IL
TRAITEMENT DE LA BLENNORRHAGIE ËN PARTICULIÉP..
PREMIÈRE ESPÈCE : Blemoirhagie chez la femme.
seules ou clifféi'emment combinées.
Le traitement prophylactique de la blennorrhagie chez la femme ne présenté rien de particulier qui n’ait été signalé dans les généralités \ seulement chez elle il faudra insister sur les soins de propreté à cause de l’étendue des surfaces et de la facilité avec laquelle les matières infectantes s’arrêtent dans les replis des organes génitaux externes ou internes.
Il est rare que les femmes consultent le médecin assez à temps pour qu’il fasse avorter une blennorrhagie à son débuts soit qu’elles ne confessent leur maladie que trop tard, soit qu’elles ne s’aperçoivent pas toujours du moment où celle-ci commence. Néanmoins, si l’on était ap-
BLENNORRHAGIE CHEZ LA EEJIME
pelé à temps opportun, c’est à dire dans les deux ou trois premiers jours, les injections et applications astringentes pour les blennorrhagies vulvaires , vaginales et utérines seraient le plus ordinairement couronnées de succès; tandis que l’emploi du copahu et du cubèbe a quelquefois été efficace contre la blennorrhagie urétrale. S’il existait déjà des symptômes inflammatoires, du reste, peu intenses , il serait à propos d’associer à ces moyens quelques applications de sangsues faites au voisinage de la vulve.
Mais, avons-nous dit, il est rare qu’on puisse faire avorter la blennorrhagie chez la femme, et c’est ordinairement avec plus de lenteur qu’on parvient à la guérir par un traitement méthodique.
A l’état aigu, quelles que soient la variété ou les variétés qui existent, le repos le plus absolu possible est de première nécessité. L’alimentation doit être légère. L’usage des bains entiers est on ne peut plus favorable , et toutes les fois que l’état des parties le permettra, il sera bon de recommander aux femmes de faire des injections vaginales pendant la durée et avec l’eau même du bain qui pourrait être mucilagineuse ou chargée de gélatine. On conçoit combien cette pratique peut être efficace dans la vaginite et la blennorrhagie utérine.
Quand l’acuité des symptômes nécessitera l’em-
6^6 TROlSiÈ.ïîE PARTIE. — THÉRAPEUTIQUE.
ploi des sangsues, s’il n’y a pas de suintement au pii des cuisses et d’altération de la peau constituant la blennorrhagie extragénitale, celles-ci seront appliquées au côté externe des grandes lèvres et toujours plus prés du pli crural que du périnée , afin de les mettre le plus possible à l’abri du contact de la sécrétion morbide , qui gagne toujours les points les plus déclives et tend à irriter plus ou moins leurs piqûres. Dans le cas contraire , les sangsues seront appliquées au pli crural. Lorsque la blennorrhagie, et surtout la blennorrhagie utérine, s’accompagnera de réaction fébrile, la saignée générale offrira de grands avantages. Les boissons seront abondantes, agréables au malade , et cependant il ne sera pas nécessaire qu’elles soient prises en aussi grande quantité par les femmes que par les hommes, la chaude-pisse ou, si l’on aime mieux, le sentiment de brûlure produit par le passage de Turine, étant moins prononcé chez elle que chez ce dernier. Mais la partie la plus efficace du traitement est évidemment la médication locale. Pour la blennorrhagie vulvaire et extragénitale, les soins de propreté, les fomentations émollientes et légèrement narcotiques, avec les décoctions de racines de guimauve, de morelle et de pavots, seront toujours utilement employées. Il sera de la plus grande utilité d’isoler les parties malades : ainsi
BLEÎVXOEEIÏAGIE CHEZ LA FEmiE.
011 empêchera les cuisses de toucher aux grandes lèvres, et celles-ci de se toucher entre elles, en les isolant par un tampon de charpie fine imbibé des liquides émollients et narcotiques. Lorsque l’inflammation est très aiguë, quel’anneau vulvaire est étroit naturellement, ou par suite du gonflement inflammatoire , il faut se contenter de ces applications extérieures et s’abstenir même d’injections, l’introduction de la canule à olive pouvant produire trop d’irritation. Ces circonstances se présentent surtout chez les enfants et chez les filles encore vierges ; mais, dès qu’il sera possible d’avoir recours aux injections, il faudra les faire pratiquer plusieurs fois par jour. Toutes les fois que l’anneau vulvaire se laissera dilater, sans beaucoup de douleur, on introduira dans le vagin un tampon de charpie fine imbibé du liquide médicamenteux. Ce tampon, faisant, en quelque sorte, fonction de cataplasme, sera renouvelé deux fois par jour et humecté à plusieurs reprises à l’aide de plusieurs injections. Des fomentations émollientes, des cataplasmes sur le ventre seront également utiles quand la blennorrhagie aura l’utérus pour siège. Dans ce cas encore, comme dans la métrîte en général, on pourrait avoir recours aux cataplasmes vaginaux, préparés avec les farines de riz ou de graine de lin. Mais la rapidité avec laquelle ces cataplasmes s’altèrent et
678 TROISIÊMR PARTIE. - THERAPEUTIQUE.
fermentent dans ces parties m’a généralement fait préférer les fomentations entretenues à l’aide du tampon indiqué ci-dessus. Jamais aussi je ne donnerai le conseil d’appliquer des sangsues sur le col même de l’utérus, à moins de vouloir s’exposer à voir chaque piqûre se transformer en chancre , puisqu’il y a toujours de l’incertitude sur l’existence d’ulcérations virulentes dans la cavité de cet organe. Les tampons, avons-nous dit, seront renouvelés deux fois par jour : ce renouvellement sera fait avec soin, attendu qu’en séjournant davantage ils retiennent trop longtemps les matières morbides, qui s’altèrent et augmentent alors l’irritation. Il est presque inutile de dire que, si le vagin renfermait un pessaire, celui-ci devrait être enlevé.
L’urétrite intense s’accompagne rarement de la rétention d’urine, et lorsqu’elle existe, cette complication est ordinairement de peu de durée et cède aux antiphlogistiques^ mais, quelquefois pourtant, elle nécessite le cathétérisme, qu’il vaut mieux pratiquer dans ces cas, quoi qu’on en dise, en mettant les parties génitales à découvert; car alors il s’exécute avec moins de tâtonnement et, par conséquent, avec moins de douleur. Sur deux malades d’un tempérament extrêmement nerveux, et chez lesquelles le spasme semblait être la cause de la strangurie, un tam-
BLENNORlinAGIE CHEZ LA FEMME. 679
pon imbibé d’mie solution d’extrait de belladone et appliqué à l’entrée du vagin fit cesser les accidents.
Le gonflement des nymphes et des grandes lèvres, que nous avons comparé à une espèce de phimosis ou de paraphimosis propre aux femmes, cède, le plus ordinairement, au repos et aux antiphlogistiques; mais, lorsque le gonflement est considérable avec infiltration séreuse, il devient nécessaire de pratiquer des mouchetures, la gangrène par excès, l’inflammation n’arrivant que lorsque les soins n’ont pas été convenablement dirigés, et qu’on n’a pas insisté d’une manière assez énergique sur les évacuations sanguines. Lorsque cette fâcheuse terminaison existe déjà , si l’inflammation l’accompagne encore, il faut insister sur les antiphlogistiques, en interrogeant, avec soin, les forces générales de la malade, et appliquer sur les parties affectées un plumasseau de charpie imbibé d’une solution d’extrait gommeux d’opium. La blennorrhagie urétro - génitale peut être compliquée d’abcès qui n’ont rien de particulier, et dans l’histoire détaillée desquels nous ne devons pas entrer. Nous dirons cependant que ces abcès étant , le plus ordinairement , les résultats d’une violente inflammation , leur développement sera prévenu par le traitement même
680 TROISIÈME PARTIE. - THERAPEUTIQUE.
destiné à la combattre, et surtout lorsque l’on évitera d’ajouter à l’irritation des parties déjà malades.
C’est ainsi qu’on devra s’abstenir, dans la blennorrhagie aiguë, de l’emploi du spéculum, et nous pouvons affirmer que jamais, dans le coursde sept années et sur des centaines de malades reçues à l’hôpital des Vénériens, nous n’avons vu ces abcès de la vulve être la suite de l’emploi de cet instrument, comme un de nos confrères a cru l’observer. Toutes les femmes affectées de cet accident, que nous avons eu occasion de traiter, et le nombre en a été considérable, n’en avaient jamais subi l’application. On conçoit que le contraire pourrait avoir lieu, mais sans qu’on pût alors considérer cette application comme cause efficiente, à moins que l’instrument n’eût été employé contre toutes les régies.
Ces abcès tiennent quelquefois aussi à l’inflammation des kystes que quelques femmes portent a l’entrée delà vulve; ilsdoiveiit, dans tous les cas, être promptement ouverts. 11 est bon d’être prévenu que la suppuration succède ici rapidement à l’inflammation phîegmoneuse, et que, si on ne lui donne pas issue, elle ne larde pas, à cause de la laxité du tissu cellulaire, à faire des ravages, à lilcr du côté du rectum, et à se faire jour dans la cavité de cet intestin, formant ainsi, tantôt des
BLENNORBHÀGIE CHEZ LA FEMME
fistules incomplètes, tantôt des fistules complètes, par suite d’ouverture à des hauteurs diverses du côté de la vulve.
Les abcès de la vulve doivent être ouverts largement, en faisant l’incision parallèle à son axe; le pus est souvent brunâtre et a l’odeur des matières fécales à cause du voisinage du rectum, sans qu’il y ait communication avec cet intestin. Quand l’abcès est la suite d’un kyste enflammé, la matière qu’il contient est filante, comme glaireuse dans la plupart des cas. Si l’on est appelé à traiter de bonne heure les fistules qui succèdent à ces abcès, avant que leur trajet ait subi la transformation muqueuse, la compression exercée par un tampon introduit dans la vulve et le s^agin suflit, le plus ordinairement, pour les oblitérer. Lorsque ce moyen a échoué, la cautérisation du trajet fistuleux a l’aide du nitrate d’argent en poudre placé dans une sonde cannelée ou, mieux, porté à l’aide de l’instrument de M. Lallemant, a fréquemment réussi. J’ai eu à me louer, chez quelques malades, d’un procédé qui consiste à parcourir la fistule avec un stylet mousse garni d’un brin de charpie longue, roulé sur lui en spirale et trempé dans le nitrate acide de mercure. Après une ou deux cautérisations propres à détruire la surface pseudo-muqueuse, de la teinture de cantharides a été portée de la même
682 TROISIÈME PARTIE. - THERAPEUTIQUE.
inaiiîère pour exciter le développement des granulations nécessaires pour oblitérer la cavité.
Dans un cas qui avait résisté à ces divers traitements, j’ai obtenu la guérison en introduisant dans le trajet fistuleux Turétrotome qui sert à débrider le méat urinaire, et en scarifiant toute sa longueur à un quart de ligne de profondeur dans un grand nombre de points de sa circonférence. Lorsque les trajets fistuleux occupent une petite étendue, le procédé le plus court est de les traiter comme les fistules à l’anus.
L’ovarite, considérée comme complication de la blennorrhagie, nécessite un traitement antiphlogistique proportionné à l’intensité des symptômes. Des sangsues appliquées ' sur les parties latérales et inférieures du ventre, à l’anus, à la région sacrée ; la saignée générale, aidée de fomentations et de cataplasmes émollients, sont, le plus ordinairement, efficaces. Pour arrêter ses progrès, il est surtout important de mamtëriirla liberté du ventre à l’aide de laxatifs légers. Il est probable qu’ici, comme dans l’orchite, les onctions mercurielles sur l’abdomen, employées en même temps que les émollients, devraient aider la résolution.
Lorsque l’état aigu est passé, des révulsifs, tels que des vésicatoires à la partie interne des cuisses, des frictions avec la pommade d’Autenrieth sur
BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME
les régions iliaques, seront employés avec avantage. Dans les cas que j’ai observés, il n’a pas été besoin d’avoir recours à l’emploi des mercuriaux pris à rintérieur.
Mais la blennorrhagie aiguë chez la femme, qu’elle soit ou non accompagnée de complications, résiste quelquefois au traitement adoucissant le mieux dirigé et est aggravée par les mercuriaux, qu’on les envisage comme moyen méthodique ou empirique. Dans quelques uns de ces cas, où les surfaces muqueuses rOuges et turgescentes fournissaient un écoulement puriforme abondant, accompagné d’une vive douleur, sans que le repos, les évacuations sanguines, les émollients et les narcotiques amenassent aucun soulagement, j’ai obtenu des résultats presque merveilleux de l’emploi du nitrate d’argent.
Une cautérisation superficielle avec le nitrate d’argent solide, ou l’application, sur les parties malades, de charpie imbibée d’une solution du même sel, a amené une modification favorable des surfaces enflammées et une solution de la maladie.
Après les cautérisations superficielles ou les injections au nitrate d’argent , on fait le tamponnement à sec avec dé la charpie pour isoler les parois du vagin.
Jamais, comme on vient de le voir, lorsque la
68Î- TROISIEME PARTIE. — THERAPEUTIQUE.
maladie est bien développée et dans sa période d’acuité, nous n’avons recours aux antiblennorrhagiques proprement di(s, tels que le copabu, le cubébe, etc.; car, s’ils ne sont pas nuisibles dans tous les cas, ils sont au moins inefficaces.
Lorsque l’état aigu a cédé tout en continuant les calmants et les adoucissants généraux, tels que les boissons, le régime, le repos, les bains, il faut se hâter, pour terminer rapidement la maladie et ne pas permettre à l’état chronique de s’asseoir, d’avoir recours aux applications et aux injections résolutives. Le liquide auquel je donne la préférence se compose d’une solution d’acétate de plomb cristallisé, ou d’une solution de sulfate d’alumine et de potasse.
A mesure qu’on s’éloigne de l’état aigu, la dose d’acétate de plomb ou d’alun est portée à uneonce pour la même quantité de liquide. A l’aide d’injections et de tamponnements faits avec ces solutions, on guérit, dans les cas ordinaires, 60 malades sur 1 00, dans l’espace de vingt jours à deux mois, en comprenant le traitement de la période aiguë; c’est ce qui résulte au moins des relevés faits dans mon service à l’hôpital des Vénériens.
Toutefois l’état chronique est loin de toujours céder d’une manière aussi prompte et aussi fa-cile. Lorsqu’il n’y a pas d’altérations de tissu, il
BLENSOHRItAGlE CHEZ LA FEMME. 685
faut avoir recours à des injections et à des tamponnements plus toniques/ plus astringents. Un moyen qui réussit souvent, c’est la décoction de tan additionnée de partie égale d’une solution de sulfate d’alumine et de potasse. Lorsque avec l’étatchronique il reste de la sensibilité et unesorte d’irritation permanente des tissus, je renonce à la décoction de tan, pour donner la préférence à la décoction de moreile additionnée de la solution d’alun ci-dessus indiquée. Quoi qu’il en soit, le zinc, l’infusion vineuse de roses de Provins, l’extrait de ratanhia, le sublimé, l’alun seul, etc., peuvent être successivement employés. Les injections avec les chlorures alcalins ne m’ont paru convenables que dans quelques cas où les écoulements vaginaux avaient beaucoup d’odeur ou s’accompagnaient d’ulcérations. Lorsque la blennorrhagie occupe la vulve et le vagin , les substances médicamenteuses dont il vient d’être question sont appliquées de la même manière que les émollients. Mais, lorsque l’écoulement a pour siège les cavités utérines, il échappe fréquemment à leur action; si l’on veut alors. eu obtenir l’effet désirable, il faut les porter sur les surfaces malades. Pour faire des injections utérines avec des liquides simplement résolutifs, toniques ou astringents, il sulïit de se servir d’une seringue ordinaire à hydrocèle; par cé procédé, on ne
686 TUOISIÈME PARTIE. - THÉRAPEUTIQUE.
pourra que faire des injections momentanées» Si l’on veut, au contraire, qu’elles soient plus ou moins continues, on pourra substituer a la seringue l’un des clyso-pompes confectionnés par M. Charrière, ce moyen étant applicable à la cavité du col utérin aussi bien qu’au vagin.
11 est, quoi qu’il en soit, des écoulements qui résistent encore, et qui semblent seulement entretenus par le contact même des membranes muqueuses et par la profondeur des parties continuellement placées dans des conditions défavorables de chaleur et d’humidité. J’avais imaginé, sans savoir qu’il était question du même moyen dansÂ.Paré^ d’isoler les surfaces malades à l’aide d’un spéculum fenêtré,- et de permettre, par la, l’introduction Continuelle de l’air extérieur, les parties plus exposées à son contact guérissant .généralement mieux que celles qui lui échappent. Mais l’applicatioli de cet instrument n’ayant pas été facile, j’ai dû y renoncer. Jusqu’à présent, un procédé qui m’a bien réussi dans ces derniers temps consiste à remplir le vagin, sans toutefois le distendre, avec de la charpie sèche renouvelée, deux ou trois fois par jour, selon l’abondance de l’écoulement qui, dans les cas suivisde succès, était blanchâtre, lactiforme ou crémeux et fourni seuler ment par le vagin.
Mais, lorsque l’état chronique ou la blennorrhée
BLENNORRHAGIE CHEZ .LA FEMME
s’accompagne d’altérations de tissu, ce sont elles qu’il faut combattre pour obtenir la cessation de l’écoulement. S’il existe des végétations, elles devront être traitées comme nous l’indiquerons plus tard. Les ulcérations, les granulations papuleuses seront cautérisées soit avec le nitrate d’argent, Soit, de préférence, avec le nitrate acide de mercure, porté sûr un petit pinceau de charpie, les parties à cautériser ayant été préalablement essuyées avéc un pinceau de charpie sèche. Lorsque les mucosités, comme celles du col, seront trop adhérentes, on les eoagulera préaîa-. blement à l’aide du liquide caustique, de manière à pouvoir les enlever plus aisément par morceaux. La profondeur des cautérisations sera en raison de l’épaisseur des tissus à réprimer ou à détruire. C’est surtout pendant la période des granulations, et lorsque les ulcérations présentent l’aspect d’un vésicatoire, que les cautérisations sont efficaces. Lorsque les ulcérations ont elles-mêmes détruit les tissus à une certaine profondeur, il faut employer les caustiques avec prudence.
Dans ces circonstances, j’ai souvent réussi en portant sur les parties malades de la poudre de calomel et ensuite de la charpie sèche. Du reste, après chaque cautérisation, on pratique le tamponnement, selon le cas, avec l’un des liquides indiqués.
688 TflOlSlÊME PAIITIE. — TIIÉrAPEÜÎJQÜË.
Comme les autres portions de la muqueuse génitale, la surface interne de la matrice est souvent le siège, dans les écoulements chroniques, d’ulcérations que les moyens indiqués jusqu’à présent ne sauraient guérir. Il faut ici, comme dans les ulcérations des autres parties, modifier les surfaces d’une manière plus puissante, agir même en les eautérisant; mais la cautérisation dans l’intérieur d’un organe aussi délicat et dont les réactions sont si puissantes, exige beaucoup de prudence et de grandes précautions. En effet, tandis que les caustiques puissants, appliqués sur le museau de tanche et à l’orifice du col, ne déterminent, pour la plupart du temps, aucünedou: leur, les liquides à peine caustiques, portés dans l’intérieur de la matrice, peuvent développer de graves accidents.
Lassé de la persistance de certaines blennorrhées utérines, je voulus faire quelques tentatives pour obtenir leur guérison. Les injections caustiques dont je me servis les premières fois furent préparées avec un mélange d’une partie de nitrate acide de mercure à huit parties d’eau. Quelques malades éprouvèrent des attaques d’hystérie des plus intenses; chez une d’elles, il y eut une congestion cérébrale, qui fit craindre un moment l’apoplexie. Ces accidents, tous nés quelques minutes après l’injection, ont cédé
BLENNOKUHâGIE CUEZ la FEM3IE. 6S9
d’une manière très rapide aux antispasmodiques, et dans le cas particulier de congestion encéphalique , à une saignée du bras. Quoique les maladies soumises à ce traitement aient été ou guéries ou considérablement améliorées , j’ai dû modifier les doses du remède pour obtenir l’effet curatif^ sans avoir à en redouter les conséquences nuisibles. C’est ainsi qu’avec une partie de nitrate acide de mercure pour douze parties d’eau j’ai obtenu des guérisons, sans avoir déterminé chez les malades les symptômes dont j’ai parlé ; mais pourtant l’action de ces injections n’a pas toujours été sans quelque douleur locale et sans quelque retentissement nerveux , de forme hystérique. Pour éviter les inconvénients du nitrate acide de mercure , j’ai employé , dans des cas de catarrhe purulent chronique et de blennorrhée utérine, des injections faites avec une solution de six grains de nitrate d’argent pour une once d’eau distillée. Des malades sur lesquelles ce moyen a été mis en usage, les unes ont été renvoyées guéries, après trois injections, faites à huit jours d’intervalle et sans qu’il y ait eu le moindre accident, et d’autres après la deuxième seulement.
On sait, du reste, pour le dire en passant, que le nitrate d’argent, appliqué sur le col de
690 TROISIÈME PARTIE. - THÉRAPEüTIQÜE.
l’utérus et dans sa cavité , est très souvent un moyen emménagogue, dont on pourrait tirer un meilleur parti. En résupié , les injections utérines et le nitrate d’argent solide devront constituer un mode de traitement puissant dans le catarrhe utérin en général et dans la blennorrhagie utérine en particulier.
Les traitements antiblennorrhagiques proprement dits , sous forme de médication intérieure, sont loin d’avoir une elFicacité absolue dans la blennorrhagie urétro- génitale et semblent, çbez la femme, n’agir que siu\ quelques variétés is.olées. C’est ainsi que le seigle ergoté , préconisé dans ces derniers, temps , m’a paru, dans les cas rares où il a été elFicace, n’avojr d’influence que sur Ja blenuorrhagie Utérine et rester sans effet sur les écoulements vaginaux, urétraux et vulvaires. Le copabu et le cubèbe, pour les médecins qui se donnent la peine, d’observer de près , n’exercent pas d’action pronon-: cée sur le vagin, ni sur la matrice, tandis que la blennorrhagie urétçale, chez la femme comme chez l’homme, est puissamment influencée par ces moyens et leurs succédanés, et cela de la même manière et aux mêmes, doses, de sorte ;que, pour le traitement de la blennorrhjigié urétrale chez la femme, nous n’ayons qu’à renvoyer à ce
BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME. 691
que nous dirons de la blennorrhagie urétrale chez rhomme. Toutefois, bien que la blennorrhagie de la femme cède le plus ordinairement aux moyens que nous venons d’indiquer, il est des circonstances dans lesquelles dés altérations de tissu nécessitent une médication locale , comme pour les autres variétés. If n’est pas rare , ainsi qu’on pourrait le croire , d’après la lecture de certains ouvrages récents , de trouver des végéta:tions naissantes de l’intérieur de l’urètre et constituant ce que les anciens appelaient les caroncules ou earnosités j celîes-ei entretiennent des écoulements qui cessent lorsqu’on les a détruites par l’incision ou la cautérisation.
Il y a quelque temps, je fus appelé par M. le docteur Sorbier, pour opérer une de ces végétations, qui, faisant saillie hors du méat urinaire , occupait toute l’étendue de l’iirétre et prenait naissance à peu de distance du col de la vessie. Dans un grand nombre de cas , les écoulements urétraux chroniques, plus fréquents et plus tenaces qu’on ne le croit généralement, n’ont cédé qu’aux injections pratiquées dans le canal d’après les préceptes et avec les liquides dont il sera question en traitant de blennorrhagie chez l’homme. Dans quelques circonstances, même des cautérisations avec le nitrate
692 TUOISIÈME PARTIE. — THERAPEUTIQUE.
d’argent et faites avec le porte-caustique courbe de M. Lallemand ont terminé des écoulements probablement entretenus par des érosions , dont la présence semblait déAmilée par une grande sensibilité pendant te cathétérisme.
Après la guérison de la blennorrhagie vaginale et utérine , je donne le conseil de faire , pendant quelque temps, une ou deux injections par jour avec de l’eau froide , en ayant le soin de les cesser quatre ou cinq jours avant l’époque des règles, pour les reprendre quatre ou cinq jours après qu’elles sont passées.
Le traitement local de la blennorrhagie chez les femmes étant, comme on a pu le voir, de la plus grande importance, il ne sera pas inutile de donner quelques détails sur ses différents modes d’application, parce qu’ils ont une influence sur la promptitude et l’efficacité des résultats.
i°. Les fomentations et les injections doivent être tièdes , lorsqu’elles se composent de liquides émollients; elles seront froides au contraire, toutes les fois qu’on emploiera des liquides résolutifs, toniques, astringents, etc.
2°. Les injections peuvent être pratiquées à l’aide d’une seringue ordinaire à canule allongée, lecourbée et terminée en olive percée en arro-
BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME
soir. La portion de canule qui s’étend de l’oli%"e jusqu’à la courbure est ordinairement d’une longueur telle, qu’on peut l’introduire clans le vagin sans risque de blesser le col de l’utérus ; mais il est toujours prudent d’indiquer aux femmes de n’enfoncer l’olive que d’un pouce ou deux au delà de l’anneau vulvaire. On peut se servir également de clysoir, de clyso-pompe, etc. Dans les cas d’inflammation assez vive, une canule souple en gomme élastique sera préférable aux canules métalliques. Chez les petites filles, ou tant que l’bymen existe , les injections seront faites avec des canules droites et coniques.
La position à indiquer aux malades n’est pas indifférente ; beaucoup de femmes se placent sur un bidet pour pratiquer les injections vaginales, de telle façon que le liquide à peine introduit s’échappe sans avoir le temps de séjourner sur les parties malades et souvent sans atteindre les points les plus élevés du vagin. Je me suis assuré de ce fait en plaçant d’abord un tampon de charpie sèche sur le col de la matrice à l’aide du spéculum et en faisant ensuite injecter des liquides colorés; chaque fois, en effet, la charpie a été retirée, sans qu’elle fût teinte du liquide employé. Les malades devront donc se coucher et maintenir le bassin élevé, de manière à ce
694 TROISIÈME PARTIE. — THERAPEUTIQUE.
que la partie supérieure du vagin en devienne le point le plus déclive. Dans cette position, conservée plus ou moins longtemps après l’injection, le liquide pourra séjourner dans les parties et agir comme un bain local.
L’emploi des cataplasmes vaginaux, possible seulement chez les femmes qui ont l’anneau vulvaire d’une grandeur convenable, est fait à l’aide de la seringue, privée de sa canule. On a proposé , dans ces derniers temps , de faire des fomentations ou des bains continus pour le col de l’utérus à l’aide d’une bouteille ayant à peu prés la forme d’une cornue, dont le col allongé s’introduit dans le vagin et porte les liquides contenus dans le vase sur le col de la matrice et dans le cul-de-sac péri-utérin. L’anneau vulvaire , exactement appliqué sur le col de l’instrument, empêche le liquide de s’échapper au dehors, et, sous l’influence des différences de température de la portion renfermée dans les organes génitaux et de celle qui se trouve dans le reste du vase, qui présente, du reste, une ouverture lubulée pour laisser agir la pression atmosphérique, il s’établit un courant qui renouvelle les parties de liquide qui touchent au col et aux tissus voisins. M. le professeur Cloquet a appliqué avec succès, dans quelques cas, désir-
BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME. CgS
rigations ou injections continues à l’aide de la sonde à double courant qu’il a si heureusement renouvelée de Hall. -
Pour pratiquer les injections utérines^ la femme est placée de manière à permettre rintrodilction du spéculum et à mettre le col de l’utérus à découvert. Les liquides émollients j résolutifs, astringents ou simplement toniques, peuvent être poussés avec une seringue à hydrocèle ordinaire ^ on arme celle-ci d’une canule en gomme élastique flexible , ouverte par les deux bouts et dont l’extrémité libre est introduite dans l’orifice du col , à une profondeur de trois ou quatre lignes seulement. Gette portion de la canule sera enduite d’un corps gras, et son volume ne devra pas être assez considérable pour boucher complètement l’orifice utérin , afin de permettre au liquide injecté de refluer avec facilité.
Mais les injections caustiques devant séjourner peu de temps dans l’utérus, j’ai fait fabriquer par M. Charrière une seringue composée de deux corps de pompe qui s’emboîtent, se terminent par une double canule et ont chacun leur piston : l’un renferme le liquide caustique et l’autre de l’eau, de manière à pouvoir injecter à volonté l’un ou l’autre sans déplacer l’instrument. Je commence par injecter le liquide caustique que je laisse sé-
690 'J’UOISlkUE PARTIE, ^ — THKRAPRt'TlQüE.
journer une minute ou deux, après quoi l’eau est poussée de manière a laver les surfaces.
Les injections urétrales se pratiquent chez la femme avec la seringue dont on se sert pour les hommes. Pour empêcher le liquide de pénétrer dans la vessie , il suffit de comprimer la partie postérieure de l’urètre, derrière le pubis, avec un doigt introduit dans le vagin.
Quant aux tamponnements du vagin, ils sont exécutés par les malades elles-mêmes ou par le chirurgien ^ on s’y prend de la manière suivante :
Une première injection est faite avec le liquide dont sera imbibé le tampon ; puis celui-ci préparé avec de la charpie douillette , et de volume assez considérable pour remplir le vagin sans le distendre, est introduit dans les organes génitaux. Si les malades sont appelées à se panser elles-mêmes , elles attachent au tampon un fil assez long pour qu’une de ses extrémités reste pendante hors de la vulve et en faciliter l’extraction au renouvellement des pansements. Les femmes se servent du doigt pour pousser la charpie aussi profondément que possible, afin d’atteindre le col de la matrice ; mais , comme une grande partie du liquide s’exprime pendant cette manœuvre, il est nécessaire de pratiquer, après, une
BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME
nouvelle injection. Bien qu’il soit avantageux , dans la plupart des cas , de permettre aux malades de se panser elles-mêmes , il faut convenir que les pansements faits par un homme de l’art sont toujours mieux appliqués et partant plus efficaces. Lorsque le chirurgien place lui-même le tampon , il doit se servir du spéculum, qui permet de le porter avec certitude jusque sur le col et de l’étaler successivement dans toute la longueur du vagin, en le retenant avec des pinces à mesure qu’il retire l’instrument. De cette façon, il est mis en contact avec toute l’étendue des parties malades et retient une plus grande quantité de liquide.
Je ne puis terminer les détails relatifs aux tamponnements sans dire un mot d’un phénomène qui s’observe quelquefois , lorsqu’on a fait usage d’une solution d’acétate de plomb et qui consiste dans un changement de couleur du liquide injecté et de la charpie qui en est imprégnée. En effet, il est des femmes chez lesquelles, après douze ou vingt-quatre heures de séjour , le tampon est noir lorsqu’on le retire : cette coloration paraît due à la formation d’un sulfure de plomb; car ce phénomène a surtout été observé chez les femmes affectées d’écoulement fétide, ou dont l’anneau vulvaire largement dilaté
permet l’introductiori facile des gaz méphitiques^ lorsqu’elles vont à la garde-robe.
Pour appliquer le nitrate d’argent solide , je me sers d’une pince à trois branches , ayant un onglet légèrement recourbé à leur extrémité, et se mouvant dans une canule droite comme les instruments de la lithotri tie. A l’aide de cètté pince , le crayon de nitrate d’argent est solidement maintenu et son application devient de la plus grande facilité.
BLENXORRHAGIE chez l’hO.\I3IE.
DEUXIÈME ESPÈCE : Blennorrhagie chez l’homme.
( du gland. : balanite : ) cliaiide-pisse 1 seules ou
VARIÉTÉS I du pre'puce : posthite : ) bâtai’de: ( combi- I de l’iirct. : urétrite blennorrhagique : J nées.