait contrarier ses découvertes , ne néglige pourtant pas de s’en servira l’appui de ses théories > et il inocule le vibrion avec le chancre. Mais voici un nouvel embaiTas ; y a-t-il des chancres syphilitiques transmissibles, inoculables sans vibrions, ou bien ceux-là seuls qui ont des vibrions s’inoculent-ils? M. Donné n’en dit rien ; alors comment se faitil, d’après cette dernière supposition, que le microscope n’ait pu retrouver les animalcules dans les chancres primitifs siégéant ailleurs que sur le gland ou à la vulve? De tels ulcères ne sont pas rares, et si M. Donné est si consciencieux qu’il blâme l’inoculation, en les examinant il aurait pu s’éviter un reproche, puisqu’ils ne sont que le résultat de l’inoculation naturelle, si l’on peut parler ainsi.

Toutefois, M. Donné nous donne toute une table d’inoculations. {Voir rarticle dans lequel il nous dit cpi’il a inoculé le pus du chancre à vibrions avec de l’eau vinaigrée, et les vibrions

64 PftUMlÈRE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

ont péri par l’action de l’acide affaibli ; quelquefois alors l’inoculation n’a rien donné, d’autres fois elle a réussi. )

Qub conclut M. Donné ?

l®. Que les vibrions se trouvent dans le pus de certains chancres ;

2". Qu’ils peuventsuivre l’inoculation de ce pus;

• 3®. Qu’il ne suffirait pas de tuer les vibrions pour neutraliser l’action du virus;

4°. Qu’il n’est pas démontré que ce soit à l’action de l’acide sur les vibrions qu’il faut nécessairement attribuer la neutralisation du virus;

5°. Que l’acide seul peut agir de manière à détruire les propriétés contagieuses du pus;

6“. Que les expériences ne sont pas assez nombreuses pour aller plus loin;

7®. Enfin, quMl y a probablement des substances et des agents chimiques capables de produire des effets plus énergiques que le vinaigre, et sur lesquels on pourrait faire d’utiles expériences.

Nous eitons ici les conclusions de M. Donné sans commentaire, laissant à chacun à apprécier la valeur d’une régie de diagnostic différentiel établie d’une telle manière. Pour nous, de toute la Section deuxième , il ne nous a été possible de conclure qu’un seul fait : il existe, dans le pus foui ni par certaines inflammations et par

IiXOCULATiOX DU VIRUS SYPHILITIQUE. 65

des ulcérations du gland et du prépuce pour l’homme, de la vulve chez la femme, toujours bien entendu, dans certaines conditions particulières, l’animalcule décrit par Muller sous le nom àe vibrio lineola.

Les recherches que nous avons entreprises sur les diverses sécrétions vénériennes' et syphilitiques nous ont, en ce qui regarde les vibrions, conduit, pour le moment , au seul fait que ces animalcules se développent dans le pus qui , souvent emprisonné par des conditions de localité, se trouve en contact, au gland et à la vulve, avec des sécrétions particulières, qui s’altèrent avec la plus grande facilité; ainsi, pour nous, jusqu’à présent, la présence de l’animalcule n’est due qu’à un travail de décomposition, sans égard à l’élément vénérien, et, malgré toute sa brillante théorie, M. Donné avoue presque la question, en indiquant que tout ulcère à vibrions n’en offre plus dès qu’il a été cautérisé ou lavé; est-ce, en effet, autre chose que d’enlever le pus altéré et stagnant à la surface d’une plaie, de laquelle, malheureusement, il n'est pas si facile de chasser l’élément syphilitique? Enfin, pour cè qui regarde l’action des agents chimiques sur le virus , déjà, depuis nombre d’années, j’ai constaté que le pus des chancres cesse d’être inoculable dès qu’il a

été mêlé aux acides ou aux alcalis , soit purs, soit même étendus jusqu’à un certain degréi

TROISIÈME SECTION. — Exameii- du mucus vaginal à

l’état normal , et des différentes espèces d’écoulements vaginaux.

Pour le mucus vaginal, M. Donné constate diverses propriétés : 1°. Il est acide à l’état normal, et cette acidité peut augmenter en raison de l’iiiflammation de l’organe sécréteur, pourvu, toutefois, qu’elle n’aille pas jusqu’à produire du pus, dont le mélange, à cause de la qualité alcaline, pourrait neutraliser l’acide ; il est blanc, mat, épais, crémeux, non filant entre les doigts; vu au microscope, il présente des globules muqueux particuliers, mais qui, à la rigueur , pourraient bien n’être autre chose que les débris de la dé^ sorganisation normale et quotidiemie de l’épitbélium, signalée par M. Raspail.

D’après ses recherches chimiques sur la nature de l’acide du mucus vaginal, M. Donné dit qu’il faudrait supposer la présence de l’acide hydrochlorique, mais le résultat de ses expériences n’a pas toujours été le même; et en conséquence, il est probable que le mucus vaginal contient de l’acide acétique , mais il est difficile de s’assurer de la présence de cet acide sur de petites quan-

lités de matière. Cette dernière réflexion sur le manquede matériaux paraîtra, sans doute, surprenante à ceux qui connaissent l’influence de Paris sur l’hypersécrétion vaginale.

Le microscope, en montrant dans le mucus vaginal les globules du pus , avertira des degrés de l’affection pathologique; et, dans le cas de chancre de la vulve ou du vagin, nous retrouverons encore ici les vibrions. Nous ne croyons pas avoir besoin de revenir sur ce qué nous avons dit à cet égard; car M. Donné, ajoutant de suite la restriction qu’il ne faut espérer les trouver qu’autant qu’on n’aura pas fait pratiquer d’injections ou que les parties n’auraient pas été cautérisées, notre opinion sur l’altération simple du pus, comme cause du développement de ces animalcules, reste dans toute sa force.

Trico-monas vaginale.

Si le gland a son vibrion, le vagin a sa tricomonas, nouvelle espèce, selon M. Donné; le mucus vaginal , à i’état normal , n’en présente jamais le mélange ; la matière purulente est nécessaire à leur développement- Tout serait bien si M. Donné s’était borné à la question d’histoire naturelle; mais, malheureusement entraîné par une imagination trop brillante comme dans la section précédente, pour arriver à son but, il

tranche la question et établit des dogmes ; ainsi un écoulement de mucus 'vaginal non purülént, quelque abondant quil soit y n a pas d'origine suspecte. Les femmes remercieront M. Donné d’une telle maxime ; mais les praticiens lui demanderont ce qu’il entend par suspect; car, d’un côté, le coït peut agir mécaniquement, irriter le vagin et produire les divers degrés , depuis l’hypersécrétion jusqu’à la formation du pus ; d’un autre, la matière blennorrhagique peut agir seulement comme matière irritante sans prendre siège; bien plus, le pus du chancre, comme agent chimique ou spécifique, peut, en cer^ tains cas, produire des effets variables depuis l’excitation simple jusqu’à la blennorrhagie seulement, ou bien s’inoculer et se compliquer alors fréquemment, dans des circonstances données, des divers symptômes de la blennorrhagie ; enfin , combien de fois n’a-t-on pas vu la muqueuse vaginale passer à l’état hypersécrétoire , même jusqu’à la production du pus , par suite d’une action sympathique dans certains cas d’éruption syphilitique cutanée? D’après ces considérations, admises à peu près par tous les praticiens , nous nous demandons encore que signifié le mot de suspect dans le dogme de M. Donné , texte sur lequel il s’appuie pour passer outre et dire : Il ne reste plus de dilficulté que pour les écoule-

ments purulents, pour savoir quand ils dépendent d’une cause spécifique , ou bien quand ils sont dus à une inflammation ordinaire de la muqueuse vaginale.

Pour trancher la question , voici les faits cités sur vingt-quatre femmes affectées de vaginites blennorrhagiques non douteuses, et dont près de la moitié portait même à la fois d’autres symptômes syphilitiques, tels que chancres, bubons, pustules muqueuses, végétations; dix-neuf présentaient un nombre considérable de trico-monas dans la matière purulente de leur écoulement ; je ne me suis pas assuré si les cinq autres , chez lesquelles je n’ai pas rencontré cet animalcule , n’avaient pas fait des injections capables de les détruire. Ainsi parle M. Donné ; comment s’estil assuré que la blennorrhagie était syphilitique? Par l'aveu des malades ! Je demanderai de quelle manière elles avaient pu acquérir cette conviction. Mais passons outre. Ce qui , suivant M. Donné, caractérise le cas, c’est qu’il y avait, indépendamment de la rougeur de la muqueuse vaginale , des altérations du col à divers degrés , depuis la tuméfaction , la rougeur, l’érosion, jusqu’à des ulcérations granulées. En vérité , nous le demandons, quel est celui de ces signes qui peut caractériser la syphilis ou bien même une affection vénérienne? Ne peuvent-ils pas tous

70 PRnMlfeuE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

appartenir au catarrhe pur et simpie?Ne lesa-t-on pas retrouvés accompagnés quelquefois d’ulcérations ou de désorganisations bien plus graves, à la suite des fleurs blanches? T)’un autre côté, lorsqu’on voit les végétations, les ulcérations granulées, rangées parM. Donné au nombre des symptômes positifs de la vérole , puisqu’il appuie sur cette dernière expression en disant : Jusqu à des ulcérations granulées , n’a-t-on pas Une preuve suffisante pour montrer combien il est dangereux de marcher sur un terrain inconnu ? Qui , en effet, oserait établir aujourd’hui qu’une surface végétante est de nécessité sous l’influence du virus syphilitique, ou bien que la granulation n’est pas une période de la réporation des plaies , état même qui exclut la présence du virus rongeur, sous l’action duquel des bourgeons charnus ne sauraient, le plus souvent, se produire?

Nous ne suivrons pas M. Donné dans les efforts qu’il a faits pour établir au moins la probabilité de l’origine syphilitique de la trico-monasj nous nous contenterons de citer ses conclusions : 1“ la vaginite purulente est très souvent blennorrbagique, et alors la matière de l’écoulement contient ordinairement des trico-monas ;

2". Lorsqu’ eîle^n’a pas pour cause une infection vénérienne, je suis porté à croire qu’il ne se développe pas de ces animalcules; mais je ne l’affirme

paSj faute d’observations suffisantes à cet égard.

Voilà la régie posée par M. Donné; alors nous demanderons s’il a bien éclairci la question pour le diagnostic différentiel; enfin, puisqu’il établit que, chez toutes les femmes que l’on a soumises à des injections alcalines, les trico-monas ont disparu, quoique, parfois , la maladie n’ait pas été modifiée en elle-même , ne sera-t-on pas tenté d’admettre, comme pour le vibrion, que ces infections ne sont dues qu’à la décomposition sur place des sécrétions.

Jusqu’à présent, M. Donné, à part quelques questions tranchées peut-être avec un peu trop de dogmatisme, avait, en quelque sorte seulement, réclamé en faveur de l’importance pathologique des vibrions et dés trico-monas ; mais ici posant ses doutes comme des faits prouvés, le domaine du vibrion n’est plus les chancres de certaines localités, mais le chancre sans distinction ni qualificatif; et, pour donner du poids à Sa théorie, M. Donné invoque notre autorité.

Puisque nous avons reconnu que le pus virulent n’existe que dans cette espèce d’ulcération à l’état primitif, M. Donné s’appuie, à cet égard, sur les résultats de l’inoculation qu’il considère comme tout à fait probatifs ; mais, constant avec son mode dé raisonner, comme nos travaux sur l’inoculation du pus des bubons ne paraissent pas

72 PKEJllkUE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

s’accorder avec sa théorie, nos recherches et l’inoculation sont répudiées, mises en doute, et M. Cullerier cité à l’appui de l’opinion qui établit que le pus des bubons ne s’inocule pas.

En vérité, M. Donné est malheureux dans ses citations; car M. Cullerier a publiquement déclaré n’avoir jamais fait de telles expériences, que ces faits n’avaient pu être publiés que d’après un travail de son oncle, et que, pour sa part, il professait l’opinion contraire, ce dont il a, du reste, acquis une nouvelle conviction dans notre service, dans lequel il a suivi, a cet ôgard, les expériences qu’il a ensuite répétées.

Bien plus, M. Donné a suivi lui-même plusieurs fois ma clinique, et nous avons peine à croire qu’à moins d’avoir fermé les yeux, il n’ait pas vu des faits qui se répètent presque tous les jours, soit par l’inoculation, soit d’une manière accidentelle, et que, du reste, je me plais à montrera quiconque le désire.

QUATRIÈME SECTION. — Du mucus Utérin.

L’examen chimique du mucus utérin n’a fourni d’autre résultat que de constater la quantité alcaline et cette viscosité ou ténacité qui le fait ressembler à du blanc d’œuf. Depuis longtemps, j’avais signalé ce dernier caractère, qui doit donner un moyen facile de diagnostic.

Le mucus utérin ne contient jamais d’animalcules ; aussi M. Donné appuie principalement sur le caractère distinctif d’alcalinité pour l’utérus et d’acidité pour le vagin, comme moyens assurés de diagnostic , sans doute , à moins de neutralisation. Cette dernière remarque nous conduit à demander comment un homme à blennorrhagie alcaline, dont quelques gouttes tombent dans une masse de sécrétion acide augmentée par l’action du coït, peut communiquer sa maladie. Le principe ne doit-il pas en être neutralisé? D’un autre côté, le vagin peut-il admettre des chancres , puisque le vibrion meurt de suite dans l’acide même très faible?

En terminant cette analyse , nous citerons encore un passage du résumé dans lequel M. Donné, toujours d’après sa méthode, concluant des doutes à la certitude , ne craint pas de dire : Le pus des chancres du gland et de la vulve est alcalin; ses globules sont moins nets que ceux des au-ires pus, et il est le seul dans lequel on trouve des vibrions : c est aussi le seul capable de produire , d’une manière certaine par inoculation, la pustule et le chancre caractéristiques.

Ainsi la règle de diagnostic dilférentiel , conséquence nécessaire du travail de M. Donné , ne peut être plus clairement posée. Ainsi tout ulcère qui ne siégera pas sur le gland et à la vulve sera

74 PnEMlÊRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.

incapable de s’inoculer; et, comme la pustule de l’inoculation a pour caractère de fournir ellemême un pus inoculable , elle ne pourra être produite que sur le gland ou à la vulve ; par conséquent, plus de chancre en dehors de ces limites.

Dans les recherches médicales plus que partout ailleurs, il faut , surtout, se défier des illusions produites par une imagination trop brillante;

J ai lu, à l’Académie de Médecine, un Mémoire sur l’inoculation de la syphilis, et proposé d’inoculer sur moi-même tous les divers pus fournis par les ulcérations réputées vénériennes, sauf le chancre et le bubon symptomatiques. M. Donné parleraitil de même à l’égard de tout ulcère siégeant hors du cadre qu’il indique d’une manière si positive; enfin nous préférons penser que nous avons mal compris le passage cité , ou bien que M. Donné n’a pas dit ce qu’il voulait dire.

A la fin du Mémoire , uous trouvons un nouveau mode de traitement pour la blennorrhagie; nous avions cru d’abord , comme conséquence , qu’il s’agissait d’une méthode insecticide ou tricoma-vibrionicide , mais tout se borne à conseiller les suppositoires de Copabu de cubèbes et de beurre de cacao ; nous n’avons paS expérimenté ce moyen, et, comme nous ne blâmons pas ce que

IXOCBLATION DU VlllLS SYPHIUTTOUË.

nous ne connaissons pas , nous n’ajoutons rien à cet égard

Bien convaincu# toutefois, ainsi que je l’ai dit,

* Après cette analyse du travail de M. Donne', nous croyons devoir citer textuellement Poplnion de Deîdier, sur la nature du virus, rapportée à la page i3 delà Dissertation médicinale sur lés malaiîies vénériennes ( septième édition , Paris, 1710 ), où il dit :

« Je crois que le virus vénérien n’est autre chose que de petits vers vivants qui produisent des oeufs en s’accouplant et qui peuvent aisément se rnultîplier comme font tous les insectes ; ces vers vénériens étant supposés , on explique les maladies vénériennes beaucoup plus facilement qu’en suivant toute autre hj'pothèsè,- et l’ou sait d’ailleurs que toute sorte de vers avec leurs oeufs est totalement exterminée par le mercure; le seul remède par lequel le virus vénérien peut être radicalement détruit, supposé qU’ôn l’emploie de riianière que, le réduisant en de très petites molécules capables de pénétrer le propre tissü de cés vers et de ces oeufs, il puisse, par sa masse pesante, en roulant avec leurs liqueurs, diviser Ictirs vaisseaux , à peu près par la mémë raison qu’il divise les parties de l’or avec lequel il sé mêle aisément.

» Tout animal est formé d’un oeuf , par conséquent les Vers sont engendrés de la même manière , lès oeufs vermineux ne produisent pas de vers , à moins qu’ils n’aient été couvés, pour ainsi dire / par une chaleur qui leur soit conveüaMe ; ainsi , tant qu’une femme bien saine n’a commerce qu’avec un seul homtne aussi bien s.ain , les œufê vénériens ne trouvent point, dânS la matrice, ce degré de chaleur convenable pour produire leui's vers , au lieu qüej dans la ■ matrice d’une femme souillée par la diversité des semences , ecs œufs que je suppose trouvent cette chaleur propre à les faire éclore, qui leur vient de la simple corruption de ces semenceè , et personne n’ignore aujourd’hui que tous les corps qui pourrissent ne contiennent Une fourmilière d’œufs vermineux.

» Ces vers vénéiiens éclos en engendrent d’antres, et c'est de là que l’on peut conjecturer la propagation du virus vénérien . Comment poüfrait-on supposer, comme on fait, que la vérole eût pu

que la syphilis est une des maladies les plus graves qui puissent affliger l’humanité , j’ai. dû apporter dans mes recherches la plus grande prudence

être transportée des Indes-Occidentales dans l’Europe, et passer ensuite, par le commerce d’une seule femme débauche'e, dans l’armée des Français , et de là en France, si ce n’avait été parles vers vénériens qui fournissaient sans cesse une prodigieuse quantité d’œufs qui trouvent toujoui’s, dans une semence corrompue, ces degrés de putréfaction propres à les faire éclore ?

J) Le yirus vénérien ne peut tirer son oidgine, comme nous l’avons déjà dit, que d’un commerce impur, dans lequel différentes semences gâtées occasionnent les accouplements contre' nature qui contribuent à la foiunation des vers et des œufs vénériens.

B Ceux qui prétendent que la vérolé tire son origine de la lèpre des anciens sont comme contr.dnts d’admettre notre opinion des vers vénériens, la lèpre des anciens n’ayant été produite que par des petits vers vivant, ainsi que le R. P, Augustin.Calmet l’a.suffisamment démontré dans sa Dissertation sur la lèpre, au commencement de son commentaire littéral sur le Lévitique ; or, la vérole invétérée n’a pu se convertir en lèpre, qui est une maladie vermineuse, si elle n’a été produite par des vers.

» Par le système des vers vénériens il est facile d’expliquer pourquoi le virus vénérien s’est déjà rendu traitable et fait beaucoup moins de progrès en Europe qu’il n’en faisait au siège de Naples, parce que cette engeance vermin euse a, en quelque façon, cliangé de nature; elle est devenue languissante, exténuée, ou par le changement de clirpat , ou par de nouveaux accouplements de difîérentes sortes de vers , ou par le secours des remèdes.

» Les vers de l’ancienne lèpre , qui étaient d’abord fournis de grosses dents pour ronger les chairs et les pierres, n’ont-ils pas, dans la suite des temps, changé de forme, et, se trouvant d’un tissu plus simple et plus délicat, nagé comme des poissons dans le torrent. des humeurs ? Que l’on donne quelque attention aux difféi entes métamorphoses de tous les insectes , et l’on concevra aisément la pre-

IXOCÜLAïlON DU V RUS SYPHIUITIQUR. 77

et la plus grande réserve , sans me laisser cependant arrêter par des craintes pusillanimes. Je suis resté encore avec la ferme conviction qu’il n’était pas permis à un médecin de communiquer à un homme sain, sous quelqueprétexteque ce fût, une maladie dont les conséquences étaient impossibles à prévoir^ et si, en considération de l’intérêt de la science qui avait sans aucun doute dirigé ceux qui ont expérimenté comme cela, on pouvait trouver une excuse , leur exemple aujourd’hui né saurait être suivi sans blâme.

Quant aux expériences tentées sur les animaux, bien que restées négatives entre les niains des hommes les plus expérimentés, il devenait cependant nécessaire de les répéter.

mière production des vers de la lèpre et celle de ceux qui forment à pre'sent le virus ve'ne'rieu .

j> Les vers à soie, par exemple , et les chenilles ne paraissènt-ils pas d’une nature tout à fait differente des papillons qui en vie#inent? Ce sont pourtant les mêmes animaux qui , en s’enfermant dans leur coque, y ont acquis la forme des papillons par le seul de'veloppement. de leurs ailes et de leurs aubes; peut-être aussi que les vers lépreux, qui étaient des insectes rampans et rongeans, ne sont devenus aquatiques que par le développement de leurs nageoires .

}> Astruc remarque, avec raison, que ce système, tout singulier <]u’il paraît, n’est cependant pas neuf, quoiqu’il soit donné pour tel . Abercromb, Hartsocckcr, Calmet..., ont tous insinué la même opinion. 11 est étonnant qu’un aussi savant médecin paraisse l’ignorer et qu’on ait vécu en Angleterre de pareils sj-stèmes. »

Or, des expériences publiques ont été faites à ma clinique de l’hôpital des Vénériens, sur des chiens, sur des lapins, sur des cochons d’Inde, sur des chats , sur des pigeons ^ , et toutes n’ont donné que des résultats négatifs. Toutes les expériences répétées par toutes les voies possibles d’inoculation et d’infection, sans négliger aucune des précautions nécessaires, avaient été faites chaque fois avec du pus qui chez l’homme avait ce» pendant donné des résultats positifs, de telle façon que, d’après ces expériences jointes à celles qu’on possédaitdéjà, onpeutconclurequeleprincipe ino> culable de la syphilis est particulier à l’homme, et ne saurait se transmettre aux brutes; ce qui, comme nous l’avons vu , n’empêche pas celles-ci d’être sujettes, sous l’influence de causes irritantes, aux inflammations des organes génitaux, qui peuvent, comme dans tous leurs autres tissus , être suivies de suppurations, d’ulcérations, etc., sans que ces lésions aient aucun rapport avec la vérole de l’homme. On comprend bien toutefois que, lors mênie qu’on arriverait à transmettre la véritable

^ Un mdJecin d’Ualie , dont le nom m’écliappe . avait prétendu que le virus vénérien inoculé aux pigeons déterminait bientôt la. mort de ces oiseaux . Les personnes qui ont assisté à mes expériences peuvent se rappeler que le contraire a toujours eu lieu et que les animaux ne-se sont jamais mieux portés.

syphilis à un animal , cela n’ôteraii pas plus de la spécificité du principe syphilitique que la possibilité de transmettre le vaccin de la vache à l’homme ne détruit la spécialité de ce virus.

Jusqu’à présent donc, la vérole ne pouvait être inoculée qu’à l’homme; mais, comme nous l’avons dit plus haut, ne pouvant pas suivre les recherches de l’homme malade à l’homme sain , c’est sur le malade lui-méme qu’ont dû porter mes observations, basées sur les propositions suivantes :

I. Un premier accident vénérien déjà guéri, ou existant encore à quelque période que ce soit de sa durée, n’empêche pas d’en contracter d’autres, et le nornbre des infections successives possibles ne saurait être limité.

II. Tout individu actuellement infecté, et sous l’influence seulement de symptômes primitifs dans une région, ne voit jamais se développer, sur d’autres points de son économie, des symptômes semblables aux premiers, à moins d’une contagion nouvelle due au contact du premier pus, ou communiquée par un autre individu^

III. Les accidents secondaires ou d'infection générale n’empêcheront jamais le malade de contracter d’autres accidents primitifs.

IV. Enfin la fréquence de la vérole constitutionnelle n’est, en aucune façon, en raison directe,

80 PREiliEUE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

du nombre des accidenls primitifs développés à une même époque.

L’observation des temps passés ne vient-elle pas, en effet, se joindre à celle que, chaque jour, on répète, pour corroborer les expériences de Hunter, qui prouvent qu’une première infection n’en empêche pas une seconde, non seulement dans le développement de symptômes différents de forme et de principes, mais encore dans ceux qui sont dus à une cause de même nature. N’estce pas un fait de tous les instants que de voir des malades qui, actuellement affectés de blennorrhagie, contractent un chancre dans de nouveaux rapports sexuels, ou bien qui, primitivement affectés de chancre, voient, à la suite d’un nouveau coït, se développer une blennorrhagie? Personne, je pense, ne peut, de bonne foi, mettre en doute une vérité si vulgaire. Mais ce qu’on a pu contester, c’est, dans tous les cas, le mode de production de tout accident qui suit le premier. Ceux qui croient qu’il ne peut pas y avoir d’infection primitive sans accidents généraux regardent , comme conséquence d’un premier symptôme, tous ceux qui se montrent après sans la nécessité d’une nouvelle contagion, et attribuent ainsi des maladies distinctes, contractées dans des temps différents, à une seule et même cause. Mais, pour les observateurs rigoureux et

I>'ÜCÜLAT10X Dü VIRUS STPIÎILlïiQUE. 81

qui prennent la peine de distinguer les symptômes primitifs des symptômes secondaires, il. restera pi'ouvé que les premiers ne peuvent se produire que par l’application directe du pus contagieux sur la partie qui s’infecte, ou tout au moins par le transport de ce pus à l’aide des lymphatiques jusqu’aux ganglions auxquels

ils aboutissent et sans qu’il les dépasse jamais.

Les expériences que j’ai répétées à ce sujet sont très nombreuses, et il suffit de savoir le sens dans lequel elles ont été faites pour les vérifier tous les jours.

C’est ainsi que, sur des individus affectés de symptômes primitifs de tous genres réputés vénériens, des plaies artificielles, des opérations pratiquéès à distance des lésions vénériennes n’ont jamais pris l’aspect syphilitique ni aucun des caractères des accidents vénériens, toutes les fois qu’on a pris la précaution de les empêcher d’être souillées par le pus contagieux. On a cité de nombreux exemples de malades chez lesquels les plaies avaient pris le caractère des ulcères primitifs, ou s’étaient envenimées par le fait de l’infection générale, et pour les piqûres de sangsues, rien n’a été plus commun. Cependant, dans tous ces cas, dont l’explication réelle avait échappé, il était possible, comme je l’ai fait, de trouver la véritable cause. C’est ainsi qu’on voit

82 PROIliîRE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

souvent, d’un grand nombre de piqûres de sangsues appliquées au pénil , ou aux environs de la verge , les unes prendre l’aspect du chancre et d’autres n’éprouver aucun accident et se cicatriser. Lorsqu’on cherche la cause de cette différence dans des lésions semblables et sur une même fé^ gion^ on ne tarde pas à s’apercevoir que ce sont les piqûres qui sont en rapport de siège avec les parties que les points malades de la verge peuvent atteindre, qui sont seuls pris, tandis que ceux qui sont en deçà où au delà restent intacts. Voici une observation, entre autres , qui ne sera pas sans intérêt : Une femme, couchée dans mon servier à l’hôpital des Vénériens, portait dès chancres nombreux à la vulve; ces chancres étaient primitifs, à la période de progrès et fournissaient une abondante suppuration, lorsqu’elle fut prise d’une douleur rhumatismale à la mah léole externe droite; une application de sangsues fut faite. Quelques jours aprés^ là malade, qui avait d’abord été soulagée de sa douleur ; se plaignit de souffrir beaucoup de ses piqûres de sangsues; elle fut exarainéey et l’on trouva des piqûres enflammées offrantraspectdespustules d’ecthymate^ auxquelles succédèrent bientôt des ulcérations ayant tous les caractères admis du véritable chancre. Le point où les sangsues avaient été appliquées^ la distance du siège primitif des ulcères

de la vulve, suffirent, au plus grand nombre des médecins qui suivaient ma clinique, pour regarder éet accident comme une conséquence due à l’irifection générale ou à une inâuvaisc disposition du sujet. Je fis alors appliquer de nouvelles sangsues à rautre jambe, j’eii fis mettre èticorë à la première,- en prenant lë soin de garantir de suite ces nouvelles piqûres et de les isoler de tout contact contagieux j et alors , tandis qiie deux piqûres faites à la lancettè^ Tune avec du pus pris aux chancres de la vulve et l’autre aux piqûres de sangsues ulcérées^ donnaient lieu à des ulcérations de la nature de- celles qui avaient fourni le pus, lës piqûres de sangsues qui avaient été garanties dé toute soüÜlure se cicatrisaient sans âiicun accident.

Mais il arrivé quelquefois que des Sangsues appliquées Sur des bubons donnent lieu à des ulcérations de mauvaise nature ,• sans qu’on puisse eu fètroUvër la cause dans l’application du pus contagieux. Dans ces cas ^ de deux Choses Tune : ou les piqûres des sangsués se sont simplement irritées j enflammées^ et ont été suivies j comme cela arrive souvent, d’une espèce de furoncle qtii suppure j et alors le jaus qu’elles fournissent ne s’inocule pas; où bien, passées â l’état de véritables chancres inoculableSj l’irtfections’estfaite de dedans en dehors, c’est à dire que placées sur un

bubon virulent suppuré, ic pus cia chaacrc gcinglionnaire a inoculé les pic|ûres de sangsues en les traversant pour s’échapper au dehors. Il en est de même de toute plaie analogue accidentelle ou artificielle.

Fabrice de Hilden rapporte l’histoire d’un galeux qui , en 1 609 , fut infecté d’une syphilis dont il mourut, pour avoir couché dans des draps où avaient, auparavant,sué plusieurs vérolés. Mas il a omis de nous dire en quel état étaient ces derniers, et s^ils avaient des ulcères. 11 est plus que probable que quelques affections semblables existaient , et que le pus qui en découlait s’étant attaché aux draps avait ensuite été mis en contact avec des points de peau privés d’épidermé.

J’ai dit , et l’expérience a prouvé que la cessation de l’accident primitif ou sa persistance, à quelque période que ce fût de sa durée, n’empéchaient pas le malade de rester susceptible d’eii contracter d’autres, comme nous l’avons démontré, et que ce n’était jamais en vertu d’une première maladie qu’on pouvait devenir réfractaire aux causes susceptibles d’en développer une seconde. Mais le point le plus important et celui qui pouvait seul nous autoriser à faire nos recherches vérifiées par MM. Fricke de Hambourg , le professeur Lallemand de Montpellier , Ruef de Strasbourg , Blandin, chirurgien de l’Hôtel-Dieu

IXOCDLATIO’ DU VIRUS SYPBILITIQUE. 85

de Paris, etc., c’est que le nombre des accidents secondaires n’était nullement en rapport avec celui des accidents primitifs développés à iinemême époque. Cette proposition que je répète, et qui veut qu’il n’y ait pas plus d’accidents généraux après deux , trois , quatre ou cinq chancres contractés en même temps qu’après un seul , est aujourd’hui basée sur des relevés faits depuis six ans , et ne saurait être contestée.

Ces laits établis , j’ai passé en revue toutes les affections réputées vénériennes ou autres, soit primitives, soit secondaires. Toutes les sécrétions normales ou morbides, chez les individus réputés syphilitiques, ont été examinées par la voie de l’inoculation, et une seule forme a fourni des résultats constants, et cette forme, c’est l’ulcère primitif, autrement dit le chancre.

Le chancre, qui est à la vérole constitutionnelle ce qu’est la morsure du chien enragé à l’hydropliobie, ne produit, toutefois, un pus spécifique qu’à une certaine époque de. sa durée, et c’est bien certainement faute d’avoir apprécié ce fait si simple, que les résultats de l’inocula tion ont pu être contestés ou paraître incertains. 11 est bien évident que l’ulcère syphilitique primitif ne saurait être le même à toutes ses épjoques, et qu’il ne pourrait arriver à la cicatrisation , s’il ne passait enfin à l’état d’ulcère simple par la destruc-

86 PRnjIIKllE BAETfE. — CHAPITRE PllEMIER.

tion de la cause qui tendait à rentreteuir; or, on ne saurait exiger de ces différentes phases des caractères semblables, des résultats pareils; C'esl à la période de progrès ou de statu qup de Uulcératipn, alors qu’il n’y a pas de travail de cicatrice, que le chancre sécrète le mriis 'vénérien.

La spécificité de la sécrétion du chancre n’est, comme nous l’avons déjà dit , ni en raison de l’organe actuellement malade , ni en raison de la vitalité ou des fonctions et réactions sympathiques de cet organe , ni encore en rapport avec le plus ou moins d’inflammation dont peut être aceompa^ gnée rulcération.

Le siège a si peu d’influence sur la nature spér ciale du chancre, que cette maladie ne saurait être regardée , sans erreur, comme le propre des organes génitaux. En effet, il n’est pas de point de la peau qui ne puisse en devenir le siège; aucun endroit du derme dans les conditions voulues, et qu’on peut déterminer à volonté, n’en est a l’abri ; développée sur des régions autres que sur les organes de la génération, elle conserve encore tous ses caractères , sans aucune exception.

Ainsi le chancre du bout du doigt, de la cuisse, delà langue, du pied fournit, tant qu’il n’çi point été modifié, le pus inoculable et susceptible de reproduire un autre chaiiere^ sans U

ISOCUL ATION DU VIRl» SYPniLITIQüÉ. 87

participation des organes génitaux', tandis qu aucune autre altération de ces organes Il est susceptible de reproduire le chancre, quels que soient saf orme, son étendue et le degré d'inflammation qui V accompagne. La seule chose qui soit vraie et qui a pu tromper , c’est que les organes génitaux en sont plus souvent affectés , comme certains os , par leur texture et leur situation, se fracturent plus que certains autres : les tissus délicats de ces organes, la facilité des éraillements, du soulèvement de l’épiderme ou de l’épithélium , le nombre et l'ouverture de leurs follicules , les rapports intimes et prolongés qu’ils établisseijt entre un individu malade et un individu sain , sont les conditions qui , mieux et plus longtemps appliquées, permettent à la cause d’agir aussi avec plus d’efficacité. Mais, comme l’expérience le prouve, ce n’est point l’organe qui donne à la maladie sa spécificité ou son caractère particulier; car il n’est point de lésion artificielle, quel que soit l’agent qu’on emploie, qui puisse la produire; et tandis qu’un doigt privé d’épiderme contracte le chancre par le contact de son pus, les organes génitaux, restés en tous points intègres , peuvent en être impunément souillés.

Il reste donc ce fait établi par l’expérience , et que les spéculations seules de cabinet peuvent

88 PRESIlkUE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

contester, que le chancre, quel que soit son siège, est la conséquence d’un pus spécifique que lui seul sécrète, et qui, comme on l’a dit avec tant de raison , levain , ferment spécial, reproduit

une maladie identique partout où il est convenablement déposé.

Mais ce levain particulier, qui n’a d’action spéciale qu’alors qu’il détermine une ulcération, n’est produit que pendant la période du chancre, qui enf ait presque alors, si Von peut s'exprimer ainsi , un organe ■virulent accidentel.

En effet, le chancre, comme nous l’avons déjà vu, a deux phases bien distinctes : la première, à laquelle le nom appartient rigoureusement, est celle d’ulcération croissante ou stationnaire; c’est elle qui fournit le pus spécial; la seconde, qui est celle de réparation, n’arrive que pa.r le passage à l’état d’ulcération simple, permettant la cicatrisation ou la transformation sur place et ne fournissant plus la sécrétion spécifique virulente. On conçoit comhien la distinction de ces deux époques du chancre est importante; car, sans elle, on confond tout; et la même ulcération qui s’inoculait quelques jours auparavant ne donnant plus de pus contagieux, on conclut à l’incertitude des expériences là où, au contraire, elles ont eu une grande valeur.

Or, si l’on prend de la matière de sécrétion

d’un chancre à la période que nous avons indiquée, et que ce pus soit porté, à l’aide d’une lancette, sous l’épiderme .

Voici ce qui arrive :

Dans les premières vingt-quatre heures, le point piqué, comme dans la vaccine, rougit; du second au troisième jour, il se tuméfie Un peu et présente l’aspect d’une petite papule qu’entoure une auréole rouge ; du troisième au quatrième jour, l’épiderme, soulevé par un liquide plus ou moins trouble, prend la forme souvent vésiculeuse, offrant, à son sommet, un point noir., résultat du dessèchement du sang de la petite piqûre; du quatrième au cinquième jour, la sécrétion morbide augmente, devient purulente, la forme pustuleuse se dessine, et son sommet, en se déprimant, lui donne un aspect ombiliqué qui la rapproche de la pustule de la petite-vérole. A cette époque, souvent l’auréole, dont l’étendue et l’intensité s’étaient accrues, commence à s’éteindre ou à diminuer, surtout si la maladie ne fait pas de progrès; mais, à partir du cinquième jour, les tissus sous-jacents, qui souvent n’avaient encore subi aucune influence, ou étaient seulement légèrement œdémateux, s’infiltrent et durcissent par répanchement d’une lymphe plastique, qui donne au toucher la résistance, la sensation élastique de certains cartilages. iEnfin, ordinairement.

90 PREMipRE PAUTIE. — CHAPITRE PREMIER.

à partir 4u sixième jour, le pus s’épaissit, la pustule se ride, et bientôt des croûtes commeûr cent à se former. Si celles-ci ne sont point détachées, on les voit grandir par leur base, et, s’élevant par couches stratifiées, prendre la forme d’un cône tronqué à sommet déprimé, SJ l’on détache les croûtes, ou qu’elles tombent, on trouve dessous un ulcère qui , siégeant sur la base dure dont nous avons parlé , offre un fond dont la profondeur est représentée par toute l’épaisseur de la peau , et dont la surface blanche,, d’un gris plus QU moins foncé, est formée par une matière lardacée, quelquefois pultaeée, ou meme de fausse membrane qu’on ne peut détacher en l’absr tergeant. Les bords de l’ulcération, à cette époque, nettement taillés comme par uh emporte-pièce parfaitement circulaire, sont cependant décollés dans une étendue plus ou moins grande, et offrent à la loupe de légères dentelures et une surface semblable à celle du fond ; leur marge, siège d’un engorgement et d’une induratieri pareille à celle de la base , présente une espèce d’anneau d’un rouge-brun plus ou moins violacé, et qui, plus saillant que les parties voisines, relève ainsi les bords en les renversant un peu , ce qui, dans les premiers temps, donne un aspect infundibuliforme à ces ulcérations.

Ces résultats si réguliers et si constants, qui

INOCDLATIOV DU VlflUS SYPHILITIQUE. 91

établisseiit une règle générale dont les expeptiens rares sont encore si faciles à expliquer , conduisent aux proportions suivantes, savoir que :

Ce n-est, à la rigueur, ni parce qu’il a été centracté dans un coït suspeçt, ni à cause de son siège, ni par le plus ou moins d’induration de sa base, ni par la couleur, la consistance du fond, la coupe, le décollement, les callosités des bords etla teinte plus ou moins foncée de la marge, qu’on reconnaît, d’une manière absolue et de prime abord, dans tous les cas, le chancre; mais bien par le pus qu’il sécrète et l’empoisonnement auquel il peut donner lieu, toutes ces conditions pouvant varier, la sécrétion seule restant identique, ainsi que ses effets généraux consécutifs.

2°. Le pus du chancre produit seul le chancre.

3». La meilleure manière de produire le chancre, c’est l’inoculation à la lancette.

4p. Pour produire le chancre, il n’est pas be^r soin d’orgasme de désirs, d’acte vénérien, ni d’excitation préalable de la partie qu’on va ino-culer.

5°. L’inoculation n’échoue jamais quand on prend le pus dans les conditions voulues et qu’on l’applique bien,

6°. Le pus pris d’une pustule d’inoculation reproduit un chancre de la même manière-, et ainsi de suite d’une pustule à rautre; sans qu’il

soit possible de limiter d’autre terme que celui d’une mauvaise expérimentation.

7°. Quand on a fait, avec le pus d’une même ulcération, plusieurs piqûres, toutes donnent lieu à des pustules, puis au chancre; sur trois piqûres, on n’en voit pas réussir une et échouer les autres, jamais plus, jamais moins que le nombre d’inoculations bien faites,

8“. La pustule et le chancre qui lui succède se développent sur le point précis de l’inoculation, et jamais autre part.

9». Quelles que soientles variétés et les complications que puisse plus tard présenter le chancre d’inoculation, sa marché, dans le début, est toujours la meme que celle que nous venons de décrire; la période pustuleuse nemanqueque lorsque les parties infectées étaient dénudées d’épiderme ou d’épithélium, et il n’est précédé d’inflammation phlegmoneuse et d’abcès que lorsque la matière virulente a été introduite dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans les voies lymphatiques.

1 0“. Il n’y a pas d’incubation dans le sens dans lequel ce mot est généralement employé; il n’y a, pour le chancre, qu’une évolution du moment du contact du pus infectant jusqu’à la formation de Tulcératioa.

l i®. Le chancre est, au début, une maladie locale.

IXOCULATION DU VIRUS SYPilH.iTlQlE. 93

■12“. Les accidents généraux, qui ne peuvent avoir lieu qu’après cet antécédent, n’ari-ivent pas dans tous les cas, et, quand ils ont lieu, ce n’est qu’après un certain temps de durée.

1 3°. Pour arriver à ce résultat si important, il faut distinguer le début réel du début fictif du chancre, c’est à dire ne pas faire partir celui-ci du jour où le malade s’en est aperçu, mais bien du jour où il l’a contracté.

14“. En faisant des relevés d’observations dans ce sens, on verra que des ulcérations complètement détruites par le caustique ou autrement, dans les trois, quatre ou cinq premiers jours qui suivent l’application de la cause, n’exposent pas à l’inflammation secondaire.

1 5“. Ce n’est que vers le cinquième jour que l’induration des chancres commence ; ce sont ordinairement les chancres indurés qui sont suivis de symptômes secondaires, -et cette induration semble être l’annonce que le principe pénétre plus avant dans l’économie. Tant qu’elle n’aura pas lieu, on pourra supposer, avec raison, que le mal n’est encore que superficiel.

Mais il était important de savoir si la matière spécifique produite par le chancre conservait, comme le vaccin, ses propriétés contagieuses pendant un certain temps. Des observations nom-

94 niEMlÈRE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

breuses, etj entre autres, celles de Hunter’^, ne devaient laisser aucun doute à cet égard, et cependant il n’en était pas ainsi, comme le prouve ce qu’en a dit feu Cullerier, dans le grand Dictionnaire des Sciences médicales.

Motjens de 'propager là s'gphiliè.

Dans les commencements, lorsqu’il fut connu que la maladie était contagieuse, on crut quelle devait être communiquée en respirant le même air, eh touchant la main , les vêtements, les membres d’un vérolé ; que la réunion des chrétiens dans les temples, que les approchements du tribunal de pénitence étaient des moyens fréquents de contagion; aussi, à cette époque , ne se cachaitun pets d’être attëiht dé cétte maladie; des aütètirs médecins n’hésitdient pas à réhdre publîqtteS dès observàtiolis de syphilis faitës sür de vèrtiieüx ptiticés, sué de saints abbés, sur dë rèspëctâbiés prélats.

Le iriôyeh de pî’dpàgatihü dë la syphilis le

^ Petlt-Piadèf dit: «Le lùémé dcletcré pris d’üti pifs véroliq'îie lièt fournissaient des chaucres , desséché et conservé dans une -hoU® comme le variolique, inoculé longtemps après auxhrasà î’aùle d’tihe lancette , y â fait naître dèus ulcères Vcriériëns ptécédés lié tous les sj'roptômes de l’inoculation vcroliqiie , et il s’én est suivi la guérison sur un soldat miné par une syphilis ancienne rebelle à toutes les méthodes, m

plus commun est incontestablement cehii des parties sexüelles dans le rapprochement des deux sexes, parce qüé c’est dans Ces parties que le virus fixe le plüs communément son séjour, parce qüé ces parties sont toujours ou presque toujours hü^ mectëës> parce que l’épiderme qui les récou Vré est tendre et milice, parce qüé les organes restent étt contact, parce qüé lé mouvement rend l’absorption plus facile i ^

Les organes de la bouche sont souvent les propagateurs de la contagion par un baiser lascif, par l’application des léÀ'res ou de la langue sur une partie du tissu muqueux , par la succion des seins, surtout dans rallaiteméiit. Si la bouche d’un enfant peut infecter une nourrice , le sein d’une nourrice peut aussi infecter FenfaUt.

Ces affections alternatives ne sont que trop fréquentes. ici se présente une question : y a-t-il des moyens de reconnaître si la maladie a passé de la nourrice à l’enfant ou de l’enfant à la nourrice? Lorsque le mal existe chez les deux individus en même temps, et qu’il est arrivé à Fétàt de maladie consécutive, on ne peut avoir que des probabilités tirées de là santé des père et mère, de l’enfant et de celle du mari de la nourrice ; tirées de l’époque à laquelle le mal s’est manifesté chez l’im ou chez l’autre , ce qui est quelquefois tré^ difficile à constater. Mais on né peut avoir certi-

tilde que l’enfant a passé le mal à la nourrice, lorsqu’il a des ulcères dans les fosses nasales, des pustules tuberculeuses , croûteuses ou ulcé^ rées dans quelques parties du corps avec les caractères de maladie déjà ancienne. On peut aussi avoir la certitude que la nourrice a infecté l’enfant, quand elle a^des ulcères à l’arrière-bouche, des pustules sur le corps, des exostoses, et l’enfant seulement des ulcérations à la bouche, au nez ou à l’anus.

Un verre, une cuiller, une pipe, communs à plusieurs individus , peuvent être aussi un intermédiaire de contagion ; mais il est nécessaire que le contact ait eu lieu immédiatement de l’un à l’autre; que la pipe quittée de l’infecté ait été prise par un homme sain aussitôt après; que le verre passé au voisin n’ait pas été posé sur la table ; que la cuiller ait été d’une bouche à l’autre sans avoir été essuyée. Nous avons vu plusieurs exemples bien positifs, bien constatés de ces différentes communications; nous en avons publié quelques uns.

Les yeux peuvent aussi être infectés directement par un baiser humide sur les paupières, ou par un véhicule lancé à une certaine distance. Le pus qui jaillit d’un bubon en suppuratiou quand on en fait l’ouverture, et qui va frapper

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la conjonctive peut donner la syphilis et désorganiser l’œil.

L’attouchement des mains, des joues d’un infecté sur celles d’un homme sain ne donne pas la syphilis j la peau est trop serrée, l’épiderme est trop épais pour que le virus puisse pénétrer j il n’en serait pas de même s’il y avait de petits ulcères, une simple excoriation, un arrachement dei’épiderme.

De jeunes chirurgiens, en pansant des dépôts ouverts, surtout des accoucheurs, en constatant la grossesse et en facilitant le travail de l’enfantement, ont pris la maladie dont les femmes étaient atteintes, parles légères excoriations, résultat de l’arrachement de ces petits prolongements d’épiderme situés prés les ongles, qu’on appelle envies.

Nous croyons pouvoir assurer que le Jliiide qui sert de véhicule au virus doit être doué d'un degré de chaleur , d’une espèce de vie qui conserve au virus la force de s’attacher au nouveau corps auquel il a été transmis. Nous avouons notre incrédulité sur les moyens de contagion qu’on attribue à une lunette de commodité, ou à un pot de chambre que personne n’a touché depuis plusieurs heures j à une éponge dont on ne s est servi que la veille, aux vêtements qui avaient été toute une nuit éloignés de celui qui les portait

98 PREMlËlliJ PARTIE. - CHAPITRE PREMIER.

habituellement. Cependant nous n’en nions pas absolument la possibilité, ne fut-ce que pour expliquer des choses inexplicables sans cette ressource. /?

J’ai pris du pus de chancres et du pus de pustules d’inoculation ; ce pus a été conservé pendant sept jours dans des tubes semblables à ceux dans lesquels on conserve le vaccin, et l’inoculatiou s’est faite comme avec du pus récent. J’ai conservé de la même manière et comparativement du miico-pus blennorrhagique, du pus phlegmoneux, du pus d’ulcères simples, de bubons non virulents, et les résultats de l’inoculation ont été négatifs. Ce qui a pu être noté, sans cependant le donner comme signe constant, c’est que le pus inoculable a toujours conservé plus de fluidité que celui qui n’était pas virulent.

Il est incontestable que des filles qui ont vu des hommes infectés, et qui ont eu des rapports avec d’autres hommes sains, sans être devenues ellesmêmes malades, ont pu infecter ces derniers en servant de véhicule, cas que j’ai’'été à même de vérifier, et qui, s’ils n’étaient pas communs, pourraient faire croire au développement spontané de la vérole entre personnes saines.

Voici un fait qui s’est tout récemment présenté à mon observation :• Un jeune homme eut des rapports ave 3 une femme affectée de chancres;

iNOCDtATlON DU VIRUS SYPHILITIQUE. 99

il eut, le même jour, des relations avec sa maitresse habituelle, qui fut infectée de la même maladie, sans que lui-même en fût atteint. Il est à remarquer que ce jeune homme ne s’était pas lavé après le coït, et que, chez lui, le prépuce était fort long.

OOCCLATIOX DAXS LES ACCI DENTS PRIMITIFS. 101

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