DE LA SYPHILIS GÉNÉRALE
La cure des accidents primitifs ordinairement de peu d’étendue et , le plus souvent , de peu de gravité a été, de tout temps, la question la moins importante à résoudre. Il ne faut que se donner la peine d’observer, pour se convaincre, comme nous l’avons déjà dit, qu’elle pouvait être spontanée, ou arriver sous l’influence d’une foulé de médications différentes, et auxquelles on ne pouvait pas attribuer des propriétés spécifiques ; mais un malade , guéri d’un chancre induré, est loin, dans tous les cas, d’être débarrassé de la' syphilis. C’est donc à prévenir les accidents consécutifs ( secondaires ou tertiaires ) qu’il faut s’attacher dans le traitement des symptômes par lesquels la vérole peut commencer. J’ai dit, d’après les recherches faites dans les auteurs, et je soutiens, surtout d’après l’expérience personnelle , que je ne connaissais pas un
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seul cas dans lequel l’accident primitif ayant été complètement détruit avant les cinq premiers jours de son existence réelle, des phénomènes d’empoisonnement général eussent eu lieu Je puis répéter, avec confiance , que , dés que tout le monde sera convaincu de cette vérité, la vérole cessera de faire les ravages auxquels on la pousse par les doctrines opposées. Détruisez donc toute écorchure, toute plaieou toute solution de continuité qui se montre, après le coït, je ne dirai pas seulement suspecte , mais dans tous les cas; car cette qualité est malheureusement méconnue par le plus grand nombre des malades , que d’horribles conséquences viennent trop fréquemment désabuser alors qu’il n’est souvent plus temps , et dans des circonstances où la position sociale et la morale semblaient devoir mettre à l’abri de tout accident.
Cependant, comme, dans la très grande majorité des cas , on laisse marcher le symptôme primitif , et que ce n’est que plus tard que les malades réclament des soins, les chances de détruire ce symptôme sur place, et avant qu’il n’ait
^ Proposition i4 , page gU. Dans cette proposition où ce principe est etabliiil fautlire, à Jailciuière ligne, Jans laquelle s’est glissée une eireur lypographique , au lieu d'iii/lammalioii secondaire, infection secondaii’e.
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permis l’absorption , diminuent si cé n’est en raison constante de sa durée, au moins en raison directe de l’induration spécifique dont il peut s’accompagnoj-.
Quoi qu’il en soit, je puis affirmer , G0n trairement à une ppinion professée par de grands noms , et Dupuytren en particulier > que la destruction des chancres par le caustique ou toute autre médication locale ne saurait être regardée comme cause pouvant favoriser le développement des accidents généraux, par la reperciission ou le refoulement du virus dans l’économiè; il faut seulement dire que, dans tous les cas, pratiquée trop tard, la cautérisation n’empêche pas l’empoisonnement général.
L’expérience, si facilement acquise dans le champ vaste et fertile de l’hôpital des Vénériens, m’a appris, comme règle générale, que la meilleure condition prophylactique des symptômes constitutionnels était la guérison radicale sur place de l’accident primitif, dans le temps le plus court possible et sans qu’il restât d’induration j et cela , quelle que fût la méthode de traitement employée: l’induration qui persiste après un traitement mercuriel, ou tout autre, laissant presqu’à coup sûr le malade exposé aux accidents consécutifs.
Mais est-il un traitement qui , en dehors de
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la caiise spécifique, du poison spécial, favorisé le dé\'eloppement du tempérament et de la diathèse syphilitique? Oui, sans doute, et cè traiteîDent, c’est celui qui n’a pas détruit le virus et guéri radicalement l’accident primitif. Ce n’est alors pas plus le mercure que les sudorifiques ou les antiphlogistiques , mais bien la médication qui a été mal à propos appliquée ou i.nsulFisamment administrée. Cependant, non seulement on a accusé le mercure d’aider à la production des accidents généraux , mais encore quelques esprits enthousiastes et peu réfléchis, fanatisés par famour de la nouveauté, ont été jusqu’à dire que le lîiercüre seul était cause de tout ce que la vérole pouvait produire d’afîreuXi En vérité , si la syphilis était rare, si elle était, parmi nous, ce qu’est la peste d’Orient, sur laquelle bien des médecins discutent sans l’avoir jamais vue , on trouverait une excuse à cés propositions paradoxales; mais, lorsqu’elle court nos rues, nos salons , que les salles de nos hôpitaux en sont encombrées, se refuser à voir, c’est se priver volontairement d’un sens qu’on n’a plus le droit de réclamer en faveur d’autres observations. Pour me convaincre que le mercure peut produire les mauvais effets qu’on lui impute, qu’on me montre un sujet qui, sous son influence seule et sans antécédents spécifiques, ait été pris plus
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tard de tubercules muqueux ou de sypliilide lenticulaire. Une telle preuve serait cependant facile à donner, si ce médicament pouvait être la cause de pareils symptômes ; car, tous les jours, il est administré sous toutes ses formesdans des cas autres que ceux qu’on peut rapporter à la syphilis. Parmi les nombreux malades affectés de blennorrhagie et qu'on traitait autrefois, comme quelques médecins le font encore aujourd’hui, par le mercure, combien en voit-on qui aient offert plus tard des accidents généraux, à part ceux chez lesquels a dû exister le chancre urétral ou larvé? Interrogez, d’un autre côté, la population actuelle qui a passé l’âge de cinquante ans , et vous serez étonnés du nombre des personnes qui, sous l’influence des anciennes doctrines exclusives, ont fait des traitements mercuriels sans avoir jamais rien éprouvé. Ce nombre est vraiment si grand , que le chiffre , sans pouvoir citer les individus pour le vérifier, ne manc{uerait pas d’être taxé d’exagération.
Sans doute que nous voyons tous les jours les cas les plus graves de syphilis chez les malades qui ont, pour la plupart, fait usage du mercure; mais les ex})lications ont-elles été toujours justes et dégagées de prévention, et surtout d’esprit de parti ou de doctrine? N’est-il pas constant, comme
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on l’a écrit et prouvé (1 ), que le plus grand nombre des malades accusés d’avoir employé un traitement mercuriel n’en avaient souvent subi aucune influence, soit que la forme sous laquelle il avait été administré n’eût agi qu’en purgeant, soit que des pilules, en quelque sorte pétrifiées, comme celles qu’on employait autrefois à l’hôpital des Vénériens, eussent traversé le tube digestif sans perdre un atome de leur substance? N’est-il pas alors plus rationnel de dire, d’après la déduction dès faits nombreux qu’on peut entasser par centaines, et qu’on pourra voir, quand on le voudra, dans la première salle venue de notre hôpital, qu’il est des malades chez lesquels le traitement a été insuffisant ou mal administré ? Cette vérité n’est-elle pas prouvée chez ceux-là même, par les résultats heureux d’une médication plus méthodique? D-’autres malades ne sont-ils pas complètement réfractaires au traitement? D’un autre côté, n’est-il pas certain que toutes les formes de la syphilis générale ne cèdent pas plus à une même médication que celle-ci ne saurait les prévenir dans tous les cas, et qu’enfin, chez quelques sujets, les plus malheureux de tous, mais incontestablement les moins nombreux, la maladie se développe quand même, et devient d’autant plus
M. Giillo ier. — Recheivkes sur la Syphilis.
redoutable que lé remède ne peut l’arrêter, qu’il fatigue la constitution, et peut même l’altérer? Cës dernières circonstances ont été, sanâ doutej mieux connues et mieux appréciées de nos jours, et l’on doit en rapporter avec reconnaissance toute la gloire aux travaux des écoles modernes, et en particulier à MM. Thomas Rose , Thomson, Gutrie, Rust, Bruninghausen, Richond, Jourdan , Devergie > Desruelles , Fricke> etc,, qui, peut-être, avaient besoin d’exagérer léurs principes pour donner le retentissement nécessaire à ceux cju’une Observation' rigoureuse et rexpériencè désintéressée devaient faire adopter.
Les faits nombreux que j’ai pu recueillir ine permettraient presque d’avancer , au sujet du traitement mercuriel en particulier, qu’on peut, dans le plus grand nombre des cas, le considérer plutôt comme curatif de certains symptômes que comme prophylactique.
Toutefois, dans la question qui m’occupe, et dont la solution complète n’a été donnée par personne, on doit dire que le médecin qui laisse un chancre induré sans traitement général devient, en queiqué sorte, responsable des accidents qui le suivent; et que, de tous les médicaments, le mercure est le plus prompt dans ses effets et le plus efficace. Dans les soins prophylactiques , comme dans les soins curatifs, je n’ai jamais pu
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comprendre rutilité des demi-traitements : ou bien dis sont indiqués par les accidents qui existent et doivent être administrés jusqu’à leur disparition; ou bien ils deviéfinent inutiles^ et alors on ne doit pas courir gratuitement, et par de vaines spéculations, les chances des inconvénients qui peuvent les accompagner ou les suivre.
Cependant, à propos de la prophylaxie, rappelons cette circonstance importante^ méconnue ou mal appréciée par beaucoup d’âüteürs, savoir : que tous lea sujets ne sont pas suscêptibies de l’empoisonnement général; que, pour que celui-ci ait lieu , il faut de^ conditions idiosyncrasiques jusqu’alors mal définies, et que surtout, après rempoisonnement , pour que la manifestation matérielle s’effectue et que les symptômes se trahissent au dehors, il est besoin de certaines circonstances occasionnelles ou plutôt adjuvantes , qui peuvent tarder à se produire ou complètement manquer.
C’est ainsi qu’ün changement brusque d’un régime doux à un régime excitant, d’une alimentation tonique à une vie débilitante, le passage d’un climat à un autre tout opposé, etc. , en favorisent le développement. lien est de même du changement de la vie fœtale à la vie extra-utérine; de l’état de grossesse, et de l’époque de la cessation des
règles, si bien observée par Thiéry de Hery (=^]. La même influence résulte d’un mauvais état du tube digestif, d’affections cutanées antérieures ou concomitantes; d’irritations habituelles de la gorge et de la cavité buccale, souvent dues à l’usage de la pipe; d’hémorrhoïdes irritées, des scrofules ou de toute autre diathèse. Enfin un coup, une chute , le défaut de propreté et la fatigue de certaines régions produisent les mêmes effets.
Des vues générales qui précédent et dans les détails desquelles nous ne devons pas entrer, il résulte comme point principal que, chez tout, individu qui a été soumis à l’infection primitive, on doit , en fait de soins prophylactiques dirigés contre les accidents généraux, veiller, surtout.à l’équilibre des fonctions et au maintien de la santé générale, soit par l’hygiène, soit par la thérapeutique rationnelle des maladies étrangères à la syphilis et qui pourraient actuellement coexister.
Pailloux, jeune médecin distingue , élève de riiôpital des Vénériens , avait cru que la cessation des règles était une des principales causes des ulcérations de la gorge chez les femmes ; oubliant qu’on ne pouvait pas invôcjue'r les mêmes cauées cliez les hommes, qui en sont peut-être encore plus souvent affectés.
§ III